Deuxième arbitrage de Vienne

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La Roumanie en août 1940 avec en jaune le territoire cédé à la Hongrie (Transylvanie du nord), en rouge ceux cédés à l'URSS et en vert à la Bulgarie.

Le deuxième arbitrage de Vienne ou second arbitrage de Vienne fait référence à l'annexion le 30 août 1940 par la Hongrie de la moitié nord de la Transylvanie alors partie prenante de la Grande Roumanie. Cet arbitrage est imposé par le Troisième Reich et le Royaume d'Italie après que les négociations bilatérales entre les deux pays (16 - 24 août) eurent échouées. Les frontières étaient alors celles du traité de Trianon (qui entérina en 1920 la réduction de la Hongrie intervenue en 1918 en référence au 10e des 14 points du président américain Wilson, selon le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes).

Objectifs allemands[modifier | modifier le code]

Depuis l'Anschluss, le Reich, puis, l'Union soviétique, à partir de l'occupation de la Bessarabie en juin 1940[1], s’affirment au grand jour comme des puissances danubiennes de premier ordre qui remettent en question l’ordre établi par le traité de Versailles en 1919, où la Roumanie, dont la France et le Royaume-Uni avaient garanti les frontières le 13 avril 1939, jouait un rôle important[2]. Fin septembre 1939, la flotte et le Service maritime roumain transportent de Constanza à Alexandrie le gouvernement, le trésor de la banque nationale, les divisions restantes de l'armée polonaise ainsi que de nombreux réfugiés civils, pris en étau lors de l’invasion de la Pologne par le Troisième Reich et l’URSS. À Alexandrie, ces forces furent intégrées par les Britanniques dans les armées alliées (action qui fit dire à Hitler : La Roumanie est comme les États-Unis : elle est officiellement neutre, mais elle nous livre une guerre froide)[3]. Il fallait donc l’affaiblir, mais en évitant d’avoir à lui faire la guerre. Le second arbitrage de Vienne s’inscrit dans ce contexte.

Contexte[modifier | modifier le code]

Alors que sa protectrice, la France, vient de s’effondrer, le chantage à la guerre détermine le roi Carol II à cesser ses persécutions contre la Garde de fer fasciste, à céder à l'URSS, le 28 juin 1940, conformément l'ultimatum présenté par Molotov le 26 juin[4], 50 135 km² de territoires roumains peuplés de 3 150 793 personnes (15% du territoire et 16% de la population), à nommer le 4 juillet un gouvernement pro-allemand (Ion Gigurtu) et à accepter l’arbitrage allemand le 20 août pour épargner à son pays le sort de la Pologne. Le Conseil de la Couronne valide l'arbitrage par 21 voix contre 10 et une abstention[5].

L'occupation de la Bessarabie par les troupes soviétiques incite les voisins de la Roumanie, la Hongrie et la Bulgarie à exprimer eux aussi des revendications territoriales sur des portions du territoire roumain et place définitivement le royaume sous la tutelle allemande[6].

De plus, cette occupation incite les responsables allemands à détourner leur attention vers les Balkans et le Danube, en organisant le dépeçage de la Roumanie[7].

Les clauses de l'arbitrage[modifier | modifier le code]

En acceptant l’arbitrage allemand, Carol II cède encore à la Hongrie 43 492 km² peuplés de 2 603 589 personnes (14% du territoire et 13% de la population, dont 40 % de magyars) et à la Bulgarie 7 412 km² peuplés de 407 352 personnes (2,5% du territoire et 2% de la population), soit, avec ce qu’il avait déjà cédé à l’URSS, un tiers du territoire et de la population de son pays. Bien que la cession garantisse la pluralité ethnique de ces régions, d’importantes expulsions de Roumains ont lieu : 200 000 personnes d'après Hans-Erich Stier[8].

Conséquences politiques, démographiques et économiques[modifier | modifier le code]

Le roi est alors profondément déconsidéré dans une opinion qui ne réalise pas encore l’étendue de la tragédie polonaise, et, le 29 août 1940, il abdique[9], tandis que le pouvoir est confié le pouvoir au général pro-nazi Antonescu, chargé, entre autres de l'exécution des clauses économiques de l'alliance allemande[9].

