Pseudohistoire

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le mot pseudohistoire (aussi prim'histoire ou parahistoire) désigne une étude qui se présente comme un travail d'historien mais ne respecte pas les règles de la méthodologie historique[1]. Dans un cadre polémique, il peut aussi être utilisé comme étiquette péjorative pour dévaloriser un travail historique dont les détracteurs n'apprécient pas les conclusions[2].

La pseudohistoire peut traiter soit d'événements à la réalité discutable et qui se seraient déroulés avant ou en parallèle de l'histoire officielle, soit d'événements incontestés, mais interprétés de manière à « valider » abusivement une thèse pré-conçue, en occultant, niant ou excluant tous les éléments allant à l'encontre de cette thèse. Les sujets d'étude de la pseudo-histoire sont souvent d'hypothétiques civilisations avancées et que l'on imagine connaissant l'écriture ou des technologies complexes (voir par exemple le mythe de l'Atlantide), ou encore une hypothétique filiation directe, très ancienne et exclusive, entre une civilisation ancienne et une nation actuelle (voir l'article « Protochronisme »).

Critères[modifier | modifier le code]

Quelques critères ont été suggérés pour déterminer si une étude relève de la pseudohistoire[3] :

  • L’ouvrage poursuit un but politique, religieux ou idéologique.
  • L’ouvrage n’est pas publié dans une revue scientifique et/ou n’a pas été validé par des pairs.
  • Les principaux faits mentionnés à l’appui de la thèse du livre sont spéculatifs, controversés ou font partie des cas suivants :
  1. les sources ne sont pas correctement citées ;
  2. interprétées de manière partiale ;
  3. se voient accorder une importance anormale ;
  4. sont citées hors de leur contexte ;
  5. sont déformées, involontairement, accidentellement, ou frauduleusement.
  • Les explications divergentes et plus simples pour le même ensemble de faits, données par des spécialistes et correctement référencées, ne sont pas mentionnées.
  • L’ouvrage fait référence à une ou plusieurs théories de la conspiration ou à des explications complexes, alors qu’une explication plus simple peut être trouvée et devrait être retenue en application du rasoir d'Occam
  • L’ouvrage réfute catégoriquement toute possibilité de manipulation dans le déroulement ou le récit d’un événement dont il défend une version exclusive.

Le problème de flou dans la définition est le même que pour la pseudo-science, qui d'ailleurs se reconnait à peu près par les mêmes critères.

Sujets de pseudo-histoire[modifier | modifier le code]

Les sujets de recherche les plus célèbres sont ceux sur les mythes de la Genèse (quête de l'arche de Noé), l'Atlantide ainsi que son pendant Pacifique, Empire de Mû ou la Lémurie en Afrique, considérés par les sceptiques comme des métaphores politiques ou de pures inventions. La pseudo-histoire manifeste aussi beaucoup d'intérêt pour les domaines de recherche dont les sources sont parcellaires et permettent donc beaucoup d'interprétations différentes, comme les origines indo-européennes, le druidisme, l'afrocentrisme, les empires précolombiens ou le mégalithisme.

Outre les civilisations humaines du passé, la pseudohistoire étudie aussi les visites supposées d'extra-terrestres sur Terre. Ainsi, le tarmac supposé formé par les pétroglyphes de Nazca ou bien les peintures des Dogons entrent dans le champ de la discipline. En langue française, des auteurs comme Pierre Carnac, Robert Charroux, Erich von Däniken (traduit), Serge Hutin ou Guy Tarade ont été prolifiques dans ce domaine.

À ce titre, la pseudo-histoire est à l'histoire ce que la cryptozoologie est à la zoologie : un espace où le rêve et le mythe se nourrissent de la science. À ce titre, elle relève de la créativité et s'apparente à la science-fiction (voir par exemple les quêtes d'êtres fabuleux comme le Yéti ou le Sasquatch ou d'espèces préhistoriques survivantes comme le monstre du Loch Ness, ou encore les scenarii des films mettant en scène le personnage d'Indiana Jones).

Mais la pseudo-histoire peut aussi prendre des positions politiques, par exemple dans le cadre du protochronisme nationaliste, lorsqu'elle tente de démonter des filiations directes, très anciennes et exclusives, entre une civilisation ancienne et une nation ou une ethnie actuelle, ou bien dans le cadre du négationnisme lorsque, non contente de nier la réalité d'évènements historiques[4], elle en propose d'autres versions[5].

