Bernard Lecache

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Bernard Lecache en 1923

Bernard Lecache, né le 16 août 1895 à Paris et mort le 14 août 1968 à Cannes[1], est un journaliste français, fondateur en 1927 de la Ligue internationale contre l'antisémitisme (LICA), dont il reste président jusqu'à sa mort.

La LICA est devenue la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) en 1979.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales et formation[modifier | modifier le code]

Abraham Bernard Lecache est le fils de Joseph Lecache (né en 1861), tailleur, et de Moussi Jack (née en 1871)[2], émigrés juifs venus d'Ukraine, alors province de l'Empire russe. La famille obtient la nationalité française en 1905[3].

Il fait ses études secondaires aux lycées Lavoisier et Louis-le-Grand, puis étudie à la Sorbonne.

Débuts professionnels et militants[modifier | modifier le code]

Après ses études, il devient secrétaire de l'avocat Henry Torrès, tout en collaborant au journal La Petite République, dont il est le chroniqueur théâtral. Pendant la guerre, il est mobilisé à partir de 1916 et réformé en 1918.

Après la guerre, il collabore au Journal du Peuple (Henri Fabre), favorable au régime issu de la révolution bolchévique en Russie (octobre 1917) et au Merle blanc (Eugène Merle). Il est proche de la mouvance des socialistes de gauche, comme Boris Souvarine. Il fréquente aussi la journaliste anarchiste Séverine (dont il épouse la petite-fille, Denise Montrobert, en 1923[4]).

Le Parti communiste

En 1919-1920, il fait partie du Comité pour la IIIe Internationale[5] et, présent au congrès de Tours, adhère dès sa création à la Section française de l'internationale communiste (peu après rebaptisée Parti communiste français). Il écrit dans les organes du Parti, en particulier L'Humanité pour qui il fait un reportage en Espagne en 1921[6], puis en Italie au moment de la Marche sur Rome en 1922.

Il fait partie d'abord du groupe des « souvariniens », avec Treint, puis lors du congrès du Parti d'octobre 1922, se rallie au centre[5], dont le leader est le secrétaire général, Ludovic-Oscar Frossard. Peu après, le IVe congrès de l'Internationale communiste décide d'interdire aux membres du PCF, l'appartenance à la franc-maçonnerie et, pour les journalistes, la collaboration à la presse « bourgeoise ». En décembre, Humbert-Droz évince de L'Humanité « une bande de jeunes intellectuels sans liens avec la classe ouvrière » (outre Bernard Lecache, ce sont Georges Pioch, Victor Méric, Henry Torrès, etc.)[7]. En janvier 1923, Frossard démissionne et quitte le Parti, en raison de la clause sur la franc-maçonnerie, en même temps que d'autres militants insuffisamment « bolchéviks ».

Bernard Lecache se joint d'abord au Comité de résistance fondé par Pioch et Méric, puis rejoint la SFIO. Il travaille ensuite pour La Volonté, Le Quotidien, L'Œuvre, Marianne.

Il est aussi membre de la Ligue des droits de l'homme,

L'affaire Schwartzbard et la Ligue contre les pogroms (1926-1928)[modifier | modifier le code]

En mai 1926, le militant anarchiste Samuel Schwartzbard abat en plein Paris le nationaliste ukrainien Simon Petlioura, qu'il accusait de pogroms ayant décimé sa famille.

Alors collaborateur au journal, Bernard Lecache s'intéresse à l'affaire et demande à l'avocat socialiste Henry Torrès de prendre en charge la défense de l'assassin. Il est envoyé en Ukraine par Henri Dumay[réf. nécessaire] pour enquêter sur les agissements de Petlioura quand il était au pouvoir. Au bout de trois mois, les résultats de cette enquête, Quand Israël meurt, sont publiés dans Le Quotidien (février et mars 1927). Samuel Schwartzbard est triomphalement acquitté le 26 octobre 1927.

Son voyage en URSS a réactivé son intérêt pour ce pays ; en octobre 1927, il préside un meeting pour le dixième anniversaire de la révolution russe, adhérant l'année suivante à l'Association des amis de l'Union soviétique et contribuant à son journal L'Appel des Soviets[5].

En février 1928, il participe avec Henry Torrès et quelques autres[Qui ?] à la fondation de la Ligue internationale contre les pogroms. Il reçoit le soutien de nombreuses personnalités qui entrent au Comité d'honneur : Séverine, Anna de Noailles, Albert Einstein, Edmond Fleg, Maxime Gorki, Paul Langevin, Victor Basch et Henry Torrès[8]. Un journal est créé en mai 1928 : Le Cri des peuples.

