Paul Lafargue

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Lafargue.

Paul Lafargue

Description de l'image  Paul Lafargue profil.jpg.
Naissance Santiago de Cuba
Drapeau de Cuba Cuba
Décès Draveil
Drapeau de la France France
Nationalité Française
Célèbre pour Être l'auteur de l'essai Le Droit à la paresse.
Citation « O paresse, mère des arts et des nobles vertus, sois le baume des angoisses humaines ! »

Paul Lafargue est un socialiste français né à Santiago de Cuba, le 15 janvier 1842 et mort à Draveil le 25 novembre 1911[1],[2]. Il est le gendre de Karl Marx et il est surtout connu pour son essai Le Droit à la paresse.

Biographie[modifier | modifier le code]

Laura Marx, épouse de Paul Lafargue.

Paul Lafargue est issu d'une famille amérindienne - mulâtre par sa mère et bordelaise et juive par son père. Les Lafargue regagnent la France en 1851 ; le jeune Paul est alors âgé de neuf ans. Il suit des études secondaires à Bordeaux, dont est originaire son père François Lafargue, puis des études de médecine à la faculté de médecine de Paris[3], où il fait connaissance avec Proudhon. Il collabore alors au journal La Rive gauche, favorable aux idées de Proudhon[4].

À la suite d'une déclaration au premier congrès international des étudiants qui a lieu à Liège, en octobre 1865, et dans laquelle il émet le souhait de voir disparaître les rubans tricolores au profit de la seule couleur rouge, il est exclu à vie de l'université de Paris. En 1865, il vient présenter l'état du mouvement socialiste français au conseil général de l'Association internationale des travailleurs à Londres. Il rencontre Friedrich Engels et Karl Marx (en février 1865), dont il épouse la seconde fille, Laura, en avril 1868[2],[5]. Après son exclusion de l'université en France, il retourne à Londres finir ses études. Il fut élu au conseil général de l'Internationale et fréquenta régulièrement les Marx[5].

La Première Internationale[modifier | modifier le code]

Il rentre alors en France où il devient membre de la Première Internationale. Dès 1866, il est élu au conseil général de l'Internationale où il représente l'Espagne jusqu'au congrès de Bruxelles en 1868.

Il participe à la Commune de Paris en 1871. Il est alors envoyé à Bordeaux pour y organiser un soutien pour le mouvement parisien. Il y est rejoint par sa femme, ses enfants et ses belles-sœurs. Après la Semaine sanglante, pour éviter d'être arrêtés, ils trouvent tous refuge à Luchon. Finalement, Paul Lafargue doit passer secrètement en Espagne à Bossòst en août. Lorsque les femmes et les enfants tentent de le rejoindre, ils sont arrêtés à la frontière et ramenés sous escorte à Luchon. Leurs chambres sont fouillées, à la recherche d'explosifs et de documents compromettants, sans succès (le seul document qui aurait pu les incriminer, une lettre de Gustave Flourens avait été détruit par Jenny). Après une nuit d'interrogatoire à la gendarmerie, les sœurs Marx et les enfants sont libérés et peuvent gagner l'Espagne[6].

Il fonde, à Madrid, une section marxiste (1871) de la Ire Internationale. Il y dirige des groupes ouvriers et combat les thèses anarchistes.

Le Parti ouvrier français[modifier | modifier le code]

Après s'être rendu au Portugal, Lafargue revient à Londres où il rencontre Jules Guesde. Il rentre en France après l'amnistie et fonde, avec Guesde, le Parti ouvrier (1880) et son périodique, Le Socialiste (1885-1904).

Il est incarcéré en 1883 à la prison Sainte-Pélagie pour propagande révolutionnaire, où il rédige le Droit à la paresse. Il devient député de Lille en novembre 1891 alors qu'il est à nouveau emprisonné à la suite d'une condamnation pour « provocations au meurtre » après les fusillades de Fourmies (1er mai 1891) qui avaient fait neuf morts chez les ouvriers.

Il est élu député du Nord du 25 octobre 1891 au 14 octobre 1893[7]. Lors de l'affaire Dreyfus, il prend parti pour ce dernier[8].

En 1896, Laura Marx-Lafargue hérite d’une partie de la fortune de Friedrich Engels. Paul et Laura achètent alors une propriété à Draveil où ils vivent d’une « manière hédoniste », tout en poursuivant leurs anciens combats[9].

À partir de 1906, il rédige régulièrement des éditoriaux pour l'Humanité.

À 69 ans, en 1911, proche de la limite d'âge de 70 ans qu'il s'était fixé, il se suicide à Draveil avec sa femme, en se justifiant dans une courte lettre :

« Sain de corps et d'esprit, je me tue avant que l'impitoyable vieillesse qui m'enlève un à un les plaisirs et les joies de l'existence et qui me dépouille de mes forces physiques et intellectuelles ne paralyse mon énergie, ne brise ma volonté et ne fasse de moi une charge à moi et aux autres. »

Paul Lafargue et Laura Marx sont enterrés au cimetière du Père-Lachaise (division 76), face au mur des Fédérés.

