Parti communiste roumain

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Le logo du PCR

Le Parti communiste roumain ((ro) Partidul Comunist Român, PCR) est un parti communiste en Roumanie. Illégal durant de nombreuses années au début de son existence, et ne dépassant pas un millier de membres, il émergea comme une force importante dans le paysage politique roumain après la Seconde Guerre mondiale. Le Parti communiste roumain fut le parti unique au pouvoir durant la dictature communiste, atteignant vers la fin près de trois millions de membres (15 % de la population)[1]. Le communisme au pouvoir en Roumanie a connu trois périodes, correspondant à trois générations de communistes[2] :

  1. la « revanche » (sur la société démocratique bourgeoise antérieure, mais aussi sur le fascisme), phase violente de terreur, d'arrestations massives, où les minorités du pays étaient majoritaires au Parti ;
  2. la « normalisation », phase de développement de la nomenklatura, où les opportunistes issus de la majorité orthodoxe rurale font carrière, marginalisent les camarades issus des minorités (dont beaucoup quittent le pays, voire sont purgés par les nouveaux dirigeants) et portent le Parti à trois millions de membres ;
  3. le « national-communisme », régime à la fois répressif et nationaliste d'inspiration néostalinienne et nord-coréenne qui se traduit par une accentuation de la misère populaire, un refus de la perestroïka et une coupure entre les « conservateurs » du régime et les « réformateurs », qui aspirent à en finir avec le communisme et s'appuient sur Mikhaïl Gorbatchev et la France pour renverser Ceaușescu en 1989. Après quoi, « conservateurs » et « réformateurs » font à nouveau bloc au sein du FSN (Frontul Salvării Naționale, Front de salut national) et gardent le pouvoir jusqu'en 1996.

Le Parti communiste roumain disparut durant un an après la révolution roumaine de 1989, se reconstitua en novembre 1990 sous le nom de "Parti socialiste du travail" (Partidul Socialist al Muncii), devint en 2003 l'"Alliance Socialiste" (Alianța Socialistă) et reprit son nom d'origine en 2010. Toutefois, la très grande majorité des membres du PCR de l'époque où il était au pouvoir, a rejoint d'autres partis (notamment le Parti de la Démocratie Sociale) ou a abandonné la politique. Aujourd'hui le PCR a retrouvé sa taille d'avant la dictature communiste[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

La création du parti[modifier | modifier le code]

Critique communiste des partis socialistes, illustrée par cette caricature de décembre 1922 de Nicolae Tonitza. Le propriétaire de la mine au mineur : « Un socialiste, tu dis? Mon fils est aussi socialiste, mais il ne fait pas de grève…, c'est pourquoi il a déjà son propre capital… »

Au XIXe siècle, il y avait un « Parti social-démocratique des travailleurs de Roumanie » (interdit en 1899) auquel succéda au XXe siècle un éphémère « Parti social démocratique de Roumanie » (1910-1916), dissout dès son troisième congrès, la veille de l'entrée de la Roumanie dans la guerre, parce que son aile gauche, maximaliste et révolutionnaire, voulait s'affilier au Komintern, tandis que l'aile droite, modérée et réformiste, voulait maintenir un cap social-démocrate. La majorité des membres choisit une voie moyenne: les plus modérés des social-démocrates (partisans de l'économie de marché, simplement réglementée) quittent le parti et refonderont un Parti Social-Démocratique en 1927[4]tandis que les autres (partisans de la mise en commun des moyens de production) forment un Parti socialiste de Roumanie. En 1921, après que ce Parti socialiste a envoyé une délégation en Russie bolchévique un groupe de modérés (comprenant Ioan Flueraș, Iosif Jumanca, Leon Ghelerter et Constantin Popovici) est expulsé du parti en mai 1921[5] par la fraction bolchévique (adepte de moyens coercitifs et violents) qui prend le contrôle du parti, alors renommé "Parti socialiste-Communiste" ((ro) Partidul Socialist-Comunist) et peu après "Parti communiste de Roumanie" ((ro) Partidul Comunist din România ou PCdR).

La majorité des membres n'accepte pas cette prise de contrôle et 38 000 membres sur 40 000 démissionnent pour rejoindre d'autres groupements socialistes[6] (selon d'autres sources ce sont 39 500 qui auraient quitté le parti[7]) et à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le PCdR comptait environ 1.000 membres[8].

Le parti communiste n'eut à ses débuts que très peu d'influence sur la Roumanie, où affluaient les réfugiés de Russie bolchévique, témoins des horreurs de la guerre civile russe et de la collectivisation forcée puis de la Holodomor et des déportations, de sorte que le PCdR était surtout perçu, par ceux qui en avaient connaissance et par les autorités, comme un groupe d'agents à la solde de la Russie bolchévique. Par ailleurs, l'industrie n'étant que peu développée, la classe ouvrière, réputée plus ouverte à de telles idées, était peu nombreuse, alors que la population agricole formait plus de 80 % des Roumains, restait très religieuse et aspirait à la propriété. De leur côté, si la plupart des intellectuels étaient réceptifs au Marxisme, ils étaient effrayés par la politique des Bolchéviks en Russie, pays voisin. C'est pourquoi l'État parvint à interdire le parti, le poussant dans la clandestinité et limitant ainsi ses activités. Enfin, la ligne communiste « anti-nationale » déclarée dans les années 1920 et supervisée par le Komintern, qui demandait le démantèlement de la Grande Roumanie à peine formée (considérée par les communistes comme une entité coloniale « occupant illégalement » la Transylvanie, la Dobrogée, la Bessarabie et la Bucovine), heurtait l'identité même des Roumains, qui estimaient au contraire s'être libérés du colonialisme impérial austro-hongrois et russe, de sorte que plus de la moitié des mille membres du PCdR étaient issus des minorités nationales[9], ce qui lui conféra une image de « parti étranger »[10] : entre 1924 et 1944, aucun de ses secrétaires généraux ne fut d'origine roumaine. Dans la Roumanie de l'entre-deux-guerres, 30 % de la population faisaient partie d'une minorité, dont une grande partie juive, hongroise et allemande[11]

En 1924, le Komintern, pour contester la souveraineté roumaine sur la Bessarabie, organisa l'opération Bessarabie rouge: des brigades rouges formées de jeunes volontaires locaux, appartenant au prolétariat ou étudiants, et issus des minorités, armés par des chaloupes soviétiques via le Dniestr et le liman du Conduc, s'emparèrent des mairies de Hotin, Tighina et Tătărești, y proclamèrent une "république soviétique moldave" et y soutinrent le siège des gendarmes roumains, croyant, comme on le leur avait promis, que l'Armée rouge viendrait les soutenir; quelques-uns furent tués (ils tuèrent aussi des gendarmes), la plupart finirent en prison, certains purent fuir en URSS où ils disparurent, mais le but des bolchéviks était atteint : « prouver » au monde que la Roumanie n'est qu'un État impérialiste et répressif[12]. La même année, une République autonome socialiste soviétique moldave est établie dans les frontières de l'Union soviétique, en Ukraine.