À la tête de la LICRA (1929-1968)[modifier | modifier le code]

Personnellement, Bernard Lecache, qui est athée, a un point de vue universaliste : il est favorable à l'intégration des Juifs dans leurs pays respectifs et est sceptique à propos du projet sioniste de création d'un État juif ; il est initié à la franc-maçonnerie en 1937, au Grand Orient de France et y fonde la loge Abbé Grégoire[réf. nécessaire].

En 1929, il fait un voyage en Palestine et en tire le livre Porteurs de croix, où il critique la Grande-Bretagne (administrateur du mandat de la SDN), certains milieux musulmans (notamment le grand Mufti) ou chrétiens, mais aussi les sionistes[5].

Les années 1930[modifier | modifier le code]

En 1929, la ligue devient Ligue internationale contre l'antisémitisme. Bernard Lecache en devient le président. Le journal Le Droit de vivre est créé en 1932.

Au départ, le rôle de la ligue est de dénoncer les exactions antisémites qui se produisent autour en Roumanie (1928), en Pologne (1932) ainsi qu'en Palestine (1929[9]).

La question hitlérienne

À partir de 1933, un danger plus proche apparaît avec l'arrivée au pouvoir de Hitler en Allemagne (cependant qu'en France, a lieu une montée de l'extrême-droite et de l'antisémitisme).

En 1933, Bernard Lecache organise deux grands meetings antinazis : en avril, puis en septembre (avec le Comité d'aides aux victimes du fascisme allemand). Dès mars, il participe au Front commun contre le fascisme (avec Gaston Bergery et Paul Langevin), entrant dans le Comité politique et contribuant au journal La Flèche[5].

Après les événements du 6 février 1934, il soutient le Rassemblement populaire, puis le Front populaire. En 1936, il prône le boycott des Jeux olympiques de Berlin et de nouveau organise de grands meetings antiracistes (septembre 1936, septembre 1937, juillet 1938, novembre 1938). D'une façon générale, à l'époque des accords de Munich, il est considéré par les pacifistes, nombreux à gauche, comme un dangereux « belliciste » (point de vue exprimé publiquement par Félicien Challaye et Gaston Bergery[5], qui n'est plus sur la même ligne qu'en 1933). Mais la ligne de Bernard Lecache n'est pas acceptée non plus par tous les adhérents, ni même par tous les Juifs français.

En Allemagne, les nazis le considèrent comme un individu particulièrement nuisible et il est l'objet de dénonciations publiques dans les médias allemands (journaux et radios).

En 1939, la LICA compte 50 000 adhérents. Un succès est l'adoption des « décrets Marchandeau » (avril 1939) permettant d'incriminer l'incitation à la haine raciale.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En septembre 1939, il n'est pas soumis aux obligations militaires (ayant été réformé en 1918), mais se présente comme volontaire, ce qui est refusé. Il met alors la LICA au service de l'effort de guerre (soutien aux soldats). En juin 1940, la victoire allemande le met gravement en danger ; il part donc pour l'Algérie où il arrive le 7 juillet 1940 comme journaliste accrédité par L'Écho d'Alger.

Le 29 août 1940, Marianne publie son article « Rien n'est fini », dénonçant le régime établi par Pétain et Laval le 10 juillet. Il s'ensuit une suspension de trois mois du journal, et Bernard Lecache est assigné à résidence dans la localité de Theniet El Had à 170 km au sud d'Alger. En mai 1941, il est envoyé au camp d'internement de Bossuet en Oranie, puis à Djeniene Bourezg, enfin à Djelfa (mai 1942).

IL est libéré le 2 décembre 1942, trois semaines après le débarquement anglo-américain[10], les autorités giraudistes soutenues par les Américains avant l'arrivée du général de Gaulle à Alger étant assez proches de Pétain du point de vue idéologique.

Il reprend ses activités de journaliste et de militant, créant en novembre 1943 les Cahiers antiracistes, puis il devient correspondant de guerre pour l'Agence Reuters, en Italie, puis dans le sud-est de la France après le débarquement de Provence (août 1944).

Après la libération de la France, la LICA est reconstituée en novembre 1944, mais une autre organisation, proche du Parti communiste, s'est formé dans la clandestinité, le Mouvement national contre le racisme.

L'après-guerre[modifier | modifier le code]

Bernard Lecache fonde Le Clou et dirige un moment Le Journal du dimanche.