L'œuvre[modifier | modifier le code]

Paul Lafargue est l'auteur, entre autres, du pamphlet fameux Le Droit à la paresse (1880) :

« Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l'amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu'à l'épuisement des forces vitales de l'individu et de sa progéniture... »

Il est également l'auteur d'un Cours d'économie sociale (1884), du Communisme et l'Évolution économique (1892), et du Socialisme et la Conquête des pouvoirs publics (1899) et de nombreux textes polémiques ou de circonstance.

Citations[modifier | modifier le code]

« Les socialistes révolutionnaires ont à recommencer le combat qu'ont combattu les philosophes et les pamphlétaires de la bourgeoisie ; ils ont à démolir, dans les têtes de la classe appelée à l'action, les préjugés semés par la classe régnante. »

« Travaillez, travaillez, prolétaires, pour agrandir la fortune sociale et vos misères individuelles, travaillez, travaillez, pour que, devenant plus pauvres, vous ayez plus de raisons de travailler et d'être misérables. Telle est la loi inexorable de la production capitaliste. »

— Le Droit à la paresse, 1880

Hommage[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Du vivant de l'auteur[modifier | modifier le code]

Une des nombreuses éditions militantes du texte.

(Ordre chronologique de parution.)

  • Le Droit à la paresse (Réfutation du « Droit au travail » de 1848), 1880, Wikisource-logo.svg (version numérique disponible sur wikisource) et nouvelle édition, 1883, Wikisource-logo.svg (sur wikisource)
  • Le Parti socialiste allemand, 11 décembre 1881
  • La Politique de la bourgeoisie, 18 décembre 1881
  • Que veulent donc les seigneurs de l'industrie du fer ?, 18 décembre 1881
  • Au nom de l'autonomie, 18 décembre 1881
  • Le Sentimentalisme bourgeois, 25 décembre 1881
  • M. Paul Leroy-Beaulieu, 25 décembre 1881
  • L'Autonomie, 25 décembre 1881
  • L'Ultimatum de Rothschild, 8 janvier 1882
  • Les Luttes de classes en Flandre de 1336-1348 et de 1379-1385, 22 & 29 janvier 1882
  • La Journée légale de travail réduite à huit heures, 26 février 1882
  • Un moyen de groupement, 12 mars 1882
  • La Base philosophique du Parti ouvrier, 1882
  • Essai critique sur la Révolution française du XVIIIe siècle, 1883
  • Le Matérialisme économique de Karl Marx, cours d'économie sociale, 1884
  • La Légende de Victor Hugo, 1885, écrit pamphlétaire écrit quelques jours après l'enterrement de ce dernier et l'accusant de n'être qu'un bourgeois opportuniste, Wikisource-logo.svg sur Wikisource
  • Une visite à Louise Michel, 1885
  • Sapho, 1886
  • Les Chansons et les cérémonies populaires du mariage, 1886
  • Le Matriarcat, étude sur les origines de la famille, 1886 (ed Kodawa, 126p. 2012 (ISBN 979-10-90589-06-3))
  • La Circoncision, sa signification sociale et religieuse, 1887
  • La Religion du Capital, 1887, Wikisource-logo.svg sur Wikisource
  • Le Parti ouvrier français, 1888
  • Pie IX au Paradis, 1890
  • Le Darwinisme sur la scène française, 1890
  • Souvenirs personnels sur Karl Marx, 1890
  • Appel aux électeurs de la 1re circonscription de Lille, 1891
  • Origine de la propriété en Grèce, 1893
  • Un appétit vendu, 1893
  • Campanella, étude sur sa vie et sur la Cité du Soleil, 1895
  • Idéalisme et matérialisme dans la conception de l'histoire, 1895
  • Le Mythe de l'Immaculée Conception, étude de mythologie comparée, 1896
  • Les Origines du Romantisme, 1896
  • Le Socialisme et la Science sociale, 1896
  • La Fonction économique de la bourse, contribution à la théorie de la valeur, 1897
  • Le Socialisme et la Conquête des pouvoirs publics, 1899
  • Origine de l'idée du Bien, 1899
  • Le Socialisme et les Intellectuels, 1900
  • Les trusts américains : leur action économique, sociale, politique[11], 1903
  • Souvenirs personnels sur Friedrich Engels, 1904
  • La Question de la femme, 1904
  • Le Mythe de Prométhée, 1904
  • Le Patriotisme de la bourgeoisie, 1906
  • Origine des idées abstraites, 1909
  • La Croyance en Dieu, 1909
  • Le Problème de la connaissance, 15 décembre 1910

Dernières éditions sur papier[modifier | modifier le code]

