Matérialisme et empiriocriticisme

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Matérialisme et empiriocriticisme est l'un des principaux écrits de Lénine. Écrit dans la seconde moitié de 1908, il a été publié[1] en 1909. Lénine y expose sa théorie de la connaissance.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Ce texte s'inscrit dans la ligne du matérialisme dialectique exprimé, en ce qui concerne la théorie de la connaissance, par Engels dans l'Anti-Dühring.

Comme l'ouvrage de Engels, qui est une réaction aux positions d'Eugen Dühring, ce livre de Lénine est suscité par une réaction aux théories de certains de ses contemporains auxquelles il s'oppose ou desquelles il diverge[2].

Très explicitement, l'ouvrage répond à l'empirisme exprimé par le physicien Ernst Mach dans son ouvrage L'analyse des sensations. Le rapport du physique au psychique[3]. Il s'oppose ainsi à l'influence de l'empiriocriticisme sur l'intelligentsia russe dont des marxistes comme Vladimir Bazarov, Alexandre Bogdanov, Anatoli Lounatcharski. Ces derniers veulent en effet réconcilier religion et marxisme pour relancer l'élan révolutionnaire de la masse, affaibli par la révolution de 1905. Ils sont ainsi liés au courant « de la construction de Dieu » qui prône un retour à la thèse de Feuerbach selon laquelle l'homme serait Dieu. Leurs écrits, Essai de conception réaliste du monde (1904), Essai de la philosophie marxiste (1908) et Essai de philosophie collective suscitent une forte prégnance dans l'intelligentsia révolutionnaire russe. Lénine reproche aux empiriocriticistes de « renoncer au matérialisme en recourant à une théorie de la connaissance idéaliste[4] ».

Lénine exprime également dans Matérialisme et empiriocriticisme sa divergence par rapport à la conception matérialiste de Georgi Valentinovich Plekhanov. Il voit dans la théorie des hiéroglyphes de Plekhanov une négation de l'objectivité et une impossibilité de connaître les choses elles-mêmes.

Éditions en ligne[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

« Lénine, dans Matérialisme et empiriocriticisme (chap. V), remit les choses au point en montrant qu'énergie et matière ne sont pas séparables. L'énergie est matérielle, et le mouvement n'est que le mode d'existence de la matière. En somme les idéalistes interprétaient à l'envers les découvertes de la science. Au moment où celle-ci mettait en évidence des aspects de la matière ignorés jusqu'alors, ils concluaient que la matière n'existe pas, sous prétexte qu'elle n'est pas conforme à l'idée qu'on s'en faisait jadis, quand on croyait que matière et mouvement étaient deux réalités distinctes. (La partie II de ce chapitre a été remaniée avec l'aide de Luce Langevin et Jean Orcel. Sur les progrès accomplis depuis le début du siècle dans l'étude de la structure de la matière, voir F. Joliot-Curie, Textes choisis, Éditions sociales, p. 85–89.) »

— Georges Politzer, Principes élémentaires de philosophie

Critiques[modifier | modifier le code]

Le scientifique marxiste néerlandais Anton Pannekoek a critiqué cet ouvrage dans son texte Lénine philosophe. Pascal Charbonnat en fera le commentaire suivant : « Il semble que la critique de Pannekoek ait surtout pour but d'exprimer sur le plan philosophique la thèse du capitalisme d'État, au risque d'être en contradiction avec les mots mêmes de Lénine. Ce dernier, en effet ne défend pas une vision physicaliste de la matière[5]. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Althusser, « Lénine et la philosophie », dans Lénine et la philosophie, Paris, Maspero, 1968
  • Pascal Charbonnat, Histoires des philosophies matérialistes, Syllepse, 2007
  • (en) Evald Vassilievich Ilyenkov (de), Leninist dialectics and the metaphysics of positivism. Reflections on Lenin’s book : « Materialism and Empirio-Criticism », New Park Publications, 1982 (ISBN 0-86151-026-7)
  • (de) Gunzelin Schmid Noerr, « Editorische Vorbemerkung zu Max Horkheimer, Über Lenins Materialismus und Empiriokritizismus », dans Alfred Schmidt et Gunzelin Schmid Noerr (dir.), Max Horkheimer – Gesammelte Schriften, vol. 11, Francfort, p. 171–174
  • (de) Alfred Schmidt, Unter welchen Aspekten Horkheimer Lenins Streitschrift gegen den « machistischen » Revisionismus beurteilt, dans Horkheimer, vol. 11, p. 418–425
  • Lilian Truchon, Lénine épistémologue : les thèses de "Matérialisme et empiriocriticisme" et la constitution d'un matérialisme intégral, Delga, 2013, 212 p. 

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Éditeur : Zveno
  2. Il y a beaucoup de textes fondamentaux du marxisme qui ont pour origine une réaction contre les écrits de contemporains, comme, pour autre exemple, L'Idéologie allemande de Marx et Engels (contre Stirner et, dans une moindre mesure, Feuerbach)
  3. Ernst Mach (auteur) et Jean-Maurice Monnoyer (dir.), L'analyse des sensations : le rapport du physique au psychique, trad. Françoise Eggers, Jacqueline Chambon, 1996, 321 p.  (ISBN 2877111288 et 9782877111287)
  4. Charbonnat, p. 550
  5. Charbonnat, p. 564