Vietnamien

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Vietnamien
Parlée au Viêt Nam, États-Unis, Cambodge, Laos, Chine, France, Canada, Australie
Nombre de locuteurs 80 millions
Typologie SVO + OSV ; isolante
tonale
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle Viêt Nam
Codes de langue
ISO 639-1 vi
ISO 639-2 vie
ISO 639-3 vie
IETF vi
Linguasphère 46-EBA
WALS vie
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français)

Tất cả mọi người sinh ra đều được tự do và bình đẳng về nhân phẩm và quyền lợi. Mọi con người đều được tạo hóa ban cho lý trí và lương tâm và cần phải đối xử với nhau trong tình anh em.(Version sonore)

Le vietnamien (en vietnamien : Tiếng Việt) est la langue officielle du Viêt Nam. Il appartient à la branche môn-khmer des langues austroasiatiques. Il est la langue austroasiatique qui possède le plus de locuteurs (environ dix fois plus que la seconde, le khmer). C'est une langue isolante et monosyllabique, dotée d'un système de 6 tons.

C'est la langue maternelle d'environ 85 % de la population du Viêt Nam[1], ainsi que d'environ deux millions d'émigrés.

Quelque 1 000 ans d'occupation chinoise sont à l'origine de l'adoption d'un grand nombre de mots transcrits du chinois et de l'ancienne écriture en sinogrammes (le Chữ nôm aujourd'hui abandonné).

Dans l'écriture latinisée utilisée actuellement, le Quốc ngữ, les mots figurent comme une succession de monosyllabes. Du fait que tous les mots vietnamiens sont invariables, la grammaire est toute simple (il n'y a pas de conjugaison ni de déclinaison des mots, pas de pluriels irréguliers, etc.), mais les modulations tonales ainsi que les différences de prononciation au nord, au centre et au sud du pays peuvent rendre le vietnamien difficile à appréhender pour un étranger. Néanmoins, pour l'apprentissage de la langue, la norme officielle est la prononciation du nord.

Histoire[modifier | modifier le code]

La création de l'alphabet vietnamien est officiellement attribuée au jésuite Alexandre de Rhodes en 1651, dans son Dictionarium Annamiticum Lusitanum et Latinum.

Classification[modifier | modifier le code]

Le vietnamien fait partie du groupe des langues viêt-muong de la branche môn-khmer de la famille des langues austroasiatiques. Le vietnamien a été identifié comme une langue môn-khmer il y a plus de 150 ans. Le premier à relier la langue vietnamienne aux langues môn-khmer fut James Richardson Logan en 1852[2],[3]. Aujourd'hui, il existe un grand nombre de travaux démontrant cette parenté.

Le vietnamien a émergé comme langue d'une nation sous domination étrangère, lorsqu'en 208 avant J.-C. la Chine fait d'un royaume situé dans le delta du Fleuve Rouge un vassal. En 111 avant J.-C., la Chine occupe ce royaume et en fait une commanderie. L'occupation chinoise durera jusqu'en 939 après J.-C., résultant en une profonde sinisation de la culture et de la langue vietnamiennes. Le vietnamien a également été influencé par les populations de langues tai qui migrent du sud de la Chine en péninsule indochinoise. Des minorités appelées tày en vietnamien vivent dans les régions montagneuses du nord du Viêt Nam. Sous ces deux influences, le vietnamien a évolué en une langue monosyllabique et tonale, ce qui lui donne une ressemblance superficielle, d'une part avec le chinois, d'autre part avec le thaï. Toutefois, cette évolution phonologique s'explique essentiellement par des transformations internes. En effet, on constate une évolution similaire dans d'autres langues viêt-muong qui n'ont pourtant pas subi les mêmes influences extérieures. Du point de vue de la reconstruction comparative, le vietnamien pose problème, étant, sur les plans phonologique et lexical, moins conservateur que les autres langues viêt-muong. En revanche, les emprunts du vietnamien au chinois sont très importants pour la reconstruction du chinois archaïque et ancien. Enfin, il est essentiel de distinguer l'importance linguistique du vietnamien de sa fonction politique. Politiquement, le vietnamien est la langue nationale d'un pays de plus de 80 millions d'habitants. Linguistiquement, il est simplement un membre d'une famille très diverse dont la majorité s'est, au cours de l'histoire, retrouvée marginalisée du point de vue du nombre de locuteurs.

Répartition géographique[modifier | modifier le code]

On trouve des locuteurs du vietnamien en nombre significatif dans les pays suivants : Australie, Cambodge, Canada, Chine, Côte d'Ivoire, Finlande, France métropolitaine et Nouvelle-Calédonie, Allemagne, Laos, Martinique, Pays-Bas, Norvège, Philippines, Sénégal, Thaïlande, Royaume-Uni, Suisse, Belgique, É.-U., et Vanuatu.

Statut officiel[modifier | modifier le code]

Le vietnamien est la langue officielle du Viêt Nam.

