Delta du Mékong (région)

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10° 00′ 32″ N 105° 49′ 26″ E / 10.009, 105.824 ()

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Les douze provinces et la municipalité constituant la région du delta du Mékong.

La région du delta du Mékong, en vietnamien đồng bằng sông Cửu Long, littéralement en français « delta des 9 dragons », est une région administrative du Sud du Viêt Nam couvrant une partie importante du delta du fleuve Mékong. Elle couvre une superficie d'environ 39 000 km2 et est subdivisée en douze provinces et une municipalité :

Histoire[modifier | modifier le code]

Des fouilles archéologiques menées depuis la fin des années 1990 ont établi que la région est habitée depuis plus de 2 000 ans. Des royaumes qui gravitaient autour de l’antique cité d’Angkor Borey (actuellement dans la province cambodgienne de Takev) et l’ancien port d’Óc Eo (aujourd’hui dans la province vietnamienne d’An Giang) datent d’au moins 500 ans avant l’apparition du royaume du Fou-nan[1], décrit par des émissaires chinois qui visitèrent la région au IIIe siècle de notre ère. L’archéologue Miriam Stark, qui a dirigé des recherches depuis 1999 dans la région[2], affirme que l’empire khmer qui régna sur la zone du IXe siècle au XVIIe siècle, n’est qu’un des derniers de la longue liste des régimes qui se sont succédé au sud du delta du Mékong[3].

En 1623, alors que l’empire khmer a amorcé son déclin, le roi Chey Chettha II du Cambodge (1618-1628) autorise des réfugiés Kinh qui fuient la guerre civile en Annam entre les Trinh et les Nguyen à s'installer dans la région de Prey Nokor, un ancien village de pêcheurs bâti sur des marécages et devenu le principal port maritime de l’empire[4].

En 1698, le prince Nguyễn Hữu Cảnh est envoyé par la cour de Hué pour établir une administration annamite sur la région et la détacher de la tutelle du Cambodge alors en pleine déliquescence[5]. La « vietnamisation » s’accélère ; les Khmers sont réduits au statut de population minoritaire[6] ; très vite, Prey Nokor devient Sài Gòn, avant d’être rebaptisée bien plus tard (1975) Hô-Chi-Minh-Ville.

En 1757, l’expansion se poursuit avec la colonisation des provinces de Psar Dèk (renommée Sa Đéc[Note 1]), rattachée aujourd’hui à la province de Đồng Tháp) et Moat Chrouk (qui deviendra Châu Dôc)[4].

En décembre 1845, un traité est conclu entre le roi cambodgien Ang Duong et les commandants des forces annamites et siamoises, qui confirme l’annexion définitive du delta du Mékong par le premier nommé[7],[8],[9].

Le souverain khmer n'abandonnait pas pour autant tout espoir de récupérer un jour ces provinces et allait notamment le montrer dans sa lettre de 1856 à Napoléon III où il confirmait que le Cambodge ne renonçait nullement à ses droits[Note 2],[11].

La donne change le 17 février 1859, lorsqu’un corps expéditionnaire français s'empare de Sài Gòn et interrompt l’opération de « pacification » menée par le gouverneur Phan Thanh Giản contre les populations autochtones khmères[12],[13]. Le 5 juillet 1862, l'empereur annamite Tự Đức doit céder à la France les provinces de Đồng Nai, Gia Dinh et Vinh Tuong[14]. À partir de mars 1866, les forces françaises jouent des antagonismes interethniques et utilisent notamment des combattants Khmer Krom[15] pour investir les provinces de Vĩnh Long, Hà Tiên et Châu Dôc, qui sont annexées aux possessions françaises en 1867. Le 15 mars 1874, un nouveau traité franco-annamite confirme la pleine souveraineté de la France sur ces trois provinces nouvellement annexées : la colonie française de Cochinchine vient de naître[16].

L’exploitation de cette nouvelle colonie exige rapidement une main d’œuvre nombreuse que la région n’est pas en mesure de fournir. La France puise alors les bras qui lui manquaient dans les plaines surpeuplées du Tonkin – essentiellement par l’ethnie Kinh -, ne faisant qu’accentuer d’autant le sentiment des Khmer Krom de se sentir relégués au rôle d’intrus sur leurs terres[17].

La colonie perdure jusqu’au 4 juin 1949, date à laquelle l’Empire colonial français est remplacé par l’Union française, qui donne des pouvoirs toutefois très limités aux anciennes dépendances. À cette occasion, la Cochinchine est réintégrée à l’État du Viêt Nam[18]. Mais, devant les prétentions cambodgiennes sur la région, l'article 3 de la loi de cession du territoire rend ce rattachement provisoire et susceptible d’être remis en cause si le statut du Viêt Nam vient à changer[19].

Ce changement intervient le 21 juillet 1954 lors des accords de Genève qui scellent l’indépendance totale du Viêt Nam, sans toutefois que le statut de la Cochinchine, intégrée à la République du Sud - Viêt Nam, ne soit rediscuté.

Comme le reste du territoire sud-vietnamien, après les affres de la guerre du Viêt Nam, le delta du Mékong est rattaché le 2 juillet 1976 à la République socialiste du Viêt Nam[20].

