République démocratique moldave

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Moldavie (homonymie).

République démocratique moldave
Republica Democratică Moldovenească ro

1917 – 1918

Drapeau Blason
Description de cette image, également commentée ci-après

La première République de Moldavie en 1917

Informations générales
Statut République
Capitale Chișinău
Langue Roumain, officiel, avec minorités linguistiques non-officielles : russe, ukrainien, yiddish, polonais, gök-ouz et allemand.
Monnaie Rouble
Démographie
Population 3 255 000 hab. (est. 1912)
Superficie
Superficie 44 422 km² (1910)
Histoire et événements
2 décembre 1917 Autonomie lors de la révolution russe, puis indépendance, proclamation de la République
9 avril 1918 Union avec la Roumanie

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La République démocratique de Moldavie en 1917

La République démocratique moldave a existé du au . La révolution russe de février 1917 et la déclaration du Droits des peuples de l'Empire à s'auto-déterminer, encouragent les nationalités de l’Empire russe à recouvrer leur souveraineté : un « Soviet » se forme en Bessarabie, comme dans le reste de l'Empire: le Sfatul Țării (« Conseil du Pays » en roumain). Indépendantistes roumanophones et Menchéviks y sont largement majoritaires. Le , le „Sfatul Țării” proclame la République démocratique autonome de Moldavie dans les frontières de la goubernia de Bessarabie. Aussitôt, les Bolchéviks tentent d'en prendre le contrôle par la force, tandis que de nombreuses troupes débandées pillent le pays. Le 13 décembre 1917, à l'appel de la majorité du „Sfatul Țării”, les troupes roumaines entrent en Bessarabie, encadrées par les officiers de l'armée française Berthelot. Le « Conseil du Pays » proclame l'indépendance du pays le 6 janvier 1918 sous le nom de République démocratique moldave de Bessarabie. Mais cette première république de Moldavie aura une existence brève : le 27 mars 1918, le „Sfatul Țării”, effrayé par les proclamations révolutionnaires et les actions militaires des bolchéviks, vote par 86 voix contre 3 et 36 abstentions, l’union avec la Roumanie[1]. À la fin de la Première Guerre mondiale, le pays est officiellement rattaché à la Grande Roumanie par le traité de Paris. Seule la Russie bolchevique (RSFSR) refuse de reconnaître ce rattachement (la Bessarabie est d'ailleurs le seul territoire de l'Empire russe que la RSFSR continue à revendiquer par la suite, car c'est le seul qu'elle n'a pas cédé d'elle-même).

La marche vers l'indépendance[modifier | modifier le code]

Le Sfatul Țării s'est formé à partir de mars 1917 à partir des comités révolutionnaires ou républicains locaux.

Le soviet („Sfatul Țării”) de Chișinău, janvier 1918
Le siège du „Sfatul Țării” et la réplique de la Louve romaine, affirmation de l'identité locale
La déclaration d'union de la République démocratique moldave à la Roumanie

En avril 1917, se crée un Parti National Moldave, représentant les roumanophones, majoritaires dans le pays, et présidé par Vasile Stroescu, entouré de Paul Gore, Vladimir Herța, Pantelimon Halippa et Onisifor Ghibu. Ce parti publie un hebdomadaire, le Cuvânt moldovenesc ("Parole moldave").

L'été 1917, alors que la situation dans l'Empire se dégrade sur tous les plans, le comité central des soviets de Chișinău propose le l'élection au vote direct, égal, secret et universel d'un « Soviet du pays » („Sfatul Țării”) qui devra travailler pour formuler une « Proposition de loi pour l'autonomie territoriale » de la Bessarabie. Le , les élections investissent 44 députés des soviets de soldats, 36 députés des soviets de paysans, 58 députés des soviets d'artisans, ouvriers, salariés, comités locaux et syndicats, soit 156 députés au total. 105 de ces députés de déclarèrent roumanophones, 15 Ukrainiens, 14 Juifs, 7 Russes, 2 germanophones, 2 Bulgares, 8 Gök-Oguz, 1 Polonais, 1 Arménien et 1 grec. Lors de sa première séance solennelle le le Sfatul Țării élit comme président Ion Inculeț et proclame l'égalité hommes-femmes, la laïcisation de la société, l'abolition de tous les privilèges aristocratiques, la nécessité d'une réforme agraire et l'égalité des langues (auparavant, seul le russe avait un statut officiel)[2]. Par la suite, le „Sfatul Țării” se réunira par 83 fois, prenant de plus en plus des positions dites « agrariennes », c'est-à-dire conformes aux opinions des délégués des paysans, représentés par Nicolae Bosie-Codreanu, Ion Pelivan ou Nicolae Sacară. Il adopte le roumain comme langue officielle et d'enseignement, et décrète la réforme agraire: les propriétés aristocratiques sont confisquées et distribuées à leurs tenanciers.