En 1946, la LICA et le MNCR se rassemblent dans l'Alliance antiraciste, mais dès décembre 1948, se produit une scission qui aboutit à la création du MRAP en 1949.

Durant les années 1950, la LICA fait campagne : pour le soutien à Israël (dans une perspective de rapprochement avec les Arabes) ; contre l'antisémitisme en URSS (procès des « blouses blanches ») ou en Europe de l'Est (procès Slansky) ; contre la ségrégation raciale aux États-Unis et en Afrique du Sud. Pendant la guerre d'Algérie, elle soutient la politique suivie par le général de Gaulle à partir de 1959 (autodétermination).

Elle combat aussi le négationnisme qui apparaît dès les années 1950. En 1964, notamment, Bernard Lecache est assigné en justice par Paul Rassinier, pour l'avoir désigné comme « agent de l'Internationale nazie » dans Le Droit de vivre. Le procès, jugé en octobre 1964, déboute Rassinier.

Le dernier grand combat de Bernard Lecache est mené pendant et après la Guerre des Six Jours, en faveur du droit à l'existence d'Israël.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Le Théâtre de demain, avec Guillot de Saix, préface d'Adolphe Brisson, Paris, Éditions de la France, 1915
  • La Misère des professions libérales, enquête de Paris-Soir, 1926
  • Au pays des pogromes : quand Israël meurt, Paris, Éditions du Progrès civique, 1927
  • Les Porteurs de croix : Palestine 1929, Éditions des Portiques, 1930
  • Séverine, Paris, Gallimard, 1930
  • Contre l'antisémitisme et contre la guerre, avec Marcel Feder, Paris, Le Droit de vivre, 1932
  • Les Ressuscités, Paris, Éditions du Carrefour, 1934
  • La République est antiraciste, discours prononcé le 14 décembre 1944 à la réunion privée d'information du Comité central de la LICA, Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme, Paris, 1945

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir notice biographique sur le site de la LICRA. Le Maitron indique « Antibes », mais l'acte de naissance (ci-dessous) confirme le décès à Cannes.
  2. Cf. Acte de naissance (IIIe arrondissement), vue 12.
  3. Cf. site AJPN [1]. Remarques : 1) à l'origine, ils sont sujets du tsar, donc « russes » ; 2) étant né en France, Bernard Lecache serait de toute façon devenu français à l'âge de 21 ans (loi de 1889 sur la nationalité française).
  4. Il se remarie en 1936 avec Marcelle Reynaud.
  5. a, b, c, d, e et f Maitron.
  6. Jacques Humbert-Droz, dans ses Archives, mentionne un rapport à son sujet, du 18 janvier 1922, par l'envoyé de l'IC en Espagne (mentionné dans le Maitron).
  7. Rapport d'Humbert-Droz à la direction de l'IC, cité dans le Maitron.
  8. [PDF]Magazine LICRA jeune 5
  9. La notice du Maitron n'indique pas s'il parle de ce pogrom dans son livre.
  10. Cf. Simon Epstein, [2].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notices
  • Nicole Racine, « Lecache Bernard », dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français (le « Maitron »), 1914-1939, tome XXXIV, p. 48-50 Document utilisé pour la rédaction de l’article (référence : Maitron)
  • Emmanuel Debono, Notice « Lecache Bernard » sur le site de la LICRA (page « JKL ») Document utilisé pour la rédaction de l’articleDocument utilisé pour la rédaction de l’article
  • Notice biographique sur le site AJPN (assez proche de la précédente, mais quelques renseignements supplémentaires) (référence : AJPN)
Ouvrages
  • Emmanuel Debono, Aux origines de l'antiracisme La LICA, 1927-1940, Paris, Éditions du CNRS, 2012 [ISBN 978-2-271-07295-5]
  • Emmanuel Debono, La Ligue internationale contre l'antisémitisme (1927-1940) La naissance d'un militantisme antiraciste, thèse de doctorat d'histoire, IEP de Paris, 2010 (dactylographié ; disponible : Université Paris 1-CHS ; Fondation des Sciences politiques)
  • Emmanuel Debono, Militer contre l'antisémitisme en France dans les années 1930 : l'exemple de la Ligue internationale contre l'antisémitisme, 1927-1940, mémoire de DEA, IEP de Paris, 2000 (idem)
  • Simon Epstein, Un paradoxe français Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Albin Michel, coll. « Bibliothèque de l'histoire », 2008 [ISBN 978-2-226-17915-9]

Liens internes[modifier | modifier le code]