Accents régionaux[modifier | modifier le code]

Il y a plusieurs accents régionaux distincts, sans que l'on puisse parler de dialectes (seule la prononciation change, le thésaurus écrit, grammaire et vocabulaire restent rigoureusement identiques), dont les trois familles principales sont :

Nom moderne Nom géographique Ancien nom
Vietnamien du Nord dialecte de Hanoï tonkinois
Vietnamien du centre dialecte de Hué haut annamite
Vietnamien du Sud dialecte de Saigon cochinchinois

Ces accents régionaux diffèrent par leur prononciation des consonnes et des tonèmes, la différence étant plus marquée entre le dialecte de Hué et les deux autres, notamment en ce qui concerne le hỏi, l'un des tonèmes de la langue. La prononciation officielle est celle du dialecte de Hanoï.

Voir l'article détaillé Langues du Việt Nam.

Quelques caractéristiques[modifier | modifier le code]

Il ne s'agit pas de faire un cours de vietnamien mais de montrer quelques spécificités de la langue comparée au français.

Articles classifiants[modifier | modifier le code]

Il n'y a pas à proprement parler d'articles définis (comme le, la ou les) ou d'articles indéfinis (un, une, des), mais des articles classifiants comparables aux quantificateurs chinois, qui indiquent à quelle classe sémantique appartient l'objet qu'ils accompagnent. Ces articles classifiants sont :

  • cái : objets inanimés concrets (cái chén = le bol, cái bàn = la table, cái chai = la bouteille, cái nhà = la maison, cái tủ = l'armoire...);
  • con : habituellement pour les animaux, mais aussi pour des objets inanimés qui ont une caractéristique animale (con chó = le chien, con ngựa = le cheval, con dao = le couteau ...);
  • cây : utilisé pour les espèces végétales et les objets longilignes (cây chuối = le bananier, cây táo = le pommier, cây súng = le fusil, cây gậy = la canne...);
  • bài : utilisé pour les œuvres comme les chansons, dessins, poèmes, essais...
  • bánh : préfixe désignant principalement les gâteaux sucrés ou salés (gâteaux, crêpes...) mais aussi les roues ou pneus (banh xe);
  • bộ : collection ou série
  • chiếc : objet exprimant l'unité d'un objet (chaises, voitures, bateaux, chemises...);
  • tòa : mot qui n'a de sens que s'il est précédé ou suivi d'un autre mot (quan toà = le juge, toà nhà = immeuble)
  • quả ou trái : désigne principalement un fruit/objet mais spécifie la nature du fruit ou de l'objet lorsqu'il est suivi d'un/plusieurs mots. « Quả » est utilisé par les Vietnamiens du Nord et « Trái » par les Vietnamiens du Centre et du Sud (« Quả đất » ou « trái đất » signifie la Terre, « Quả cam » ou « trái cam » signifie l'orange);
  • quyển ou cuốn : objets de type livre relié (livres, revues...) ou roulés;
  • tờ : feuilles et objets fin en papier (quotidien, prospectus, calendrier...);
  • việc : événement ou processus en cours;
  • xe : véhicules circulant sur roues (xe đạp = le vélo, xe máy = la moto, xe đò = le bus, xe tải = le camion...);

Ainsi, quả đất ou trái đất signifie la planète Terre, mặt đất signifie la surface de la terre (le sol) et đất tout court signifie la terre (matière). Dans le langage parlé, on utilise fréquemment cái comme article indéfini à la place des articles classifiants.

Au niveau grammatical, on peut considérer les articles classifiants comme les noms génériques et les mots ajoutant après ayant le rôle de complément ou d'adjectif du nom générique.

Pronoms[modifier | modifier le code]

Le français fait un grand usage des pronoms, notamment des pronoms personnels : je, tu, il... Le vietnamien, à l'inverse, n'en utilise pas. Lorsque l'on s'adresse à quelqu'un, on utilise un mot reflétant les relations avec cette personne : familiarité, respect, préséance de l'âge, lien de parenté... La distinction entre tutoiement et vouvoiement ne fonctionne donc pas comme en français.

Prenons un dialogue entre un grand-père et son petit-fils

  • petit-fils : tu vas bien ?
  • grand-père : oui, merci, je vais bien.

Une traduction littérale du vietnamien donnerait :

  • petit-fils : grand-père va bien ?
  • grand-père : oui, merci, grand-père va bien.

Certains estiment que l'on peut y voir là une marque de la pensée confucéenne. Toutefois, dans la mesure où on observe le même phénomène dans d'autres langues d'Asie du Sud-Est, qui par ailleurs appartiennent à d'autres familles linguistiques, telles par exemple l'indonésien (langue austronésienne) et le thaï (langue tai-kadai), parlées par des populations dont la culture n'a subi aucune influence confucéenne mais a largement adopté des modèles indiens, on peut raisonnablement en déduire que cet aspect n'est pas spécialement dû au confucianisme. La langue chinoise ne présente d'ailleurs pas cette caractéristique.

