Histoire du Viêt Nam

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L'histoire du Viêt Nam se confond avec celle des peuples qui ont occupé le pays appelé aujourd'hui le Viêt Nam, et notamment avec celle du peuple Kinh (ou Viêt), qui en constitue le groupe ethnique dominant.

Situation du Viêt Nam actuel en Asie du Sud-Est continentale.

Le plus ancien texte historique conservé qui ait été rédigé par un Vietnamien ne date que de 1339 ap. J.-C.; la plus ancienne chronique de l'histoire du Viêt Nam, le Đại Việt sử lược (achevé en 1377), est un récit en trois volumes de l'histoire du pays de l’an 200 av. J.-C. jusqu'à la chute de la dynastie Lý au XIII. L'histoire du pays est cependant bien plus ancienne, et ses origines se confondent avec les légendes vietnamiennes. Pendant plus d'un millénaire, le Viêt Nam est une possession de la Chine : la domination chinoise commence en 111 av. J.-C., quand la dynastie Han s'empare du royaume du Nam Viêt[1]. C'est dans le contexte de la lutte pour l'indépendance vis-à-vis de la Chine que se forge une conscience nationale Viêt : la nation vietnamienne qui émerge progressivement n'en demeure pas moins marquée par des structures étatiques inspirées de celles de la Chine, et une culture en grande partie sinisée. En 939, le pays devient indépendant ; sous la dynastie des Đinh, il prend le nom de Đại Cồ Việt ; l'appellation est par la suite abrégée en Đại Việt. Si l'indépendance du pays a été obtenue au cours d'un conflit avec la Chine, les souverains du Đại Việt ménagent leurs rapports avec celle-ci en reconnaissant la suzeraineté de l'empire chinois et en lui payant tribut : tout en n'étant plus une possession de la Chine, le Đại Việt en demeure donc un État vassal. Au cours de son histoire, le pays doit défendre à plusieurs reprises sa souveraineté, face aux ambitions du royaume de Champā puis de l'empire mongol ; plusieurs dynasties rivales se disputent également la souveraineté du pays. De la fin du XVIe à la fin du XVIIIe siècle, le pays est de facto divisé en deux. Les seigneurs de la famille Trịnh dominent le Nord et ceux de la famille Nguyễn le Sud, tandis que les souverains ne règnent plus que symboliquement. Les Nguyễn finissent par l'emporter après avoir vaincu l'insurrection des Tây Sơn : la dynastie Nguyễn règne cette fois en son nom propre sur le pays, rebaptisé Việt Nam puis Đại Nam, mais connu en Occident sous le nom d'Annam. Comme la Chine, le pays est cependant victime des incursions des puissances occidentales : en 1862, l'Empire français s'empare de la Cochinchine, partie Sud du pays. Dans les années 1880, l'expédition du Tonkin permet à la République française de parachever la conquête du territoire vietnamien : la partie du pays qui restait sous le contrôle des Nguyễn est soumis à un régime de double protectorat, qui la divise administrativement en deux. L'ancien royaume d'Annam est désormais divisé en trois entités, toutes placées sous contrôle français : la colonie de Cochinchine et les protectorats du Tonkin et d'Annam. Ces régions sont elles-mêmes intégrées en 1887 à l'Indochine française. La dynastie Nguyễn est maintenue en place, mais ne conserve qu'un pouvoir symbolique.

La Seconde Guerre mondiale porte un coup fatal à la domination française en Indochine. En 1945, alors que les Japonais ont démantelé l'administration française, le Việt Minh, mouvement indépendantiste contrôlé par le Parti communiste indochinois de Hô Chi Minh, s'empare du pouvoir sur une partie du territoire et proclame l'indépendance du Viêt Nam. Les Français reprennent le contrôle du pays, mais l'échec de leurs pourparlers avec les indépendantistes conduit à la guerre d'Indochine. En 1954, les Français se retirent de l'ancienne Indochine française, tandis que les accords de Genève séparent en deux le territoire du Viêt Nam : le Nord est dirigé par un régime communiste, la République démocratique du Viêt Nam, et le Sud devient la République du Viêt Nam. L'hostilité entre les deux États vietnamiens, le Nord visant à récupérer le Sud et soutenant l'insurrection du Việt Cộng, conduit à une implication des États-Unis dans le conflit, et au déclenchement de la guerre du Viêt Nam, qui rejaillit sur le Laos et le Cambodge voisins. Le conflit s'avérant insoluble et de plus en plus impopulaire, les États-Unis se retirent en 1973 suite aux accords de Paris. En 1975, le Nord Viêt Nam réalise l'offensive finale contre le Sud Viêt Nam et annexe de facto son voisin. Le pays est officiellement réunifié l'année suivante sous son nom actuel de République socialiste du Viêt Nam. Allié à l'URSS durant la guerre froide, le Viêt Nam demeure actuellement un régime communiste à parti unique, mais le pays a libéralisé son économie dans les années 1990.

Sommaire

Origines du Viêt Nam et histoire légendaire [modifier]

Le Viêt Nam est un pays issu d'un brassage ethnique complexe. Jusque dans les années 1960, les récits sur les origines du peuple Viêt se sont principalement basées sur des sources chinoises : selon celles-ci, le peuple vietnamien serait d'origine chinoise, et descendrait des populations Yue ayant migré vers le Sud. Le mot Yue, traduit en Vietnamien par Viêt et signifiant « au-delà » ou « lointain », désignait alors pour les Chinois l'ensemble des peuples vivant au sud du Yangzi. Ces populations, d'ethnie Muong et Thaï, se seraient mélangées, au cours de leur migration vers le Sud, avec d'autres peuplades, les Mélano-indonésiens, qui auraient eux-mêmes, par la suite, migré vers l'Insulinde. Ce mélange aurait donné naissance au peuple des Viêt, longtemps appelés en Occident Annamites, par métonymie avec l'Annam. Dans les années 1920, des recherches archéologiques ont fourni des indications sur une civilisation antérieure à ces migrations, qui aurait existé au Nord de l'actuel Viêt Nam. Depuis les années 1960, des archéologues vietnamiens se sont employés à prouver l'existence de cette civilisation, qu'ils font remonter à 4000 ans avant Jésus-Christ. Des découvertes tendent à indiquer que des États ont existé au Viêt Nam entre 2878 av. J.-C. et le troisième siècle av. J.-C., voire au-delà : selon la vision vietnamienne de l'histoire, le berceau du Viêt Nam se situerait dans le delta du Fleuve Rouge et non dans la région chinoise du Yangzi[2],[3],[4],[5].

Représentation de la Reine fée Âu Cơ et du Roi dragon Lạc Long Quân.
Parures d'oreille avec animaux bicéphales typiques de la culture de Sa Huynh.
Statue en grès du taureau Nandi (VII-VIIIe siècle).
Musée de la sculpture Cham à Da Nang.

Faute d'histoire écrite, le récit de l’ethnogenèse du peuple viet se confond avec des récits légendaires. Le peuple Vîet serait né des amours de la Reine fée Âu Cơ, issue du Feu et du Seigneur dragon Lạc Long Quân, issu de l'Eau : mariés malgré leurs natures différentes, ils auraient donné naissance à cent œufs, d'où seraient sortis cent enfants. L'Eau et le Feu ne pouvant demeurer mariés, Lạc Long Quân et Âu Cơ prennent la décision de se séparer. Cinquante de leurs enfants descendent vers la mer, guidés par leur père, et cinquante autres suivent leur mère sur la montagne, pour y constituer les peuples montagnards minoritaires. L'aîné des fils partis avec Âu Cơ devient, sous le nom de Hùng Vương le souverain d'un royaume appelé Van Lang (« pays des hommes tatoués », situé dans le delta du Fleuve Rouge et correspondant à l'actuelle province de Vĩnh Phúc) : il fonde la dynastie Hồng Bàng. Les Vietnamiens considèrent que cette dynastie semi-légendaire, identifiée au Viêt Nam proprement dit, est apparue en 2879 av. J.-C. : les Chinois donnent à ce peuple originel le nom de Cent Yue (traduit par Bac Viêt ou Bach Viet). La dynastie légendaire des Hồng Bàng contribue à entretenir l'idée d'une culture vietnamienne spécifique dès l'âge du Bronze, et par conséquent antérieure aux mille ans de domination chinoise. les Viêt (ou Kinh), qui constituent environ 80% de la population du Viêt Nam, se considèrent comme les descendants directs des Bac Viêt, et s'appellent parfois Cong Ron, chau tiên, soit « fils du dragon, descendants de la fée ». Le mythe des rois Hồng (ou Hung), dont l'histoire est perpétuée par la tradition orale, accompagne la création de l'espace social vietnamien, qui mêle l'espace naturel et l'espace merveilleux, l'espace historique et l'espace légendaire. Les rois Hồng donnent naissance au culte des ancêtres, religion essentielle du Viêt Nam : la légende de nombreux génies tutélaires des villages vietnamien se rapporte au règne des Hồng, et le culte des fondateurs nourrit la trame des croyances et pratiques culturelles des Vietnamiens[6],[7].

La dynastie Hồng Bàng compte dix-huit rois : la fille du dix-huitième roi est demandée en mariage par deux hommes, Son Tinh le génie des montagnes et Thuy Tinh le génie des eaux. Le roi accorde la main de son enfant au premier, et Thuy Tinh déclenche alors tempêtes et ouragans pour anéantir son rival. Son Tinh, pris de pitié pour les populations victimes de la folie du génie des eaux, fait surgir ça et là des montagnes pour les mettre à l'abri. Thuy Tinh se lasse, mais sa jalousie refait régulièrement surface et il provoque chaque année orages, typhons et pluies inondant le pays. Cette légende est utilisée pour expliquer à la fois la géographie et le climat du pays[8]

Les recherches archéologiques mettent à jour des cultures anciennes ayant existé sur le territoire de l'actuel Viêt Nam. Au Nord, le site de Dong Son dans la province de Thanh Hoa, a donné son nom à une culture de la seconde moitié du dernier millénaire av. J.-C. Les sépultures de la culture Dong Son contiennent un riche mobilier : tambours en bronze, situles, poignards à manche de forme humaine ou animale, haches, hallebardes, crachoirs à bétel, sceaux, bijoux. La culture de Dong Son s’éteint avec l’invasion chinoise.

Au Centre du pays, sur la côte du Viêt Nam central, dans la province de Quang Ngai, se développe vers 800 avant J.-C. la culture de Sa Huynh. Son aire s'étend du Binh Tri Thiên à la vallée du Dông Nai. Cette culture incinère ses défunts et les inhume dans des jarres avec un riche mobilier. Contrairement aux Dong Son qui sont contemporains, ils travaillent le fer, et non le bronze.

Vers le IIe siècle ou Ier siècle av. J.-C., des populations de langue austronésienne, les Cham, sans doute venus de l'île de Bornéo, s'installent sur le littoral du Viêt Nam central.

Au Sud du Viêt Nam, des fouilles entreprises sur le site d'Oc Eo au début des années 2000 ont permis de mieux connaître une culture qui, au moins au IIIe siècle après J.-C., s'étendait sur le Viêt Nam, le Cambodge et la Thaïlande actuels. Cette culture entretenait des relations avec la Chine. L'influence indienne sur cette culture est manifeste, avec des statues de Bouddha et de Vishnu. Des bateaux étrangers venaient à Oc Eo échanger des marchandises.

Les premiers textes chinois concernant l'Asie du Sud-Est datent du IIIe siècle. Ils évoquent un royaume appelé Fou-nan et décrivent ses habitants comme étant « laids et noirs, avec des cheveux frisés ». Cette description tend à faire penser que les habitants du Fou-nan sont ethniquement khmer. Le nom de Fou-nan lui-même serait une transcription en caractères chinois du mot bnam, en khmer moderne phnom, qui signifie « montagne ». Au VIe siècle le royaume du Tchen-la, établi au nord, en amont dans le bassin du Mékong, conquiert le Fou-nan, formant ainsi le Cambodge pré-angkorien.

Bien que l'ethnie viêt, très nettement majoritaire, joue un rôle essentiel dans sa formation politique et territoriale, le futur Viêt Nam se forme au fil des siècles à partir d'un brassage ethnique particulièrement complexe ; le pays naît sur un territoire qui compte une cinquantaine d'ethnies aujourd'hui officiellement reconnues comme telles[9].

Du Nam Viêt à l'invasion chinoise [modifier]

Localisation du Van Lang, en 500 av. J.-C.

De leur berceau primitif du Văn Lang, au nord du Viêt Nam, les Viêt essaiment dans la basse plaine du delta du Fleuve rouge. Ils y trouvent une terre fertile, mais exposée à des crues violentes et irrégulières. Les contraintes géographiques et climatiques, la menace des Chinois venus du Nord par les défilés, contribuent à former dans le pays une structure communautaire, dont le village est le pilier essentiel, constituant un symbole de la stabilité du peuple Viêt. La famille fournit une autre cellule fondamentale et durable de la société Viêt, qui s'identifient à leur village, à leur clan à l'intérieur du village, et à leur branche familiale à l'intérieur du clan[10].

La légende ne cède le pas à l'Histoire qu'à partir de 258 av. J.-C. : le Van Lang est alors soumis par Thuc Phan, un souverain voisin (Chinois pour les uns, Viêt selon les autres) qui fonde le royaume élargi d'Âu Lạc, et règne sous le nom de An Duong. La capitale du royaume est Cô-loa, dont des vestiges subsistent au nord d'Hanoï. En 221 av. J.-C., l'empereur Qin Shi Huang, ayant achevé l'unification de la Chine, se tourne vers le pays des Cent Viêt. Mais les tribus Tây Âu mènent une guerre de guérilla contre les soldats Chinois et finissent par les repousser. Le général chinois Zhao Tuo (appelé Triệu Đà par les Vietnamiens), appelé en renfort, renverse finalement le roi An Duong et s'empare du royaume d'Âu Lạc ; mais la mort de l'empereur de Chine et la chute de la dynastie Qin lui donnent des idées d'indépendance. En 206 av. J.-C., Zhao Tuo se proclame roi d'un nouvel État, le Nam Viêt (Viêt du Sud). Ce royaume, large de deux à trois cent kilomètres, longe la mer de Chine, de la Porte d'Annam au sud, jusqu'au nord de l'actuelle Canton. Zhao Tuo adopte les mœurs et les coutumes des Viêt et organise son royaume en plaçant les provinces sous l'autorité de légats chargés des registres du cens et de la levée des impôts, pratiques qui perdurent à travers les siècles. Le Nam Viêt existe jusqu'en 111 av. J.-C., date à laquelle l'empereur de Chine Wudi, de la dynastie Han, profite d'une guerre de succession entre les descendants de Zhao Tuo. Des membres de la communauté chinoise du Nam Viêt sont tués pendant les troubles, ce qui sert de prétexte à l'empereur pour envoyer ses troupes « rétablir l'ordre » dans le royaume voisin. Le Nam Viêt passe alors sous la coupe de la Chine, et ce pour plus d'un millénaire[11].