Le , le « Conseil du Pays » proclame l'autonomie de la « République démocratique moldave », en tant que composante de la République fédérative de Russie. Toutefois, les Bolcheviks, qui se sont emparés de la Douma et du pouvoir en Russie par la force en octobre 1917 (par un coup d'État appelé "Révolution d'Octobre") tentent d'en faire autant à Chișinău, ce qui effraye les députés et détermine le Sfatul Țării à proclamer l'indépendance de la Moldavie le .

La réaction des Bolcheviks est d'entrer en résistance armée (comme ailleurs dans l'ex-Empire) et d'enrôler les soldats affamés, débandés du front, dans des « brigades rouges » qui vivent sur le pays et tentent de s'emparer des gares, ponts et entrepôts. Les Bolcheviks offrent une prime à quiconque tuera les chefs du „Sfatul Țării”, qualifiés de « traîtres » et de « vendus ». Assailli par les plaintes des paysans, des monastères, des commerçants juifs et arméniens pillés et rançonnés par les « brigades rouges », le „Sfatul Țării” fait appel au général Scherbatchev, commandant de l'armée russe en Roumanie voisine. Celui-ci, dont l'autorité se limitait désormais à son proche état-major, transmet la demande à l'état-major roumain et français, commandé par le français Berthelot. Ce dernier intervient en Bessarabie avec des troupes franco-roumaines, et en chasse les « brigades rouges » le [3].

Les « brigades rouges » ont été forcées de se retirer en Ukraine (où elles se joignent aux Bolcheviks locaux, dans leur lutte contre les indépendantistes ukrainiens, les anarchistes et les blancs (antibolchéviks). Mais si les méthodes des Bolchéviks dressent contre eux la majorité des populations, leurs idées ne perdent pas leur attrait: elles gagnent même des soldats roumains et français (parmi ces derniers, Maurice Foucault et Louis Thomas, qui seront plus tard des militants du PCF[4]).

Trois mois d'indépendance[modifier | modifier le code]

Aussi, le , le „Sfatul Țării” vote à l'unanimité l'indépendance de la République démocratique moldave, et constitue son Comité directeur en gouvernement. Ion Inculeț est élu président; il nomme Daniel Ciugureanu premier ministre[5].

Début 1918, Lénine négocie la paix de Brest-Litowsk avec ses financeurs allemands: il est de notoriété publique qu'il va leur abandonner les pays baltes, la Biélorussie, la Moldavie et l'Ukraine que, de toute manière, les Bolcheviks ne parviennent pas à contrôler. L'armée russe est hors de combat, et les franco-roumains se retrouvent isolés et contraints, eux aussi, de négocier la paix avec les Empires centraux. De plus, la politique violente des Bolcheviks dresse contre leur gouvernement de plus en plus de forces, et la guerre civile menace. Compte tenu de cette situation, le (9 avril 1918 selon le nouveau calendrier), le „Sfatul Țării” vote, par 86 voix contre 3 et 36 abstentions, l'union de la République démocratique moldave au Royaume de Roumanie, évitant ainsi l'occupation allemande et ses réquisitions, ainsi que la guerre civile, qui s'abattent sur l'Ukraine voisine[6]. Cette union fut confirmée en 1920 par le traité de Paris.

Conditions de l'union à la Roumanie[modifier | modifier le code]

Le „Sfatul Țării” a voté l'union à la Roumanie sous les conditions suivantes :

  1. L'adoption par le gouvernement et le parlement roumains de la réforme agraire ;
  2. L'autonomie de la province de Bessarabie au sein du Royaume avec un Conseil provincial contrôlant le budget local et nommant les fonctionnaires de l'administration provinciale ;
  3. Le respect des droits des minorités ;
  4. La présence dans le gouvernement roumain d'au moins deux ministres issus de Bessarabie ;
  5. L'adoption par la Roumanie du vote direct, égal, secret et universel masculin et féminin ;
  6. Le respect de la liberté d'opinion, d'expression, de culte et de réunion ;
  7. Une amnistie générale pour toutes les personnes ayant été condamnées pour raisons politiques durant le révolution.

13 députés étant absents et 135 présents, 86 votèrent pour l'union, 3 contre, et 36 s'abstinrent. L'annonce du résultat fut suivie de manifestations de joie dans la population où l'on cria « Vive l'union, vive la liberté, vive la paix ! ».

Après que le parlement roumain ait accepté les conditions de l'union en novembre 1918, le „Sfatul Țării” vota une motion exprimant sa confiance dans l'avenir démocratique du nouvel état, puis prononça son auto-dissolution le . La Bessarabie devint une province du Royaume de Roumanie.

