Elena Ceaușescu

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Elena Ceaușescu
Image illustrative de l'article Elena Ceaușescu
Fonctions
Première dame de Roumanie
9 décembre 196722 décembre 1989
Président Nicolae Ceaușescu
Successeur Elena Șerbănescu
Vice-Première ministre de Roumanie
3 juin 198717 décembre 1989
Biographie
Nom de naissance Elena Petrescu
Date de naissance 7 janvier 1916
Lieu de naissance Petrești, Dâmbovița (Roumanie)
Date de décès 25 décembre 1989
Lieu de décès Târgoviște (Roumanie)
Nature du décès Peine de mort (peloton d'exécution)
Nationalité Flag of Romania (1965-1989).svg Roumaine
Parti politique Parti communiste roumain
Conjoint Nicolae Ceaușescu
Diplômé de Université de Bucarest

Elena Ceaușescu

Elena Ceaușescu, née Lenuța Petrescu le 7 janvier 1916 à Petrești (Dâmbovița, Roumanie) et décédée le 25 décembre 1989, à Târgoviște (Roumanie), était une femme politique roumaine.

Elle était la femme du dirigeant communiste Nicolae Ceaușescu (donc de fait Première dame de Roumanie) et une dignitaire de la République socialiste de Roumanie ; elle fut notamment vice-Première ministre du pays.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et études[modifier | modifier le code]

Elena Petrescu naît dans le Județ de Dâmbovița. Elle est issue d'une famille de paysans habitant dans le département d'Ilfov, en Valachie. Elle termine une scolarité médiocre en quatrième année (son carnet scolaire ayant été publié à la chute du régime confirma l'écart entre ses capacités réelles et celles qu'elle disait avoir)[1], et déménage avec son frère à Bucarest, où elle travaille comme assistante de laboratoire avant de devenir ouvrière dans une usine textile[2].

Mariage et engagement politique[modifier | modifier le code]

Elena Ceaușescu, en 1939.

Elle rejoint le Parti communiste roumain en 1937, à l'âge de 21 ans, et rencontre deux ans plus tard Nicolae Ceaușescu, son futur époux. Ils se marient le 23 décembre 1947[2], journée durant laquelle elle falsifie son certificat de naissance (changeant l'année « 1916 » en « 1919 ») afin de se rajeunir de trois ans, Nicolae Ceaușescu étant en réalité de deux ans son cadet. C'est à ce moment aussi qu'elle fait changer officiellement son prénom (Lenuța voulant dire « la douce », trop populaire), en Elena[réf. nécessaire].

De cette union, naissent au moins deux enfants : une fille Zoia (1949-2006), mathématicienne, qui dirigea la branche féminine des pionniers (jeunesses communistes), avant d'entrer en dissidence, et un fils choyé Nicu (1951-1996), qui présida la branche masculine et fut considéré comme étant l'héritier du régime. Ce dernier, grand amateur de femmes et d'alcool, eut une relation, qui apparaîtra par la suite forcée, avec la gymnaste Nadia Comaneci, triple championne olympique aux Jeux d'été de Montréal en 1976.
Cependant, la légitimité du fils ainé, Valentin, né en 1948 est contestée : on a prétendu qu'il fut adopté par le couple Ceaușescu après la Seconde Guerre mondiale, rumeurs totalement infondées puisque des analyses ADN sur les restes des époux Ceaușescu ont été réalisées à des fins d’identification en novembre 2010 à la demande de Valentin lui-même[3],[4]. Celle-ci étant probablement due au fait que Valentin fut le seul membre de la famille à être en désaccord avec ses parents, n'ayant pas la « fibre communiste », il ne s'impliquait pas autant que son frère et sa sœur dans la politique de son pays. De plus, Valentin avait osé commettre l'« ultime affront » de s'être marié avec Iordana (dit « Dana ») Borilă, fille de Petre Borilă, l'un des plus sérieux rivaux de son père au sein du parti.

Carrière scientifique et politique[modifier | modifier le code]

Une chimiste controversée[modifier | modifier le code]

Portrait d'Elena Ceaușescu non daté.

Après la prise du pouvoir par les communistes, en 1945 (la Roumanie devient officiellement la République populaire roumaine en 1947), Elena Ceaușescu travaille comme secrétaire au ministère des Affaires étrangères (à partir de 1948 plus précisément au département international du Comité central[2]), où elle reste une figure de second rang jusqu'à la nomination de son mari au poste de secrétaire général du parti, en 1965. À partir de juillet 1971, lui sont confiés des postes de haut niveau de responsabilité au sein du Parti communiste.