Mille ans de domination chinoise [modifier]

Représentation de la lutte des sœurs Trung contre les Chinois.

Le Nam Viêt devient la province chinoise de Jiaozhi (également retranscrit Giao Chỉ ou Giao-châu) et est organisé en sept commanderies. Le territoire est gouverné par des légats chinois, et les sujets de l'Empire de Chine sont invités à peupler cette nouvelle frontière méridionale en vue de la siniser. Le passage à l'administration chinoise directe suscite l'insoumission au sein de la noblesse locale : en 34 après J.-C., une insurrection éclate quand le commandeur du Giao Chỉ fait assassiner un notable, Thi Sách, soupçonné de fomenter des troubles. L'épouse et la belle-sœur du défunt, Trưng Trắc et Trưng Nhị, connues collectivement sous le nom des sœurs Trung, prennent alors la tête d'une révolte armée contre l'occupant chinois : grâce au soutien de la population, elles prennent les places-fortes chinoises l'une après l'autre et, en l'an 40, se proclament reines, mettant fin à la première période de domination chinoise. Les Han envoient le général Ma Yuan, surnommé le « dompteur des flots » mater la rébellion ; selon la tradition vietnamienne, les sœurs Trung, constatant la défaite de leurs troupes, préfèrent le suicide par noyade à la reddition. La tradition chinoise veut au contraire qu'elles aient été capturées et décapitées. La seconde période de domination chinoise commence : afin de prévenir de nouvelles révoltes, Ma Yuan soumet le pays à une sinisation à marche forcée ; il impose l'usage de la langue chinoise, ainsi que la présence de fonctionnaires chinois à tous les échelons de l'administration, à l'exception des chefs de village. Il érige des forteresses, installe des colons-soldats, établit canaux et routes, et organise l'administration sur le modèle chinois. D'autres insurrections ont lieu, comme celle de Chu Dat en 157, ou de Luong Long en 178. Au fil des années, les représentants des empereurs Han bénéficient d'une certaine indépendance et se montrent soucieux des intérêts locaux ; ils s'appuient sur un nouvelle classe dirigeante, formée par les unions entre les colons chinois et les grandes familles indigènes. Une aristocratie sino-viêt se forme et ses représentants se retrouvent parmi les hauts fonctionnaires locaux. Parmi ceux-ci, Shi Xie (en vietnamien : Sĩ Nhiếp), administrateur très compétent, obtient en 203 de réunir, sous son autorité, les trois préfectures du delta du Fleuve rouge en une seule province. Durant l'administration de Shi Xie, le confucianisme et le taoïsme pénètrent et progressent dans la province, qui accueille également des missionnaires bouddhistes indiens, ainsi que des marchands venus d'Arabie et de Méditerranée, qui font escale dans les ports du pays[12],[13].

Image traditionnelle de Triệu Thị Trinh.

Après la mort de Shi Xie en 226, les troubles recommencent dans la province : le retour à une administration directe par les Chinois est mal accepté et les fonctionnaires impériaux qui succèdent à Shi Xie sont souvent corrompus. En 248, une nouvelle insurrection éclate, conduite à nouveau par une femme, Triệu Thị Trinh (dite Dame Triệu), à laquelle la tradition vietnamienne prête une force et des exploits extraordinaires. Elle remporte plusieurs victoires éclatantes contre les Chinois, qui en viennent à lui prêter des pouvoirs magiques. Triệu Thị Trinh finit cependant par périr après avoir été abandonnée par ses troupes lors d'une bataille : le souvenir de son insurrection fait ensuite l'objet d'un culte, qui continue de révéler le mécontentement de la classe dirigeante Viêt (les Viêt sont alors appelés Lac). Le Jiaozhi continue de connaître une alternance de périodes de troubles violents, et de stabilité. Des crises régulières sont provoquées par les pressions de la cour impériale, par les abus de fonctionnaires impériaux, ou à la faveur d'affaiblissements dynastiques. Les réponses impériales peuvent être brutales, mais elles sont le plus souvent mesurées, du fait de la distance de la province et de la difficulté d'y envoyer des expéditions[14].

Outre les troubles internes dus à la noblesse Lac, l'ancien Nam Viêt est également menacé de l'extérieur, par l'avancée du peuple cham établit dans le delta du Mékong. Le royaume de Champā étend son territoire aux dépens des Khmers et a des relations conflictuelles avec les Viêt, faites de razzias et de pillages, mais aussi parfois de commerce, du début du IIe siècle à la fin du IXe siècle[15].

La tutelle politique de la Chine joue un rôle important dans la naissance et le développement de la langue vietnamienne. Les origines exactes du vietnamien ont fait l'objet de débats : la majorité des chercheurs le rattachent aux langues môn-khmer, dont les langues viêt-muong composent une branche, mais une autre thèse le veut également mâtiné d'un dialecte thaï qui aurait contribué à lui conférer sa forme. Durant les siècles d'appartenance à la Chine, la langue vietnamienne s'enrichit d'une masse importante de mots chinois ; le chinois classique est alors la langue officielle de l'administration, ce qui entraîne l'adoption d'un grand nombre de termes hans. Le vietnamien s'enrichit également d'un grand nombre de parlers locaux, qui occasionnent d'importantes variations de prononciation et de vocabulaire[9].

La Chine n'élimine pas la féodalité locale, mais la plie à ses intérêts : les seigneurs viêt trouvent leur place dans un système pyramidal, au sommet duquel se trouve l'empereur de Chine. Au plan administratif, les Chinois créent des écoles, développent l'enseignement et organisent des concours destinés à sélectionner les détenteurs de fonctions officielles. Le développement de l'instruction aboutit à la formation d'une classe de lettrés, pour qui la civilisation chinoise constitue la seule référence valable. Les familles dirigeantes viêt sont fortement sinisées sur le plan culturel. Au point de vue matériel et technique, les Chinois apportent également des progrès considérable ; ils enseignent notamment aux Viêts, qui ne connaissaient jusque-là que la houe, les méthodes de culture par la charrue et les animaux de trait. L'organisation sociale viêt est divisée par les Chinois en quatre classes : lettrés, cultivateurs, artisans et commerçants. Au plan social, l'institution de base demeure la commune villageoise, formée d'un groupe de familles unies par un culte commun à un génie protecteur. Au sein de la commune, la cellule familiale, comparable à l'organisation existante en Chine, constitue l'unité primordiale. Si la sinisation culturelle du peuple Viêt est forte, elle n'est cependant pas complète : c'est dans le contexte de la suzeraineté chinoise que se forme progressivement la conscience d'une nation viêt[16].

Sur le plan politique, les Viêt vivent au rythme des vicissitudes de l'Empire de Chine, qui connaît lui-même des périodes de troubles et de guerres civiles. Les gouverneurs en profitent pour accroître leur autonomie en s'appuyant sur des notables Viêt, qui eux-mêmes tentent parfois de supplanter le gouverneur. Révoltes et répressions se succèdent, renforçant chez le peuple Viêt un sentiment de cohésion nationale. En 544, le magistrat Lý Nam Đế (dit également Lý Bí ou Lý Bôn) mène une révolte victorieuse et se proclame « empereur du Nam Viêt », tout en conservant des usages politiques inspirés de ceux de la Chine ; il nomme des fonctionnaires Viêt et fonde la dynastie Lý antérieure. Le nouvel empereur affirme notamment l'identité indigène en élevant un temple à Triệu Thị Trinh[15]. Le pays connaît alors une période d'indépendance durant plusieurs décennies mais, en 602, les Chinois en reprennent le contrôle, débutant leur troisième période de domination. En 679, la dynastie Tang impose un régime plus strict de protectorat. Les marches excentriques de l'Empire de Chine sont réorganisées et regroupées sous un ensemble portant, accolé à leur désignation géographique, le mot An (Paix) : le delta du Fleuve rouge, divisé en quatre provinces, reçoit ainsi le nom d'An-nam (ou Annam, soit « Sud pacifié » ; le nom complet étant, en Vietnamien, An Nam đô hộ phủ, soit « Protectorat général du Sud pacifié »). Des routes terrestres sont construites, ce qui permet d'intensifier les échanges. À l'intérieur, les voies de communication permettent un brassage du peuple Viêt des différentes régions, ce qui contribue à éveiller et entretenir la conscience nationale. Parallèlement, la construction de bateaux plus puissants permet de supprimer l'escale de l'Annam pour les commerçants qui, venant d'Inde ou d'Occident, veulent se rendre en Chine. La présence militaire et administrative chinoise se fait sentir plus fortement qu'avant dans le pays : la puissance des Tang est alors à son apogée et la pression fiscale est de plus en plus lourde sur les provinces. L'Annam est administré par des fonctionnaires chinois qui, envoyés dans des contrées lointaines, s'y livrent à de fréquents abus. De nombreuses insurrections ont lieu, tant chez les Viêt des plaines que dans les ethnies des montagnes. En 791, le chef militaire Phùng Hưng mène une révolte contre le gouverneur de l'Annam et prend le contrôle du territoire. Il règne durant 11 ans, puis son fils doit se soumettre, vaincu par l'armée des Tang. Diverses révoltes éclatent encore durant le IXe siècle. En 863, le protectorat est repris en main par le général chinois Gao Pian, qui lui assure une certaine stabilité. Mais, dans les premières années du Xe siècle, l'Empire Tang se désagrège : la Chine entre dans la période des période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes. L'effondrement du pouvoir central permet aux Viets de se libérer de la tutelle de a Chine. En 932, le gouverneur Ngô Quyền bat l'armée chinoise, obtenant l'indépendance de fait du pays et inaugurant le règne de la dynastie Ngô[17],[18].

Le Đại Việt [modifier]

Article connexe : Đại Việt.
Statue de Đinh Bộ Lĩnh, premier roi du Đại Cồ Việt et fondateur de la dynastie Lý.

Ngô Quyền choisit comme capitale Cổ Loa, ancienne capitale du royaume d'Âu Lạc, à proximité de l'actuelle Hanoï; il passe l'essentiel des six années de son règne à lutter contre les tendances séparatistes des seigneurs Viêt, mais échoue à maintenir la cohésion du pays, bientôt divisé en douze seigneuries. Il faut attendre le règne de Đinh Bộ Lĩnh pour que les seigneuries, pour parer à la menace posée par la dynastie Song, soient à nouveau rassemblées sous une autorité centrale stable. Le nouvel état, baptisé Đại Cồ Việt, a sa capitale à Hoa Lu et, pour conserver son indépendance, paie tribut à la Chine à partir de 972. Đinh Bộ Lĩnh est assassiné en 979 par l'un de ses officiers : l'héritier du trône est alors âgé de six ans. Face à la menace renouvelée des Chinois, le général Lê Hoàn est alors proclamé roi, en 980, sous le nom de Lê Đai Hành, fondant la dynastie Lê antérieure. Le nouveau souverain vainc les armées chinoises en 987 mais, par réalisme, offre aussitôt à nouveau le tribut à la Chine. Au Sud, il doit faire face au Champā, qui soutient militairement les partisans de la restauration des Ngô. Lê Đai Hành modernise le réseau des routes et des canaux, fait battre la première monnaie viêt, et combat les velléités centrifuges des seigneurs locaux. Pour prévenir les risques de division du royaume, il le partage entre ses fils. Mais à sa mort, en 1005, une guerre de succession éclate entre les princes. Le vainqueur du conflit ne règne que quatre ans et, pour garantir la stabilité du royaume, les dignitaires de cour élèvent au trône le mandarin Lý Thái Tổ : la dynastie Lý accède au pouvoir sans violence. Le nouveau roi établit la capitale sur le site de l'actuelle Hanoï, et donne à la ville le nom de Thăng Long[19]

La monarchie, qui fonctionne comme celle de la Chine sur le principe du mandat du Ciel, s'appuie sur deux piliers, l'armée et la famille royale. Lý Thái Tông, successeur de Lý Thái Tổ, réorganise notamment les forces armées en leur donnant pour mission non plus de défendre la famille royale, mais le sol de la patrie, véritable innovation qui contribue à renforcer encore la conscience d'une identité nationale. Il fait également publier le premier code pénal du pays. L'administration étatique repose sur une classe de mandarins, dont la charge est acquise par hérédité ou par recommandation des bonzes[20].

L'ancien protectorat chinois est désormais prospère, grâce notamment à l'or et au riz. Les Song n'ont cependant pas abandonné l'idée de reprendre le contrôle de l'Annam : le général Lý Thường Kiệt prend alors les devants et, en 1075, défait l'armée chinoise. Le conflit se poursuit mais s'achève par la négociation en 1079 : le Đại Cồ Việt récupère tous ses territoires et conserve son indépendance, tout en continuant de reconnaître la suzeraineté de la Chine, qui préserve ainsi son prestige. Lý Thường Kiệt défait également le royaume de Champā, qui doit céder des territoires aux Viêt[21]. Au fil des siècles, le peuple Viêt étend sa présence territoriale par le processus dit de la « marche vers le Sud » (nam tiên) : face à la présence chinoise au Nord, c'est vers le Sud qu'il doit descendre pour agrandir « son espace vital », se heurtant au passage aux peuples Chams et Khmers. La poussée progressive des Viêt se fait sous la tripe influence de la dynamique géographique, de la nécessité économique, et, sur le plan politique, d'une tendance à l'émulation de l'« impérialisme » chinois[22].