Un an plus tard, les élections parlementaires en Bessarabie envoyèrent au parlement de Bucarest 90 députés et 35 sénateurs qui, le , ratifièrent, ainsi que ceux des autres régions roumanophones, les actes d'union votés par le „Sfatul Țării”, par le Congrès transylvain et par le Congrès bucovinéen.

Parmi les sept conditions à l’union formulées par le „Sfatul Țării”, trois furent pleinement remplies (la réforme agraire, achevée en 1923, le vote direct masculin et féminin adopté en 1921 et le respect des libertés publiques), deux le furent partiellement (le respect des minorités, du moins jusqu'en 1929, et l’amnistie politique) et deux ne le furent pas (l’autonomie territoriale et la présence obligatoire de deux ministres bessarabiens). En ce sens, l’historien Anatol Petrencu a estimé dans son ouvrage „Au service de la muse Clio” (2000) que l’union de la République démocratique moldave (et aussi de la Transylvanie et de la Bucovine, auparavant austro-hongroises) avec le royaume de Roumanie, a contribué à démocratiser ce dernier, même si cette démocratisation n’est pas allée jusqu’au bout et même si le régime parlementaire a fini par s’effondrer face aux nationalismes xénophobes consécutifs à la crise de 1929.

Présidents[modifier | modifier le code]

La République démocratique moldave a eu trois présidents :

Le sort des anciens du Sfatul Țării sous le régime soviétique[modifier | modifier le code]

Le „Sfatul Țării” a fait de la Bessarabie le premier territoire roumanophone à proclamer son union avec la Roumanie, en mars 1918. Lorsqu'ils purent revenir en 1940, les soviétiques avaient tiré les leçons de cet évènement et ils déportèrent les roumanophones ayant dépassé le baccalauréat, qui n'avaient pas eu le temps de passer le Prut pour se réfugier dans la partie de la Moldavie restée roumaine, soit plus de 30 000 personnes. Dans cette « première fournée » qui n'est que le début d'une longue série[7], figurent 14 anciens députés du „Sfatul Țării” dont un ancien ministre de la république démocratique moldave. Le dossier n° 824 conservé dans les archives du Service d'Information et de Sécurité de la Moldavie[8], relate le sort de ces détenus, capturés par les Soviétiques le , après que l'URSS, grâce au Pacte Hitler-Staline, ait annexé la Bessarabie la veille.

Le , le major Sazykine, chef du NKVD à Chișinău, expédie au « commissaire du Peuple » (ministre) pour l'Intérieur de l'URSS, Laurent Pavlovitch Béria, un télégramme pour lui annoncer sa prise (en fait il avait suffi de cueillir ces hommes déjà âgés chez eux) et demander l'autorisation d'organiser un procès à la soviétique pour « Trahison des intérêts du peuple moldave », mais les détenus mourront en détention sans avoir été "jugés"[9].

Galerie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ion Nistor, Histoire de la Bessarabie, éd Humanitas, Bucarest, 1991. ISBN 973-28-0283-9