Au même moment, la gauche de l'échiquier politique roumain était « agrarienne » ((ro) țărănism, poporanism): une idéologie originale partiellement influencée par celle des Narodnikis, qui représentait les aspirations de la classe paysanne, formulées par le Parti national paysan de Ion Mihalache:

  • le coopérativisme (promotion des coopératives agricoles autogérées, comprenant aussi des foyers ruraux, des écoles, des dispensaires);
  • liberté religieuse;
  • jacobinisme administratif (état centralisé avec des départements de statut égal, une seule langue d'état: le roumain)
  • maintien du statu quo territorial de l'après 1918 (Grande Roumanie).

Une forme d'« agrarianisme » plus socialiste, non-nationaliste et laïque, était issue des idées du socialiste Constantin Dobrogeanu-Gherea.

L'« agrarianisme » rejetait la violence du léninisme et c'est pourquoi le PCdR s'y opposait fermement, le considérant comme aussi réactionnaire que les idéologies libérales[13].

Jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les membres d'origine ethnique roumaine du PCdR étaient en minorité dans le parti, et c'étaient pour la plupart, des personnes « connues des services de police » comme Nicolae Ceaușescu, car les idées légitimant la violence révolutionnaire ne trouvaient un terrain favorable que dans les catégories sociales ou ethniques marginalisées dans la société bourgeoise et rurale roumaine. Nicolae Iorga disait du PCdR que c'était « une secte d'intellectuels minoritaires frustrés et de voyous en quête de légitimité »[14].

Parti Communiste de Roumanie (1921-1948)[modifier | modifier le code]

Le Komintern et l'« aile interne »[modifier | modifier le code]

Peu de temps après sa création, la direction du PCdR a été accusée par les autorités d'être impliquée dans l'attentat à la bombe de Max Goldstein sur le Parlement de la Roumanie ; ses principaux membres, y compris son secrétaire général Gheorghe Cristescu, furent poursuivis dans le procès de Dealul Spirii[15]. Constantin Argetoianu, ministre de l'Intérieur dans les cabinets d'Alexandru Averescu, de Take Ionescu, et de Ion I. C. Brătianu, assimilant l'adhésion au Komintern à une forme de conspiration, dirigea la première vague de répression, et, dans ce contexte troublé, il permit que plusieurs activistes communistes (y compris Leonte Filipescu) soient abattus lors de leur garde à vue, sous prétexte de tentative de fuite[16]. C'est ainsi qu'il put affirmer qu'il n'y avait « plus de communisme en Roumanie »[17], lors d'une détente momentanée des pressions, commencée par le roi Ferdinand en octroyant l'amnistie au PCdR[18].

Le PCdR ne fut donc pas en mesure d'envoyer de représentants au Komintern et fut remplacé par une délégation d'activistes divers qui avaient fui en Union soviétique à des moments différents (les groupes roumains à Moscou et à Kharkiv furent à l'origine d'une « aile moscovite » dans les décades suivantes)[19]. Le parti interne ne survécut qu'en tant que groupe clandestin après avoir été mis hors la loi par le gouvernement Brătianu en passant en avril 1924 la Loi Mârzescu (nommée d'après son initiateur, le ministre de la justice Gheorghe Gh. Mârzescu); des sources du Komintern indiquent qu'en 1928 environ, il commença à déserrer ses liens avec ses superviseurs soviétiques[20]. En 1925, Cristescu s'opposa à la modification des frontières de la Roumanie comme voulue par le Komintern, ce qui précipita son exclusion du parti[21].

En 1931, lorsqu'eut lieu le cinquième congrès du parti, l'aile moscovite devint le facteur politique principal du PCdR Joseph Staline remplaça la direction du parti dans son entier, y compris son secrétaire général Vitali Holostenco, nommant à sa place Alexander Stefanski, alors membre du Parti communiste de Pologne[22].

Depuis le gain de contrôle du Komintern, l'aile interne commença à se réorganiser pour devenir un réseau conspiratif plus efficace[23]. Le début de la Grande Dépression en Roumanie et la série de grèves infiltrées (et parfois provoquées) par l'aile interne signifièrent des succès relatifs, mais les gains ne furent pas capitalisés surtout à cause du manque d'attrait et la suspicion envers les directives stalinistes[24]. En parallèle, la volonté de placer la direction dans les mains de Roumains issus de la classe ouvrière provoqua d'autres changements à la tête du parti : c'est ainsi qu'avant et après la grève d'envergure de Grivița émergea, avec le soutien de Staline, un groupe autour de Gheorghe Gheorghiu-Dej[25].

En 1934 la doctrine du Front populaire de Staline n'avait pas encore complètement pénétré la politique du parti local, en particulier à cause de la politique territoriale de l'Union soviétique (culminant en 1939 avec le Pacte germano-soviétique) et la suspicion très répandue que d'autres forces de gauche nourrissaient envers le Komintern[26]. Cependant, les communistes tentèrent à plusieurs reprises de parvenir à un consensus avec d'autres groupes (en 1934-1943, ils établirent des alliances avec le Front des laboureurs, l'Union populaire hongroise et le Parti des paysans socialistes), et de petits groupes communistes devinrent actifs dans les sections de gauche des partis du centre[27]. Lors des élections de 1937, ils supportèrent Iuliu Maniu et le Parti national paysan contre le roi Carol II et le gouvernement de Gheorghe Tătărescu (qui avait intensifié la répression contre les groupes communistes)[27], se retrouvant ainsi dans une situation inhabituelle après que la Garde de fer, un mouvement fasciste, a signé un pacte électoral avec Maniu[28]; l'historiographie communiste expliqua la participation dans ce mouvement comme provoquée par le refus des sociaux-démocrates de collaboré avec le PCdR[29].

Le déclin de la fin des années 1930[modifier | modifier le code]

Dans les années suivant les élections, le PCdR entra dans une phase de déclin, coïncidant avec la tournure de plus en plus autoritaire (tant contre les communistes, que contre les fascistes) prise par le régime du roi Carol à partir du procès de 1936 contre Ana Pauker et d'autres communiste de rang élevé, à Craiova[30]. Les journaux considérés comme associés au PCdR ou à la garde de Fer furent fermés, et toutes les personnes suspectées d'activisme dans ces deux organisations furent surveillées, arrêtées pour "activités séditieuses" et parfois jugées et détenues (pour les communistes, à la Prison de Doftana)[31]. Siguranța Statului, la Sûreté de l'état, infiltra la petite aile intérieure et probablement obtînt des informations essentielles au sujet de ses activités[32]. Les ressources financières du parti étaient assurées par l'Union soviétique ou collectées par ses nombreuses organisations satellites (« Secours rouge », « mouvement pour la paix », brigade roumaine du côté républicain espagnol durant la guerre d'Espagne, syndicats) ; en 1939, les actions de la Sûreté les avaient tellement taries, que les filières durent transiter par des organisations d'obédience soviétique en France et en Tchécoslovaquie[33].

En conséquence, le comité exécutif du Komintern enjoignit aux communistes roumains de pratiquer l'entrisme au Front de la Renaissance Nationale (Frontul Renașterii Naţionale - FRN), nouveau parti unique de la dictature carliste, et de tenter d'attirer les membres de ce mouvement vers la cause révolutionnaire[34].