La dynastie Lý décline au XIIIe siècle : l'administration est en pleine décadence et les famines se multiplient dans les campagnes, signe de la perte du mandat du Ciel par les souverains. Une guerre civile éclate et, en 1225, les Lý sont supplantés par la dynastie Trần. Celle-ci introduit un important facteur de stabilité, avec la transmission des pouvoirs - de père en fils - du vivant même du roi. À la fin de son règne, le roi, bien que retiré, conserve le pouvoir de décision sur les questions importantes. Les souverains continuent d'accorder une attention particulière à l'armée, dont les effectifs sont sensiblement développés. Le bouddhisme est également employé par les Trần comme un instrument de lien social et un garant de l'ordre établi. Le confucianisme imprègne quant à lui la mentalité des dignitaires politiques : le recrutement par concours des mandarins, sur le modèle des examens impériaux chinois basés sur la connaissance des écrits confucéens, supplante l'hérédité et la recommandation pour le recrutement des fonctionnaires. Les premières annales historiques vietnamiennes, alors rédigées en han, datent de cette époque ; il faut attendre le XIIIe siècle pour qu'apparaissent les premiers textes en chữ nôm, la langue écrite des Viêt[23]. Le système politique et éducatif du Đại Việt (futur « Viêt Nam » demeure, dans son ensemble, fortement sinisé : le souverain, détenteur du mandat du Ciel, gouverne par l'entremise de lettrés-fonctionnaires, élite méritocratique dont la formation est fondée sur les auteurs confucéens. La langue écrite nationale, le chữ nôm, utilise les caractères chinois, témoignant de la profondeur de l'empreinte culturelle chinoise[24].

Dès la seconde moitié du XIIe siècle, le Đại Cồ Việt doit faire face à des incursions de l'empire mongol : en 1257, le refus du royaume de donner un droit de passage aux Mongols pour attaquer la Chine conduit à la guerre. Les Mongols saccagent la capitale en 1258 mais, décimés par le climat du Delta du Fleuve rouge et soumis à une contre-attaque des Viêt, ils se retirent. En 1285, les Mongols, désormais au pouvoir en Chine, attaquent à nouveau le royaume Viêt après que celui-ci a refusé à Kubilai Khan un droit de passage pour attaquer le Champā. Leur attaque est repoussée ; ils tentent ensuite une troisième fois d'envahir le pays, pillant à nouveau la capitale, mais subissent un nouvel échec. La victoire du Đại Cồ Việt laisse cependant le pays exsangue, les récoltes ayant été anéanties. Au début du XIVe siècle, les relations avec le Champā sont excellentes du fait du combat mené en commun contre les Mongols. Mais un litige territorial au sujet de deux districts offerts au Đại Cồ Việt à l'occasion d'un mariage entre le roi cham et une princesse viêt débouche sur un nouveau conflit. En 1371 et 1389, le Champā mène à nouveau des guerres contre les Trần ; ils échouent cependant à récupérer leurs territoires[25].

Statue de Lê Lợi, fondateur de la dynastie Lê.

Durant le XIVe siècle, la dynastie Trần décline ; en 1400, le mandarin Hồ Quý Ly dépose le dernier souverain Trần. La dynastie des Hô est cependant éphémère et en 1406, la Chine - alors sous la dynastie Ming - envahit à nouveau le pays, en prétendant vouloir restaurer les Trần, ce qui lui permet d'avoir le soutien d'une grande partie des notables et des miliaires Viêt. Mais les Chinois, loin de respecter l'indépendance du pays, le recolonisent, lui redonnent son ancien nom de Giao Chỉ et entreprennent une nouvelle sinisation. En 1418, Lê Lợi, fils d'une grande famille de propriétaires, lance un mouvement de résistance contre les Chinois. Ses troupes mènent une guerre de guérilla durant plusieurs années, prenant progressivement le contrôle des campagnes du Sud, ce qui oblige les Chinois à se replier dans leurs citadelles. Bénéficiant d'un large soutien de la population, Lê Lợi contrôle en 1426 une grande partie du territoire, ce qui lui permet de créer une administration parallèle. En 1428, Lê Lợi devient roi sous le nom de règne de Lê Thái Tổ ; la dynastie Lê entame sur le pays, rebaptisé Đại Việt (« Grand Viêt »), un règne de plus de trois siècles[26].

Lê Lợi, avant même sa victoire finale, entreprend de réorganiser l'administration du Đại Việt. Il favorise l'accès des milieux populaires aux concours de mandarins, impose des concours plus stricts pour accéder au statut de bonze ou de prêtre taoïste, et accorde davantage d'autonomie aux minorités ethniques montagnardes, tout en se montrant très sévère face à toute insoumission. Les derniers partisans des Trần sont éliminés, ce qui permet aux Lê d'asseoir leur autorité face aux Chinois. La dynastie connaît son apogée sous Lê Thanh Tông, qui règne sur le Đại Việt de 1460 à 1497. Le pays bénéficie alors d'une administration très efficace, grâce notamment à une grande centralisation des décisions et à une bureaucratie d'obédience confucéenne. Respecté par la Chine, le Đại Việt affronte au Sud le Champā, qu'il bat en 1470, annexant la région s'étendant du Col des Nuages au Col Cù Mông[27].

Après le règne de Lê Hiên Tông (1497-1504), la dynastie des Lê décline à son tour : des souverains incompétents se succèdent, négligeant l'agriculture et laissant le pays péricliter. Plusieurs révoltes éclatent au fil des ans et, en 1527, le général Mạc Đăng Dung prend le pouvoir dans la capitale, fondant la dynastie des Mac. Mais Nguyễn Kim, un mandarin fidèle aux Lê se réfugie à Thanh Hóa au sud du Tonkin et y intronise un prince Lê : le Đại Việt est désormais divisé en deux, les dynasties rivales se disputant la légitimité. Grâce notamment au général Trịnh Kiểm, gendre de Nguyễn Kim, les partisans des Lê entament une lente reconquête du pays : les Mac ne sont tout à fait évincés qu'en 1592. Le Đại Việt, réunifié, est épuisé par des années de guerre civile[28].

Rétablis sur le trône, les souverains Lê sont cependant privés de tout pouvoir réel : en 1599, Trịnh Tung, fils de Trịnh Kiểm, fait reconnaître par le roi son titre de « généralissime, administrateur suprême de l'État ». La famille Trinh, dont la charge se transmet de père en fils, gouverne désormais le pays tandis que la dynastie Lê ne règne plus que symboliquement. Mais entretemps, la famille Nguyễn s'est brouillée avec les Trinh : en 1558, Nguyễn Hoàng - fils cadet de Nguyễn Kim mort en 1545 - se réfugie au Sud du pays pour échapper à la jalousie de son beau-frère Trịnh Kiểm, et obtient le gouvernement de deux provinces. Le pays connaît dès lors une partition de fait, les Trinh tenant le Nord et les Nguyễn le Sud, chacune des deux familles affirmant gouverner au nom des Lê[29]. Les visiteurs étrangers tendent à appeler le Nord du Viêt Nam, gouverné par les Trinh, Tonkin, ce nom étant dérivé de Dong Kinh (« capitale de l'Est »), soit le surnom de l'actuel Hanoï. Le territoire des Nguyễn est par contre appelé par les étrangers Cochinchine, d'après un terme inventé au XVIe siècle par les navigateurs portugais pour désigner le pays dans son ensemble[30],[31]

Empêchés par les Trinh d'étendre leur domaine vers le Nord, les Nguyễn poursuivent la « marche vers le Sud », annexant des territoires aux dépens du Champā et du Cambodge alors en plein déclin. Bien que divisé en deux, le Đại Việt atteint, au milieu du XVIIIe siècle, la configuration de l'actuel Viêt Nam. La sécession de fait du pays dure deux siècles durant lesquels le pays évolue beaucoup sur les plans agricole, artisanal, industriel ou commercial. Le Nord dominé par les Trinh connaît un déclin de son agriculture, tandis que le Sud bénéficie d'une pression démographique moins forte et d'une plus grande superficie cultivable. Le Đại Việt bénéficie par ailleurs d'un essor de son commerce extérieur. La région est une étape pour les navires occidentaux qui voguent vers la Chine ou le Japon. Néerlandais, Britanniques et Français ouvrent des comptoirs commerciaux, réalisant des affaires avec plus ou moins de bonheur. Le christianisme prend par ailleurs pied dans le pays à partir de 1615, date à laquelle Italiens et Portugais fondent la première mission d'évangélisation. En 1627, le jésuite Alexandre de Rhodes ouvre une mission à la cour des Trinh. Inquiets du nombre de conversions au catholicisme, les Trinh l'expulsent cependant trois ans plus tard. Au Sud, les missionnaires sont également chassés et le christianisme est réprimé dans l'ensemble du pays. Alexandre de Rhodes laisse cependant une trace profonde dans l'histoire vietnamienne, notamment en développant l'alphabet quốc ngữ, méthode de romanisation du vietnamien, qui finira par supplanter l'écriture chữ nôm en sinogrammes[32].

Le début du XVIIIe siècle coïncide avec le déclin du pouvoir des Trinh : l'économie du Nord se dégrade, du fait d'une mauvaise gestion et de catastrophes naturelles qui, provoquées en partie par le manque d'entretien des digues, dévastent l'agriculture. Plusieurs révoltes éclatent. Au Sud, les Nguyễn sont confrontés à des révoltes provoquées par le coût de la vie. Les soulèvements successifs sont matés tant par les Trinh que par les Nguyễn jusqu'en 1771, date à laquelle éclate la révolte menée par les trois frères Tây Sơn[33].

Statue de Nguyễn Huệ, prince de la famille Tây Sơn, souverain sous le nom de Quang Trung.

Le plus jeune des Tây Sơn est âgé de dix-huit ans en 1771, quand il lance la révolte contre les princes Nguyễn. La rébellion se développe sur les plateaux, avant de gagner les citadelles du Sud. Les Trinh descendent alors eux aussi vers le Sud et passent le Col des Nuages pour attaquer les Tây Sơn ; confrontés à deux ennemis simultanés, ces derniers font alors allégeance aux Trinh pour mieux combattre les Nguyễn. Les princes Nguyễn sont capturés et massacrés, sauf un, Nguyễn Anh, qui réussit à reconstituer une armée. Il parvient à se faire reconnaître comme souverain légitime par le Siam et le Cambodge mais, plusieurs fois battu, doit se réfugier à Bangkok en 1785. Entretemps, la déliquescence la cour des Trinh encourage les Tây Sơn à reprendre le combat contre leurs anciens alliés. La capitale des Trinh, Thăng Long (Hanoï) est prise le 21 juillet 1786, et la seigneurie Trinh prend fin avec le suicide des princes en fuite. Nguyễn Huệ, l'un des frères Tây Sơn, vient alors faire allégeance au monarque , Hiển Tông. Mais ce dernier meurt peu après, laissant le trône à son petit-fils Chiêu Thống. Le nouveau roi réclame alors la province de Nghệ An aux frères Tây Sơn qui s'étaient partagé le pays ; Nguyễn Huệ, à qui est revenu la province, marche alors sur la capitale avec ses troupes. La famille Lê est contrainte à la fuite. Lê Chiêu Thống, décidé à reconquérir son trône, décide de s'allier avec la Chine : l'armée des Qing pénètre sur le territoire du pays, mais se livre à de nombreuses exactions, retournant la population contre les Lê. Nguyễn Huệ fait alors appel au sens patriotique des Viêts pour obtenir le soutien du peuple : il se proclame roi le 22 décembre 1788, sous le nom de règne de Quang Trung, et lance une attaque surprise à la veille du nouvel an, infligeant aux Chinois une défaite totale. Lê Chiêu Thống se réfugie en Chine et, le 30 janvier 1789, Nguyễn Huệ rentre à nouveau dans Thăng Long, mettant un terme à la dynastie Lê. Il se garde d'humilier les Chinois et leur propose la paix, en leur demandant de le reconnaître comme roi. Les Tây Sơn règnent désormais sur le Đại Việt, Nguyễn Huệ régnant de la frontière chinoise jusqu'au Col des Nuages, tandis que ses frères se partagent l'ancienne seigneurie des Nguyễn[34]. [33] La révolte des Tây Sơn a un effet unificateur sur la nation viêt, tant par sa vocation propre que par la réaction qu'elle suscite. La victoire des frères Tây Sơn induit en effet un remise en cause violente des élites urbaines du Sud : les Chinois associés au pouvoir des Nguyễn font notamment l'objet de massacres. La guerre civile provoque le regroupement géographique de la communauté chinoise, qui perd son statut d'extraterritorialité. L'influence khmère sur le delta est également mise à mal[35]. Le pouvoir des Tây Sơn ne se traduit, après leur victoire militaire, par aucune réforme structurelle ; Nguyễn Huệ meurt prématurément en 1792, laissant le trône à son fils de dix ans, et le gouvernement du pays à un régent que ses exactions rendent rapidement impopulaire[34].

Du Viêt Nam des Nguyễn à la colonisation française [modifier]

Portrait de Gia Long (Nguyễn Anh), premier empereur de la dynastie Nguyễn.

Tandis que le pouvoir des Tây Sơn décline, Nguyễn Anh, à nouveau réfugié au Siam, prépare activement la reconquête des territoires de sa famille. Au moment du massacre des Nguyễn par les Tây Sơn, le prince avait bénéficié de l'aide de l'évêque français d'Adran, Mgr Pigneau de Béhaine. Alors que Nguyễn Anh s'emploie à reprendre le pouvoir, Pigneau de Béhaine décide de l'aider à reconquérir ses terres, voire le royaume. Il emmène le jeune fils de Nguyễn Anh à la cour de Louis XVI, et parvient à obtenir, le 28 novembre 1787, la signature d'un accord entre le Royaume de France et le « roi de Cochinchine ». En échange d'une aide militaire, la France bénéficierait de la propriété des îles de Touron (Hoi nan) et Poulo Condor ainsi que d'un droit de commerce et d'établissement[36]. Jouant sur la mésentente au sein du clan Tây Sơn et bénéficiant du ralliement de nombreux déçus, Nguyễn Anh reprend pied au Sud, à Long Xuyên, et parvient en 1788 à s'assurer le contrôle de la province de Gia Din. Plutôt que de poursuivre son avancée, il préfère consolider son pouvoir au Sud en réorganisant l'administration, rétablissant un système judiciaire calqué sur celui des Lê et en créant des concours littéraires[34]. Entretemps, Pigneau de Béhaine, après la signature du traité avec la France, se heurte à de nombreuses difficultés : le gouverneur des Établissements français de l'Inde, censé appliquer le traité, s'y refuse par manque de fonds, et la France, à quelques mois de la révolution, revient sur les accords en ordonnant de ne rien entreprendre. Pigneau de Béhaine lève alors lui-même une troupe composée en grande partie d'aventuriers, et revient en Annam en juillet 1789, alors que Nguyễn Anh a déjà repris pied au Sud. Les Français contribuent aux opérations des Nguyễn vers le Nord, en mettant sur pied des corps d'armée modernes et des ouvrages fortifiés. Olivier de Puymanel contribue notamment à réorganiser l'armée des Nguyễn et Jean-Marie Dayot crée une flotte à la technique très avancée pour l'époque. Pigneau de Béhaine meurt en 1799, avant la victoire finale de Nguyễn Anh ; deux des compagnons de l'évêque, Philippe Vannier et Jean-Baptiste Chaigneau, restent longtemps au service du souverain, qui leur confère des titres mandarinaux[36].