Le protochronisme[modifier | modifier le code]

Le protochronisme est aussi appelé « hyperpaléoethnisme »[6] qui signifie en grec « nationalisme de l'ultra-ancienneté ». Il vise, en ex-Yougoslavie, Albanie, Bulgarie, Macédoine, Roumanie, Russie, Chine ou Japon (entre autres) à « démontrer » que les ancêtres réels ou revendiqués des habitants de ces pays : Slaves anciens, Illyriens, Proto-Bulgares, Macédoniens antiques, Daces, Homo erectus de Chine ou hommes du pré-Jomon au Japon, seraient les ancêtres directs des populations actuelles, existaient avant tous les autres peuples de l’Antiquité (y compris, en Europe, les Grecs antiques et les Romains), remonteraient directement, selon les pays, aux anciens Indo-Européens (voire, selon les versions, aux « Aryens » ou à Noé) ou aux populations préhistoriques, et auraient disposé de civilisations bien plus élaborées que celles reconnues par les historiens. On trouve aussi, chez des professeurs comme Jean Ravenstein de l’université d'Aix-Marseille, l’expression « rétroprojection nationaliste » qui englobe à la fois le protochronisme et le nationalisme historique décrivant les états multiculturels et pluri-ethniques du passé (comme, en Europe du Sud-Est : l’Empire byzantin, la Hongrie médiévale, les Principautés danubiennes, la Dobrogée ou le royaume Bulgaro-Valaque) comme des pays mono-ethniques ou même des nations au sens moderne du terme (respectivement grecque, magyare, roumaine ou bulgare : chaque pays s’approprie le passé en y projetant son identité actuelle et en relativisant ou en niant les apports d'autres peuples et surtout des peuples voisins)[7].

Exemples de protochronisme[modifier | modifier le code]

Dans les pays issus de la fragmentation de l’ex-Yougoslavie et en Bulgarie, les auteurs d’histoire-fiction, très prolifiques sur internet, promeuvent la théorie dite « iranienne », avatar européen de la théorie de l'invasion aryenne (TIA) qui soutient qu’un peuple de cavaliers et de guerriers nomades de « race indo-européenne », connu sous le nom d’« Aryens » et originaire de l’actuel Afghanistan, a connu une grande expansion démographique et militaire entre les XVIIe et XVIe siècles av. J.-C., et a envahi l’Europe et l’Inde du Nord[8]. Selon cette théorie « iranienne », des tribus de cavaliers iraniens, en provenance du mont Iméon dans le Pamir, et fondateurs, selon l’académicien bulgare Petăr Dobrev, d’une grande civilisation appelée Bulkh (« Balkh ») en Bactriane se seraient installées dans l’actuelle Ukraine au Ve ou VIe siècle : les Alains et les Slaves en seraient les descendants directs. Une partie d’entre eux auraient rejoint les Balkans, tandis que d’autres auraient émigré entre le IVe et le Ve siècle vers l’Europe centrale, dans la région de la haute Vistule (Galicie), fondant l’« Empire » de Croatie blanche.

Selon la théorie « iranienne », le nom « Horouathos » figurant dans deux textes de la « pierre de Tanaïs », inscription grecque de l’an -520 retrouvée dans le port de Tanaïs sur la mer d'Azov, en Crimée[9] est interprété comme signifiant « Croate », de même que celui de la ville de Cracovie ou des montagnes Carpates, et bien d’autres noms, qui seraient issus de Horvat dans cette théorie, tandis que le mot Balkan proviendrait, lui, de Balkh en Bactriane[10]. Cette théorie affirme en outre que « des études génétiques » (non citées) permettraient de trouver les origines des premières tribus slaves au nord de l’Asie centrale, autour de la chaîne de montagnes de l’Oural il y a environ 10 000 ans. Les partisans de la théorie « iranienne » affirment aussi que les mots d'origine alane en bulgare (qui est une langue slave) ne proviennent pas des Iasses (des Alains installés au XIe siècle en Bulgarie, Hongrie et Moldavie), et que les Proto-Bulgares n’étaient pas des turcophones (comme l’affirment linguistes et historiens) mais que ces mots démontreraient l’origine iranienne des Proto-Bulgares.