Jusqu'en 1944, le parti communiste roumain était divisé entre l'« aile extérieure » strictement inféodée à l'URSS, qui passa la guerre en prison (dont Gheorghiu-Dej était le leader informel) et l'« aile intérieure » groupée autour de Ștefan Foriș et Remus Koffler[35], qui fut décimée durent les Grandes Purges : toute une génération de militants de la première heure qui furent tués sur les ordres de Staline, parmi lesquels Alexandru Dobrogeanu-Gherea, David Fabian, Ecaterina Arbore, Imre Aladar, Elena Filipescu, Dumitru Grofu, Ion Dic Dicescu, Eugen Rozvan, Marcel Pauker, Alexander Stefanski, Timotei Marin et Elek Köblös[36]. Ce fut la mission d'Ana Pauker de reprendre en main et de regrouper les militants survivants (les plus obéissants et les moins critiques) autour de l'« aile extérieure », désormais seule structure du Parti[37].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1940, la Roumanie dut céder la Bessarabie et la Bucovine du nord à l'URSS et la Dobroudja du Sud à la Bulgarie (voir occupation soviétique de la Bessarabie, Accords de Craiova); le PCdR approuva ces deux gestes, en conformité avec la ligne des activistes de première heure, mais tout en contradiction avec l'opinion publique[38]. L'historiographie communiste d'après 1950 affirme sans preuve que le PCdR aurait protesté contre la cession de la Transylvanie du nord à la Hongrie lors du Deuxième arbitrage de Vienne[39] (les documents du parti témoignant de cette politique datent d'après l'invasion de l'Union soviétique de l'Allemagne nazie)[40]. Alors que les changements de frontière ont suscité une crise politique à la prise du pouvoir par la Garde de fer, la confusion de l'aile intérieure s'est intensifiée : l'échelon supérieur a fait face à une enquête menée par Georgi Dimitrov et d'autres officiels du komintern quant à des accusations de " Trotskisme" et, puisque le FRN s'était effondré, plusieurs responsables subalternes du parti ont en réalité commencé à collaborer avec le nouveau régime [41]. À la même période, une petite section de l'aile extérieure est restée active en France, où il a finalement rejoint la Résistance à l'l'occupation allemande - par exemple Joseph Boczov, Gheorghe Gaston Marin et Olga Bancic.

Alors sous le contrôle de Ion Antonescu et ayant rejoint les forces de l'Axe, la Roumanie s'est jointe à l'Allemagne contre l'URSS lors de l'Opération Barbarossa. Le Parti communiste s'est alors rapproché des partis traditionnels au sein d'une opposition semi-clandestine à Antonescu, et aux côtés des Sociaux-démocrates, a entamé des discussions avec le Parti national paysan et le Parti national libéral. À cette époque tous les dirigeants politiques de l'intérieur était emprisonnés, principalement près de Târgu Jiu)[42]. En juin 1943, alors que les troupes de l'Axe souffraient de pertes importantes sur le Front de l'Est, le PCdR a proposé la formation du Blocul Național Democrat ("Bloc national démocrate"), par l'ensemble des partis opposés à Antonescu, afin d'organiser le retrait de la Roumanie de son alliance avec l'Allemagne[43]. Les discussions qui ont suivis, ont été longues, notamment du fait de l'opposition du leader du Parti national paysan, Iuliu Maniu, qui alarmé par les succès de l'URSS, préférait se tourner vers les Alliés occidentaux, et avec le leader du Parti national libéral, Dinu Brătianu, continuer les négociations initiées par Antonescu et Barbu Știrbei avec les États-Unis d'Amérique et le Royaume-Uni)[44].

Au début de l'année 1944, alors que l'Armée rouge traversait le Prut, la confiance et le statut gagné par le PCdR rendu possible la création du Bloc, qui posa les bases du futur gouvernement opposé au forces de l'Axe[45]. Des contacts furent établis grâce à Lucrețiu Pătrășcanu et Emil Bodnăraș, entre le PCdR, les soviétiques, et le roi Michel[46]. Un évènement majeur eue lieu durant ces mois :Ștefan Foriș, qui était toujours secrétaire général, fut démis de ses fonctions par la "faction de la prison" (alors conduite par d'anciens prisonniers de Caransebeș); et remplacé par une troïka formée par Gheorghe Gheorghiu-Dej, Constantin Pîrvulescu et Iosif Rangheț, Foriș fut discrètement assassiné en 1946[47]. Selon plusieurs sources la démission de Foriș marqua une rupture complète dans la continuité historique entre le PCdR établi en 1921 et ce qui devint le parti unique par la suite[48].

Le 23 août 1944, le roi Michel, des officiers de l'armée roumaine, et des partisans communistes soutenu par le Bloc national démocrate arrêtèrent et firent emprisonner le dictateur Ion Antonescu[49]. le roi Michel proclama ensuite la restauration de la constitution de 1923, ordonna à l'Armée de déclarer un cessez-le-feu avec l'Armée rouge sur le front moldave, et retira la Roumanie des forces de l'Axe[50]. Plus tard le parti chercha à réduire l'importance tant de l'offensive soviétique et du dialogue avec les autres forces et décrivit le coup d'État comme une révolte au large soutien populaire[51].

Le roi nomma le général Constantin Sănătescu premier ministre d'un gouvernement de coalition dominé par le Parti national paysan et le Parti national libéral, mais qui incluait Pătrășcanu comme ministre de la Justice - devenant le premier communiste à détenir un poste ministériel en Roumanie. L'Armée rouge entra dans Bucarest le 31 août, joua un rôle crucial dans l’ascension du Parti communiste vers le pouvoir, puisque les militaires soviétiques dirigeaient la ville et le pays[52].

Opposition entre Sănătescu et Rădescu[modifier | modifier le code]

Après deux décennies passées dans la clandestinité, les communistes jouirent d'abord d'une petite popularité, en comparaison avec les autres partis. Peu après le 23 août les communistes s'engagèrent dans une campagne extrêmement violente contre le plus grand parti roumain de l'époque, le Parti national paysan, et ses chefs Iuliu Maniu et Ion Mihalache, les accusant d'avoir encourager les violences contre la minorité hongroise[53] — dans le nord de la Transylvanie, zone dont le sort ne fut réglé qu'en 1947 avec le Traité de Paris.

La parti communiste, engagé dans une campagne massive de recrutement[54], attira de nombreuses personnes issues de la majorité roumaine, ouvriers et intellectuels, ainsi que d'anciens membres de la Garde de fer fasciste[55]. En 1947, il atteignit 710 000 membres[56]. Bien que le PCR était toujours très désorganisé et divisés entre plusieurs factions[57], il bénéficiait du soutien soviétique[58]. Après 1944, il possédait une branche paramilitaire, la Défense patriotique (Apărarea Patriotică, dissoute in 1948)[59], et une société culturelle, la Société roumaine pour l'amitié avec l'Union soviétique[60].

À l'initiative du PCdR, le Bloc national démocrate fut dissout le octobre 1944; à la place, les communistes, les sociaux-démocrates, le Front des Laboureurs, le Parti socialiste des Paysans de Mihai Ralea le Union populaire hongroise (MADOSZ) et l'Union des patriotes de Mitiță Constantinescu formèrent le Front national démocrate (Frontul Național Democrat FND), qui mena des campagnes contre le gouvernement, revendiquant la nomination d'officiels communistes, au nom de la légitimité démocratique et accusant Sănătescu d'ambitions dictatoriales[61].