Nguyễn Anh remonte vers le Nord : en 1799, il entre à Quy Nhơn et, deux ans plus tard, à Phú Xuân (actuelle Huế). Les tentatives de contre-attaque du jeune Quang Toan, dernier souverain Tây Sơn, sont repoussées. Le 20 juillet 1802, Nguyễn Anh entre dans Thăng Long (Hanoï) sans rencontrer de résistance. Désormais empereur sous le nom de règne de Gia Long, Nguyễn Anh inaugure le règne de la dynastie Nguyễn, devenant le premier souverain à régner sans partage sur le Viêt Nam actuel, étendu de la frontière chinoise au golfe de Thaïlande[37]. En 1811, Gia Long choisit Phú Xuân comme capitale impériale. Le pays est divisé en deux grandes unités administratives, dénommées thanh (« citadelles »), dirigés par des gouverneurs-généraux qui portent le titre de tong trân (appelés « vice-rois » par les Français) : la Bac Thanh du Nord, s'étire de la frontière avec la Chine jusqu'à Ninh Bình ; la Gia Dinh Thanh du Sud s'étend de Bình Thuận jusqu'aux confins du delta du Mékong. Entre les deux, la capitale Phú Xuân et ses environs bénéficient d'une statut particulier[38]. Il ne s'agit cependant pas d'une organisation de type fédéral, l'autorité centrale de l'empereur étant incontestée[39]. Après des décennies de luttes fratricides, Gia Long s'emploie à stabiliser le pays, tout en régnant en monarque absolu et en renouant avec les sources du confucianisme. Le pouvoir civil commande désormais au pouvoir militaire et le souverain s'emploie à faire reconstruire routes, ponts et digues pour améliorer le sort de la paysannerie. Les concours, ouverts à tous, permettent d'entretenir des castes de mandarins et de lettrés instruits et compétents ; le classicisme de programmes purement littéraires constitue cependant, à long terme, un écueil face à l'évolution de la technique[40]. Le souverain porte désormais le titre d'empereur (Hoàng đế) , celui de roi (Vương) n'étant plus utilisé que vis-à-vis de l'empereur de Chine : les Qing demeurent en effet les suzerains nominaux du pays, qui continue de leur payer un tribut[41].

Lors de son accession au trône, Gia Long demande à la cour des Qing l'autorisation de redonner au pays le nom ancien de Nam Viêt (Viêt du Sud); mais les Chinois refusent, cette appellation évoquant un ancien pays dont le territoire fait désormais partie de la Chine. Un compromis est choisi, et le pays est finalement rebaptisé en 1804 du nom officiel de Viêt Nam, traduisible par Pays des Viêt du Sud, Sud des Viêts[42] ou « Sud qui est Viêt ». Le choix de cette appellation a l'avantage, pour les Qing, de ne pas impliquer qu'il existe un pays « Viêt du Nord » qui correspondrait au Sud de la Chine et que le Viêt Nam pourrait éventuellement revendiquer[43]. Le nom d'Annam, dénomination de l'ancien protectorat des Chinois, continue cependant d'être utilisé de manière officieuse pour désigner le pays dans son ensemble[44] ; cet usage est reproduit par les Occidentaux. Les Français utilisent pour leur part l'expression « Royaume d'Annam » et le gentilé Annamites pour désigner les habitants du pays[45]. En 1838, l'empereur Minh Mạng, successeur de Gia Long, choisit de rebaptiser le pays Đại Nam, tout en continuant d'utiliser le nom Viêt Nam dans le cadre des échanges avec la Chine[30],[46],[47]. Gia Long promulgue en 1815 un nouveau code juridique, inspiré de celui des Qing. Il développe la colonisation des terres et, dans le cadre de sa politique de grands travaux, fait construire un certain nombre de citadelles selon les techniques enseignées par Olivier de Puymanel ou transmises par les ouvrages amenés par Pigneau de Béhaine. Minh Mạng renforce quant à lui la structure mandarinale et resserre en 1832 le gouvernement autour d'un conseil secret, le Côm mât viên, composé du maréchal du centre et de quatre grands chanceliers. L'administration est reprise en main et unifiée. Il poursuit également la colonisation en annexant temporairement le Cambodge et le Xieng Khouang (dans l'actuel Laos)[41]. Des chefferies du pays lao demandent leur rattachement au Đại Nam, et le roi du Luang Prabang accepte sa suzeraineté pour se prémunir contre l'influence du Siam[48].

L'empereur Minh Mạng.

Si le Royaume d'Annam étend son territoire et son influence à l'Ouest, il se ferme à l'Est : les Nguyễn se méfient en effet de l'expansionnisme européen et n'autorisent les échanges commerciaux avec l'Occident que dans quelques ports. Gia Long juge en effet que les catholiques vietnamiens - dont les effectifs se montent à 300 000 sous son règne - pourraient représenter une menace pour la stabilité des institutions ; du fait de sa gratitude pour Pigneau de Behaine, il s'abstient cependant d'expulser les missionnaires. Son successeur, Minh Mạng, s'oppose plus directement au christianisme. Il fait fermer plusieurs églises et rassemble les missionnaires à Hué pour mieux surveiller leurs activités. Plusieurs Français sont expulsés. En 1825, il interdit l'entrée du pays aux « prêtres étrangers » ; les missionnaires continuent cependant de parvenir clandestinement dans le pays. En 1833, il promulgue un édit de persécution générale. En 1833-1835, Minh Mạng doit mater la révolte de Lê Văn Khôi, à laquelle participent des chrétiens. Le père Joseph Marchand, accusé d'avoir contribué à l'insurrection, est torturé et mis à mort. La politique répressive de l'empereur est également motivée par la situation économique désastreuse du pays, où les variations du prix du riz perturbent la vie des campagnes et provoquent de nombreuses rébellions. A la fin de son règne, inquiet des pressions croissantes des Britanniques au nom du libre commerce, il tente d'améliorer les relations de son pays avec l'Occident : il réduit la persécution des chrétiens et envoie une ambassade en Europe. Les sociétés missionnaires et le pape lui-même font alors pression sur le roi Louis-Philippe en dénonçant les persécutions anti-chrétiennes et en lui demandant d'intervenir. Le souverain français s'abstient à la fois de promettre une intervention et de recevoir les envoyés vietnamiens. A la même époque, le Royaume-Uni met pied en Chine grâce au traité de Nankin, conclu à la fin de la première guerre de l'opium. La marine française informe son gouvernement de l'intérêt stratégique de la ville côtière de Tourane. Guizot envisage de prendre possession de la ville au nom des accords jadis conclus par Pigneau de Behaine, mais le gouvernement de Louis-Philippe ne va pas jusqu'à accepter l'idée de s'en emparer par la force[49],[48].

En 1847, la France réclame au royaume d'Annam les mêmes avantages qu'elle et le Royaume-Uni ont obtenu en Chine. En guise de réponse, l'empereur Thiệu Trị, successeur de Minh Mạng, publie un édit condamnant à mort tout Européen arrêté dans le royaume. Tự Đức, fils et successeur de Thiệu Trị, poursuit la même politique de fermeture vis-à-vis de l'étranger : en 1848, puis en 1851, il publie des édits ordonnant la condamnation à mort des missionnaires étrangers et le bannissement des prêtres catholiques vietnamiens[48]. Alors que les relations avec le France se tendent, le Viêt Nam des Nguyễn est dans une situation politique et économique critique. Les efforts, sous le règne de Gia Long, pour unifier l'administration du pays, n'ont pas suffi à lui donner les moyens de résoudre de graves problèmes économiques, au moment où les monarchies d'Extrême-Orient doivent relever le défi de l'Occident. Le pays souffre d'un déséquilibre croissant entre sa démographie et sa production agricole, la riziculture n'ayant guère progressé sur le plan technique. La pauvreté croissante du peuple contribue à entraîner de fréquentes révoltes, notamment sous les règnes des successeurs de Minh Mạng. A la veille de l'intervention française, le pays subit en outre plusieurs catastrophes climatiques au Nord : typhons et sécheresse entraînent une recrudescence des famines et du brigandage. Sur le plan militaire, les Nguyễn accusent également un notable retard technique : l'armement vietnamien est désuet et seule la garde impériale constitue une troupe de quelque qualité[50].

Prise de Saïgon par les Français en 1859, lors de la campagne de Cochinchine.

La volonté de Napoléon III de développer à l'étranger l'influence politique et économique de la France va être l'élément déclencheur de la première intervention française au Viêt Nam, soit la conquête de la Cochinchine. La question religieuse joue également, le Second Empire ayant besoin du soutien du clergé pour obtenir le ralliement des catholiques et des légitimistes : le régime de Napoléon III tourne dès lors son regard vers des missions lointaines. À compter de 1855, les évènements s'accélèrent : Charles de Montigny, consul de France à Shanghai, est envoyé au Siam pour y négocier un traité. Dans le même temps, Tự Đức promulgue un nouvel édit de persécution des chrétiens. Le gouvernement impérial charge dès lors Montigny de faire connaître à l'empereur vietnamien la désapprobation de la France. Craignant d'être mal reçu, le consul envoie une corvette en reconnaissance à Tourane en septembre 1856 : les manoeuvres des mandarins locaux provoquent une réaction du capitaine de la corvette, qui bombarde Tourane. Les mandarins se déclarent alors prêts à négocier, mais Montigny n'arrive qu'en janvier 1857. Ses tentatives de négociations débouchent sur un dialogue de sourds. Montigny laisse aux Vietnamiens un message comminatoire, et Tự Đức réagit en promulguant un nouvel édit de persécution ; les violences reprennent contre les chrétiens. Montigny soumet alors au ministre français des affaires étrangères, le comte Walewski, un projet de conquête de la « Basse-Cochinchine » - soit du Viêt Nam méridional - et assure que les Français seront accueillis par les indigènes comme des libérateurs. Le projet est retardé par la Seconde guerre de l'opium qui oppose les Français et les Britanniques à la Chine. Ce n'est qu'après la signature du traité de Tianjin avec la Chine que l'amiral Rigault de Genouilly est envoyé à Tourane, où il arrive en août 1858, à la tête de 1200 hommes[51]. L'amiral français entame le siège de Tourane dans des conditions difficiles : les Français ne reçoivent pas de la part de la population le soutien que leur promettaient les missionnaires et les maladies ravagent les troupes. Bien que ses attaques se soldent par des succès, Rigault de Genouilly finit par conclure que la conquête est trop difficile et demande son remplacement. Son successeur, le contre-amiral Page, se retire en abandonnant au passage les catholiques vietnamiens qui s'étaient mis sous la protection des Français. Mais à Saïgon, une garnison franco-espagnole parvient à se maintenir. L'arrivée de renforts venus de l'expédition chinoise et conduits par l'amiral Charner permet de relancer la conquête : fin février 1861, Charner enfonce les lignes vietnamiennes et prend la citadelle de Vĩnh Long et l'île de Poulo Condor. L'empereur Tự Đức, qui est confronté dans le Tonkin à une révolte menée par un chrétien qui se prétend descendant des Lê, se résout à négocier avec les Occidentaux ; les amiraux français, de leur côté, manquent de moyen pour aller au-delà de la « Basse-Cochinchine » et n'ont pas d'instructions précises de Paris. Le 5 juin 1862, le traité de Saigon est signé par les deux gouvernements, ceci permet à la France d'annexer trois provinces, ainsi que Poulo Condor. Trois ports, dont Tourane, sont offerts au commerce français et espagnol. Les territoires annexés dans ce que les Occidentaux appelaient la Basse-Cochinchine deviennent la Cochinchine française. L'amiral Bonard, signataire du traité de Saigon, en devient le premier gouverneur. Le traité prévoit en outre que le culte chrétien et l'évangélisation soient autorisés dans tout le pays. Tự Đức tente de négocier avec la France : il y envoie une ambassade, menée par le mandarin Phan Thanh Giản, qui tente d'obtenir la rétrocession des provinces en échange du versement d'un tribut annuel. Napoléon III se montre intéressé, mais les lobbies des hommes d'affaire, des militaires et des catholiques, soutenus par le ministre de la mer Chasseloup-Laubat, convainquent l'empereur français de refuser. Chasseloup-Laubat caresse dès lors le projet de créer pour la France « un véritable empire dans l'Extrême-Orient ». Les Français sont cependant confrontés à des mouvements de révolte en Cochinchine. Le parti anticolonial, qui trouve la conquête inutile et coûteuse, manque de remporter la victoire en faisant signer, en 1864 un traité de rétrocession de la Cochinchine mais Napoléon III fait volte-face et dénonce le traité alors que celui-ci a déjà été signé. L'amiral Pierre-Paul de La Grandière, qui a succédé à Bonard comme lieutenant gouverneur de la Cochinchine, achève la pacification de la colonie et, en 1867, pour répondre à des incursions de pillards venus des provinces limitrophes, prend l'initiative d'annexer trois nouvelles provinces. Le mandarin Phan Thanh Giản, l'homme de la négociation avec les Français, se suicide[52],[53].

Étendard de la dynastie Nguyễn dans la deuxième moitié du XIXe siècle.

La Grandière s'emploie à organiser l'administration de la Cochinchine : il maintient l'administration annamite mais doit remplacer les mandarins rappelés par Tự Đức par de nouveaux fonctionnaires indigènes, recrutés notamment parmi les chrétiens. Il s'emploie aussi à développer et à urbaniser Saïgon, pour en faire une véritable capitale. Afin de se prémunir contre l'agitation fomentée par la cour de Hué dans les régions avoisinantes et de poursuivre l'extension de la France en Extrême-Orient, il négocie par ailleurs un protectorat sur le Cambodge voisin[54].