Cette réunification ne signifie pas la paix, et très vite, les villages proches du Cambodge deviennent la cible d’attaques et de massacres répétés de la part des khmers rouges, nouveaux maîtres de Phnom Penh[21]. La réplique intervient le 25 décembre 1978 avec l’offensive de l’armée vietnamienne qui débouche sur la chute du régime de Pol Pot et l’occupation du pays khmer pendant plus de dix ans[22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Sa Đéc correspond à la Sadec des romans autobiographiques de Marguerite Duras (notamment L'Amant et L'Amant de la Chine du Nord.
  2. « Je pris votre Majesté de connaitre le nom des provinces ravies, ce sont celles de Song Nay, enlevée depuis plus de 200 ans, mais beaucoup plus récemment celles de Saïgon, de Long Hô, Psar Dec, Mi Thô, Pra-trapang Ong Môr, Tiec Khmau, Peam ou Hatien, les îles de Cô Trol et de Tralach. Si par hasard les Annamites venaient à offrir à V.M. quelqu'une de ces contrées, je la prie de ne pas la recevoir parce qu'elles appartiennent au Cambodge »[10].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Peregrine, P.N. & Melvin Ember, Encyclopedia of Prehistory: East Asia and Oceania, Springer, © 2001 (ISBN 978-0306462573)
  2. (en) Dr Miriam T. Stark, Lower Mekong Archaeological Project University of Hawai’i at Manoa, Department of Anthropology
  3. (en) Dr Miriam T. Stark, Excavating the Delta, Humanities, Septembre/Octobre 2001
  4. a et b (en) Nicholas Tarling, The Cambridge History of Southeast Asia, Cambridge University Press, 2000(ISBN 978-0521663709[à vérifier : isbn invalide])
  5. (fr) Mathieu Guérin, Andrew Hardy, Nguyen Van Chinh, Stan-Tan Boon Hwee & Yves Goudineau, Des montagnards aux minorités ethniques : Quelle intégration nationale pour les habitants des hautes terres du Viêt Nam et du Cambodge ?, L'Harmattan, 1er novembre 2003, (ISBN 978-2747532884)
  6. (en) Michael D. Coe, Angkor and the Khmer Civilization (London: Thames and Hudson, 2003) (ISBN 978-0500021170)
  7. (fr) A. Dauphin-Meunier – Histoire du Cambodge, PUF, 1961
  8. (fr) Phung Van Dan – La formation territoriale du Vietnam, Revue du Sud-Est Asiatique, Bruxelles, 1964
  9. (fr) Obayawath Wasana - Les relations entre la Thaïlande et le Cambodge depuis 1863, thèse, Université d’Aix-Marseille, 1968
  10. (fr) Charles Meyniard, Le Second Empire en Indochine, Paris, Société d'Editions scientifiques,‎ 1891, p. 431-432
  11. (fr) Alain Forest, Le Cambodge et la colonisation française : Histoire d'une colonisation sans heurts (1897 - 1920), vol. 1, Editions L'Harmattan, coll. « Centre de documentation et de recherches sur l'Asie du Sud-Est et le monde insulindien »,‎ 1 mars 1993, 546 p. (ISBN 9782858021390), chap. XVI (« Cambodgiens et Vietnamiens au Cambodge - Avant l'établissement du protectorat »), p. 433-434
  12. (fr) Alain Forest (dir.) et al., Cambodge contemporain, Les Indes savantes,‎ 21 novembre 2008, 525 p. (ISBN 9782846541930)
  13. (fr) Thi-Minh-Lê Phan & Pierre-P Chanfreau Phan Thanh Gian, patriote et précurseur du Vietnam moderne. : Ses dernières années (1862-1867), L'Harmattan, 1er novembre 2003, (ISBN 978-2747516204)
  14. (en) Oscar Chapuis, The Last Emperors of Vietnam: From Tu Duc to Bao Dai, Greenwood Press, 30 mars 2000, (ISBN 978-0313311703)
  15. (fr) Charles Andre Julien et Robert Delavignette, Les constructeurs de la France d'outre-mer, Correa, 1946
  16. (fr) Raoul Marc Jennar - ka-Set – Célébrer les 4 et 5 juin : entretenir une fiction, 4 Juin 2008
  17. (fr) Marc Ferro, Le livre noir du colonialisme, Hachette, 17 mars 2004(ISBN 978-2012791831)
  18. (en) Pierre Brocheux, The Mekong Delta: Ecology, Economy, and Revolution, 1860-1960, University of Wisconsin, 15 Juin 2009(ISBN 978-1881261131)
  19. (fr) Journal officiel de la République française du 5 juin 1949, page 05502 – Loi n° 49-733 du 4 juin 1949 modifiant le statut de la Cochinchine dans l’Union française
  20. (fr) Philippe Franchini, Les guerres d'Indochine, Pygmalion, Paris, 1997,(ISBN 2857042671)
  21. (fr) Nayan CHANDA, Les frères ennemis, Éditions du CNRS, © Septembre 1987, (ISBN 9780222200211)
  22. (fr) Laurent Cesari, L'Indochine en guerres, 1945-1993, Belin (20 avril 2000) (ISBN 9782701114057)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Steffen Gebhardt, Juliane Huth, Nguyen Lam Dao, Achim Roth, and Claudia Kuenzer, A comparison of TerraSAR-X Quadpol backscattering with RapidEye multispectral vegetation indices over rice fields in the Mekong Delta, Vietnam, International Journal of Remote Sensing 22(24), 2012, 7644 p.
  • Claudia Kuenzer, Huadong Guo, Patrick Leinenkugel, Xinwu Li, and Stefan Dech, Flood and inundation dynamics in the Mekong Delta: an ENVISAT ASAR based time series analyses, In print at: Remote Sensing.
  • Patrick Leinenkugel, Thomas Esch, and Claudia Kuenzer, Settlement detection and impervious surface estimation in the Mekong delta using optical and SAR data, Remote Sensing of Environment 115(12), 2011, 3007 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]