Garde de fer

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Vignette de l'« entraide légionnaire » d'un Leu.

La Garde de fer (en roumain : Garda de Fier) est un mouvement nationaliste qui exista dans le royaume de Roumanie entre 1927 et le début de la Seconde Guerre mondiale.

Nom[modifier | modifier le code]

Le nom officiel du mouvement était « Legiunea Arhanghelului Mihail » (Légion de l'Archange Michel), d'où le nom de « Légionnaires » et de « Mișcarea Legionară » (Mouvement légionnaire) adopté par ses adhérents quels que soient les changements de nom de l'organisation. Son emblème représentait six faisceaux noirs (trois verticaux et trois horizontaux) sur fond vert, et fut appelé « Zgarda de fier » (La grille en fer) par dérision. Son fondateur, Corneliu Zelea Codreanu, sut répliquer en transformant ce sobriquet en « Garda de fier » (Garde de fer), nom qui finit par désigner le mouvement. Plus tard, en juin 1939, la Légion changea de nom pour s'appeler « Totul pentru Țară » (Tout pour le pays).

Des débuts difficiles[modifier | modifier le code]

Fondé à Iași par l'instituteur d'origine polonaise Corneliu Zelea Codreanu le , le mouvement a été dirigé par lui jusqu'à son exécution par la police en 1938. Dans la première partie de son histoire, la Garde de Fer est un mouvement très minoritaire, souvent pris en dérision et persécuté par la monarchie parlementaire roumaine, pro-alliée et membre de la Petite Entente. Il séduisit surtout des étudiants et des jeunes d'origine modeste, révulsés par la corruption et facilement manipulables. La crise de 1929, en accentuant les inégalités, profita au mouvement, qui se développait dans une Roumanie qui avait réalisé son unité politique à l'issue de la Première Guerre mondiale, mais où les minorités (dominantes avant 1918 dans les territoires ayant appartenu aux empires austro-hongrois et russe) avaient globalement un meilleur niveau d'éducation et de vie que la majorité roumaine rurale, et accédaient plus facilement à l'Université et aux hautes sphères économiques et culturelles. Dans ce contexte, les « Légionnaires », souvent de jeunes paysans ou ouvriers, se voyaient eux-mêmes comme « l'essence de la nation » alors que les citadins occidentalisés les percevaient comme frustes et frustrés. La police royale en emprisonna beaucoup et en abattit quelques-uns lors de plusieurs incidents. Cela radicalisa les « Légionnaires » qui basculèrent dans la violence politique et raciste : en mars 1930, Codreanu forma la branche paramilitaire et politique de la « Légion ».

Le , le premier ministre libéral roumain Ion Duca interdit la Garde de fer. Ses membres se vengent en assassinant Duca le dans la gare de Sinaia.

Membres de la Garde de fer abattus en 1938 et 1939 dans la rue par la gendarmerie sous la dictature carliste : la banderole proclame « ainsi finissent les assassins traîtres à leur pays », les « Légionnaires » étant considérés comme des « agents de l'Allemagne », tout comme les communistes étaient traités en « agents de l'URSS ».

Profitant de la crise économique et de l'ascension des fascismes dans toute l'Europe, la Garde de Fer acquiert une aura de martyre de la nation ployant sous la corruption des élites internationalistes, et commence à séduire des électeurs (d'autant que n'étant pas athée, mais au contraire chrétienne affichée, elle ne choque pas les anciennes générations et notamment les anciens combattants). En 1937, elle devient le 3e parti au Parlement et le premier ministre Octavian Goga accède à certaines revendications des Légionnaires, formulées par d'autres électeurs aussi, en instituant un numerus clausus dans les universités, l'administration et l'armée, pour en limiter l'accès des minoritaires et favoriser celui des « roumains de souche ». Toutefois, le gouvernement continue à combattre la Garde de Fer et en février 1938, le roi Carol II dissout le parlement où les députés « Légionnaires » formaient une minorité de blocage.