Selon la majorité des historiens et des linguistes (voir les articles correspondants) Balkan signifie « glissant » en turc, les Carpates doivent leur nom à la tribu dace des Carpes (les « rocailleux » en thrace), « Horouathos » dérive de l’ancien iranien hu-ur-vatha, mot vieux-perse qui signifie « allié », et Cracovie dérive du proto-slave « Krak » signifiant « chêne sacré ». Les premiers Croates, les Proto-Bulgares et d’autres groupes slaves étaient des populations d’agriculteurs et d’éleveurs qui furent simplement en contact avec le peuple nomade iranophone des Alains, sans en descendre pour autant : les traces de ces contacts tiennent principalement du domaine philologique et étymologique. Il n’existe pas de source écrite ancienne pour étayer la théorie « iranienne », qui ne peut s’appuyer que sur des légendes d’origine difficilement identifiable. Enfin le manque de marqueurs génétiques communs avec les populations actuelles descendant des anciens Perses, fait peser des doutes sur l’authenticité, voire sur l’existence des « études génétiques » invoquées (voir Projet génographique). En conclusion, la théorie « iranienne » rompt avec les études des ethnologues, historiens, linguistes et philologues concordantes depuis deux siècles, et fait fi des sources historiques concernant les migrations des Slaves comme De Administrando Imperio[11].

En Roumanie, les auteurs protochronistes, s’appuyant sur les travaux de l’universitaire Viorica Enăchiuc, prennent encore plus de libertés : ils utilisent des documents apocryphes, comme le Codex Rohonczi, supposé en alphabet dace[12] pour « démontrer » l’antériorité des Daces sur les civilisations de La Tène et de l’Italie antique, et l’origine dace des Latins[13].

Ailleurs en Europe, des populations minoritaires, isolées dans des massifs montagneux et ayant soit des langues, soit des dialectes ou des traditions particulières, comme les Basques pyrénéens, les Houtsoules des Carpates ukrainiennes ou les Saracatsanes des Balkans, ont également été, concernant leurs origines, l'objet d'hypothèses protochronistes, les faisant remonter à la préhistoire (ou, dans les cas des Houtsoules, aux tout premiers Slaves)[14], alors que d'autres auteurs pensent qu'il s'agit de cultures issues d'une « pidginisation pastorale » dans laquelle des composantes linguistiques diverses et parfois anciennes ont pu entrer, mais qui sont d'origine relativement récente[15].

En Chine, la théorie selon laquelle l’Homo erectus en Chine (hommes de Pékin ou de Lantian) serait un ancêtre des populations chinoises modernes, est officielle et enseignée dans les écoles[16].

Au Japon, la théorie de la « continuité » et du « peuple homogène » considère que la population de l’archipel n’a plus connu aucun apport extérieur ni transformation génétique depuis son premier peuplement à l’époque paléolithique, établissant ainsi une lignée ininterrompue jusqu’à aujourd'hui. Définie par des historiens et anthropologues de la fin des années 1940, tel le président de la Société anthropologique de Tōkyō de l'époque Kotondo Hasebe, cette hypothèque est élevée au rang de modèle dans les années 1950 et 1960 à travers le concept de « changements microévolutionnaires » établi par Hisashi Suzuki, de l'université de Tokyo, sur la base d’analyses crâniométriques de milliers de squelettes découverts après la fin de la guerre[17]. Elle reste le paradigme de l’ethnogenèse japonaise jusqu’aux années 1970, et, malgré les travaux de Takeo Kanaseki qui, depuis les fouilles menées à Doigahama (Yamaguchi, à l’extrémité ouest de Honshū) montrent que le peuple japonais est issu d’un métissage[18], continue à être enseignée dans de nombreux établissements scolaires et universitaires.

On pourrait multiplier les exemples de protochronisme à travers de nombreux autres pays modernes, de la Norvège à l'Indonésie en passant par la Turquie, Israël, l'Iran ou le Vietnam.

Contexte du protochronisme[modifier | modifier le code]

Ces théories sont anciennes mais ont beaucoup profité :