Sănătescu démissionna en novembre, mais fut convaincu par le roi Michel de former un second gouvernement qui s'écroula quelques semaines plus tard. Le général Nicolae Rădescu devint alors premier ministre et nomma Teohari Georgescu au poste de ministre de l'intérieur, ce qui permit l'entrée de communistes dans les forces de l'ordre[62]. Le Parti communiste lança alors une campagne contre le gouvernement Rădescu, dont le point d'orgue fut une manifestation le 13 février 1945 devant le Palais royal, suivie une semaine plus tard de combats de rue entre les forces communistes de Georgescu et les partisans du Parti national paysan à Bucarest[63]. Dans une période de chaos croissante, Rădescu convoqua des élections. Le vice-ministre soviétique des affaires étrangères Andrey Vyshinsky vint à Bucarest pour obtenir du roi la nomination de Petru Groza, sympathisant communiste au poste de Premier ministre, en échange de la souveraineté roumaine sur la Transylvanie et sous la menace d'une domination soviétique accrue sur le pays[64]. Le roi Michel, sous la pression des troupes soviétiques qui désarmaient alors l'Armée roumaine et occupaient les installations clés du pays[65], accepta et renvoya Rădescu, qui quitta alors le pays[66].

PCR : le cabinet du Dr Petru Groza[modifier | modifier le code]

Le 6 mars, Groza prit la tête d'un gouvernement dominé par les communistes et place des membres du PCdR à la tête de l'Armée, des Ministères de l'Intérieur (Georgescu), de la Justice (Lucrețiu Pătrășcanu), des Communications (Gheorghe Gheorghiu-Dej), de la Propagande (Petre Constantinescu-Iași) et des Finances (Vasile Luca)[67]. Les ministres non-communistes étaient des sociaux-démocrates ou des membres du Front des Laboureurs, allié traditionnel du PCdR, ainsi que des dissidents du Parti national paysan et du Parti national libéral[68].

Suite à la Conférence de Potsdam, lors de laquelle les alliés occidentaux refusèrent de reconnaître le gouvernement de Groza, le roi Michel demanda la démission de ce dernier. Alors que celui-ci refusa, le monarque se quitta la capitale pour sa résidence d'été à Sinaia et refusa alors de signer les décrets gouvernementaux et les lois (cette période étant appelée en Roumanie greva regală - "la grève royale")[69]. Suite à la médiation anglo-américaine, Groza accepta d'inclure des hommes politiques extérieur à son alliance électorale, nommant deux membres de second rang du Parti national libéral (Mihail Romaniceanu et du Parti national paysan (Emil Hațieganu), Ministre sans portefeuilles (janvier 1946)[70]. À la même époque, le parti de Groza et le PCdR entrèrent publiquement en désaccord quant à problèmes agrariens, avant que le Front des Laboureurs ne soit forcé d'adopter la ligne communiste[71].

Au même moment, les premières mesures prises par le gouvernement concernèrent une nouvelle réforme agraire, qui devait entre autres aller dans le sens des paysans et respecter la propriétaire privée[72]. Les communistes accentuèrent également leur contrôle sur le système juridique, notamment par la création de tribunaux populaires chargés d'enquêter sur les crimes de guerre et grâce à l'agitprop permanente dans la presse communiste[73]. Durant cette période, la presse et les forums se trouvèrent de plus en plus influencée par les communistes[74]. La domination économique, en partie pour répondre aux exigences soviétiques, fut d'abord effective grâce les SovRoms (créés à l'été 1945), qui réorientaient l'essentiel du commerce roumain vers l'Union soviétique[75].

Le Parti communiste tint sa première conférence en octobre 1945 au Lycée Mihai Viteazul de Bucarest, lors duquel la troïkaGheorghe Gheorghiu-Dej-Constantin Pîrvulescu-Iosif Rangheț fut remplacé par une nouvelle direction reflétant les équilibres internes : alors que Gheorghiu-Dej demeurait secrétaire général, Ana Pauker, Teohari Georgescu et Vasile Luca devinrent les nouveaux leaders du parti[76].La hausse du nombre de membres, la plus élevée de tout le bloc de l'Est[77], avait pour but de former une base de soutien à Gheorghiu-Dej. Cette conférence fut aussi l'occasion de changer la dénomination du parti, de "Parti communiste de Roumanie" à "Parti communiste roumain", ce nouveau nom devant suggérer un rapprochement du parti avec l'intérêt national[78].

Le contrôle du parti sur les forces de sécurité se révéla efficace le 8 novembre 1945, lorsque des manifestants de Bucarest se réunirent devant le Palais royal en soutien au roi Michel, toujours "en grève"[79]. Les manifestants durent en effet faire face aux coups de feu des forces de sécurité, qui tuèrent dix personnes et en blessèrent de nombreuses[80].

Le PCR et ses alliés remportèrent les élections législatives du 19 novembre 1946, qui furent entachées de nombreuses fraudes[81]. Durant les mois suivants le PCR et le Parti national paysan s'affrontèrent durement, le dernier se retrouvant anéanti suite à l'affaire Tămădău et à la mise en procès de l'intégralité de sa direction[82]. Le 30 décembre 1947, le pouvoir communiste fut consolidé par l'abdication forcée du roi Michel et la proclamation de la République populaire de Roumanie fermement dans le bloc de l'Est[83].

Parti Ouvrier Roumain (1948-1965)[modifier | modifier le code]

Fondation[modifier | modifier le code]

En février 1948, les Communistes ont mis fin à un long processus d'entrisme au sein du Parti social-démocrate, qui leur permttait d'en assurer le contrôle au travers d'alliances électorales au sein du Frontul Unic Muncitoresc (Front uni des travailleurs), le PCR profitant du départ du groupe de Constantin Titel Petrescu du Parti social-démocrate en mars 1946). Les Sociaux-démocrates ont alors fusionné avec le PCR pour former le Parti Ouvrier Roumain (Partidul Muncitoresc Român, PMR) qui a demeuré le parti unique sous cette dénomination jusqu'en 1965, et au retour à la dénomination originale[84]. Néanmoins, les Sociaux-démocrates ont été exclus de toute responsabilité au sein du PMR et ont été forcés de soutenir le programme communiste basé sur le centralisme démocratique[85]. Du fait de ces gains, le gouvernement communiste a interdit presque tous les autres partis politiques les élections législatives truquées de 1948 (le Front des laboureurs et le l'Union populaire hongroise se sont auto-dissous en 1953)[86].

Le réseau de prisons et de camps de la République Populaire de Roumanie.

Une nouvelle série de changements économiques a alors suivi : la Banque nationale de Roumanie est passée sous contrôle total de l'État en décembre 1946[87], et afin de combattre la dévaluation du leu roumain, une réforme monétaire surprise a été imposée comme mesure de stabilisation en août 1947 (avec de désastreuses conséquences sur le niveau de vie de la classe moyenne)[88]; le Plan Marshall a été largement condamné et rejetté[89], alors qu'ont débutée les nationalisations et la mise de l'économie planifiée en juin 1948[90]. Le premier plan quinquennal, conçu par un comité soviético-roumain dirigé par Miron Constantinescu, a été adopté en 1950[91]. Parmi les nouvelles mesures adoptées, celle qui a sans doute été la plus ambitieuse a été la collectivisation, qui a pris fin en 1962, lorsque le processus a été considéré comme achevé, 96% du total des terres arables étaient alors incluses des fermes collectives, et environ 80 000 paysans faisaient alors face à la justice pour y avoir résisté et 17 000 autres étaient déracinés ou déportés, accusés d'être des chiaburi (l’équivalent roumain des kulaks russes)[92].