Codreanu est arrêté et emprisonné en avril 1938. Avec d'autres « Légionnaires », il est tué durant la nuit du 29 au , officiellement en tentant de s'échapper, en fait en représailles pour le meurtre d'un ami du ministre de l'intérieur Armand Călinescu.

Le , Călinescu devient le premier ministre d'un nouveau gouvernement. Il est assassiné le par des « Légionnaires » qui veulent venger Codreanu. Des représailles mutuelles s'ensuivent, une ambiance de violence et de guerre civile s'installe dans le pays. Des intellectuels prennent position, certains approuvant la répression contre la Garde de Fer (Tudor Arghezi, Nicolae Iorga, Mihail Sadoveanu), d'autres défendant le mouvement même s'ils n'en admettaient pas la violence (Emil Cioran, Neagu Djuvara).

Brève ascension[modifier | modifier le code]

Durant la Seconde Guerre mondiale, la Roumanie est officiellement neutre jusqu'en juin 1941, mais conformément à son traité avec la Pologne, elle accueille le gouvernement, le Trésor et les troupes rescapées des invasions allemande et soviétique de ce pays, que les navires du Service maritime roumain amènent à Alexandrie, où elles rejoignirent les forces britanniques. Le pacte germano-soviétique du reconnaissait également les intérêts soviétiques en Bessarabie : la Roumanie aussi était menacée, et après l'effondrement de la France, les garanties de la France et du Royaume-Uni, signées le valaient encore moins que pour Varsovie. Aussi, malgré l'assassinat de Călinescu, le roi Carol II de Roumanie tente un rapprochement avec l'Axe.

Ce changement politique est perçu favorablement par les légionnaires survivants. Le gouvernement d'Ion Gigurtu formé le est le premier à inclure un membre de la Légion. Mais au moment où le mouvement obtenait une part du pouvoir, la plupart de ses dirigeants charismatiques étaient déjà morts : Horia Sima, un violent antisémite devenu le chef du mouvement après la mort de Codreanu, était l'un des légionnaires de premier plan à avoir survécu à la répression des années précédentes.

Le , la Légion s'allia avec le général (futur maréchal) Ion Antonescu afin de former le gouvernement de l'« État national-légionnaire », qui força Carol II à abdiquer en faveur de son fils Mihai, et se rapprocha encore plus de l'Axe. La Roumanie rejoignit officiellement l'Axe en juin 1941. Horia Sima devint le vice-président du conseil des ministres.

Une fois au pouvoir, la Légion augmenta la dureté de la législation discriminatoire instituée par le gouvernement Goga, en y introduisant de nouvelles mesures antisémites (entre-autres, la nationalité roumaine fut retirée à 120 000 juifs naturalisés après 1918). Elle lança en toute impunité une campagne de pogroms (118 juifs tués à Bucarest en [1]) et d'assassinats politiques. De plus, elle pratiqua le clientélisme, l'extorsion et le chantage dans de nombreux secteurs commerciaux et financiers, et imposa par la violence son contrôle sur les média et dans le monde de la culture. Plus de 60 intellectuels, anciens dignitaires ou officiels sont exécutés à la prison Jilava en attendant leur procès. L'historien et ancien premier ministre Nicolae Iorga ainsi que l'économiste Virgil Madgearu, également un ancien ministre, sont assassinés sans même le prétexte d'une arrestation.

Cependant, la Légion surestime sa puissance. Le elle tente un coup d'État militaire pour écarter Antonescu, jugé trop tiède, mais l'armée reste fidèle à ce dernier et la légion perd son rôle au sein du gouvernement, ainsi que sa protection. Horia Sima et de nombreux autres légionnaires se réfugient en Allemagne où Himmler les intègre dans la Waffen SS. D'autres sont emprisonnés.