Une page du Codex Rohonczi, avec en bas des symboles chrétiens.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Garrett G. Fagan, Archaeological Fantasies: How Pseudoarchaeology Misrepresents The Past and Misleads the Public, ISBN 978-0415305938
  2. Par exemple, les négationnistes qualifient de « pseudo-histoire » les études sur la Shoah.
  3. Douglas Allchin, Pseudohistory and Pseudoscience
  4. Israel Charny : Le Livre noir de l'humanité, Paris, Privat, (ISBN 2-7089-5607-8).
  5. Par exemple l'historiographie scolaire turque expliquant qu'il n'y a jamais eu de génocides arménien et grec pontique, « parce qu'en réalité » ces populations auraient été déplacées avec des pertes limitées, dues « uniquement aux conditions de guerre », ou bien ont fui, « pour ensuite inventer de toutes pièces et à l'aide de documents apocryphes, lesdits génocides afin d'obtenir des dédommagements »: voir étude des « sözde soykırımı » (les « prétendus génocides ») dans « Turquie : de la difficulté de débattre du génocide arménien », dans Courrier international, 2005 [lire en ligne (page consultée le 2 avril 2008)] et Jérôme Bastion : « La Turquie propose une "commission-vérité" à l’Arménie », sur RFI, 15 avril 2005 [lire en ligne (page consultée le 2 avril 2008)]
  6. Expression due à l’historien roumain Neagu Djuvara : voir sur [1]
  7. Voir aussi Jean-Simon Legascon : L'Europe face au défi nationaliste dans les Balkans in : Guerres mondiales et conflits contemporains no 217, janvier 2005, Presses universitaires de France
  8. La théorie de l'invasion aryenne a été proposée pour la première fois par l'abbé Jean-Antoine Dubois, un indianiste français, et développée par l'indianiste germano-britannique Max Müller durant le XIXe siècle
  9. la « Pierre de Tanaïs » est conservée au musée archéologique de Saint-Pétersbourg (Russie).
  10. Petăr Dobrev : Nepoznatata drevna Bălgarija (L'Ancienne Bulgarie inconnue), éd. Ivan Vazov, Sofia, 2001, ISBN 954-604-121-1
  11. De Administrando Imperio écrit vers 950 par l'Empereur byzantin Constantin VII. La traduction du nom du document est De l'administration de l'Empire. Le titre original était Pros ton idion yion Romanon (À Notre Propre Fils Romanus, grec: Προς τον ίδιον υιόν Ρωμανόν) et était destiné à être un manuel politique intérieur et étranger pour son fils et successeur, l'Empereur Romanus II.
  12. http://www.dacica.ro/
  13. Le rapport de synthèse du professeur Augustin Deac sur le Codex Rohonczi et sur la validité du travail de Viorica Enăchiuc ; voir aussi les articles Codex Rohonczi, Napoleon Săvescu et Tablettes de Tărtăria pour plus de détails.
  14. Pour les Basques, hypothèses de José Miguel de Barandiarán Ayerbe citée dans (en) Larry Trask, The history of Basque, Londres, Routledge,‎ 24 décembre 1996, 480 p. (ISBN 0415131162 et 9782908132014), ou de Merritt Ruhlen, L'Origine des langues, Débats/Belin, 1997, ISBN 2-7011-1757-7 ; pour les Houtsoules, les historiens ukrainiens O.D. Boïko, V.I. Borisenko, R. Ivantchenko, A. Kotsur, V. M. Litvine, V.M. Mordvintsev et A.G. Slyousarenko avancent l'hypothèse d'une population-relique des tout premiers Slaves, avant leur différenciation ; et pour les Saracatsanes, les universitaires grecs E. Makris et Poulianos les considèrent comme un peuple pré-Néolithique remontant aux Pélasges.
  15. Pour les Basques, Arnaud Etchamendy dans sa thèse Euskera-Erderak : basque et langues indo-européennes : essai de comparaison soutenue à l'université de Pau en 2007, suggère que le basque pourrait être issu d'une « pidginisation pastorale » entre des parlers indo-européens et des termes-reliques ibériques disparus : ce serait une langue initialement indo-européenne ayant évolué en langue agglutinante ; pour les Houstoules et les Saracatsanes, c'est Robert Magocsi de l'université de Toronto qui défend l'hypothèse de la « pidginisation pastorale » : il souligne que le nom des Houstoules peut être rapproché du roumain hoțul (« voleur ») et du slave kochul (« vagabond », « nomade ») tandis que celui des Saracatsanes peut être rapproché de l'aroumain sireacatsan (« misérable ») et du turc kara-kaçak ("obscur fuyard"), les deux populations n'était pas signalées avant le XVIIIe siècle.
  16. Sur le site officiel [2], on peut lire dans l'article Site de l'homme de Pékin (colline Longgu, arrondissement de Fangshan, Pékin) : « En 1933, d'une caverne au sommet de la colline Longgu, on a déterré des fossiles de l'homme des cavernes datant, lui, de 18 000 ans. L'étude de son crâne a permis d'en déduire qu'il était l'ancêtre de la race jaune ». Voir aussi le deuxième épisode L’Asie de la série documentaire L’Aventure des premiers hommes de Fiona Cushley et Charles Colville, 2009, diffusé sur la chaîne France 5.
  17. (en) Suzuki H., « Microevolutionary changes in the Japanese population from the prehistoric age to the present day », éd. J. Fac. Sci. Univ. Tokyo, Sec. V3, 1969, p. 279–308.
  18. (ja) (en) Kanaseki T., Nagai M., Sano H., « Craniological studies of the Yayoi-period ancients, excavated at the Doigahama site, Yamaguchi Prefecture », Jinruigaku Kenkyu, no 7 (suppl.), 1960, p. 1–36.
  19. Vladimir Jirinovski cité sur : [3] et [4]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]