Les purges internes[modifier | modifier le code]

Entrance of the Sighet Memorial Museum of victims of communism
Procession of the citizens sacrified by the Communist regime, by Aurel I. Vlad

Durant cette période, le PMR a été occupé par le conflit entre la "faction moscovite", la "faction de la prison" menée Gheorghe Gheorghiu-Dej, et par la nouvelle et plus faible "faction de la Securitate" conduite par Lucrețiu Pătrășcanu. Après octobre 1945, les deux factions les plus anciennes se sont associées pour neutraliser celle de Pătrășcanu — qualifiée de "bourgeoise" et progressivement marginalisée, celui-ci étant finalement décapité en 1948[93]. Au début de cette même année, la direction du PMR a officiellement été remise en question, et une large campagne a été menée pour se débarrasser des "éléments étrangers et hostiles"[94] from its rapidly expanded structures[95].

En 1952, avec le soutien renouvelé de Staline [96], Gheorghiu-Dej est sorti victorieux de sa confrontation avec Ana Pauker, sa rivale "moscovite", et grâce à la purge de Vasile Luca, Teohari Georgescu, et de leurs partisans — accusés de "déviationnisme droitier"[97].

Sur un total de membres d'environ un million, entre 300 000[98] et 465 000[99] membres, presque la moitié du parti, ont été exclus durant ces purges.

Les purges contre Ana Pauker et ses partisans sont venues en échos aux purges saliennes dont on été victimes des communistes juifs dans l'ensemble du bloc de l'Est — notamment, contre les "Cosmopolites sans racine" en URSS, le procès de Prague en Tchécoslovaquie[100]. Au même moment, une nouvelle constitution stalinienne a été adoptée, en remplacement de celle de 1948[101]. Gheorghiu-Dej, un stalinien orthodoxe[102], a alors pris le poste de Premier ministre, Petru Groza devenant alors président de la République. Le pouvoir exécutif et la direction du PMR sont donc restés entre les mains de Gheorghiu-Dej jusqu'à sa mort en 1965 (à l'exception des années 1954-1955, lorsque la direction du parti a été occupée par Gheorghe Apostol)[103].

De son arrivée au pouvoir jusqu'à la mort de Staline, le PMR a approuvé les exigences soviétiques faite au Bloc de l'Est: L'alignement de ces pays aux ordres du Kominform, sa condamnation officielle de la politique de Josip Broz Tito en Yougoslavie; Tito était constamment attaqué par la presse officielle, la frontière roumano-yougoslave est devenue un lieu d'action privilégié de l'agitprop[104].

Gheorghiu-Dej et la déstalinisation[modifier | modifier le code]

Mal à l'aise et vraisemblablement menacé par les mesures réformistes adoptées par le successeur de Staline, Nikita Khrouchtchev, Gheorghiu-Dej commença à conduire la Roumanie sur un chemin plus "indépendant" tout en restant dans l'orbite soviétique. Suite au XXe congrès du Parti communiste de l'Union soviétique, lors duquel Khrouchtchev initia la déstalinisation, Gheorghiu-Dej lança une campagne de propagande accusant Pauker, Luca et Georgescu d'être les responsables des excès du parti à la fin des années 1940 et au début des années 1950 (notamment dans le cas de la collectivisation) — bien que ceux-ci se soient parfois opposées à des mesures radicales défendues par le secrétaire général[105]. Après cette purge, Gheorghiu-Dej commença à promouvoir des membres du PMR considérés comme plus loyaux à ses propres orientations politiques; parmi eux se trouvaient Nicolae Ceaușescu, Gheorghe Stoica, Ghizela Vass[106], Grigore Preoteasa[107], Alexandru Bârlădeanu[108], Ion Gheorghe Maurer, Paul Niculescu-Mizil, and Gheorghe Rădulescu[109]; parallèlement Gheorghiu-Dej refondait la doctrine du parti pour y inclure des messages ambigus sur l'héritage stalinien (insistant sur la contribution de Staline à la pensée marxiste, des documents officiels déploraiennt néanmoins le culte de la personnalité et incitaient les Stalinistes à l'auto-critique)[110].

Dans ce contexte, le PMR rejeta rapidement les conclusiosn du XXe Congrès du PCUS, Gheorghiu-Dej avançant même que la déstalinisation eue été imposée par son équipe après 1952[111]. Lors d'une réunion du parti en mars 1956, deux membres du Politburo favorables aux réformes de Khrouchtchev, Miron Constantinescu et Iosif Chișinevschi, critiquèrent le leadership de Gheorghiu-Dej sur le parti et l'associèrent au stalinisme roumain[112]. Ils furent purgés en 1957, s'auto-accusant d'être des stalinistes et d'avoir comploter avec Pauker[113]. En matière de politique étrangère, le PMR à la tête d'un parti membre du Pacte de Varsovie, demeura un agent de répression politique : il soutint totalement la décision de Khrouchtchev d'envahir la Hongrie face à l'insurrection de Budapest en 1956, après laquelle Imre Nagy et d'autres dissidents hongrois furent emprisonnés en Roumanie[114]. Alors qu'ils refusaient la diffusion en Roumanie de la littérature soviétique sur la période stalinienne (comme Ilya Ehrenbourg ou Aleksandr Solzhenitsyn), les leaders roumains participèrent activement à la campagne contre Boris Pasternak[115].

Malgré la mort de Staline, le massif appareil policier dirigée par la Securitate (créée en 1949)[116] maintint un rythme soutenu dans sa lutte contre les "ennemi du peuples" jusqu'en 1962-1964. En 1964, la direction du parti approuva une large amnistie, entendue également à environ 5 700 prisonniers politiques[117]. Cela marqua un virage dans la violence et l'ampleur de la répression, après presque vingt ans pendant lesquels le parti a réprimé l'opposition politique et la résistance anticommuniste roumaine, ainsi que les institutions religieuses (surtout l'religious institutions et Église catholique romaine en Roumanie) [118]. Les estimations du nombre de victimes de la répression pour la période 1947/1948-1964 varient considérablement: de 160 000[119] ou 282 000[120] prisonniers politiques, à 600 000[120]. Les principaux lieux d’emprisonnement de l'époque était le Canal Danube-Mer Noire, les prisons de Sighet, de Gherla, d'Aiud, de Pitești, et de Râmnicu Sărat; une autre méthode de punition était la déportation dans le Bărăgan[121].

Gheorghiu-Dej et la « voie nationale vers le socialisme »[modifier | modifier le code]

Le nationalisme pénétra officiellement le discours du PMR, notamment lors de l'appel de Gheorghiu-Dej' pour l'indépendance économique du pays et sa prise de distance vis-à-vis du Comecon[122]. Khrouchtchev autorisa Constantinescu à dissoudre les SovRoms en 1954[123], ce qui fut suivi ar la fermeture des entreprises soviético-roumaines telles que Editura Cartea Rusă à la fin des années 1950[124]. L'industrialisation du pays conduite par le PMR — illustrée par le complexe métallurgique de Galați, tout en soulignant l'indépendance décisionnelle du pays, le rendait tributaire des importations de fer, ce qui constitua pendant longtemps une grande tension sur l'économie roumaine[125].

