Khosro Ier

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Khosro Ier
Monnaie de Khosro Ier
Monnaie de Khosro Ier
Titre
Empereur sassanide
13 septembre 531février 579
Prédécesseur Kavadh Ier
Successeur Hormizd IV
Biographie
Dynastie Sassanides
Date de décès février 579
Père Kavadh Ier
Mère sœur de Bāu l'Ispahbudhān
Conjoint Kayen, Euphemia
Enfant(s) Hormizd IV, Anôshazâdh, Nushzad

Khosro, Khosrau, Khosrow ou Husrav Ier, ou encore Anushiravan ou Nouschirwân (du persan : انوشيروان signifiant « l'âme immortelle »), le Juste (انوشیروان دادگر, Anooshiravan-e-dadgar), est le fils et successeur de Kavadh Ier, et donc un roi sassanide (531579). Il pose les fondations de nombreuses villes nouvelles et de palais ; les routes commerciales sont réparées et de nouveaux ponts et barrages sont construits sous son règne. Pendant le règne de Khosro Ier, les arts et les sciences sont florissants en Perse, et l'Empire sassanide est à son apogée. Son règne ainsi que celui de son père et celui de son successeur Khosro II (590–628) sont considérés comme un « second âge d'or » dans l'histoire de l'Empire sassanide.

Enfance[modifier | modifier le code]

Selon l'historienne Parvaneh Pourshariati, Khosro Ier est le fils de Kavadh Ier et d'une sœur anonyme de l'aspebedes[1] Bawi ou Bāu (?) († vers 532), un membre de la famille féodale parthe des Ispahbudhān qui règne de facto sur le Khorassan[2].

Tabari donne une autre version de la naissance de Khosro Ier. Le prince Kavadh, se réfugiant chez les Huns blancs après l'accession au trône de son frère Valash, aurait rencontré en chemin une jeune paysanne qui serait devenue la mère du futur Khosro Ier, de ce fait originellement considéré comme indigne d'hériter le trône de son père[3].

Conquêtes[modifier | modifier le code]

Au début de son règne, Khosro Ier conclut une paix éternelle avec l'empereur byzantin Justinien (527–565), qui veut avoir les mains libres pour la conquête de l'Afrique et de la Sicile. Mais ses succès contre les Vandales et les Goths causent la reprise de la guerre par Khosro en 540.

Il envahit la Syrie et ramène les habitants d'Antioche jusqu'à sa résidence et leur construit une ville à côté de Ctésiphon sous le nom de Khosrau-Antioche ou Chosro-Antioche. Pendant les années suivantes, il combat successivement en Lazique ou Lazistan (l'ancienne Colchide) durant la guerre lazique, sur la mer Noire et en Mésopotamie.

Les Byzantins, bien que menés par Bélisaire, ne peuvent pas grand chose contre lui. En 545, un armistice est conclu, mais la guerre lazique continue jusqu'en 557. À la fin, en 562, une paix est conclue pour cinquante ans, dans laquelle les Perses laissent la Lazique aux Romains, et promettent de ne pas persécuter les chrétiens, à condition que ceux-ci n'essaient pas de faire du prosélytisme auprès des zoroastriens ; à l'inverse, les Romains doivent encore payer des tributs à la Perse.

Pendant ce temps à l'est, les Hephtalites sont attaqués par les Turcs (Köktürks). Khosro Ier s'unit avec eux et conquit la Bactriane, alors qu'il laisse les terres au nord de l'Oxus aux Turcs. De nombreuses autres tribus rebelles sont assujetties. En 570 environ, les dynastes du Yémen, qui ont été soumis par les Éthiopiens d'Aksoum, s'adressent à Khosro Ier pour lui demander de l'aide. Le roi envoie une flotte avec une petite armée sous les ordres de Vahriz, qui expulse les Éthiopiens. Depuis cette époque jusqu'aux conquêtes de Mahomet, le Yémen est vassal de la Perse, et un gouverneur persan y réside. En 571, une nouvelle guerre avec Rome éclate en Arménie, dans laquelle Khosro Ier conquiert la forteresse de Dara en haute Mésopotamie, envahit la Syrie et la Cappadoce et revient avec un large butin. Durant les négociations avec l'empereur Tibère II (578–582), Khosro Ier meurt en février ou mars 579 et est remplacé par son fils Hormizd IV (579–590).

Réformes[modifier | modifier le code]

Scène de chasse montrant Khosro Ier.

Khosro Ier accomplit de nombreuses réformes qui lui permettent de mener une politique expansionniste face à Byzance, aux Hephtalites et aux Abyssins, et de contrôler sévèrement l’aristocratie. Il introduit un système rationnel de taxation, basé sur une revue des possessions foncières, que son père avait commencée, qui allège le système des impôts. Il essaie, de toutes les manières possibles, d'augmenter la richesse et les revenus de l'empire. En Babylonie, il construit ou restaure les canaux. Son armée est plus disciplinée que celle des Romains et apparemment bien payée. Il la réforme, crée une cavalerie permanente assistée de corps auxiliaires et partage la fonction d'Eran-Spahbadh entre quatre fonctionnaires.