Lorsque l'on veut utiliser un « tu » ou un « vous » neutre, ni trop formel, ni trop familier (cas par exemple d'un texte général, puisque l'on s'adresse au lecteur sans connaître sa position sociale), on utilise en général le mot bạn qui signifie aussi « ami ». On peut aussi utiliser le terme quý vị, mais celui-ci est très rigide et très formel. Lorsque l'on parle à quelqu'un de très proche (familier), ou à un subordonné, on peut utiliser mày, mais ce terme peut être perçu comme grossier.

Compléments du nom[modifier | modifier le code]

En construction de base, le complément du nom est placé après le nom, plusieurs noms se placent l'un après l'autre selon le principe du plus générique au plus détaillé.

Exemple : le terme « cái áo sơ-mi trắng » désigant la chemise blanche a le mot « cái » pour l'objet inanimé, le mot « áo » pour vêtement, sơ-mi pour chemise, le mot « trắng » pour blanche. En usage pratique, les termes les plus génériques peuvent être omis pour autant que le terme ait une signification sémantique, dont il y a plusieurs usages possibles comme cái áo sơ-mi trắng, áo sơ-mi trắng, sơ-mi trắng.

Pourtant sous l'influence chinoise, certains termes ont une construction inverse comme sinh nhật pour jour de naissance, phi trường pour aéroport, mais existent aussi leurs équivalents en vietnamien pur ngày sinh (sinh nhật), sân bay (phi trường).

Noms de lieux étrangers[modifier | modifier le code]

Les noms de lieux (ou toponymes) étrangers, tels que les noms de pays ou de villes, sont parfois des transcriptions du chinois, parfois des transcriptions phonétiques, les deux coexistant dans certains cas.

Mots d'origine française[modifier | modifier le code]

À la suite de la colonisation française, le vietnamien a plusieurs mots qui dérivent du français.

Par exemple :

  • sơ mi - chemise
  • cà vạt - cravate
  • măng tô - manteau
  • bành tô - paletot
  • sô cô la - chocolat
  • bích quy - biscuit
  • bia - bière
  • ăng-ten - antenne
  • xúc xích - saucisse
  • cà phê - café
  • pho mát - fromage
  • xi nê - cinéma
  • ban công - balcon
  • các đăng - cardan
  • ô tô - auto
  • ghi đông - guidon
  • bu lông - boulon
  • búp bê - poupée
  • xà bông, xà phòng - savon
  • áp phích - affiche
  • ga - gare
  • cà rốt - carotte

Morphologie[modifier | modifier le code]

Écriture[modifier | modifier le code]

L'écriture actuelle est le quốc ngữ.

Prononciation[modifier | modifier le code]

Voici un exemple sonore de prononciation du vietnamien (dialecte de Hanoï).

Tonèmes (Vietnamien du Nord). Nguyễn & Edmondson (1998).

Lexique[modifier | modifier le code]

Vocabulaire[modifier | modifier le code]

Mot Traduction Prononciation standard
terre đất /ɗət˧˥/
ciel trời /ʈʂəːj˧˩/
eau nước /nɨək˧˥/
feu lửa /lɨə˧˩˧/
homme người /ŋɨəj˧˩/
femme phụ nữ /fu˧ˀ˩ nɨ˧ˀ˥/
manger ǎn /an˧/
boire uống /uəŋ˧˥/
grand lớn /ləːn˧˥/
petit nhỏ /ɲɔ˧˩˧/
nuit đêm /ɗem˧/
jour ngày /ŋaj˧˩/

Cardinaux[modifier | modifier le code]

Le tableau ci-dessous donne les nombres cardinaux en môn, en khmer, en mường khến et en vietnamien, et leur traduction en français :

Môn Khmer Mường Khến Vietnamien Français
mòa muy mộch một un
ba py hal hai, đôi deux
poa’ bey pa ba trois
pon bounn pốn bốn quatre
masang / masun prram đăm năm cinq
karaw / taraw prram muy kháu sáu six
thapo’ prram py pảy bảy sept
tacam / hacam prram bey thám tám huit
tacit / hacit prram buon chín chín neuf
cao’ dhop mườl mười, chục dix
cao’ mòa dhop muy mười một onze
cao’ ba dhop py mười hai douze
co sang dhop prram mười lăm quinze
ba co m(a) phey hai mươi vingt
ba co mòa m(a)phey muy hai mươi một vingt et un
ba co sang/ba co sun m(a) phey prram hai mươi lăm vingt-cinq
poa co sang/sun sam syep prram ba mươi lăm trente-cinq
masang co/masun co ha syep năm mươi cinquante
mòa klom muy royh một trăm cent
mòa langèm/mòa ngèm muy poan một nghìn mille
mòa la’ muy meun mười nghìn dix mille
mòa kat dhop meun một trăm nghìn cent mille

Notes[modifier | modifier le code]

  1. http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/asie/vietnam.htm
  2. William W. Gage, Vietnamese in Mon-Khmer Perspective, Center for Applied Linguistics, 1985
  3. Paul James Sidwell, « Classifying the Austroasiatic languages: History and state of the art », dans Studies in Asian Linguistics, 76, Lincom, 2009

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Rhodes, Alexandre de, Dictionarium Annamiticum Lusitanum, et latinum, 1651, réimprimé en 1991.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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