L'implantation de la France - désormais républicaine - au Viêt Nam se fait de manière très graduelle, alors qu'elle est surtout préoccupée d'achever la conquête de la Cochinchine et de trouver un moyen de pénétrer en Chine du Sud pour accéder plus facilement au marché chinois : en 1866, les officiers Ernest Doudart de Lagrée et Francis Garnier entreprennent une mission d'exploration du Mékong. Doudart de Lagrée meurt de maladie au bout de deux ans d'expédition, mais Garnier en revient convaincu que la bonne voie menant en Chine du Sud n'est pas le Mékong mais le fleuve Rouge. En 1873, le gouverneur de la Cochinchine, l'amiral Dupré, saisit le prétexte d'un litige entre le commissaire impérial de Hanoï et le négociant français Jean Dupuis, pour pénétrer en Chine via le fleuve Rouge : il envoie Garnier « protéger le commerce en ouvrant le pays et son fleuve à toutes les nations sous la protection de la France ». Arrivé à Hanoï, Garnier attaque la citadelle du représentant de l'empereur et s'en empare le 20 novembre. Encouragé par son succès, il poursuit alors la conquête du Tonkin en direction du delta. Mais le, 21 décembre, il est tué dans une embuscade tendue par les Pavillons noirs, des pirates chinois utilisés par les Vietnamiens comme soldats irréguliers. Dupré, qui avait agi de sa propre initiative, dépêche alors un autre émissaire pour calmer la situation avec la cour de Hué. Le 15 mars 1874, un second « traité de Saïgon » (dit « traité Philastre », du nom de son signataire le diplomate Paul-Louis-Félix Philastre), établit entre la France et le Viêt Nam une forme de protectorat, en des termes assez vagues : la France restitue à l'Annam les villes prises par Garnier et reconnaît la souveraineté de Tự Đức sur le Tonkin ; en échange, l'empereur vietnamien reconnaît la souveraineté française sur l'ensemble de la Basse-Cochinchine, y compris les provinces annexées en 1867, et garantit la liberté religieuse. La signature du traité provoque une révolte, menée par trois mille lettrés, contre l'autorité de Tự Đức, accusé de brader le pays ; cette « révolte des Van Thân », accompagnée de nombreux massacres de chrétiens, finit par être matée, mais les tensions persistent. Tự Đức et sa cour se refusent en effet à considérer les traités passés avec la France comme définitifs et tentent en vain d'obtenir leur renégociation. L'Annam cherche notamment l'appui des Chinois : l'Empire Qing vient à l'aide de son vassal en autorisant l'entrée de ses troupes en territoire vietnamien. La cour de Hué élève quant à elle à la dignité mandarinale Liu Yongfu, le chef des Pavillons noirs. Les heurts réguliers entre les Français et les Chinois, dont le gouvernement refuse de reconnaître le traité de 1874, signent le départ de la guerre franco-chinoise[55],[56].

La France continue de chercher à étendre son influence en Extrême-Orient : les motivations économiques sont désormais ouvertement évoquées en lieu et place des raisons religieuses, le développement capitaliste exigeant des matières premières et des débouchés pour la production industrielle. Dès 1879, le ministère français de la marine propose l'envoi de troupes face aux attaques régulières des Pavillons noirs, mais le gouvernement de la République hésite encore à se lancer dans un engrenage de conquête. Les richesses minières du Tonkin suscitent suffisamment l'intérêt de la France pour qu'elle y fonde en 1881 une Société des mines de l'Indochine. En juillet 1881, le président du Conseil Jules Ferry fait voter des crédits pour assurer la sécurité des Français au Tonkin, qui ne peut être garantie par les autorités de Hué. Charles Le Myre de Vilers, gouverneur de Cochinchine, avertit Paris que, devant la mauvaise volonté des autorités annamites et les incursions des Pavillons noirs, il convient de doubler la garnison. Six mois plus tard, sur ordre de Gambetta, successeur de Ferry, des renforts militaires sont envoyés pour protéger les ingénieurs français au Tonkin. Le capitaine Rivière attaque en avril 1882 la citadelle de Hanoï et s'en empare pour « assurer la sécurité des nationaux français ». Il réalise d'autres conquêtes avant d'être tué, en mai 1883, lors d'un combat contre les Pavillons noirs. Au même moment, à la demande de Jules Ferry qui est redevenu président du Conseil, la Chambre française des députés vote des crédits pour une expédition militaire au Tonkin. Face à l'invasion française, l'empereur Tự Đức demande à la Chine d'envoyer des troupes, mais il meurt dès le 17 juillet : les Français profitent de la situation pour imposer aux régents la signature du premier traité de Hué, qui met l'ensemble du pays sous protectorat et prévoit l'installation de résidents français à Hué comme à Hanoï. Des mandarins prennent alors le maquis aux côtés des Pavillons noirs, et reçoivent l'appui des troupes chinoises, que les Qing ont décidé de ne pas retirer. La France envoie un nouveau corps expéditionnaire de 17000 hommes, et contraint la Chine à négocier. Par l'accord de Tientsin, la Chine reconnaît le protectorat français sur le Tonkin. Un second traité de Hué confirme le précédent : le territoire est séparé en deux protectorats, le Protectorat d'Annam, qui correspond au centre du pays, et le Protectorat du Tonkin, au nord. La dynastie Nguyễn règne toujours théoriquement sur ces deux portions de territoire, mais Annam comme Tonkin sont placés sous l'autorité de résidents français. Le 23 juin 1884, une colonne française tombe dans une embuscade chinoise. Les hostilités reprennent alors entre les Français, les Chinois et les Pavillons noirs. En mars 1885, l'évacuation du poste-frontière de Lạng Sơn par les troupes française fait croire à un désastre militaire et entraîne, à la chambre, la chute du gouvernement Ferry, accusé d'entraîner le pays dans une guerre ruineuse. La métropole envoie néanmoins des renforts aux commandants militaires, le général Brière de l'Isle et l'amiral Courbet. La Chine, prise dans des conflits internes et externes, finit par renoncer à son intervention et, le 9 juin 1885, un nouveau traité est signé à Tientsin, par lequel la Chine s'engage à ne plus intervenir dans les rapports franco-vietnamiennes et reconnaît les accords passés par les deux pays. La Chine renonce dès lors entièrement à sa suzeraineté sur le Viêt Nam[57],[58].

A Hué, quatre empereurs se sont succédé depuis la mort de Tự Đức, la véritable autorité étant détenue par les régents Tôn Thất Thuyết et Nguyen Van Tuong. Dục Đức, successeur immédiat de Tự Đức, est mort au bout de trois jours de règne ; Hiệp Hoà n'a régné que quatre mois et a été contraint de s'empoisonner par les régents qui le soupçonnaient de vouloir pactiser avec les Français ; Kiến Phúc a été rapidement destitué par les régents qui lui ont préféré Hàm Nghi, alors âgé de douze ans. Les Français arrivent à Hué le 2 juillet 1885 à la tête d'un millier d'hommes, commandés par le général de Courcy : les régents prennent les devants en passant à l'attaque mais, le 7, les Français sont maîtres de la ville. Tôn Thất Thuyết s'enfuit avec le jeune empereur Hàm Nghi, mais Tuong se soumet et constitue un gouvernement sous étroit contrôle. De Courcy s'emploie alors à pacifier le pays en luttant contre l'insurrection Cần Vương (« soutien au roi ») - appelée par les Français « l'insurrection des lettrés » - menée par Tôn Thất Thuyết et le souverain en fuite. Soucieux d'asseoir la légitimité du protectorat, les Français font monter sur le trône un nouvel empereur, le prince Đồng Khánh. Le régent Nguyen Van Tuong, jugé peu fiable, est déporté à Tahiti. En novembre 1888, Hàm Nghi est capturé et déporté en Algérie française ; Tôn Thất Thuyết, quant à lui, se réfugie en Chine. La résistance contre les Français ne s'éteint pas pour autant : si la pacification du pays est achevée en 1896, l'insurrection connaît ensuite plusieurs résurgences, ce qui la fait s'étendre sur plus de deux décennies[57],[58].

La période française [modifier]

Article détaillé : Indochine française.

Durant la période de la colonisation française, le Viêt Nam est divisé en trois entités administratives : au Sud, la colonie de Cochinchine, placée sous la tutelle directe des lois et de l'administration françaises ; au Centre, l'Annam, théoriquement placé sous un régime d'administration indirecte, le souverain, le mandarinat et les lois étant soumis, comme le Cambodge et le Laos voisins, au protectorat de la France ; au Nord, le Tonkin, sorte de « semi-protectorat », qui évolue vers un régime d'administration directe[59]. L'usage du nom de Viêt Nam, considéré comme « subversif » et revendiqué par les nationalistes, est interdit[42]. Les termes utilisés en vietnamien pour désigner respectivement le Nord, le Centre et le Sud sont respectivement, pour le Tonkin, Bac Ky (« pays du Nord »), pour l'Annam, Trung Ky (« pays du Centre ») et pour la Cochinchine, Nam Ky (« pays du Sud »). Les nationalistes vietnamiens, par la suite, préfèreront utiliser le terme de Bo (région) à celui de Ky (pays) pour souligner l'appartenance des trois entités à une seule nation : l'usage contemporain, en vietnamien, tend à désigner ces trois régions sous les noms respectifs de Bac Bo (« région du Nord »), Trung Bo (« région du Centre ») et Nam Bo (« région du Sud »)[60],[61]. En 1886, le général de Courcy est remplacé par un civil, Paul Bert, au poste de Résident-général de l'Annam et du Tonkin. Paul Bert prend des mesures pour associer les Vietnamiens à la gestion de leur pays : il crée notamment un conseil de notables, qui ne dispose cependant pas d'un pouvoir réel. Cela ne met cependant pas un terme à l'insurrection des lettrés, qui continue après la capture de l'empereur. Au Centre, c'est un véritable lettré, Phan Đình Phùng, qui mène la résistance anti-française jusqu'à sa mort d'épuisement en 1895. Au Nord, la révolte est menée par un fils de paysan, Hoàng Hoa Thám : surnommé « le Đề Thám » (« le maréchal Thám »), ce dernier résiste durant des années aux Français. Après avoir négocié un arrêt des combats, il reprend les armes vers 1905. Sa guérilla dure jusqu'à son assassinat en 1913[57].

En Cochinchine, la conquête ayant fait disparaître les lettrés, les Français doivent parer au vide politique : la gestion du territoire repose sur la bourgeoise locale des propriétaires français et sur les auxiliaires des Français, placés sous les ordres de l'administration, mais surtout des colons. En 1880, les Français créent une assemblée élue, le Conseil colonial, où siègent quelques Annamites désignés par les chambres de commerce et d'agriculture. L'éligibilité et le suffrage sont réservés aux Français : les Annamites « sujets français » n'accèdent au suffrage que via la naturalisation, qui ne concernera jamais qu'un petit nombre de personnes dans toute l'Indochine (surtout en Cochinchine). Le Conseil colonial, principalement composé de petits fonctionnaires et de colons, devient en quelques années la principale instance dirigeante en Cochinchine[62]. À partir de 1881, la Cochinchine est représentée à l'Assemblée nationale française par un député[63]. En Annam, le Résident français respecte, dans un premier temps, les décisions de politique intérieure du Cabinet impérial mais la faiblesse de l'autorité monarchique et les impératifs de maintien de l'ordre amènent une évolution conforme au rapport de forces réel entre Français et Vietnamiens. Au Tonkin, la fonction du « vice-roi » (Kinh Luoc) représentant l'empereur n'existe que pour justifier le nom de protectorat et l'administration est calquée sur celle de la Cochinchine : les communes, cantons et circonscriptions (délégations en Cochinchine) sont administrées par les indigènes, mais ce sont les Résidents provinciaux (administrateurs en Cochinchine) qui dirigent l'ensemble, avec l'aide de conseils de notables locaux[63]. Le poste de gouverneur général de l'Indochine française est créé par décret en 1887 : c'est néanmoins à partir de 1897, quand Paul Doumer est nommé au Gouvernement général, que l'Indochine acquiert une réelle substance administrative. Doumer met sur place les services généraux du Gouvernement général et obtient en 1898 la création d'un budget général de l'Indochine ; l'Union indochinoise, outre les trois parties du Viêt Nam, comprend également le Protectorat du Cambodge auquel s'ajoute ensuite celui du Laos[64]. Au Tonkin, la fonction de Kinh Luoc, qui maintenait une forme de liaison avec la cour impériale de Hué, est supprimée en 1897 sur décision de Paul Doumer qui la considérait comme un échelon administratif inutile : ses fonctions sont transférées au Résident supérieur français, notamment pour la nomination des mandarins. Dans l'ensemble des territoires colonisés, les Français s'appuient sur un fonctionnariat autochtone : bien que relativement nombreux, les fonctionnaires français ne sont pas suffisants pour assurer l'administration de la colonie et des deux protectorats. De nombreux mandarins annamites coopèrent avec les Français et constituent un relais indispensable pour les autorités coloniales. Y compris en Cochinchine, le recrutement des fonctionnaires est majoritairement endogène[65]. Doumer s'emploie à assainir la situation financière de l'Indochine française, jusque-là très coûteuse. Le gouverneur général, grâce à un emprunt de 200 millions de francs-or, entreprend une politique de grands travaux, améliorant sensiblement les infrastructures. Le commerce extérieur double en cinq ans et le niveau de vie s'élève sensiblement[64]. La colonisation française contribue en outre à fixer les frontières entre la Chine et le Viêt Nam, ainsi qu'entre le Viêt Nam et le Cambodge (notamment en ce qui concerne la Cochinchine, vieille terre khmère), ce que l'État vietnamien contemporain reprend par la suite à son compte[66].

Tirailleurs tonkinois.

