Interprétation des rêves

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'interprétation des rêves ou onirocritique est l'ensemble des techniques, rituelles ou symboliques, qui tentent, au sein d'une culture donnée, de donner un sens au rêve.

La majorité des croyances considèrent que le phénomène onirique est un phénomène symbolique, contenant une énigme et délivrant un message soit divin, soit intime. De nombreuses religions considèrent ainsi que le rêve porte un sens spirituel alors que les disciplines psychologiques modernes en font un processus mental renvoyant à la situation du rêveur.

La psychanalyse de Sigmund Freud constitue, pour les sciences humaines occidentales, une méthode d'interprétation symbolique. Il en existe d' autres, telles la psychologie analytique de Carl Gustav Jung, la méthode du rêve éveillé de Robert Desoille, celles d'Alfred Maury et d'Yves Delage.

L'interprétation des rêves selon Freud[modifier | modifier le code]

Article détaillé : L'Interprétation des rêves.

Selon le principe du déterminisme psychique, le rêve, loin d'être un phénomène absurde ou magique, recèle un sens : il est l'accomplissement hallucinatoire d'un désir inconscient. Il a pour double fonction:

  • permettre au rêveur de dormir
  • accomplir un désir refoulé.

En ce sens Freud pourra dire que « le rêve est la voie royale de la connaissance de l’inconscient »[1]. Cette fonction du rêve en fait une mine de renseignements quant aux désirs du rêveur. Son sens doit être interprété, car les désirs ne sont pas représentés tels quels. Il faut dégager le contenu latent du contenu manifeste qui a été déformé par le travail du rêve. Le rêve se présente alors comme un précieux moyen de connaître les contenus inconscients du rêveur, entre autres névrosé. Freud écrira cependant, en 1911, dans la préface à la troisième édition de Die Traumdeutung, que la connaissance de la névrose est également un moyen d'en savoir plus à propos des rêves.

Le rêve ne révèle pas l'avenir : il ne s'agit pas d'un présage sur lequel le rêveur pourrait s'appuyer. Le désir inconscient correspond à la sexualité infantile, énigme dont le névrosé ne comprend plus les éléments, qu'il refuse de concevoir, ces représentations inconscientes étant inconciliables avec les exigences de la conscience (censure).

L'interprétation des rêves selon Carl Gustav Jung[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Rêve (psychologie analytique).

L'approche que Jung fait du rêve est sensiblement différente de celle de Freud. Pour lui, en effet, le rêve n'est pas d'abord la réalisation d'un désir inconscient mais l'expression la meilleure possible de l'état psychique inconscient du moment. Jung ne contredit pas la pertinence de l'approche de Freud, mais il la passe au second plan dans son approche théorique. Quant à la clinique il insiste sur la nécessité d'y intégrer toute la psychanalyse freudienne, ce qui implique, pour le clinicien, de faire un choix d'interprétation freudienne, ou d'approcher le rêve comme Jung nous l'a proposé.

Partir de l'hypothèse que le rêve est la meilleure expression possible de l'état actuel du psychisme inconscient implique une toute autre approche clinique. Le rêve est alors considéré dans son contenu manifeste comme lien symbolique entre le moi et l'inconscient, donc comme potentialité d'unification de la psyché, c'est-à-dire d'accès au soi considéré comme totalité psychique. Mais parler de lien symbolique implique de se référer à la conception jungienne du symbole : celui-ci est considéré par Jung comme un lien vivant entre le conscient et l'inconscient, lien vivant qui implique qu'il soit abordé dans toutes ses composantes, c'est-à-dire dans tous les éprouvés, affectifs et sensoriels, qui le constituent, et non uniquement dans son aspect d'image qui, sinon, pourrait trop facilement aliéner le moi dans un miroir narcissique mortifère. D'une certaine façon on peut dire que, pour Jung, le symbole s'enracine dans le corps.

De cette conception il s'ensuit que le rêve est plus considéré, éprouvé, revécu par le sujet avec sa conscience éveillée, bien plus qu'il n'est interprété en vue d'une compréhension. Bien au contraire Jung considère que le rêve, comme tout symbole, s'épuise au fur et à mesure qu'il est compris et intégré. Il cesse alors d'être vivant, symbolique.[réf. nécessaire]

Science et interprétation psychanalytique des rêves[modifier | modifier le code]

Critique[modifier | modifier le code]

Selon le psychologue, sociologue et essayiste G. William Domhoff et le psychologue cognitiviste David Foulkes l'idée selon laquelle l'association libre permet d'accéder au contenu latent du rêve est infirmée par des travaux de psychologie expérimentale qui ont conclu au caractère arbitraire de cette méthode[2]. Le neuropsychiatre Allan Hobson a critiqué l’ouvrage de Domhoff en lui reprochant de méconnaître les mécanismes neurobiologiques qu'il étudie[3] et Drew Westen (en) remarque que Foulkes partage des points de vue avec la théorie de Freud, notamment qu'il existe un contenu latent et un contenu manifeste qui en est la transformation, et que cette transformation relève d'un langage à déchiffrer[4].

Validation[modifier | modifier le code]

Selon le neurologue Bernard Lechevalier, il y a compatibilité entre la conception psychanalytique du rêve et les neurosciences[5]. Selon le neuroscientifique Winson, l’association libre de Freud est une méthode valide qui permet l'accès au contenu latent[6].

Spiritualité et religions[modifier | modifier le code]

Parmi les interprétations religieuses ou spiritualistes, liées à des systèmes de croyance, celles juives, chrétiennes ou musulmanes considèrent le rêve comme un message de l'au-delà. De nombreuses religions animistes donnent également au rêve et à son sens une place majeure dans leurs cosmologies, tels les aborigènes d'Australie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sigmund Freud, Cinq leçons sur la psychanalyse, (1909), Payot, Paris, 1966, p. 38
  2. (en) Foulkes D., A grammar of dreams (1978), Basic Books, 1998 et Domhoff G.W.,The scientific study of dreams, American Psychological Association, 2003
  3. J. Allan Hobson, « Book Review: The Scientific Study of Dreams, by G. William Domhoff. APA Press, 2002 » in Dreaming, September 2003, Volume 13, Issue 3, pp. 187-191
  4. « Une perspective cognitive qui partage bien des points de vue avec la théorie de Freud, est la perspective cognitive proposée par un chercheur qui étudia le rêve, David Foulkes (...). Foulkes comme de nombreux psychologues psychodynamiques contemporains, ne se contente pas de la conclusion relative à signification latente du rêve, à savoir un désir inconscient. Il propose à la place que les rêves soient simplement l'expression de préoccupations courantes d'un type ou d'un autre, traduites dans un langage ayant sa propre grammaire spécifique. » Drew Westen, Psychologie : pensée, cerveau et culture, De Boeck Supérieur, 2000, p. 496
  5. « Comment l’inconscient psychanalytique peut-il être perçu par un neurologue ? [...] Quant au rêve, état original “ni veille, ni sommeil”, nous ne voyons pas d’obstacle neurologique à le considérer comme une forme de pensée particulière, non aléatoire, utilisant un mode symbolique correspondant à l’activation d’ensembles de réseaux préformés pendant les stades de sommeil paradoxal » in Séverine Lestienne et Françoise Lotstra « Neuroplasticité et inconscient, sujets d'articulation entre psychanalyse et neurosciences », Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, 2/2009 (n° 43), p. 35-45, DOI:10.3917/ctf.043.0035
  6. J. Winson, Brain and psyche, Double Day, New York, 1985, p. 153

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]