Celui-ci se fait fort de récupérer les territoires perdus, s’allie à la Garde de fer et oblige le roi à abdiquer et à s’exiler aussitôt après. Mais ensuite, il ouvre le pays à la Wehrmacht le 5 octobre : l’objectif d’Hitler et de Staline est atteint car la Roumanie est affaiblie et partagée entre leurs deux sphères d’influence telles qu’elles avaient été définies par le Pacte germano-soviétique en 1939[10].

La perte de territoires entraîne aussi l'expulsion des territoires annexés sur la Roumanie de près de 260 000 personnes[11]. Pour les accueillir sur un territoire réduit, le gouvernement roumain adopte une politique antisémite destinée aussi à exproprier les biens des Juifs roumains, tandis que les Allemands encouragent l'émigration des 77 000 Volksdeutsche de Roumanie vers le Reich[11], indemnisés de manière forfaitaire et collective pour un montant de 7,7 milliards de Lei, utilisés par les Allemands pour renforcer le contrôle sur le pays et son économie[12].

De plus, l'arbitrage a contribué à placer définitivement la Roumanie dans l'alliance et la sphère économique allemande[9]. Ainsi,

Annulation de l'arbitrage[modifier | modifier le code]

Le régime d'Antonescu s’est montré, pour récupérer les territoires cédés fin juin 1940 à l’URSS et pour s’assurer une place dans l’« ordre nouveau » hitlérien, un fidèle satellite de l’Axe, qui lui concède, en « compensation » des pertes dus au second arbitrage de Vienne, le droit d’occuper et annexer une partie de la Podolie ukrainienne, dénommée « Transnistrie » (où ce régime se livre à des crimes contre l’humanité). Mais Antonescu et son régime sont renversés le 23 août 1944 par le roi Michel et le Conseil national de la résistance : la Roumanie déclare aussitôt la guerre à l’Axe et combat contre l’Allemagne jusqu’à la fin de la guerre. Cela lui vaut de regagner la Transylvanie du nord au Traité de paix de Paris de 1947, ce qui annule de jure le second arbitrage de Vienne, déjà annulé de facto dès octobre 1944.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gorodetsky, Le grand jeu de dupes, p. 69.
  2. Gorodetsky, Le grand jeu de dupes, p. 95.
  3. Grigore Gafencu : Préliminaires de la guerre à l’est : de l’accord de Moscou (21 août 1939) aux hostilités de Russie (22 juin 1941), Egloff, Fribourg/Suisse, 1944.
  4. Gorodetsky, Le grand jeu de dupes, p. 75.
  5. Traian Sandu Histoire de la Roumanie, Perrin, Paris 2008, p. 265
  6. Gorodetsky, Le grand jeu de dupes, p. 76.
  7. Gorodetsky, Le grand jeu de dupes, p. 88.
  8. Hans-Erich Stier, Grosser Atlas zur Weltgeschichte Westermann, 1985, ISBN 3-14-100919-8, p. 160
  9. a, b et c Gorodetsky, Le grand jeu de dupes, p. 93.
  10. Nicolette Frank, La Roumanie dans l’engrenage, Elsevier-Sequoia, Paris 1977 et Dennis Deletant, Hitler's Forgotten Ally : Ion Antonescu and his Regime, Basingstoke, Palgrave, 200.6
  11. a et b Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, p. 319
  12. Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, p. 321

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands. : Une dictature au service du Peuple, Paris, Flammarion,‎ 2005 (édition utilisée : Champs Histoire 2008 (ISBN 978-2-0812-1809-3)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Dennis Deletant, Hitler's Forgotten Ally : Ion Antonescu and his Regime, Basingstoke, Palgrave.
  • (fr) Nicolette Frank, La Roumanie dans l’engrenage, Elsevier-Sequoia, Paris 1977.
  • Gabriel Gorodetsky, Le Grand Jeu de dupes : Staline et l'invasion allemande, Paris, Les Belles Lettres,‎ 2000, 727 p. (ISBN 978-2-262-03402-3)Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]