Depuis le palais de Ctésiphon, l’administration, qui travaille par l’intermédiaire de bureaux (dîwans), assure le fonctionnement de l’empire. Une cour nombreuse entoure le souverain. Titres, dons de robes d’honneur, charges de cour et d’État servent de récompenses et de moyens de gouvernement.

Famille et descendance[modifier | modifier le code]

Khosro Ier a épousé, la fille du Khagan des Turcs Istämi yabghu, connu sous le nom de « Silziboulos » par les Byzantins avec qui il a conclu un traité[4]. Elle est la mère de son successeur Hormizd IV, surnommé pour cette raison « Turk-zâd »[5].

Khosro Ier a également une épouse chrétienne, nommée Euphemia, qu'il laisse libre de pratiquer sa religion. Elle est la mère du prince Nushzad qui se rebelle contre son père en 551 et est gracié. Par contre, quelques années plus tôt, son fils aîné Anōšazād, qui, sur le faux bruit de la mort du roi, s'est révolté à Gundishapur, est puni par l'aveuglement au fer rouge[6].

Tolérance religieuse[modifier | modifier le code]

Bien que Khosro Ier ait dans les dernières années du règne de son père soutenu le mouvement communautariste des Mazdékites, il est un adhérent sincère à l'orthodoxie zoroastrienne et a même ordonné que le texte sacré de cette religion, l'Avesta, soit codifié. Il n'est pas un fanatique ou enclin à la persécution et tolère même les chrétiens. Quand son fils Nushzad se rebelle en 551 puis est fait prisonnier, il ne l'exécute pas et ne punit pas les chrétiens qui le soutiennent, et il rend même sa liberté au patriarche Mar Aba Ier qui avait exhorté au calme ses coreligionnaires[7].

Quand Justinien ferme l'académie d'Athènes en 529, le dernier foyer de paganisme dans l'Empire romain, les sept derniers professeurs de néoplatonisme émigrent en Perse. Mais ils comprennent vite que ni Khosro Ier ni son État ne correspondent à l'idéal platonicien, et Khosro Ier, dans son traité avec Justinien, demande à ce qu'ils ne doivent pas être molestés à leur retour.

Culture[modifier | modifier le code]

La liberté de pensée est donc de mise à la cour de Khosro, roi ouvert et tolérant, qui emploie des chrétiens, accueille des philosophes grecs, encourage l’enseignement de la médecine, notamment à l'académie de Gundishapur, qui devient le point de rencontre entre les influences grecques, syriaques, persanes et indiennes[réf. nécessaire].

Le roi est aussi intéressé par la littérature et les discussions philosophiques. Sous son règne, les échecs sont introduits depuis l'Inde et le fameux livre du Kalîleh va Demneh est traduit. C'est ainsi qu'il acquiert sa réputation de sagesse. Sous ses auspices, de nombreux livres sont amenés d'Inde et traduits en pehlevi. Certains de ceux-ci trouvent ultérieurement leur voie dans la littérature du monde islamique. Son ministre Burzoe traduit le Pañchatantra indien du sanskrit en pehlevi (moyen-persan) et l'appelle Kalîleh va Demneh, qui est ensuite transmis depuis la version perse en Arabie et en Europe.

Sous son règne s'épanouissent les arts somptuaires : orfèvrerie, soieries.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Généralissime », antique titre de commandant en chef des armées parthes déjà utilisé à la cour des rois arsacides.
  2. (en) Parvaneh Pourshariati, Decline and fall of the Sasanian Empire, I. B. Tauris & Co Ltd, New York, 2011 (ISBN 9781845116453), cite Procope : « Qubad loved Khusrow I, who was born to him by the sister of Aspebedes », p. 111 & « Genealogical tree », p. 471.
  3. Tabari, Chronique, volume II, chapitre XXVII, p. 145-146.
  4. René Grousset L'Empire des steppes, Payot, Paris, réédition 1980, (ISBN 2228272515), p. 127.
  5. Clément Huart & Louis Delaporte, L’Iran antique : Élam et Perse et la civilisation iranienne, coll. « L’Évolution de l’Humanité », Albin Michel, Paris, 1952, p. 356. « Son fils Ormazd IV né de la fille du Khâgan des Turcs et surnommé pour cette raison Turk-zâd. »
  6. Clément Huart, op. cit., p. 355.
  7. Clément Huart, op. cit., p. 428.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • (de) Henning Börm, « Der Perserkönig im Imperium Romanum. Chosroes I. und der sasanidische Einfall in das Oströmische Reich 540 n. Chr. », dans Chiron 36 (2006), 299-328.
  • (en) John Martindale, The Prosopography of the Later Roman Empire IIIa, Cambridge, 1992, 303–306.
  • (en) Zeev Rubin, « The Reforms of Khusro Anurshiwan », dans Averil Cameron (dir.), The Byzantine and early Islamic Near East, T. 3, Princeton 1995, 227–298.
  • (de) Klaus Schippmann, Grundzüge der Geschichte des sasanidischen Reiches, Darmstadt, 1990.
  • (en) « Khosro Ier », dans Encyclopædia Britannica, 1911 [détail de l’édition] [lire en ligne].
  • (en) Parvaneh Pourshariati, Decline and fall of the Sasanian Empire, I. B. Tauris & Co Ltd, New York, 2011 (ISBN 9781845116453).