En 1957, avec le soutien du Parti communiste chinois, Gheorghiu-Dej convint les soviétiques de retirer leurs troupes du sol roumain. Au début de l'année 1956, l'appareil politique roumain se réconcilia avec Josip Broz Tito, ce qui mena à toute une série de projets économiques communs (dont le point culminant fut la construction d'un barrage dans les Portes de Fer [126]. Suite aux ruptures sino-soviétique à la fin des années 1950 et albano-soviétique en 1961, la Roumanie maintint ses relations dimplomatiques tant avec la République populaire de Chine[127] qu'avec l'Albanie communiste[128]. Les médias roumains furent les seuls parmi les médias des pays du Pacte de Varsovie à faire état des critiques chinoises sur le leadership soviétique[129]; en retour, les officiels chinois complimentèrent le nationalisme roumain en soutenant l'idée que la Bessarabie était une victime traditionnelle de l'impérialisme russe[130].

Le changement de politique devint évident en 1964, lorsque le régime communiste donna une sèche réponse au Plan Valev, un projet soviétique d'unités économiques transnationales, dans lequel la Roumanie devait fournir les produits agricoles[131] (le PMR déclara: "Il n'y a pas et ne pas avoir un parti "parent" et un parti "fils" ou un parti «supérieur» et un parti «subordonné» ")[132]. Plusieurs autres mesures prises cette année-là représentèrent un changement radical : après le soutient apporté par Gheorghiu-Dej à Andrei Oțetea pour la publication de textes russophobes écrits par Karl Marx [133], le PMR lui-même prit position contre les principes khrouchtcheviens en affirmant, en avril, son engagement en faveur d'une "voie nationale" vers le communisme[134].

Ce furent là les prémisses d'une politique « nationale-communiste », dont Gheorghiu-Dej posa les bases dès 1954 et que Ceaușescu développa par la suite, mais qui n'empêchaient pas le maintien d'un régime de type stalinien toujours aussi répressif[135]. Même si quelques cercles intellectuels s'en félicitèrent, et même si une bien modeste libéralisation économique (avec l'autorisation des micro-entreprises et des artisans de 1965 à 1972) atténua, pendant quelques années, la pénurie généralisée.

Parti Communiste Roumain (1965-1989)[modifier | modifier le code]

L'ère Ceaușescu[modifier | modifier le code]

Gheorghiu-Dej décède en mars 1965 et a pour successeur une direction collective constituée de Nicolae Ceaușescu comme secrétaire général, Chivu Stoica comme président, et Ion Gheorghe Maurer comme premier ministre. Ceaușescu écarta du gouvernement des rivaux comme Alexandru Drăghici, pour finalement les exclure du parti. Ainsi, il commença à cumuler des fonctions jusqu'à avoir le comité central entièrement sous son contrôle en 1969.

En 1965, Ceaușescu déclara que la Roumanie n'était plus une « démocratie populaire » mais une république socialiste et renomma le parti en parti communiste roumain – des changements d'intitulés voulant indiquer que la Roumanie, suivant le schéma strictement marxiste d'évolution politique et sociale, avait franchi, dans la « construction du socialisme », l'étape qui en faisait un état autonome pouvant se passer de l'aide des « camarades soviétiques » et élaborer sa « propre forme de socialisme ».

Concrètement, Ceaușescu développa ce que Catherine Durandin appelle le « national-communisme », un mélange de marxisme-léninisme et de nationalisme dans lequel l'idéologie officielle est « roumanisée » et « dérussifiée » au point que l'Union soviétique n'est plus présentée comme la seule force ayant libéré la Roumanie du fascisme et que l'appartenance de la Moldavie soviétique à la sphère historique, linguistique et culturelle roumaine est ouvertement affirmée. En 1968, le gouvernement Ceaușescu s'oppose à l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie (Printemps de Prague) et chercha même l'alliance avec Josip Broz Tito, le dirigeant non-conformiste de la Yougoslavie. Le peuple espère alors l'adoption d'un « socialisme à visage humain » et de l'autogestion à la Yougoslave (avec possibilité d'aller travailler à l'étranger), mais la répression du « Printemps de Prague » fit craindre aux dirigeants roumains une « normalisation » à leur détriment, et c'est pourquoi dès 1969 ils procédèrent à un revirement politique à 180°[136].

Début 1971, après son voyage en Corée du Nord, Ceaușescu développa autour de lui et de son épouse un culte de la personnalité inspiré de celui de Kim Il-sung, et lança sa propre version de la révolution culturelle chinoise. Il intensifia la répression politique en Roumanie, jusqu'à ce que lui et son parti fussent renversés à la « Libération de 1989 ». Peu après, Ceaușescu et son épouse furent exécutés au terme d'une procédure expéditive qu'ils avaient eux-mêmes conçue pour les « dissidents », et le parti communiste fut dissous pendant un an.

Obor, principal marché de Bucarest dans les années 1980.
Dans les années 1980, la pénurie d'énergie et de carburant rend les transports en commun rares et difficilement accessibles.
Seuls les ouvrages signés Ceaușescu remplissent les vitrines des librairies dans les années 1980.
Dans les années 1980, la politique de systématisation du territoire se traduit par 320 000 expulsions, la démolitions de quartiers historiques entiers, et environ 3 000 morts par froid et carences.


Membres[modifier | modifier le code]

Après la Deuxième Guerre mondiale le parti a rapidement attiré de nouveaux membres, jusqu'à en avoir plus d'un million en 1948, modifiant par la même occasion la composition ethnique du parti. Alors qu'au même moment Joseph Stalin menait des purges antisémites en URSS, et que resurgissait le chauvinisme roumain, les minorités ethniques et en particularité les Juifs, ont été marginalisées au sein du parti - surtout après 1952 et la purge d'Ana Pauker et de près de la moitié du parti, considérés pour certains comme des partisans de l'ancien Parti social-démocrate. Nombre de membres du parti issus de minorités ethniques (surtout des Hongrois et des Juifs, qui étaient nombreux au sein de la faction moscovite) ont été déchus de leurs fonctions durant les purges.

En 1950 le arti revendiquait le fait que 64 % de ses positions dirigeantes étaient occupées par des membres issus de la classe ouvrière. En 1962, une simplification du processus d'adhésion au parti a conduit à une hausse de 22% du nombre de ses membres, celui-ci atteignant 1 100 000.

Lorsque le Parti ouvrier roumain est devenue le Parti communiste roumain en 1965, il avait, selon certaines sources, 1 450 000 membres, 8% de la population, dont 44% étaient des ouvriers, 34% des paysans, 10% des intellectuels et 12% appartenaient à d'autres catégories. En 1988 le pourcentage d'ouvriers a atteint 55%, alors que le pourcentage de paysans a chuté à 15%. En 1971, le parti avait 2,1 millions de membres, et en comptait même 3 millions lors du 12 Congrès du parti en 1979. En 1988, une estimation de 3,7 millions de membres a été données, signifiant que 23% de la population adulte roumaine était membre du parti

En 1984 la composition suivante du parti a été annoncée: 90% de Roumains, 7% de Hongrois, moins de 1% d'Allemands et 2% de personnes d'autres nationalités, soit environ les proportions de la population roumaine à cette époque.

