Deuxième arbitrage de Vienne

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La Roumanie en août 1940 avec en jaune le territoire cédé à la Hongrie (Transylvanie du nord), en rouge ceux cédés à l'URSS et en vert à la Bulgarie.

Le deuxième arbitrage de Vienne ou second arbitrage de Vienne désigne l'annexion le par la Hongrie de la moitié nord de la Transylvanie, en Roumanie. Ce traité s'est fait à la demande du Troisième Reich et du Royaume d'Italie pour annuler les décisions du traité de Trianon (qui entérina en 1920 la division de la Hongrie intervenue en 1918 en référence au 10e des 14 points du président américain Wilson, selon le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes).

Objectifs allemands[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de la commission du Danube mise en place par le traité de Paris du 30 mars 1856 pour réglementer la navigation sur le Danube, étaient représentés l'ensemble des États riverains du fleuve[1]. Depuis l'Anschluss, le Reich et l’URSS (qui a des vues sur la Bessarabie) s’affirment au grand jour comme des puissances danubiennes de premier ordre qui remettent en question l’ordre établi par le traité de Versailles en 1919, où la Roumanie, dont la France et le Royaume-Uni avaient garanti les frontières le 13 avril 1939, jouait un rôle important[2]. Fin septembre 1939, la flotte et le Service maritime roumain transportent de Constanza à Alexandrie le gouvernement, le trésor de la banque nationale, les divisions restantes de l'armée polonaise ainsi que de nombreux réfugiés civils, pris en étau lors de l’invasion de la Pologne par le Troisième Reich et l’URSS : à Alexandrie, ces forces furent intégrées par les Britanniques dans les armées alliées (action qui fit dire à Hitler : La Roumanie est comme les États-Unis : elle est officiellement neutre, mais elle nous livre une guerre froide)[3]. Il fallait donc l’affaiblir, mais en évitant d’avoir à lui faire la guerre : le second arbitrage de Vienne s’inscrit dans ce contexte.

Dépeçage de la Roumanie et conséquences[modifier | modifier le code]

L’été 1940, alors que sa protectrice la France vient de s’effondrer, le chantage à la guerre détermine le roi Carol II à cesser ses persécutions contre la Garde de fer fasciste, à céder à l'URSS, le 28 juin, 50 135 km² de territoires roumains peuplés de 3 150 793 personnes (15% du territoire et 16% de la population), à nommer le 4 juillet un gouvernement pro-allemand (Ion Gigurtu) et à accepter l’arbitrage allemand le 20 août pour éviter le sort de la Pologne. En acceptant l’arbitrage allemand, Carol I cède encore à la Hongrie 43 492 km² peuplés de 2 603 589 personnes (14% du territoire et 13% de la population, dont 40 % de magyars) et à la Bulgarie 7 412 km² peuplés de 407 352 personnes (2,5% du territoire et 2% de la population), soit, avec ce qu’il avait déjà cédé à l’URSS, un tiers du territoire et de la population de son pays. Bien que la cession garantisse la pluralité ethnique de ces régions, d’importantes expulsions de Roumains auront lieu (200 000 personnes d'après Hans-Erich Stier dans Grosser Atlas zur Weltgeschichte Westermann, 1985, ISBN 3-14-100919-8, p. 160).

Le roi est alors profondément déconsidéré dans une opinion qui ne réalise pas encore l’étendue de la tragédie polonaise, et, le 5 septembre, il doit confier le pouvoir au maréchal pro-nazi Antonescu. Celui-ci se fait fort de récupérer les territoires perdus, s’allie à la Garde de fer et oblige le roi à abdiquer et à s’exiler aussitôt après. Mais ensuite, il ouvre le pays à la Wehrmacht le 5 octobre : l’objectif d’Hitler et de Staline est atteint car la Roumanie est affaiblie et partagée entre leurs deux sphères d’influence telles qu’elles avaient été définies par le Pacte germano-soviétique en 1939[4].

Annulation de l'arbitrage[modifier | modifier le code]

Le régime Antonescu s’est montré, pour récupérer les territoires cédés fin juin 1940 à l’URSS et pour s’assurer une place dans l’« ordre nouveau » hitlérien, un fidèle satellite de l’Axe, qui lui concède, en « compensation » des pertes dus au second arbitrage de Vienne, le droit d’occuper et annexer une partie de la Podolie ukrainienne, dénommée « Transnistrie » (où ce régime se livre à des crimes contre l’humanité). Mais Antonescu et son régime sont renversés le 23 août 1944 par le roi Michel et le Conseil national de la résistance : la Roumanie déclare aussitôt la guerre à l’Axe et combat contre l’Allemagne jusqu’à la fin de la guerre. Cela lui vaut de regagner la Transylvanie du nord au Traité de paix de Paris de 1947, ce qui annule de jure le second arbitrage de Vienne, déjà annulé de facto dès octobre 1944.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Dennis Deletant, Hitler's Forgotten Ally : Ion Antonescu and his Regime, Basingstoke, Palgrave.
  • (fr) Nicolette Frank, La Roumanie dans l’engrenage, Elsevier-Sequoia, Paris 1977.
  • (fr) Gabriel Gorodetsky, Le grand jeu de dupes : Staline et l’invasion allemande Les Belles Lettres, Paris, 2000, (ISBN 2251380442).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. G.Gorodetscky, Le grand jeu de dupes, p.94.
  2. G.Gorodetscky, Le grand jeu de dupes, p.95.
  3. Grigore Gafencu : Préliminaires de la guerre à l’est : de l’accord de Moscou (21 août 1939) aux hostilités de Russie (22 juin 1941), Egloff, Fribourg/Suisse, 1944.
  4. Nicolette Frank, La Roumanie dans l’engrenage, Elsevier-Sequoia, Paris 1977 et Dennis Deletant, Hitler's Forgotten Ally : Ion Antonescu and his Regime, Basingstoke, Palgrave, 200.6

Articles connexes[modifier | modifier le code]