Prison de Pitești

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La prison de Pitești en Roumanie (Închisoarea Pitești) était un lieu de détention connu pour les expériences de lavage de cerveau et de rééducation par la torture pratiquées durant les années 1949 à 1952 par l'administration pénitentiaire et la police politique communiste, sous l'autorité du Parti Communiste. Les tortures commises en son sein sont également connues sous le nom de l'expérience Pitești (Experimentul Pitești) ou du Phénomène Pitești (Fenomenul Pitești).

Spécificité[modifier | modifier le code]

La place de Pitești dans le réseau de prisons et de camps de la République Populaire de Roumanie.

Dans cette prison plus qu'ailleurs, les tortures tant physiques (privation de sommeil, eau et nourriture, électrocution, quasi-noyades, obligation d'ingérer des excréments, exposition à des températures extrêmes, viols, coups, piqûres sous les ongles, injection de substances chimiques ou pharmaceutiques...) que psychiques (humiliations, manipulations, chantages affectifs, menaces sur la famille...) étaient quotidiennes. Elles avaient pour but de « rééduquer » complètement les détenus politiques (étudiants, membres des anciens partis politiques non-communistes comme le Parti agrarien ou le Parti libéral, dissidents, défenseurs des Droits de l'homme, franc-maçons, membres du clergé, anciens membres de la Garde de fer, juifs jugés sionistes, insoumis de toute catégorie...).

Les objectifs de l'« expérience », conformément aux principes léninistes interprétés par le Parti communiste roumain, étaient :

  • l'abandon des convictions et idées politiques et religieuses par les détenus ;
  • l'altération de la personnalité jusqu'au point d'« obéissance absolue »;
  • l'obtention de chaque détenu, d'une liste de noms de collègues, parents et amis supposés de mêmes opinions, pour être arrêtés à leur tour.

Lorsque l'« expérience » réussissait, le détenu, devenu une sorte de « perroquet » capable seulement d'enchaîner les slogans et la « langue de bois » du Parti, pouvait être libéré. Parmi ces libérés, de toute façon minoritaires, il semble que beaucoup se soient suicidés, selon la psychologue Irena Talaban. Lorsque les autorités n'étaient pas complètement satisfaites des résultats de l'« expérience », le détenu était transféré ailleurs, notamment dans les camps de travail de la plaine du Bărăgan, dont la mortalité était très importante.

Les estimations du nombre de détenus ayant subi l'« expérience Pitești » de varient entre environ 12 000 et 18 000 sur une période de 45 ans[1].

Note[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Irena Talaban : Psychologie et psychopathologie du traumatisme individuel et collectif dans une société totalitaire communiste : la Roumanie 1945-1989, thèse de doctorat en psychologie clinique et psychopathologie à l'Université de Paris VIII, Paris 1998, 430 pp.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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