Organisation[modifier | modifier le code]

Officiellement, comme dans le cas des autres Partis communistes, l'organe suprême du Parti communiste roumain et de ses prédécesseurs était le Congrès, qui se tenait une fois tous les cinq ans, avec un un délégué pour mille membres. Le Congrès du parti élisait le Comité central et le secrétaire général, et adoptait également le programme du parti.

Le Comité central était l'organe le plus important entre chaque congrès. En 1984, le Comité central était composé de 265 membres de plein droit et de 181 membres candidats. Il était responsable de la mise en application des décisions du Congrès et de la gestion des activités du parti, et était normalement élu pour quatre ans.

En 1974 le Presidium du Comité central (nommé dans les faits "Politburo"), qui était élu par le Comité central, fut remplacé par un nouvel organe, le Bureau politique permanent exécutif, élu théoriquement par le Comité central, mais dans les faits nommés par le secrétaire général.

Dans les faits, il n'y avait que très peu de différences entre le parti et le gouvernement. Le Bureau permanent était l'organe le plus important dans le parti, et avait cinq membres lors de sa création en 1974, avant d'en compter quinze en 1979. En 1984 il fut réduit à huit membres, dont parmi eux Nicolae et Elena Ceaușescu. En 1988, il comptait huit membres, principalement les Ceaușescus et leurs alliés les plus proches. Le Secrétariat était l'organe administratif du parti et dans les faits suivait les ordres du Bureau permanent.

Les unités de base du parti étaient les groupes locaux dans les entreprises, les coopératives, les groupes de militaires et de policiers et tout autre lieu de travail. Il y avait 64 200 unités de ce type en 1980, comptant de quelques membres seulement à plusieurs centaines. Ces unités dépendaient des comités municipaux du parti, qui avaient leur propre premier secrétaire, vice-secrétaires et autres officiels, et élisaient théoriquement des représentants aux instances régionales, puis nationales du parti. Le PCR contrôlait directement la vie économique du pays grâce à ses commissions locales et nationales.

Congrès du parti[modifier | modifier le code]

Nom. Période Lieu
Ier (mai 1921) Bucarest
IIe (octobre 1922) Ploiești
IIIe (août 1924) Vienne
IVe (juillet 1928) Kharkiv
Ve (décembre 1931) Gorikovo (près de Moscou)
VIe (février 1948) Bucarest
VIIe (décembre 1955) Bucarest
VIIIe (juin 1960) Bucarest
IXe (juillet 1965) Bucarest
Xe (août 1969) Bucarest
XIe (novembre 1974) Bucarest
XIIe (novembre 1979) Bucarest
XIIIe (novembre 1984) Bucarest
XIVe (novembre 1989) Bucarest

Secrétaires généraux[modifier | modifier le code]

Gheorghe Cristescu 19211924
Elek Köblös 19241927
Vitali Holostenco 19271931
Alexander Stefanski 19311936
Boris Stefanov 19361940
Ștefan Foriș 19401944
Gheorghe Gheorghiu-Dej 19451954
Gheorghe Apostol 19541955
Gheorghe Gheorghiu-Dej 19551965
Nicolae Ceaușescu 19651989

