Fantasme (psychologie)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Phantasme)
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Fantasme.
Mystère psychique de Margret Hofheinz-Döring (1910–1994).

Le fantasme — ou phantasme — est une manifestation, consciente ou inconsciente, d’un désir ou encore une fixation mentale pouvant, dans certains cas, conduire à des actes excessifs.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Fantasme vient du grec phantasma qui signifie apparition, fantôme, hallucination visuelle et qui est dérivé de phainein signifiant rendre visible, faire briller. En français avant les découvertes de la psychanalyse deux mots existaient : phantasme, synonyme d'hallucinations, et fantaisie, qui signifiaient entre autres la capacité à imaginer. Les premiers traducteurs des textes de Sigmund Freud ont choisi de traduire le mot allemand « phantasie » par un mélange de ces deux termes : « phantasme » (hallucination) et « fantaisie » (imagination débridée).

Historique[modifier | modifier le code]

Pour les psychiatres et intervenants d'aujourd'hui, les fantasmes présentent un intérêt certain car ils dévoilent des désirs plus ou moins conscients. Selon les ouvrages et les auteurs que l'on consulte, les types de fantasmes et leur classification peuvent varier énormément, mais on distingue clairement deux types bien distincts.

Psychanalyse[modifier | modifier le code]

Le fantasme se comprend comme une élaboration dérivée de plusieurs éléments, mettant en jeu différentes pulsions inscrites dans l'histoire du sujet. Le fantasme est la formation de compromis, il élabore différents matériels, dont certains sont conscients et d'autres non. Mais certains fantasmes demeurent inconscients. Le fantasme peut témoigner d'une fixation de la sexualité à un stade psychosexuel, comme le stade oral ou le stade anal. De ce point de vue, il est résultat d'une régression.

La capacité à fantasmer signe une certaine normalité psychique : on peut soupçonner chez les patients psychosomatiques une défaillance de la fonction fantasmatique, repérée sous forme de pensée opératoire. Le fantasme permet ainsi une régulation psychique des désirs inconscients, nécessaire à la bonne santé mentale.

Klein[modifier | modifier le code]

Chez Melanie Klein, l'ensemble de la vie psychique ne saurait être compris que comme fantasmatique.

Laplanche et Pontalis[modifier | modifier le code]

J. Laplanche et J.B. Pontalis[1] traitent longuement du fantasme et le définissent pour commencer comme un « scénario imaginaire où le sujet est présent et qui figure, de façon plus ou moins déformée par les processus défensifs, l'accomplissement d'un désir et, en dernier ressort, d'un désir inconscient ».

Lacan[modifier | modifier le code]

Chez Jacques Lacan, « le fantasme est un montage grammatical où s'ordonne suivant divers renversements le destin de la pulsion, de telle sorte qu'il n'y a plus moyen de faire fonctionner le « je » dans sa relation au monde qu'à le faire passer par cette structure grammaticale »[2].

Il consiste dans la mise en relation d'un sujet et d'un objet par des métaphores évoquant le fonctionnement d'une pulsion. La fonction phallique est ce qui relie le « sujet marqué par le signifiant » ou « Sujet de l'inconscient » (« $ ») à l'objet du désir (« objet a »), lien noté par le poinçon « ◇ », pour constituer la chaîne du fantasme (notée « $ ◇ a ») où sujet et objet peuvent s'intervertir (« réversibilité du sujet et de l'objet dans le fantasme »). Le fantasme est le soutien du désir et l'étoffe de la Réalité psychique.

Jung[modifier | modifier le code]

Au-delà de l’idée de désirs refoulés plus ou moins conscients du Moi, en psychologie analytique le mot fantasme désigne des contenus psychiques issus des profondeurs de l’inconscient qui se traduisent en émergences agissantes. Dans la version anglaise du Vol 6 des Œuvres Complètes (Types Psychologiques), C G Jung définit fantaisie ou fantasme ("fantasy" en anglais) comme « le produit d’une activité psychique créatrice ». Il s’agirait d’une irruption de contenus inconscients quand l’attitude est passive ou d’imagination active quand le moi s’engage dans « une attitude intuitive d’attente.[3] » Ainsi, en psychologie analytique, le fantasme est au cœur de la pratique de l’imagination active, une « imagination à qui on donne libre cours pour créer comme elle l’entend selon sa propre logique et les fins qu'elle se donne.[4]» (voir aussi [5])

Psychologie[modifier | modifier le code]

Chez Gregory Bateson, le fantasme est une activité ludique imaginaire d'un jeu théâtral où chacun est à la fois l'auteur, l'acteur et le metteur en scène. Le « passage à l'acte » est la réalisation matérielle d'un fantasme.

Science[modifier | modifier le code]

Pour Henri Atlan, toute hypothèse scientifique vraiment nouvelle et novatrice est de l'ordre du délire ou du fantasme. C'est dans la mesure où ce délire, ou ce fantasme, accepte de se modifier, voire d'être abandonné dans des confrontations, qu'il s'en écarte.

Fantasme sexuel[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Fantasme sexuel.

Dans le domaine de la sexualité, le fantasme est un scénario érotique, imaginaire ou non, provoquant une pulsion ou une excitation sexuelle au point d'être assouvie mais pas nécessairement, du fait de l'auto-censure morale, sociale ou religieuse. Dans un premier temps, on trouve le fantasme érotique. Ce type de fantasme permet d'obtenir de façon imaginaire certaines satisfactions difficiles à atteindre dans la réalité. Dans un second temps, l'autre type de fantasme est le fantasme sexuel, qui se veut l'expression tangible de cette sexualité.

Annexes[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Vocabulaire de la Psychanalyse, V° Phantasme, P.U.F., Paris, 1971, 3e édition
  2. (Revue Scilicet 1970, 2-3, p.241)
  3. (en) Carl Gustav Jung, The Collected Works, Vol 6, Psychological Types, Princeton, NJ, Princeton University Press, , 608 p. (ISBN 0-691-01813-8), p. 427-433
  4. Michel Cazenave, Jung, l'expérience intérieure, Paris, Editions Dervy, , 209 p. (ISBN 979-10-242-0008-8), p. 50
  5. Aimé Agnel et al., Dictionnaire Jung, Paris, Editions Ellipses, , 194 p. (ISBN 978-2-7298-3094-6), p. 78-83

Liens externes[modifier | modifier le code]