L'Indochine française ne devient à aucun moment une terre de peuplement, les colons français étant peu nombreux : la « société coloniale » est dans les faits partagée entre les colons proprement dit, les fonctionnaires et les militaires. Dans l'ensemble de l'Indochine, les « Européens et assimilés » sont au nombre de 24000 environ en 1913, 25000 en 1921 et 42345 en 1937. Au Tonkin, où se trouve la capitale administrative Hanoï, la population est surtout formée de fonctionnaires : le recensement de 1937 relève 18171 Européens ; Saïgon, en Cochinchine, est au contraire la capitale économique de l'Indochine : 16084 vivent dans la colonie et y représentent 0,35% de la population, soit la densité la plus forte. En Annam, le nombre d'Européens recensés n'est, en 1937, que de 4982, ce qui est cependant supérieur aux populations européennes du Cambodge et du Laos. La Cochinchine est le terrain privilégié de la colonisation agricole et exploite avec succès les ressources naturelles du pays. À partir de 1900, la culture de l'hévéa s'affirme comme une grande réussite économique de l'Indochine française, et devient la seconde production du pays, après le riz. Le Tonkin repose notamment sur l'industrie minière et manufacturière. Un appareil commercial et bancaire important se construit sur ces activités, caractérisé notamment par de grands établissements bancaires, comme la Banque de l'Indochine et la Banque franco-chinoise. L'Annam, situé en dehors des courants commerciaux, est, a contrario, une région nettement plus pauvre que le Tonkin et la Cochinchine : la colonisation agricole n'y démarre qu'après 1927 et la pacification des plateaux[67].,[68]

Malgré la fin de la révolte des lettrés à la fin du XIXe siècle, les opposants à la colonisation ne désarment pas et, bien que se situant désormais hors de la cour de Hué, maintiennent des contacts avec elle. Un lettré originaire du Nord Annam, Phan Bội Châu, inaugure une nouvelle phase de l'insurrection, qui se base sur les milieux de l'émigration et des sociétés secrètes. En Chine puis au Japon, il prend contact avec des personnalités comme l'ancien régent Tôn Thất Thuyết et le réformateur chinois Kang Youwei et, par eux, s'initie aux idées des Lumières. Phan Bội Châu publie au Japon un pamphlet contre la France, Lettre écrite d'outremer avec du sang puis, galvanisé par la victoire du Japon dans la guerre russo-japonaise, il revient secrètement en Annam et s'allie avec un révolutionnaire républicain, Phan Châu Trinh, et un jeune prince royal, Cường Để. Ce dernier fonde à Formose une société secrète, le Viêt Nam Duy Tân Hoi (Association pour la modernisation du Viêt Nam) qui a pour but de former au Japon des étudiants annamites et de préparer la libération du Viêt Nam. A Hong Kong, des nationalistes vietnamiens achètent des armes pour les envoyer au Đề Thám. En 1906, le Gouvernement général réagit à l'attrait des nationalismes asiatiques en créant l'Université indochinoise, destinée à dispenser aux étudiants annamites une instruction comparable à celle qu'ils peuvent trouver au Japon[69],[70].

Rebelles capturés à Hanoï en 1908.

Une crise politique donne aux nationalistes l'occasion d'agir. Les Français doivent en effet gérer la personnalité particulière de l'empereur Thành Thái, personnage « fantasque » dont le comportement scandalise les milieux conservateurs de la cour impériale ; en outre, les ministres de l'empereur s'efforcent de préserver les prérogatives politiques. En 1907, les adversaires du roi parviennent à le faire taxer de folie et à obtenir son abdication et son exil ; il est remplacé par son jeune fils, alors âgé de huit ans, qui prend le nom de règne de Duy Tân (« réformes nouvelles »). Déjà dévaluée politiquement, la monarchie vietnamienne est cette fois avilie, le fait de remplacer un père par son fils constituant en outre un viol de l'éthique confucéenne. L'évènement, qui se conjugue aux mécontentements dus à la fiscalité, provoque une très forte tension au sein de la société vietnamienne. Le Viêt Nam Duy Tân Hoi passe alors à l'action et, en 1908, déclenche une série d'insurrections dans le Centre-Annam, à Hanoï et en Cochinchine. Le Đề Thám participe également à la lutte armée, jusqu'à sa mort en 1913. En 1908, des tirailleurs indochinois sont arrêtés à Hanoï pour avoir tenté d'empoisonner la garnison française et permettre aux troupes du Đề Thám de prendre la ville. Dans l'ensemble, les complots et soulèvements sont vite découverts ou maîtrisés ; une intense répression policière s'abat sur les milieux nationalistes. L'Université indochinoise, bien que n'étant pas liée aux troubles, est fermée. A la demande de la France, le Japon ferme les écoles où étudient les Vietnamiens et expulse Cường Để et Phan Bội Châu. Les indépendantistes, réfugiés en Chine et revigorés par la révolution chinoise de 1911, animent un gouvernement provisoire présidé par Cường Để et agissent en Indochine par l'entremise de sociétés secrètes. Les idées nationalistes gagnent même le jeune Empereur Duy Tân qui, en 1916, s'enfuit du palais royal pour prendre la tête d'une insurrection fomentée par les sociétés secrètes. Repris, il est déposé et exilé auprès de son père, près d'Alger, puis à La Réunion. Khải Định lui succède sur le trône[71],[72].

Les évènements de 1908 attirent l'attention de l'opinion publique française sur la situation en Indochine. En 1911, un programme de réformes politiques est décidé par le Gouvernement général : le député radical Albert Sarraut est nommé gouverneur avec pour mission de l'appliquer. Le nouveau gouverneur général se prononce pour une politique d'association et un exercice plus loyal du protectorat. L'Université indochinoise est rouverte et l'instruction publique développée à tous les degrés ; l'administration est réformée et la représentation vietnamienne élargie dans les diverses assemblées locales. La politique de Sarraut suscite l'opposition des milieux français d'Indochine, mais contribue à gagner la confiance des Vietnamiens. Durant la Première Guerre mondiale, la France peut rapatrier la majorité de ses troupes en métropole sans que des troubles n'en résultent en Indochine. Plusieurs dizaines de milliers de Vietnamiens, soldats ou ouvriers, sont en outre envoyés en Europe pour participer à l'effort de guerre français[73].

La colonisation se traduit, sur le plan culturel, par l'émergence de nouvelles formes religieuses : le catholicisme se développe à la faveur de la présence française et concerne, au début du XXe siècle, un peu moins de 10% de la population indochinoise. Les catholiques vietnamiens sont surtout groupés sur les côtes, où ils forment des communautés fortement encadrées[74].

Billet de 100 piastres indochinoises, monnaie introduite par les Français.

L'Indochine française connaît dans la première moitié du XXe siècle une profonde transformation sociale et économique : le développement de l'instruction favorise le développement d'une nouvelle élite annamite qui remplace l'ancienne génération des lettrés nationalistes, laquelle tend à s'éteindre. Bien que l'analphabétisme demeure très répandu, le développement de la scolarisation et du quốc ngữ contribue à susciter chez les Vietnamiens, surtout dans les agglomérations, une vraie soif d'apprendre. Tandis que la société traditionnelle décline, la nouvelle bourgeoisie annamite occidentalisée, qui compte beaucoup d'avocats, de médecins et de professeurs, aspire à voir la France accorder une plus grande autonomie au pays[73],[75]. Malgré son développement économique, le Viêt Nam colonial demeure par ailleurs une société profondément inégalitaire : en Cochinchine, 50% des terres sont possédées par 2,5% de la population, qu'il s'agisse des colons, peu nombreux, ou des élites annamites qui vivent de la rente foncière. Dans l'ensemble de l'Indochine, la classe des privilégiés, composée d'Européens, de Chinois ou de la bourgeoisie indigène, représente environ 10% de la population mais se partage, au début des années 1930, 37% du revenu de la colonie : en Cochinchine, cette proportion atteint 53% du revenu. 90% des Vietmaniens vivent dans les campagnes, et la paysannerie indigène, composée essentiellement de tout petits exploitants, vit dans des conditions souvent précaires et difficiles. Les travailleurs manuels connaissent des situations de grande pauvreté et aucun effort particulier n'est fait, ni par les Français ni par les élites vietnamiennes, pour développer l'activité locale indigène. La culture du riz est la principale activité, le Viêt Nam étant son troisième exportateur mondial. Le maïs, deuxième production agricole, est également exporté. Ces exportations se font cependant au détriment des populations locales : les paysans, pour améliorer leur ration alimentaire, doivent développer des cultures d'appoint et de substitution. Si, du point de vue industriel, l'Indochine est la première des colonies françaises, les autochtones ne contrôlent que des entreprises de taille modeste. Le secteur des mines et de l'industrie est dirigé par des entrepreneurs français et entièrement contrôlé par des groupes financiers français. L'inégalité se retrouve également dans la fiscalité indochinoise : les recettes des différents budgets proviennent essentiellement des autochtones, les impôts indirects touchant uniformément tous les habitants. L'État dispose d'un monopole sur l'alcool, l'opium et le sel, ce qui a des conséquences sur l'ensemble des habitants : l'administration va jusqu'à imposer aux villages un quota d'achat d'alcool, obligatoire sous peine de sanctions. La taxe foncière, égale pour tous les exploitants quelle que soit la surface de leur terre, aboutit à des injustices profondes du fait de l'inégalité des surfaces. Les inégalités se retrouvent au niveau des salaires, le plus petit fonctionnaire français étant mieux rémunéré qu'un mandarin annamite. Le système colonial développe par ailleurs une classe de professions libérales et de petits fonctionnaires vietnamiens, qui tendent à se franciser culturellement. L'engouement pour la modernité apportée par les études va cependant de pair, au sein de la jeunesse vietnamienne, avec une crise culturelle : de nombreux membres des nouvelles élites vietnamiennes se sentent souvent coupés de la réalité sociale et historique de leur pays, sans être vraiment intégrés à la communauté française qui se réserve le véritable pouvoir. Les inégalités économiques, sociales et politiques contribuent à alimenter de profondes frustrations[76],[77],[78].

Les volontés réformatrices vietnamiennes ne sont pas couronnées de succès : le journaliste tonkinois Pham Quynh, qui expose une doctrine nourrie de Barrès et de Maurras et prônant une modernisation de la société vietnamienne, est alors considéré par les Français d'Indochine comme un dangereux nationaliste. L'empereur Khải Định, qui partage les idées de Pham Quynh et souhaite une alliance loyale entre la France et le Viêt Nam, réalise en 1922 le premier voyage en France d'un souverain vietnamien, mais n'obtient rien sur le plan politique[79]. En novembre 1925, Khải Định meurt, alors que son fils Bảo Đại, âgé de 12 ans, suit sa scolarité en France ; les dernières attributions politiques et judiciaires du souverain d'Annam sont alors transférées au Résident supérieur français, qui préside désormais les séances du Conseil impérial, en présence cependant du premier ministre d'Annam. L'autorité monarchique se trouve vidée de sa substance en Annam, ce qui contribue à heurter vivement le sentiment national vietnamien[80],[81].

l'empereur Bảo Đại, en 1926.

Le nouveau gouverneur général de l'Indochine, Alexandre Varenne, arrivé peu après la mort de l'empereur, entreprend une politique de réformes dans la lignée de celle d'Albert Sarraut : l'accès des Vietnamiens à la fonction publique est facilité, et des Chambres des représentants sont créées en Annam et au Tonkin. Des détenus politiques, parmi lesquels Phan Bội Châu, sont amnistiés. Mais l'opposition de la société coloniale contribue à faire avorter les réformes de Varenne : les nationalistes vietnamiens favorables à la collaboration avec la France se voient refuser le droit de créer un parti politique et les assemblées locales, élues au suffrage restreint par quelques milliers d'électeurs, n'ont pas la possibilité d'émettre des voeux de nature politique. Le Conseil colonial de Cochinchine, la Chambre des représentants d'Annam et celle du Tonkin, bien qu'étant des assemblées élues, ne sont ni délibératives ni exécutives. Elles peuvent cependant servir de tribunes pour y exprimer les revendications de groupes socioprofessionnels ; les Vietnamiens qui y siègent ne sont pas élus, mais choisis par les autorités françaises, comme représentatifs des élites indigènes. Seules les quatre principales villes, Hanoï, Saïgon, Hué et Haïphong, possèdent des municipalités élues au suffrage universel. Si les conseillers municipaux vietnamiens se montrent souvent revendicatifs, leur nombre est cependant toujours inférieur à celui des Européens. Déçus dans leurs espoirs de collaboration loyale avec les autorités françaises, les intellectuels vietnamiens se réfugient pour la plupart dans une abstention méfiante ; quelques-uns choisissent cependant de passer à l'action clandestine[80],[82].

De nouveaux mouvements politiques apparaissent : en 1923 est fondé le Parti constitutionnaliste, parti nationaliste et légaliste qui prône la modernisation du pays et exprime surtout les aspirations de la bourgeoisie cochinchinoise. Il tend cependant, à la fin des années 1930, par être supplanté par le Parti démocrate, qui préconise une évolution vers un statut de dominion. En 1927, des jeunes Tonkinois issus de la petite bourgeoisie fondent le Việt Nam Quốc Dân Đảng (VNQDD), parti nationaliste étroitement inspiré du Kuomintang chinois et qui vise au contraire à chasser les Français par une insurrection générale. En 1929, le VNQDD assassine Hervé Bazin, directeur général de l'Office général de la main-d'oeuvre. Dans la nuit du 9 au 19 février 1930, les nationalistes déclenchent la mutinerie de Yên Bái, au cours de laquelle les tirailleurs de la garnison tonkinoise de Yên Bái massacrent leurs cadres français. La mutinerie est rapidement mâtée et la répression de la Sûreté française décapite le VNQDD, qui est quasiment réduit à néant. De nombreux militants sont envoyés au bagne de Poulo Condor[83].

Les années 1920-1930 voient également le développement, principalement en Cochinchine, d'organisations politico-religieuses aux discours nationalistes. Les principales sont le caodaïsme, religion syncrétique fondée par des notables, au fonctionnement calqué sur celui de l'église catholique, et qui évolue vers une nationalisme favorable au Japon, et la secte Hoa Hao, mouvement à l'idéologie plus sommaire qui se présente comme un bouddhisme rénové et prédit que les colonisateurs seront défaits par les Japonais[84].

L'affaiblissement du VNQDD permet à une nouvelle force politique de s'imposer. Nguyên Sinh Cung, alors connu sous le nom de « Nguyên Ai Quôc » (Nguyên le Patriote), et plus tard sous celui d'Hồ chí Minh, agent de l'Internationale communiste (Komintern) en Extrême-Orient, fonde à Hong Kong, en février 1930, le Parti communiste vietnamien ; bien qu'essentiellement composé de Vietnamiens, le parti est rebaptisé à l'automne Parti communiste indochinois, afin de s'adresser à l'ensemble des indigènes de l'Indochine française. Les communistes organisent rapidement, dans le Nord Annam où sévit en 1930 une dure famine, des « marches de paysans », qui prennent bientôt une ampleur considérable. La répression de la Sûreté est extrêmement dure et l'appareil du PCI, dont le comité central avait été transféré à Haïphong, est brisé net. La plupart des membres du comité central sont arrêtés et condamnés à mort ou à des peines de prison. De nombreux militants, comme Phạm Văn Đồng ou Lê Đức Thọ, sont détenus au bagne de Poulo Condor. Nguyên Ai Quôc lui-même est arrêté à Hong Kong par la police britannique ; il parvient cependant à s'évader et poursuit, notamment en Chine, sa carrière d'agent du Komintern[85],[86],[87].

