Nobusuke Kishi

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Nobusuke Kishi (岸 信介, Kishi Nobusuke ?, - ) était un homme politique japonais. Il fut le 56e et 57e Premier ministre du Japon, respectivement du au et du 12 juin 1958 au .

Nobusuke Kishi

Ascension au service de l'Empire du Japon[modifier | modifier le code]

Il naquit sous le nom de Nobosuke Satō, à Tōkyō, mais quitta sa famille durant sa jeunesse pour s'installer dans la famille plus influente des Kishi, adoptant par l'occasion leur nom de famille. Son jeune frère biologique, Eisaku Satō deviendra aussi Premier ministre.

Il suivit des cours à l'Université impériale de Tōkyō (devenue aujourd'hui l'université de Tokyo) et intégra le Ministère du Commerce et de l'Industrie en 1920. En 1935, il devint l'un des plus influents officiels impliqués dans le développement industriel de Mandchoukouo. Le Premier ministre Hideki Tōjō, lui-même vétéran de la campagne de Mandchourie, nomma Kishi Ministre du Commerce et de l'Industrie en 1941, et donc chargé de l'organisation du travail forcé. Il conserva cette position jusqu'à la reddition du Japon en 1945.

Soustrait à la justice, l'ex criminel de guerre devient Premier Ministre[modifier | modifier le code]

Jusqu'à 1948, Kishi fut emprisonné en tant que suspect de crime de guerre de Classe A. Contrairement à Tōjō (et divers autres membres du cabinet), Kishi ne fut jamais jugé par le Tribunal de Tōkyō.

Pour l'historien John Dower, « Même les pacifistes japonais qui ont endossé les idéaux de Nuremberg et de Tokyo, et qui ont travaillé à documenter et à publiciser les atrocités du régime shōwa, ne peuvent justifier la décision américaine d'exonérer l'empereur (Hirohito) de sa responsabilité pour la guerre et ensuite, au sommet de la guerre froide, de libérer et peu après de se lier à des criminels de guerre d'extrême droite accusés comme le futur premier ministre Nobusuke Kishi[1]. »

Bien que libéré, Kishi resta légalement interdit de participation dans les affaires publiques du fait de la purge des membres de l'ancien régime par les forces alliées d'occupation. Lorsque l'interdiction fut finalement levée en 1952, il décida de se relancer dans la politique, et rejoignit le nouveau Parti démocrate du Japon (PDJ) en 1954. En 1955, le PDJ et le Parti libéral fusionnèrent pour élire Ichirō Hatoyama à la tête du nouveau Parti libéral démocrate. Deux Premiers ministres plus tard, en 1957, Kishi fut élu pour la succession de Tanzan Ishibashi. Il fut réélu l'année suivante et resta Premier Ministre jusqu'en 1960.

Un héritage entre pacifisme et révisionnisme[modifier | modifier le code]

Lors de la première année du mandat de Kishi, le Japon rejoignit le Conseil de sécurité des Nations unies (1958-1959), paya des dédommagements à l'Indonésie, mit en place un nouveau traité commercial avec l'Australie et signa des traités de paix avec la Tchécoslovaquie et la Pologne. En 1959, il visita Buenos Aires en Argentine. L'initiative suivante de Kishi en termes de politique étrangère fut plus difficile : rétablir les relations de sécurité avec les États-Unis.

Au mois de novembre de cette année, Kishi mis en place ses propositions pour un extension mise à jour de l'Anpo, le Traité mutuel de sécurité États-Unis-Japon. Des manifestants entrèrent en conflit avec la police dans le quartier de Nagata, sur les marches du bâtiment de la Diète nationale. 500 personnes furent blessées lors des révoltes du premier mois. Une fois les révoltes terminées, Kishi se rendit à Washington et en janvier 1960 avec un nouveau traité de coopération mutuelle et de sécurité entre les États-Unis et le Japon. Des manifestations, des grèves et affrontements continuèrent alors que le gouvernement mettait la pression pour la ratification du traité. En juin, alors qu'il se dirigeait vers l'aéroport, le secrétaire de la Maison Blanche James Hagerty fut assiégé dans sa voiture par des manifestants et dut être évacué par hélicoptère. Bien embarrassé, Kishi dut demander au président américain Dwight Eisenhower de reporter sa visite prévue au Japon. Cette dernière n'eut finalement jamais lieu.

Le traité fonde le rapport privilégié du Japon avec les États-Unis, considéré comme la « pierre angulaire » de la diplomatie nippone depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Voulant tourner la page de l'« après-guerre », marquée par la défaite du Japon et son occupation, Nobusuke Kishi s'est aussi attaché durant son mandat à réinsérer son pays dans le concert des Nations, en le faisant élire au Conseil de sécurité des Nations unies pour la période 1958-1959 ou payer des dédommagements à l'Indonésie, en mettant en place un nouveau traité commercial avec l'Australie et en signant des traités de paix avec la Tchécoslovaquie et la Pologne.

Le , du fait du ressentiment de la population vis-à-vis du traité, Kishi démissionna et Hayato Ikeda devint Premier ministre.

En 1979, on lui décerna la Médaille de la Paix Nations unies avec le criminel de guerre Ryōichi Sasakawa.

Kishi s'assura de plus de faire libérer tous les criminels condamnés lors du procès de Tōkyō qui étaient encore en prison. Plus discrètement, à la fin de son second mandat, il dédiera au cimetière du Mont Sangane une stèle à Tojo et à six autres criminels de guerre executés après leur condamnation, en les qualifiant de « sept patriotes morts pour leur pays ». [2]

Son parcours illustre les conséquences de la décision américaine d'épargner certaines élites de l'Empire : d'un côté le Japon d'après guerre a réussi son ouverture au monde, sa croissance économique, et son ancrage à l'Occident face au bloc soviétique, mais de l'autre le pays n'a non seulement pas fait son devoir de mémoire vis-à-vis des atrocités du régime impérial, mais aussi laissé le révisionnisme s'institutionnaliser et s'ancrer dans une politique nationale contrôlée par des familles à l'héritage souvent controversé.

Son beau-fils Shintarō Abe a travaillé à ses côtés avant de devenir ministre des affaires étrangères dans les années 1980, et donnera naissance à un autre Premier Ministre pour le coup ouvertement révisionniste: Shinzō Abe est bien le petit-fils de Kishi.

Références[modifier | modifier le code]

  1. John Dower, Embracing Defeat, 1999, p. 562.
  2. "[1] Far from Yasukuni, cemetery honors criminals" - Korea JoongAng Daily (15 août 2013)

Articles connexes[modifier | modifier le code]