Après avoir obtenu pendant les années 1950 un diplôme d'ingénierie chimique à l’Université Politehnica (Bucarest), elle devient directrice générale de l’Institut de recherches chimiques roumain et devient également membre de l'Académie des sciences[1],[2]. Son niveau d'instruction limité ne l'empêche cependant pas de s’accaparer de nombreux prix scientifiques internationaux en chimie, notamment en matière de polymères, durant la période où son mari est à la tête du pays : il fallait à tout prix que l’ex-assistante de laboratoire devenue l’épouse du n°1 roumain apparaisse comme le fruit d’une réussite sociale exemplaire.
Pour construire sa notoriété, elle n’hésitera pas à tricher sur ses véritables capacités intellectuelles et à s’attribuer le résultat des recherches effectuées par Ion Ursu, un jeune universitaire servile, dont la carrière devint fulgurante. Mais cela ne l'empêche pas de se voir raillée par la population[2] et une partie de la communauté scientifique du pays, qui est néanmoins invitée à taire ses critiques, certains scientifiques ayant été emprisonnés[1].
Elle est ainsi docteur-ingénieur en chimie, obtenant son grade universitaire de façon très discutée : sa thèse est tout d'abord refusée par le professeur Chritopher Simionescu puis, alors que celui-ci est renvoyé et son nom retiré des encyclopédies, un scientifique de moindre renom, le professeur Coriolan Drăgulescu, valide ses travaux et se voit ainsi propulsé sur la scène scientifique du pays, voyant alors son nom entrer dans l'encyclopédie, intégrant lui-même l'Académie des sciences. Elle accumule de ce fait les doctorats honorifiques de prestigieuses universités étrangères, sous la pression de leurs propres gouvernements (notamment celles d'Athènes, Buenos Aires, Lima, Manille, Mexico, Nice, New York, Quito et Téhéran), car pour tous ces pays, il fallait flatter l’ego du dirigeant roumain et de son épouse qui avaient pris une certaine distance avec la politique commune du Bloc de l’Est (ces titres lui ont été retirés après la chute du régime). L'encyclopédie roumaine de l'époque dédie plus d'une demi-page pour énumérer tous ses titres et récompenses.

Elena Ceaușescu recevant un diplôme honoris causa, à l'université de Manille, en 1975.

Ascension et domination politique[modifier | modifier le code]

Elena Ceaușescu commence à avoir un rôle politique dès l'été 1972, lequel ne va aller qu’en s’accroissant[2]. Cette année-là, elle est ainsi élue membre du titulaire du Comité central (un puissant organe de direction du Parti communiste roumain), et, en 1973, nommée membre titulaire du Comité exécutif. La propagande du régime, notamment concernant le culte de la personnalité, la place petit à petit davantage en avant, notamment lors de la fête nationale du 23 août 1973 ; par la suite, elle suit de plus en plus près son époux dans l’ordre protocolaire, lors des représentations officielles. À partir de 1975, elle en occupe la deuxième place, devant les membres du gouvernement et le Premier ministre. Elle devient membre du Bureau permanent en janvier 1977[2]. Elle est alors le deuxième personnage de l’État et du Parti et, au même titre que Nicu (1951-1996), le fils benjamin du couple présidentiel, elle fait figure de successeur éventuelle de son mari[2]. Son influence politique est alors considérable alors que la rotation des postes est assurée au minimum jusqu’en 1989 et éloigne ainsi toute opposition interne : en 1974, elle est notamment accusée d’avoir précipité la chute du Premier ministre Ion Gheorghe Maurer[2]. Bien que son influence politique dépasse largement les prérogatives du chef de la majorité, elle devient, en juin 1987 vice-Première ministre de Roumanie.

Elena Ceaușescu serait responsable du décret sur la suppression du contrôle des naissances, disposition qui cause dès les années 1970 et 1980 une augmentation importante de naissances d'enfants non désirés. Ceux-ci sont alors placés dans des orphelinats dispersés dans tout le pays, dont le niveau d'hygiène et de compétence des personnels sont déplorables. Elle est également nommée à la tête de Commission d'État chargée de la santé. À ce titre, elle nie notamment l'existence du sida en Roumanie, provoquant une des plus graves épidémies (notamment les cas pédiatriques) dans l'ouest du pays.

Le couple Ceaușescu, en 1975, avec l'empereur du Japon Hirohito.

Chute du régime[modifier | modifier le code]

Elle suit son mari dans la chute du régime communiste, durant la révolution de 1989. Ils sont tous les deux capturés à Târgoviște, à 50 kilomètres de Bucarest. Lors du simulacre de procès qui ne dure que 55 minutes, elle refuse de répondre aux questions posées et conteste la légitimité de leurs accusateurs, préférant adopter un ton arrogant à leur égard.

À l'issue de ce procès, elle et son mari sont condamnés à mort pour génocide et aussitôt fusillés, le jour de Noël de 1989, dans la base militaire de la ville.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Elena Ceausescu, savante... d'exception
  2. a, b, c, d, e, f, g, h et i Pierre Bouillon, « Elena : l’éminence grise », in « Ceausescu, le dictateur courtisé », L'Histoire n°370, décembre 2011, page 72.
  3. « Des tests ADN confirment l'identité du dictateur roumain Ceausescu », dépêche AFP, 3 novembre 2010.
  4. Article de Métro-Montréal du 3/11/2010

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]