Bâtiment d'architecture coloniale à Hanoï.

En 1932, le retour au pays de l'empereur Bảo Đại, qui suivait jusque-là des études en France, semble annoncer un nouveau mouvement de réformes : dès le 10 septembre, dans sa première ordonnance, le souverain annonce son intention de gouverner « avec le concours du peuple » en instaurant une monarchie constitutionnelle. Sur les conseils du Gouvernement général, il prend comme directeur de cabinet Pham Quynh, que les Français considèrent désormais comme un homme sûr. Le 2 mai 1933, une ordonnance royale précise que Bảo Đại, alors âgé de 19 ans, prend personnellement la direction des affaires du pays. Presque tous les ministres sont remplacés par des mandarins plus jeunes. Les fonctions de Premier ministre d'Annam sont cependant supprimées : le Résident supérieur français continue de présider les séances du Conseil impérial sans être « gêné » par un chef du gouvernement annamite. Bảo Đại compense le choc de cette mesure en nommant au ministère de l'intérieur de l'Annam une personnalité nationaliste montante, le jeune mandarin catholique Ngô Đình Diệm. Mais les volontés réformatrices de Diệm sont rapidement paralysés par l'opposition conjointe des milieux traditionalistes et de l'administration du Protectorat. Ne recevant pas de soutien suffisant de la part de Bảo Đại, Diệm démissionne dès le mois de septembre 1933. La première année de règne effectif de Bảo Đại constitue donc une déception pour les nationalistes. Pham Quynh, désormais très modéré dans ses propositions, perd l'essentiel de son aura en collaborant au cabinet de l'empereur. Les réformistes vietnamiens ne rencontrent pas plus de succès dans leurs entreprises que les révolutionnaires[88],[89].

En 1936, l'avènement du Front populaire suscite l'espoir de l'intelligentsia vietnamienne, du fait de l'attitude sur les questions coloniales de la SFIO, les radicaux et du PCF. A l'initiative du nouveau ministre des colonies Marius Moutet, la liberté de parole et d'association est reconnue à tous : des partis vietnamiens et des syndicats de toutes nuances se forment. La bourgeoisie cochinchinoise s'organise, notamment à travers le Parti démocrate. Le Parti communiste indochinois, qui a reconstitué ses cadres en Cochinchine, constitue un parti légal et s'allie aux trotskistes vietnamiens du groupe La Lutte. Au Nord, où il demeure interdit, il fonctionne derrière le paravent du « Front démocratique indochinois », dirigé par Phạm Văn Đồng et Võ Nguyên Giáp. Le caodaïsme gagne également en puissance et, fort de 300 000 adhérents, constitue une sorte d'« État dans l'État ». Bảo Đại, en voyage en France en 1938, tente une nouvelle fois d'obtenir l'autonomie interne pour l'ensemble de l'Annam-Tonkin réunifié en un seul territoire, mis le ministre Georges Mandel lui fait comprendre que la situation internationale ne permet pas ce genre d'expériences. Bảo Đại, désabusé et d'un caractère quelque peu indolent, compense son manque d'influence réelle en consacrant l'essentiel de son temps à ses loisirs[90],[89].

A la fin des années 1930, l'Indochine française est concernée par la politique expansionniste de l'Empire du Japon, qui désire notamment, dans le cadre de la guerre sino-japonaise, couper la route à l'approvisionnement de la République de Chine. L'alliance entre le Japon et l'Allemagne nazie fait craindre qu'un éclatement d'un conflit en Europe ait des conséquences immédiates sur l'Indochine française. En février 1939, la menace se précise avec l'installation des Japonais sur l'île chinoise d'Hainan. En août, un militaire, le général Georges Catroux, est nommé Gouverneur général de l'Indochine. La tension internationale a des conséquences directes sur la situation politique de l'Union indochinoise : lorsque le PCF est interdit en métropole en septembre 1939, la répression s'abat à nouveau sur les groupes communistes vietnamiens (PCI et trotskistes)[91],[92].

En juin 1940, la débâcle française en Europe amène le Japon à tenter d'imposer ses vues aux Français : face à la menace militaire japonaise, Catroux cède et accepter de laisser les Japonais contrôler les transports de marchandises vers la Chine. Le gouvernement de Vichy décide alors de le limoger et le remplace par l'amiral Jean Decoux. La passation de pouvoirs a lieu le 22 juillet ; Vichy signe ensuite avec le Japon un accord reconnaissant la position privilégiée du Japon en Extrême-Orient. Mais Decoux tarde à appliquer la convention militaire, au point que le 22 septembre, l'armée impériale japonaise pénètre au Tonkin, envahissant l'Indochine. Lạng Sơn tombe et des troupes japonaises débarquent dans la région de Haïphong. Malgré l'humiliation constituée par cette violation de territoire, un cessez-le-feu est conclu ; l'Indochine demeurant pour la durée du conflit un lieu de transit pour les soldats japonais, qui respectent en retour la souveraineté française en Indochine. Le Japon joue également les médiateurs pour mettre un terme, dans les mois qui suivent, au conflit entre la France et la Thaïlande. A partir de juillet 1941, les accords Darlan-Kato régissent les rapports en Indochine entre Vichy et le Japon. Les troupes japonaises peuvent stationner dans l'ensemble de l'Indochine, jusqu'en Cochinchine[93].

L'amiral Decoux s'efforce de maintenir avec les Japonais un modus vivendi et de préserver la souveraineté française. Les Japonais, de leur côté, s'abstiennent de soutenir officiellement les nationalistes vietnamiens, tout en maintenant des liens avec divers groupes nationalistes, comme les partisans du prince Cuong Dê, ainsi qu'avec les sectes caodaïste et Hoa Hao. La Sûreté française fait à plusieurs reprises arrêter des nationalistes de diverses obédiences, tandis que les Japonais font obstacle à la répression en transportant leurs protégés à l'étranger. A Saïgon, Ngô Đình Diệm est placé sous la protection du quartier général japonais. Les Français ont les coudes plus franches pour combattre les insurrections communistes. Des forces armées liées au PCI agissent durant plusieurs mois à Lạng Sơn, et en novembre-décembre 1940, une insurrection communiste, sévèrement réprimée, a lieu en Cochinchine. Decoux impose fermement le maintien de l'ordre et se montre tout au long de la guerre fidèle au régime pétainiste : les agents de la France libre ne parviennent pas à prendre pied en Indochine. Tout en réprimant les indépendantistes et en important en Indochine la législation de Vichy, l'idéologie de la Révolution nationale et le culte du maréchal Pétain, Decoux s'emploie à flatter le sentiment national des différents pays de l'Indochine. L'administration est davantage ouverte aux autochtones et un Conseil fédéral est créé : si l'assemblée n'a qu'un rôle consultatif, les indigènes y sont majoritaires. Le nom de Viêt Nam, auparavant interdit, est employé par le Gouverneur général. Decoux fournit en outre de réels efforts en direction des autochtones, par une politique de grands travaux et d'amélioration des infrastructures, et un développement de l'instruction[94],[95].

Au printemps 1941, Nguyen Ai Quoc franchit la frontière chinoise et pénètre secrètement au Tonkin, revenant au pays après trente ans d'absence. Dans la grotte de Pác Bó se déroule le « 8ème Plénum » du Parti communiste indochinois : Nguyen Ai Quoc impose aux militants la création d'un « front commun » destiné à rassembler tous les « patriotes » vietnamiens pour lutter contre les Japonais et les Français. Cette nouvelle organisation, qui remplace l'ancien Front démocratique indochinois, prend le nom de Viêt Nam Doc Lap Dong Minh Hôi (soit Ligue pour l'indépendance du Viêt Nam), abrégé en Việt Minh[96],[97]. La surveillance des autorités coloniales oblige la plupart des dirigeants du Việt Minh à continuer de résider en Chine du Sud ; ils y sont tributaires de la bonne volonté du camp nationaliste de Tchang Kaï-chek : les nationalistes chinois, qui visent à étendre leur influence en Indochine, suscitent l'union de divers groupes indépendantistes vietnamiens, dont le Việt Minh et le VNQDD, au sein d'une « Ligue révolutionnaire du Viêt Nam » (Dong Minh Hoï). Les Chinois favorisent d'abord d'autres groupes que le Việt Minh, et Nguyen Ai Quoc est arrêté en août 1942. A l'été 1943, son entourage prend contact simultanément avec l'OSS - les services secrets des États-Unis - et le gouvernement chinois, pour demander la libération du « délégué Hô Chi Minh », nouveau nom adopté par Nguyen Ai Quoc. Le Dong Minh Hoï végétant et les Américains cherchant des personnes sur qui compter en Asie du Sud-Est, les Alliés décident de miser sur le Việt Minh, qui se présente avant tout comme nationaliste et non comme communiste. Les Chinois libèrent Nguyen Ai Quoc, alias Hô Chi Minh, qui entre avec Phạm Văn Đồng au comité directeur du Dong Minh Hoï[98],[99]. En Indochine, les hommes du Việt Minh animent à la fin 1943 des maquis dans les zones montagneuses près de la frontière chinoise et prennent temporairement le contrôle de divers villages, mais les autorités coloniales multiplient les patrouilles et les forcent bientôt à se replier. Hô Chi Minh entre comme ministre en 1944 dans un « gouvernement provisoire » vietnamien créé avec le soutien de Tchang Kaï-chek. Se désintéressant du Dong Minh Hoï, il multiplie les contacts avec les Américains[100],[101]. A l'hiver 1944, les guérilleros Việt Minh se manifestent à nouveau en Indochine en attaquant quelques postes français. Võ Nguyên Giáp s'occupe d'organiser leur embryon d'armée[102].

Au début de 1945, l'administration mise en place par Vichy est toujours en fonction en Indochine française, tandis que de Gaulle a désigné le général Mordant comme responsable des réseaux de résistance contre les Japonais, avec la tâche de préparer la libération de l'Indochine. Decoux, tardivement informé, est censé couvrir Mordant. Entretemps, la situation des Japonais dans la guerre du Pacifique devient de plus en plus critique : en janvier 1945, les Alliés réalisent des bombardements sur la péninsule indochinoise, coulant une quarantaine de navires japonais. Les Japonais décident alors de prendre le contrôle de l'Indochine française pour y éviter un débarquement allié qui couperait leurs voies de ravitaillement. Le 9 mars 1945, l'Armée impériale japonaise, dont les effectifs en Indochine ont été considérablement renforcés, réalise un coup de force contre les Français ; Decoux est arrêté, Mordant capturé, et l'armée française d'Indochine, attaquée par surprise, démantelée en moins de 24 heures. Une partie des troupes françaises parvient à se réfugier en Chine, tandis que des petits groupes mènent la résistance[103].

Les Japonais, ayant pris le contrôle de l'Indochine, pousse les souverains des différents États de l'Union indochinoise à proclamer l'indépendance de leurs pays respectifs. Plutôt que de mettre sur le trône leur protégé Cường Để, qui attend vainement son heure au Japon, ils privilégient la stabilité en maintenant en place Bảo Đại. L'empereur, prévenu après-coup par les Japonais, obtempère et annonce la réunification de l'Annam et du Tonkin, sous le nom d'Empire du Viêt Nam. La Cochichine, administrée directement par les Japonais, demeure cependant séparée des deux autres ky. Après avoir un temps songé à mettre Ngô Đình Diệm à la tête du gouvernement, les Japonais choisissent un nationaliste plus effacé, Trân Trong Kim, comme Premier ministre du Viêt Nam. Mais le nouveau gouvernement est vite confronté à un manque criant de moyens, qui l'empêche de gérer la dramatique famine qui s'est déclarée en début d'année au Tonkin. La mauvaise récolte, les politiques de réquisitions des Japonais et la désorganisation des communications se conjuguent en effet pour causer, principalement dans le Nord du pays, l'une des pires famines de l'histoire du Viêt Nam, causant au bas mot plusieurs centaines de milliers, voire un million, de morts[104],[105],[106].

Au fil des mois, le Việt Minh s'enhardit, sa propagande bénéficiant de la déstabilisation des sociétés rurales. Les Américains, peu favorables aux colonialistes français, privilégient désormais les nationalistes vietnamiens par rapport aux Français dans les opérations envisagées contre les Japonais. Hô Chi Minh et son entourage quittent leur refuge à l'extrême nord, descendent le long du Delta[107]. Au début du mois d'août, le gouvernement de Trân Trong Kim, débordé par la situation catastrophique du pays, remet sa démission. Le 14 août, après les bombardements atomiques, le Japon annonce sa capitulation. Le même jour, les Japonais réunifient la Cochinchine au reste du territoire vietnamien. Hô Chi Minh, de son côté, se sent assez fort pour rompre avec le « gouvernement provisoire » soutenu par les Chinois, crée un Comité de libération nationale entièrement dominé par les communistes, et lance un mot d'ordre d'insurrection générale pour prendre le pouvoir avant que les Français ne puissent revenir. A partir du 17 août, le Việt Minh organise des manifestations dans Hanoï, et s'empare des bâtiments officiels, déclenchant l'épisode dit de la Révolution d'Août. A Hanoï, le Việt Minh prend le contrôle de la ville presque sans coup férir. Dans l'ensemble du Viêt Nam, à l'exception de quelques accrochages, les Japonais opposent peu de résistance au Việt Minh, préférant laisser le territoire aux nationalistes asiatiques plutôt qu'aux colonisateurs blancs. Les militaires français sont maintenus en détention par les Japonais pendant que le Việt Minh prend le pouvoir. A Hué, Bảo Đại, dépassé, tente vainement de faire reconnaître l'indépendance de son pays par les puissances étrangères. Ayant reçu de Hanoï un message qui le presse d'abdiquer, il s'exécute le 25 août, et remet les insignes de sa souveraineté à une délégation du Comité de libération nationale. En Cochinchine, le Việt Minh a plus de mal à imposer son autorité face aux autres groupes nationalistes vietnamiens, mais parvient à créer un Comité exécutif provisoire, dominé par les communistes. Hô Chi Minh arrive à Hanoï fin août. Jean Sainteny, envoyé par le GPRF, arrive au même moment, mais est maintenu à l'écart par les Japonais, tandis que le représentant de l'OSS pactise avec Hô Chi Minh. Hô Chi Minh, dont le pouvoir est encore très fragile, s'emploie à consolider ses assises et à se concilier les Alliés : en vertu des accords de Potsdam, dont les Français ont été tenus à l'écart, le Royaume-Uni doit débarquer au Sud de l'Indochine pour désarmer les Japonais et maintenir l'ordre, tandis que la République de Chine fera de même au Nord. Le 28 août, le Việt Minh forme un gouvernement provisoire ; Bảo Đại, désormais appelé « citoyen Vinh Tuy », y occupe une fonction de conseiller. Le 2 septembre, jour de la fin de la Seconde Guerre mondiale, Hô Chi Minh proclame l'indépendance du pays au nom du Gouvernement provisoire de la République démocratique du Viêt Nam[108],[109]

La fin de la présence française au Viêt Nam [modifier]

Article détaillé : Guerre d'Indochine.

