Énoncé

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Un énoncé est l'unité linguistique fondamentale de la plupart des analyses modernes en linguistique et en philosophie du langage. Il se distingue de l'acte d'énonciation, qui est le fait de produire un énoncé dans un cadre de communication précis.

D'autre part, selon le sens que l'on donne à ce terme, on peut le distinguer d'une proposition logique, qui serait formulée par celui-ci: l'énoncé est alors partie du langage naturel, et l'on peut le reformuler dans un langage formel (par exemple en utilisant le calcul des prédicats). À l'inverse, l'énoncé se distingue d'une phrase grammaticale, en ce qu'il constituerait l'entité abstraite qui serait signifiée par cette phrase.

La linguistique s'intéresse ainsi à l'énoncé en tant que tel, tandis que la linguistique pragmatique insiste sur acte d'énonciation[1]. La linguistique s'intéresse aux structures du langage, tandis que la pragmatique insiste sur la parole singulière.

L'énoncé selon la linguistique et selon la philosophie du langage[modifier | modifier le code]

La linguistique définit l'énoncé par contraste avec la phrase. Tandis que la signification de la phrase dépend de sa structure grammaticale, le sens de l'énoncé dépend des conditions d'énonciation. Ainsi, la phrase « il fait beau » conserve la même signification grammaticale quel que soit le contexte où je la dis (qu'il fasse réellement beau ou non, que ce soit ironique ou non). Par contre, si je la prononce sur un ton ironique, l'énoncé de cette phrase ne sera pas « il fait beau », mais « il ne fait pas beau ! » : la phrase elle-même n'aura pas changé, mais son énoncé si. L'énoncé est donc relié, par des indicateurs déictiques (pronoms personnels, adverbes) à un contexte d'énonciation qui lui donne son sens, en fonction de la compréhension et de l'interprétation [2].

Pour la philosophie du langage, l'énoncé est avant tout l'unité minimale de sens: il est ce qui est susceptible d'être vrai ou faux. De la plupart des analyses modernes, la linguistique ou la philosophie du langage est alors partie du langage naturel. Il faut dès lors établir le parallèle entre la proposition et l'énoncé, discuté dans l'analyse des syntagmes propositionnels. Dès lors, un mot en tant que tel ne forme pas un énoncé, mais une partie de celui-ci, dans la mesure où un mot ne peut avoir de sens qu'en prenant place à l'intérieur d'un énoncé complet.

On peut encore distinguer l'expressivité, qui est divisée en visibilités (unités d'expression visuelle) et en énoncés (unités d'expression discursive) [réf. nécessaire].

Énoncé déclaratif et performativité[modifier | modifier le code]

Un énoncé déclaratif est un énoncé qui affirme quelque chose sur le monde réel (par ex. « il pleut »). Son sens dérive donc, selon la majorité des théoriciens du langage, des conditions de vérité de celui-ci, c'est-à-dire des circonstances dans lesquels cet énoncé peut être considéré comme vrai. Outre les énoncés déclaratifs, qui sont le plus souvent, mais pas nécessairement, au mode de l'indicatif, il peut y avoir, comme Aristote le remarquait déjà dans De l'interprétation, des énoncés qui n'affirment pas quelque chose sur le monde, mais prétendent plutôt avoir un effet en eux-mêmes: ainsi, la prière, ou un ordre. Les conditions de vérité de tels énoncés ne peuvent être comprises selon la théorie de la vérité-correspondance, c'est-à-dire de l'adéquation de la proposition logique formulée par l'énoncé linguistique avec le réel (ou ce qui est supposé tel). De tels énoncés, performatifs selon John L. Austin (Quand dire c'est faire), sont en effet des actes de langage, par contraste avec les énoncés déclaratifs ou constatifs. Ils ne peuvent donc pas être dits « vrais ou faux »; une prière ou un ordre n'est pas vrai ou faux, il peut être valide ou non valide: ces énoncés performatifs peuvent faire l'objet d'une logique déontique.

Approche de Michel Foucault[modifier | modifier le code]

Michel Foucault a développé, en particulier dans L'Archéologie du savoir, mais aussi dans L'Ordre du discours et Les Mots et les Choses, une conception extrêmement complexe et originale de l'énoncé, qui s'oppose à la conception ordinaire que s'en font les linguistes. Elle s'intègre à sa théorie de l' épistémè et du « discours », en tant que celui-ci rassemble des énoncés appartenant à des champs hétérogènes (par exemple l'histoire naturelle et la théorie des richesses de John Law[3]).

D'une part, la conception foucaldienne du discours, dont l'énoncé est la structure de base, ne s'intéresse pas aux sujets linguistiques (à l'individu qui parle ou à l'auteur des énoncés), mais aux énoncés en eux-mêmes. En cela, elle se distingue nettement de toute approche pragmatique de la linguistique.

D'autre part, elle s'oppose à l'idée même d'une époque, d'un « âge » (par exemple « l'âge classique »), en tant qu'il s'agirait d'une période qui partagerait un même état d'esprit ou « conception du monde » (Weltanschauung selon l'expression de Dilthey). À l'inverse de Dilthey, Foucault n'essaie en effet pas de ramener les différents énoncés, qui peuvent être formulés dans différents champs sociaux (par exemple dans les différentes disciplines scientifiques, dans les arts, la religion, la philosophie, etc.), à l'homogénéité d'une même Weltanschauung, mais au contraire de souligner l'hétérogénéité qui traverse toute époque, les discontinuités et les singularités. C'est pourquoi Foucault parle d'« archéologie du savoir » plutôt que d'histoire des idées.

Références[modifier | modifier le code]

  1. A. Reboul et J.Moeschler, dans La pragmatique aujourd’hui (Seuil, 1998) opposent quant à eux l’énoncé à la phrase : « la phrase est la suite de mots que Pierre, Paul ou Jacques peuvent prononcer dans des circonstances différentes et elle ne varie pas suivant ces circonstances ; l’énoncé, en revanche, est le résultat, qui varie suivant les circonstances et les locuteurs, de la prononciation d’une phrase. »
  2. Henriette Gezundhajt, Département d'études françaises de l'Université de Toronto, De la phrase à l'énoncé.
  3. Foucault établit cette structure de l'épistémè, rassemblant histoire naturelle, grammaire générale, et théorie des richesses, dans Les Mots et les Choses.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]