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Anthony Babel : La Bessarabie, Félix Alcan, Genève, 1929
  2. Charles Upson Clark - The creation of Bessarabian Republic
  3. Charles Upson Clark - ANARCHY IN BESSARABIA
  4. Jean Gacon, En remontant le cours de l'histoire, dans France-URSS magazine n° 132 (389), 1980
  5. Ion Nistor, Histoire de la Bessarabie, éd. Humanitas, Bucarest, 1991, pag.278, ISBN 973-28-0283-9, p. 285
  6. Charles Upson Clark - ORGANIZATION OF THE DIET
  7. Nikolai Bugai, Депортация народов из Украины, Белоруссии и Молдавии : Лагеря, принудительный труд и депортация (déportation des peuples d'Ukraine, Biélorussie et Moldavie), Dittmar Dahlmann et Gerhard Hirschfeld - Essen, Allemagne, 1999, P. 567-581
  8. Dossier pénal n° 824, classé le 15 septembre 1940 sous le n° 603, archives du Service d'Information et de Sécurité de la Moldavie, Chișinău
  9. Télégramme du major Sazykine à Laurent Béria : Strict secret Au commissaire du Peuple pour les Affaires internes de l'Union Soviétique, le commissaire de 1-ère classe de Sécurité, le camarade Beria L. P. Je vous expédie pour examen le dossier pénal de 14 membres actifs du mouvement contre-révolutionnaire „Sfatul Țării”: 1. Teodor Onciu, né en 1887, député au „Sfatul Țării”, fonctionnaire. 2. Cojuhari Teodor, né en 1879, colonel de l'armée tzariste, député au „Sfatul Țării”, ministre de la défense de la prétendue „Rép. Dém. moldave”, puis député au parlement monarchiste roumain. 3. Teodor Neag, né en 1878, koulak (tout rural autre que les ouvriers agricoles, était qualifié par les Bolcheviks de koulak et considéré comme un ennemi de classe). 4. Vladimir Budescu, né en 1868, ancien procureur de la Cour d'Appel. 5. Ivan Ignatiouk, né en 1893, koulak. 6. Panteleimon Sinadinos, né en 1875, député à la Douma tzariste de 1907 à 1917, propriétaire terrien, jusqu'à la réforme agraire de 1918 il avait 4 500 ha. 7. Constantin Bivol, né en 1885, koulak. 8. Ion Codreanu, né en 1879, koulak. 9. Emmanuele Cotelli, né en 1883 a. n., ancien officier de l'armée tzariste, propriétaire terrien. 10. Luca Știrbeț, né en 1889, membre du parti paysan, koulak. 11. Alexandru Baltaga, né en 1861, député au „Sfatul Țării”, a 12 médailles du gouvernement roumain, prêtre, ancien métropolite de Bessarabie. 12. Nicolae Sacară, né en 1894, ancien député au „Sfatul Țării”, koulak. 13. Grigore Turcoman, né en 1890, ancien officier de l'armée tzariste, koulak. 14. Stefan Botnariouk, né en 1875, membre important des partis bourgeois, propriétaire terrien. Notre enquête (NT : les Soviétiques sont arrivés en Bessarabie 48 heures auparavant) a confirmé que toutes ces personnes ont, en 1918, commis la rupture par la force de la Bessarabie hors de l'Union Soviétique (NT : l'URSS n'a été proclamée qu'en 1922) pour la donner à la Roumanie, acte pour lequel ils ont reçu du gouvernement roumain 50 ha chacun. En plus, ces personnes ont exercé une activité contre-révolutionnaire sur le territoire de la Bessarabie jusqu'à l'arrivée de l'Armée rouge. Leur activité criminelle contre le peuple moldave est totalement démontrée, tant par les résultats de l'enquête, que par les documents trouvés dans les archives des administrations roumaines et de la sûreté roumaine. Pensant que ce dossier pourrait avoir une grande importance politique, mais aussi une valeur de propagande pour les travailleurs moldaves, je vous prie d'approuver l'organisation d'un procès public pour ces cas, afin de condamner la livraison ouverte de la Bessarabie à la Roumanie par l'intermédiaire des affaires mystérieuses des associations secrètes moldaves avec le gouvernement roumain et la Rada ukrainienne. Signé: major Sazykine, chef du NKVD à Chișinău Tandis que des milliers de détenus rejoignent en prison les 14 arrêtés, le dossier de Sazykine tourne durant 4 mois dans les services de Béria à Moscou, puis revient sans aucune annotation: le procès n'aura pas lieu. Sans jugement, les 14 détenus mourront en détention : 1. Teodor Onciu : † 22.XI.1940, pénitencier Chișinău ; 2. Teodor Cojuhari : † 23.I.1941, pénitencier Chișinău ; 3. Teodor Neaga : † 6.XII.1941, Goulag, Penza, Russie ; 4. Vladimir Bodescu : † 28.XI.1941, Goulag, camp n° 4 de Tchistopol, Russie ; 5. Ivan Ignatiouk : † 26.I.1943, Goulag, camp n° 2 de Tchistopol, Russie ; 6. Panteleimon Sinadinos : † Goulag, URSS, ? ; 7. Constantin Bivol : † 12.III.1942, Goulag, camp n° 4 de Tchistopol, Russie ; 8. Emmanuele Cotelli : † 18.II.1943, Goulag, camp n° 5 de Sverdlovsk, Russie ; 9. Luca Știrbeț: † 15.III.1942, Goulag, camp n° 4 de Tchistopol, Russie ; 10. Alexandru Baltaga : † 7.VIII.1941, pénitencier de Kazan, Russie ; 11. Nicolae Sacară : † 24.II.1942, Goulag, Penza, Russie ; 12. Grigore Turcoman : † 28.V.1942, Goulag, Penza, Russie ; 13. Stefan Botnariouk : † 22.VIII.1941, Goulag, Penza, Russie. Un dernier, Ion Codreanu, eut un sort différent : il fut échangé entre en mai 1941 entre l'URSS et la Roumanie, contre la célèbre dirigeante communiste Ana Pauker : il vécut à Bucarest, où l'Armée rouge le rattrapa en septembre 1944, et où il fut arrêté deux ans après par la Securitate : † 15.II.1949. Les documents intégraux sont dans le doctorat en droit de Mihai Tașcă, publié sur le site du journal moldave Timpul : [1].