En octobre 1945, la France occupe de nouveau le sud du Viêt Nam. En mars 1946, les accords Hô-Sainteny reconnaissent l'indépendance du pays, au sein de l'Indochine française. Mais la proclamation d'indépendance de la Cochinchine, et l'échec de la conférence de Fontainebleau, amènent à la reprise des hostilités. En décembre 1946, la France occupe Hanoï après les négociations d'un « modus vivendi », c'est le début de la guerre d'Indochine avec le bombardement de Haiphong par la marine française. En juin 1948, c’est le traité de la baie d'Halong : l'empereur Bảo Đại est reconnu chef de l'État du Viêt Nam unifié et indépendant au sein de l’Union française (Commonwealth à la française). L'armée française est prêtée à l'empereur pour lutter contre l'expansion communiste.

En 1950, le Viêt Minh a le soutien de L'Union soviétique et de la République populaire de Chine. En octobre 1950, la France subit sa première défaite avec la bataille de la RC 4. Les États-Unis soutiennent la France. Le 7 mai 1954, la France perd la bataille de Diên Biên Phu. Le 21 septembre, Pierre Mendès France signe les accords de Genève avec Pham Van Dong : le pays est coupé en 2 au 17° parallèle de façon temporaire pour le regroupement militaire des forces françaises au sud avant son évacuation complète du Viêt Nam, Cambodge et Laos. Au cours des deux années suivantes, un référendum devra être organisé pour choisir un régime unique au Viêt Nam. La population a cent jours pour choisir entre le régime communiste du Nord et nationaliste du Sud : un million de « Nordistes », pour la plupart catholiques, émigrent au Sud avec leurs curés par paroisses entières sur le thème de « suivre la Vierge partie pour le Sud » pour éviter d'être liquidés par le nouveau pouvoir, qui élimine toute opposition, alors que 100000 « sudistes » de l'Armée populaire vietnamienne rejoignent le Nord, selon les termes des « Accords de Genève » sur le regroupement militaire. La France se retire définitivement de l'Indochine, suivant ces mêmes termes des Accords de Genève. En 1955, l'État du Viêt Nam laisse la place à la République du Viêt Nam (ou Sud du Viêt Nam), qui fait toujours face à la République démocratique du Viêt Nam (ou Nord du Viêt Nam).

De 1953 à 1954, le Nord élimine les classes sociales défavorables à l'édification du communisme. Suite à une réforme agraire « musclée », la révolte paysanne de Ngê-Tinh, à l'automne 1956, passe inaperçue dans les médias occidentaux, occupés par la crise du canal de Suez et l'insurrection de Budapest.

La guerre du Vietnam [modifier]

En octobre 1955, l'empereur Bảo Đại a été déposé à la suite du coup d'État effectué par son premier ministre Ngô Đình Diệm qui a fondé la République du Viêt Nam (Viêt Nam Công Hoà) à la place de l'État du Viêt Nam (Quôc Gia Viêt Nam) sous la direction de l'ex-empereur Bảo Đại, créé par la France pour contrer la République démocratique du Viêt Nam fondée le 2 septembre 1945 à Hanoi. En 1956 le Sud refuse d'organiser le référendum prévu par les accords de Genève pour la réunification du Viêt Nam, qu'il n'avait pas signés et qu'il a dénoncés lors de la signature. Le régime trop autoritaire de Diêm entraîne la fondation du Front national de libération du Sud Viêt Nam (Viêt Cong) qui lance une rébellion armée.

Alors a commencé la « Deuxième Guerre d'Indochine » de réunification ou guerre du Viêt Nam en une suite d'escalades et d'erreurs d'appréciation. Bernard B. Fall y a consacré ses travaux. Pour continuer l'assistance militaire au régime de Saïgon après le départ des Français en 1956, le MACV (Military Assistance Command, Vietnam) remplace le MAAG créé plus tôt. Devant l'infiltration massive des troupes communistes vietnamiennes du Nord au Sud, le plein déploiement des forces terrestres des USA est autorisé par le Président Lyndon Johnson à la suite de la Résolution du golfe du Tonkin.

Après la partition Nord-Sud, le Nord écrase dans le sang une révolte paysanne déclenchée par une collectivisation à outrance. En novembre 1956, le Nord élimine la classe intellectuelle par le Trăm hoa đua nở (la floraison des cent fleurs). En 1960, les premiers conseillers militaires américains arrivent au Sud Viêt Nam. En décembre, la création du Front national de libération du Sud Viêt Nam sape la légitimité de la République du Sud Viêt Nam. De 1960 à 1963, Ngô Đình Diệm instaure un régime dictatorial au Sud, et il en résulte des troubles avec les manifestations bouddhistes et étudiantes. Avec l'assassinat de Ngô Đình Diệm en 1963, le chaos politique s'installe jusqu'en 1965. En août 1964, les États-Unis bombardent le Nord.

En 1965, une division de Marines américains débarque sur la plage de Da Nang. C'est le début de l'intervention militaire américaine au Sud Viêt Nam. Progressivement le nombre de G.I. combattant dans le Sud-est asiatique va s'accroître. Courant 1966, les américains, sous l'égide du général William Westmoreland lancent une série d'offensives destinées à trouver les places fortes où les militants communistes pourraient se cacher. C'est alors la logique de « recherche et destruction » (Search and Destroy) qui prime. La plupart de ces opérations se solde par des échecs (« Cedar Fall », « Opération Atelboro », etc.) car les troupes vietcong ne cherchent pas l'affrontement. C'est en effet une guerre d'embuscades, une vraie guérilla qui agite tout le Sud Viêt Nam. Les américains utilisent de plus en plus les hélicoptères (les fameux Bell-Huey) pour pouvoir se mouvoir au mieux et lancer des missions dans la jungle vietnamienne. Devant une situation à laquelle l'armée américaine n'est pas préparée (les vétérans américains parlent souvent d'un ennemi invisible), le moral des troupes s'effondre. On lance alors le projet de gagner « le cœur et les âmes » pour s'attirer la sympathie des populations rurales du Sud, mais c'est un nouvel échec. Les bombardements sur le Nord s'intensifient et les intrusions Nord vietnamiennes au Sud (par la « piste Hô Chi Minh ») deviennent massives. La guerre, en 1967, est alors totale. La bataille pour la colline 887, qui sera baptisée « Hamburger Hill », va devenir pour les États-Unis le symbole d'un conflit inutile et coûteux en hommes. Pour contrer cela, alors qu'il est pourtant difficile d'évaluer les pertes du vietcong, les américains lancent le « Body count » : décompte macabre et falsifié des pertes ennemies. Les médias, couvrant librement un conflit armé pour la première fois de l'histoire, inondent les journaux américains d'images fortes qui font basculer l'opinion publique.

Le 1er février 1968 est marqué par l'offensive du Têt : attaque surprise et généralisée perpétrée par le FNL et les troupes nord-vietnamiennes. Ils occupent les villes du Sud, surtout Huê. Lors de leur retraite, les troupes dites « viêt công » massacrent les habitants de Huê. L'ingéniosité vietnamienne (guerre des tunnels, pièges (booby-trap), etc.) est alors portée aux nues face à la lourdeur et au manque d'initiative des forces américaines pourtant engagées en masse. Le symbole de cette offensive du Têt restant la prise par les vietcong de l'ambassade américaine à Saïgon.

Le 31 mars 1968, les bombardements américains cessent au Nord. En juin 1969, les États-Unis se retirent partiellement du conflit. Le 3 septembre 1969, Hồ chí Minh décède et le Parti se déchire entre pro-chinois et pro-soviétiques. Comme la bataille de Dien Bien Phu a conduit aux accords de Genève de 1954 pour le retrait des troupes françaises, l'offensive du Têt de 1968 a conduit aux Accords de paix de Paris de 1973 pour l'évacuation totale des troupes terrestres américaines peu après.

Réunification du Viêt Nam [modifier]

Le 30 avril 1975, Saïgon tombe. On assiste à un exode de Sud-Vietnamiens à l’étranger. Les nouvelles autorités communistes ouvrent de nombreux camps de rééducation, et on commence une destruction minutieuse de toute la « culture sudiste » (une « économie de poubelles et de bordels » pour les armées française et américaine depuis 1945), considérée comme antirévolutionnaire et dégradante.

Le 2 juillet 1976, réunification officielle en République socialiste du Viêt Nam avec la disparition conjointe et simultanée de la République démocratique du Việt Nam et la République du Việt Nam. Hanoï devient la capitale du pays réunifié et, dans le même temps, Saïgon devient Hô Chi Minh Ville.

Les premiers « boat people » étaient les catholiques du Nord. Ceux de 1975 étaient les hauts dignitaires du régime de Saïgon et ceux de 1980 étaient d'abord les Sino-Vietnamiens (Hoa) et le « petit peuple du Nord» peu habitué à l'austérité socialiste des « moines-soldats » et aux privations qu'ils avaient connues pendant 30 ans de guerre d'indépendance et de réunification. Le choc fut rude pour la culture « festive » des sud-vietnamiens. Le président général Nguyễn Văn Thiệu fut le premier à partir pour Taïwan avant la chute de Saïgon et le général Nguyễn Ngọc Loan (celui qui a exécuté à bout portant un prisonnier ligoté) s'est retrouvé en Virginie.

Ainsi, de 1975 à 1982, plus d'un million de personnes furent envoyées en « camps de rééducation » ou dans les « nouvelles zones économiques ». Leurs biens personnels (habitations, commerces, entreprises, terres…) furent confisqués pour une période plus ou moins longue. Plus d'un million de Sud-Vietnamiens fuirent le pays. Au total, trois millions de personnes quittèrent l'Indochine entre 1975 et 1997 selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

En janvier 1979, le Viêt Nam envahit le Cambodge. C'est la Troisième Guerre d'Indochine, dispersée sur deux fronts : au Sud contre le Cambodge (pour libérer ce pays des Khmers rouges pro-chinois qui massacrent les habitants des régions frontalières avec le Viêt Nam) et au nord contre la République populaire de Chine. L'occupation vietnamienne au Cambodge durera dix ans, jusqu'à la relève par l'ONU.

En 1986, le marché et la production sont libéralisés avec l'économie politique vietnamienne.

En 1992, les relations diplomatiques sont rétablies avec les États-Unis et normalisées avec la République populaire de Chine.

En 1994, l'embargo américain est levé, les relations américano-vietnamiennes se normalisent et l'économie de marché commence à s'appliquer.

Le Viêt Nam est officiellement une république socialiste. Le capitalisme y règne en maître et la nomenclature du seul parti autorisé, le Parti communiste vietnamien, contrôle toutes les institutions politiques ainsi que l'économie du pays. L'organe suprême de l'État est l'Assemblée populaire, renouvelée tous les cinq ans. Celle-ci est élue au suffrage universel. Elle est chargée d'élire le Président (dont le rôle est purement symbolique) ainsi que le Premier ministre et son gouvernement. Au Viêt Nam, le premier personnage de l'État est le secrétaire général du Parti communiste. L'exécutif vietnamien, renouvelé en juin 2006, est confié à :

De nos jours, quelques critiques concernant l'administration sont tolérées.

Notes et références [modifier]

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Voir aussi [modifier]

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]

Bibliographie [modifier]

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  • (en) Bruce M. Lockhart et William J. Duiker, Historical Dictionary of Vietnam, Scarecrow Press, Lanham Md, 2006 (3e éd.), 488 p. (ISBN 978-0-8108-5053-8)
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  • Philippe Devillers, Histoire du viêt-nam de 1940 à 1952, Seuil, 1952 (ISBN B003X1ZW5G) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Joël Luguern, Le Viêt-Nam, Karthala, 1997 (ISBN 978-2865376438) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Philippe Franchini, Les Guerres d'Indochine, Pygmalion - Gérard Watelet, 1988 (ISBN 978-2857042662)  (2 volumes) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Jacques Dalloz, La Guerre d'Indochine 1945-1954, Seuil, 1987 (ISBN 978-2020094832) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article 
  • (en) Stanley Karnow, Vietnam: A History, Penguin Books, 1997 (ISBN 978-0670746040) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article 
  • Stéphane Dovert (dir) et Benoît de Tréglodé (dir), Viêt Nam contemporain, Les Indes savantes - Irasec, 2005 (ISBN 978-2846541756) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article 
  • Pierre Brocheux et Daniel Hémery, Indochine : la colonisation ambiguë 1858-1954, La Découverte, 1994 (ISBN 978-2707134127) 
  • Philippe Langlet et Thanh Tâm Quach, Introduction à l'histoire du Viêt Nam contemporain de la réunification au néocommunisme, Les Indes savantes, Paris, 2001 ;
  • Thanh Khôi Lê, Histoire du Viêt Nam des origines à 1858, Sudestasie, Paris, 1992 ;
  • Thê Anh Nguyên, Monarchie et fait colonial au Viêt Nam (1875–1925), le crépuscule d'un ordre traditionnel, L'Harmattan, Paris, 1992 ;
  • Philippe Papin, Viêt Nam, parcours d'une nation, La Documentation française, coll. « Asie plurielle », Paris, 2003.