  • La Religion du capital, Éditions de l'Aube, 2013 (ISBN 978-2815906500)
  • Le Matriarcat, Éditions Kodawa, 126 p., 2012 (ISBN 979-10-90589-06-3)
  • Karl Marx. Le Capital - Résumé par Paul Lafargue, 106 p., 2011 (ISBN 979-10-90589-00-1)
  • Origine et évolution de la propriété, éd Kodawa, 200 p., 2011 (ISBN 979-10-90589-01-8)
  • Pie IX au Paradis, Éditions d'ores et déjà, 2010 (ISBN 978-2918527039)
  • Suivi d'un texte de Wilhelm Liebknecht, Souvenirs sur Marx, Éditions du Sandre, 2008 (ISBN 978-2914958844)
  • Précédé par une réfutation d'Yves Guyot, La Propriété : Origine et évolution - Thèse communiste, Editions du Sandre, 532 p., 2007 (ISBN 978-2914958653)
  • Traduction et annotation par Lafargue, Socialisme utopique et socialisme scientifique, Aden Editions, 108 p., 2005
  • Le Socialisme et la conquête des pouvoirs publics, Les Bons Caractères, 48 p., 2004 (ISBN 978-2915727036)
  • Le Socialisme et les intellectuels, Les Bons Caractères, 43 p., 2004 (ISBN 978-2915727043)
  • Les Luttes de classe en Flandre de 1336-1348 et 1379-1385, Aden, 2003 (ISBN 978-2960027341)
  • Le Déterminisme économique de Karl Marx. Recherche sur l'origine et l'évolution des idées de justice, du bien, de l'âme et de Dieu, L'Harmattan, 264 p., 1997 (ISBN 978-2738458704)
  • « Idéalisme et matérialisme dans la conception de l'histoire » in Le Grand Débat : Jaurès, Lafargue, Guesde, Le Temps des Cerises, 168 p., 1994
  • Le Droit à la paresse présente de multiple éditions récentes.

Recueils ou textes choisis[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Jaurès, « La destinée », L’Humanité, 28 novembre 1911.
  • (en) Leslie Derfler, Paul Lafargue and the Founding of French Marxism, 1842-1882, Harvard University Press,‎ 14 mars 1991, 1e éd., 304 p. (ISBN 978-0674659032)
  • (en) Leslie Derfler, Paul Lafargue and the Flowering of French Socialism 1882-1911, Harvard University Press,‎ 8 juillet 1998, 1e éd., 384 p. (ISBN 978-0674659124)
  • Bernard Delmas, « Paul Lafargue et les économistes libéraux, les débats du tournant du siècle » in : Les traditions économiques françaises, 1848 – 1939 (Colloque de l’Association Charles Gide), P. Dockès, L. Frobert, G. Klotz, J.-P. Potier, A. Tiran (eds.), Paris,‎ 2000, p. 811-822
  • Jacques Macé, Paul et Laura Lafargue. Du droit à la paresse au droit de choisir sa mort, L'Harmattan, 220 p., 2001 [extraits en ligne]
  • Françoys Larue Langlois, Paul Lafargue, Paris, Punctum, 2007
  • Le Droit à la paresse (1999), pièce de théâtre de Roger Gouze, mise en scène par Christian Le Guillochet, avec Annie Bertin, Jean Bertho, Mario Pecqueur, Jacques Philipson. L'action se situe peu avant la décision des époux Lafargue de mettre fin à leurs jours.
  • Jean-Numa Ducange, « Paul Lafargue, cent ans après... », Notes de la fondation Jean Jaurès,‎ 22 novembre 2011 (lire en ligne)
  • Pierre Outteryck, Pascal Bavencove, Salut camarade. Paul Lafargue, passeur de la pensée-Marx, Geai Bleu Éditions, 2011 (ISBN 9782914670605[à vérifier : isbn invalide])
  • (en) Chushichi Tsuzuki, The Life of Eleanor Marx 1855-1898 : A Socialist Tragedy, Oxford, Clarendon,‎ 1967, 354 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notice d'autorité personne du catalogue général de la BNF.
  2. a et b Ducange 2011
  3. Paul Lafargue : philosophe, propagandiste et homme d’action, Pascal Bavencove et Pierre Outteryck, L'Humanité.fr, 2 mars 2012.
  4. Paul Lafargue Encyclopédie Universalis
  5. a et b Tsuzuki 1967, p. 16
  6. Tsuzuki 1967, p. 27-28
  7. Mandat à l'Assemblée Nationale Site de l'Assemblée Nationale
  8. Par Jean-Numa Ducange pour la Fondation Jean-Jaurès, Paul Lafargue, cent ans après... Le Monde, 2011
  9. Paul Lafargue et Laura Marx-Lafargue Archives de France, Ministère de la culture, 2011
  10. Texte de la chanson.
  11. Texte sur Gallica.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]