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Victor Frunză, Histoire du communisme en Roumanie, ed. EVF, 588 p., Bucarest 1999, ISBN 973 9120 05 9
  2. Catherine Durandin, Histoire des Roumains, Fayard, Paris, 1995, (ISBN 2213594252)[à vérifier : La somme de contrôle devrait être 8 et non 1, demandé le 16 septembre 2014]/6, p. 366 à 491
  3. Le PCR existe toujours : il s'est appelé "Parti socialiste du travail" (Partidul Socialist al Muncii: 1990-2003) puis "Alliance socialiste" (Alianța Socialistă: 2003-2010) et a repris son nom initial en 2010: voir sur hotnews.ro
  4. Adrian Cioroianu: Pe umerii lui Marx, Editura Curtea Veche, 2006, p. 23-27; Victor Frunză, Istoria Comunismului în România, EVF, 1998, p. 21-22
  5. Frunză, p. 25-28
  6. Cioroianu, Pe umerii…, p. 45; Presse communiste, 1923, in Frunză, p. 30
  7. Allégations dans la presse social-démocrate, 1923, in Frunză, p. 30; Iordachi I.2
  8. Conformément au leader du PCR Iosif Rangheț : « […] le 23 août 1944, notre parti eut 80 membres à Bucarest, ni plus, ni moins. Et dans le pays tout entier, notre parti avait moins de 1000 membres, y compris nos camarades en prison et dans les camps de concentration. » (Rangheț, 25-27 avril 1945, in Colt). On prétend qu'à la fin des années 1940, Ana Pauker donna le même chiffre (Cioroianu, Pe umerii…, p. 45; Frunză, p. 202).
  9. Cioroianu, Pe umerii…, p. 18-45; Frunză, p. 38-48, 63-72; Iordachi, I.2; Pokivailova, p. 48; Troncotă, p. 19-20; Veiga, p. 222
  10. Cioroianu, Pe umerii…, p. 18, 44
  11. Iordachi, I.2; Pokivailova, p. 47
  12. Cioroianu, Pe umerii…, p. 36; Frunză, p. 71; Troncotă, p. 19; Veiga, p. 115
  13. Cioroianu, Pe umerii…, p. 47-48
  14. Cioroianu, Pe umerii…, p. 18
  15. Cioroianu, Pe umerii…, p. 27-30
  16. Troncotă, p. 18-19
  17. Argetoianu, juin 1922, in Troncotă, p. 19, le p. 19
  18. Troncotă, p. 19
  19. Cioroianu, Pe umerii…, p. 37, 44; Frunză, p. 38-39
  20. Frunză, p. 32-33
  21. Cioroianu, Pe umerii…, p. 38-39; Frunză, p. 49-50
  22. Cioroianu, Pe umerii…, p. 41; Frunză, p. 51-53
  23. Troncotă, p. 20-22
  24. Frunză, p. 58-62
  25. Cioroianu, Pe umerii…, p. 41-43; Frunză, p. 53-62
  26. Frunză, p. 85; Pokivailova, p. 48
  27. a et b Veiga, p. 223
  28. Veiga, p. 235
  29. Frunză, p. 84
  30. Cioroianu, Pe umerii.., p. 43, 170-171; Frunză, p. 84, 102-103
  31. Pokivailova, p. 48; Veiga, p. 223-224
  32. Pokivailova, p. 47
  33. Pokivailova, p. 46-47
  34. Pokivailova, p. 48
  35. Cioroianu, Pe umerii…, p. 42, 44, 48-50
  36. Cioroianu, Pe umerii.., p. 42-43; Frunză, p. 90-91, 151, 215; Pokivailova, p. 45
  37. Cioroianu, Pe umerii…, p. 43, 52, 171-172; Frunză, p. 103-104, 149-154, 215
  38. Frunză, p. 72; Pokivailova, p. 48
  39. Frunză, p. 72, 105-107, 127
  40. Frunză, p. 106-107
  41. = "Pokivailova, p. 48"
  42. Frunză, p. 122-123, 138
  43. Frunză, p. 123
  44. Frunză, p. 123-125; 130-131
  45. Frunză, p. 125
  46. Frunză, p. 131-133, 139
  47. Cioroianu, Pe umerii…, p. 49-50, 62; Frunză, p. 400-402
  48. Cioroianu, Pe umerii…, p. 50; Frunză, p. 213, 218-221, 402
  49. Frunză, p. 128-137
  50. Frunză, p. 126-129
  51. Frunză, p. 130-145
  52. Frunză, p. 171,178-190
  53. Frunză, p. 163-170
  54. Frunză, p. 201-212; according to Rangheț: "After 3 months of our party's legal existence, in October, we had almost 5-6,000 party members. […] What is this to say? That we expanded the cadres, party members, by only very, very little, if we are to keep in mind the present legal situation, if we keep in mind that, through our party's work, thousands, tens and hundreds of thousands workers were rallied. […] During this time, when our party only had 5-6,000 party members, we held large, huge protests against the [daily] realities in our country, in Bucarest as well as throughout the land…" (Rangheț, April 25-27, 1945, in Colt)
  55. Cioroianu, Pe umerii…, p. 297; Frunză, p. 208
  56. Barbu, p. 190
  57. Cioroianu, Pe umerii…, p. 51-52; Frunză, p. 218-219
  58. Cioroianu, Pe umerii…, p. 45, 59-61
  59. Frunză, p. 176
  60. Cioroianu, Pe umerii…, p. 106-148
  61. Barbu, p. 187-189; Cioroianu, Pe umerii…, p. 55-56; Frunză, p. 173-174, 220-222, 237-238, 254-255
  62. Barbu, p. 187-188; Frunză, p. 174-177
  63. Cioroianu, Pe umerii…, p. 56; Frunză, p. 180-181
  64. Cioroianu, Pe umerii…, p. 157; Frunză, p. 180-184
  65. Cioroianu, Pe umerii…, p. 156-157; Frunză, p. 181-182
  66. Frunză, p. 183-184
  67. Cioroianu, Pe umerii…, p. 57
  68. Cioroianu, Pe umerii…, p. 93; Frunză, p. 187-189
  69. Cioroianu, Pe umerii…, p. 61-64, 159-161
  70. Cioroianu, Pe umerii…, p. 63, 159-160
  71. Cioroianu, p. 161-162
  72. Cioroianu, Pe umerii…, p. 58-59; Frunză, p. 198-200, 221
  73. Frunză, p. 228-232
  74. Cioroianu, Pe umerii…, p. 77-93, 106-148; Frunză, p. 240-258
  75. Cioroianu, Pe umerii…, p. 67-71; Frunză, p. 381
  76. Cioroianu, Pe umerii…, p. 62, 91-93, 174-176, 194-195; Frunză, p. 219-220
  77. Barbu, p. 190-191
  78. Frunză, p. 220
  79. Frunză, p. 233
  80. Cioroianu, Pe umerii…, p. 62; Frunză, p. 233
  81. Cioroianu, Pe umerii…, p. 64-66; Frunză, p. 287-292
  82. Cioroianu, Pe umerii…, p. 95-96; Frunză, p. 287-308
  83. Cioroianu, Pe umerii…, p. 97-101
  84. Cioroianu, Pe umerii…, p. 93-94; Frunză, p. 259-286, 329-359
  85. Frunză, p. 274, 350-354
  86. Cioroianu, Pe umerii…, p. 292; Frunză, p. 355-357
  87. Cioroianu, Pe umerii…, p. 72-73
  88. Cioroianu, Pe umerii…, p. 73-74
  89. Cioroianu, Pe umerii…, p. 74
  90. Cioroianu, Pe umerii…, p. 74-75
  91. Cioroianu, Pe umerii…, p. 75-76
  92. Cioroianu, Pe umerii…, p. 76, 251-253; Frunză, p. 393-394, 412-413
  93. Cioroianu, Pe umerii…, p. 194-195, 200-201; Frunză, p. 359-363; 407-410
  94. Gheorghe Gheorghiu-Dej, in Cioroianu, Pe umerii…, p. 299
  95. Cioroianu, Pe umerii…, p. 297, 298-300
  96. Cioroianu, Pe umerii…, p. 180
  97. Cioroianu, Pe umerii…, p. 180-182, 200-203; Frunză, p. 403-407
  98. Cioroianu, p. 299
  99. US Library of Congress: "The Communist Party"
  100. Frunză, p. 403-407
  101. Cioroianu, Pe umerii…, p. 103
  102. Cioroianu, Pe umerii…, p. 195-196
  103. Cioroianu, Pe umerii…, p. 204
  104. Cioroianu, Pe umerii…, p. 197-198
  105. Cioroianu, Pe umerii…, p. 76, 181-182, 206; Frunză, p. 393-394
  106. Cioroianu, Pe umerii…, p. 201
  107. Cioroianu, Pe umerii…, p. 210-211
  108. Cioroianu, Pe umerii…, p. 207; Frunză, p. 437
  109. Frunză, p. 437
  110. Cioroianu, Pe umerii…, p. 206, 217-218; Frunză, p. 424-425
  111. Cioroianu, Pe umerii…, p. 206, 217; Frunză, p. 430-434
  112. Cioroianu, Pe umerii…, p. 136, 206-207; Frunză, p. 425
  113. Cioroianu, Pe umerii…, p. 136, 208
  114. Cioroianu, Pe umerii…, p. 198-200, 207; Frunză, p. 426-428-434
  115. Frunză, p. 429
  116. Cioroianu, Pe umerii…, p. 291-294
  117. Cioroianu, Pe umerii…, p. 221, 314-315
  118. Cioroianu, Pe umerii…, p. 268-318; Frunză, p. 367-370, 392-399
  119. Barbu, p. 192
  120. a et b Cioroianu, Pe umerii…, p. 313
  121. Cioroianu, Pe umerii…, p. 300-319; Frunză, p. 394-399
  122. Cioroianu, Pe umerii…, p. 212-217, 219, 220; Frunză, p. 440-444
  123. Cioroianu, Pe umerii…, p. 208
  124. Cioroianu, Pe umerii…, p. 218-219, 220; Frunză, p. 456-457
  125. Frunză, p. 442
  126. Cioroianu, Pe umerii…, p. 214; Frunză, p. 442, 445, 449-450
  127. Cioroianu, Pe umerii…, p. 215, 218; Frunză, p. 437, 449, 452-453
  128. Cioroianu, Pe umerii…, p. 215; Frunză, p. 437, 449
  129. Cioroianu, Pe umerii…, p. 215; Frunză, p. 438
  130. Frunză, p. 452-453
  131. Cioroianu, Pe umerii…, p. 216; Frunză, p. 440-441, 454-457; Iordachi I.2
  132. Scînteia, 1964, in Iordachi I.2
  133. Cioroianu, Pe umerii…, p. 220; Frunză, p. 453
  134. Cioroianu, Pe umerii…, p. 220
  135. Cioroianu, Pe umerii…, p. 216-217, 220-221; Frunză, p. 445-449, 458-461
  136. Cioroianu, Pe umerii…, p. 221-223, 275-276; Frunză, p. 458 et suiv.

Références[modifier | modifier le code]