Un mouvement fasciste ?[modifier | modifier le code]

Les historiens Neagu Djuvara et Florin Constantiniu discutent le qualificatif de « fasciste » communément appliqué à la Garde de Fer. Il y a certes des points communs (usage de la violence politique, anticommunisme, culte d'un État autoritaire, culte du chef) et Corneliu Zelea Codreanu ou Horia Sima avaient étudié le fascisme et le nazisme. Toutefois, c'est du franquisme espagnol que la Garde de Fer se rapprocherait le plus, car c'est un mouvement intégriste chrétien, non social, sans animosité envers les bourgeois, les intellectuels ou les capitalistes, pourvu qu'ils soient « roumains de souche ».

Autres mouvements du même nom[modifier | modifier le code]

  • Roumanie. Il existe un autre mouvement politique nationaliste nommé « Garda de fier » qui regroupe quelques exilés roumains tels Faust Brădescu (Ion Brad), Ion Boboc ou Iancu Perifan au début des années 1970. Il a commencé à s'implanter en Roumanie à partir de 1991, sans toutefois être légalement autorisé. D'autres partis politiques, fondés par d'anciens communistes, ont repris certaines idées de la "Garde de Fer": le parti de la "Grande Roumanie" et celui du "Foyer roumain" ("Vatra Româneasca").
  • Argentine. Il existe également un groupe politique argentin, des Jeunesses péronistes, connu sous le nom de Guarda de Hierro, la Garde de fer (son nom officiel était l'Organización Unica del Trasvasamiento, OUGT).

Ces deux mouvements n'ont pas de lien direct avec le mouvement de Codreanu, même si la "Garda de Fier" de Faust Brădescu s'en inspire[2].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Corneliu Zelea-Codreanu, Pentru Legionari (Pour les légionnaires), Bucarest 1936.
  • Horia Sima, The History of the Legionary Movement, Legionary Press, 1995, ISBN 1-899627-01-4
  • Alexander E. Ronnett, The Legionary Movement and the Romanian Nationalism, Romanian-American National Congress, 1995, ISBN 0-8294-0232-2.
  • Florin Constantiniu, Une histoire sincère du peuple roumain, Univers Enciclopedic, Bucarest 2002, p. 341 et suiv.
  • Institut Yad Vashem, Rapport de la commission internationale, chap. 5 (Roumanie)
  • Nicholas M. Nagy-Talavera, A History of Fascism in Hungary and Rumania, Hoover Institution Press, 1970.
  • Eugen Weber, "Romania", in The European Right: A Historical Profile, University of California Press, 1965
  • Eugen Weber, Les hommes de l'Archange, in International Fascism: New Thoughts and Approaches, Publications, 1979, ISBN 0-8039-9842-2 and ISBN 0-8039-9843-0.
  • Radu Ioanid, The Sacralised Politics of the Romanian Iron Guard, in Totalitarian Movements & Political Religions, Volume 5, Numéro 3, éd. Winter, 2004, pp. 419-453.
  • Radu Ioanid, L'épée de l'Archange, Columbia University Press, 1990, ISBN 0-88033-189-5.
  • Stanley G. Payne, Fascism: Comparison and Definition, University of Wisconsin Press, 1980, ISBN 0-299-08060-9, pp. 115-118.
  • Roger Griffin, "Romania", in Fascism, Part III, A, XI, Oxford University Press, 1995, ISBN 0-19-289249-5, pp. 219-222.
  • Le suicide de l'Europe: Mémoires du Prince Mihail Sturdza, American Opinion Books, 1968, ISBN 0-88279-214-8.
  • Leon Volovici, Nationalist ideology and antisemitism: The Case of Romanian Intellectuals in the 1930s, Pergamon Press, Oxford, 1991.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe, op. cit., p. 1414-1415
  2. Dénonciation de ces mouvements par Michel Korne, périodique "Lupta/Le Combat", Ville d'Avray, 1970-1990

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]