Cognitivisme

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Le cognitivisme est le courant de recherche scientifique endossant l'hypothèse selon laquelle la pensée est un processus de traitement de l'information, cadre théorique qui s'est opposé, dans les années 1950, au béhaviorisme. La notion de cognition y est centrale. Elle est définie comme une manipulation de symboles ou de représentations symboliques selon un ensemble de règles. Elle peut être effectuée par n'importe quel dispositif capable d'opérer ces manipulations.

Les symboles doivent représenter au moins un aspect du monde réel, de façon à ce que le traitement de l'information débouche sur une solution satisfaisante aux problèmes posés par l'environnement.

Les partisans du cognitivisme sont souvent associés au computationnalisme.

Historique[modifier | modifier le code]

Dans les années 1950, le programme de recherche cognitiviste s'est élaboré contre le béhaviorisme, une conception du comportement intelligent qui remettait en question la scientificité de l'étude des représentations mentales, car elle n'étaient pas observables publiquement. Le béhaviorisme négligeait délibérément les activités du cerveau pour ne prendre en compte que le comportement humain ou animal. On a ainsi qualifié cette école de pensée de « physicalisme de la boite noire ».

Avec l'émergence de l'informatique, qui a permis de concevoir un comportement intelligent sur la base d'un langage formel réglant la manipulation de symboles, le cognitivisme s'est développé et a supplanté le béhaviorisme dans l'étude scientifique des comportements intelligents. Il est devenu à partir des années 1970 un paradigme classique des sciences cognitives et de la philosophie de l'esprit.

Les thèses[modifier | modifier le code]

Le cognitivisme peut se définir par la conjonction de thèses fonctionnalistes et "computo-représentationnelles". Il se présente comme une alternative au matérialisme éliminativiste et réductionniste en intègrant dans le discours scientifique les états mentaux, dont il reconnait l'existence et la spécificité.

Les thèses du cognitivisme peuvent se ramener à trois propositions[1] :

  1. Le complexe esprit/cerveau est susceptible d'une double description, matérielle ou physique d'une part, informationnelle ou fonctionnelle d'autre part ; ces deux niveaux sont largement autonomes, et le rapport qui s'établit entre eux est à l'image de celui qui lie le matériel au logiciel en informatique. C'est la thèse fonctionnaliste.
  2. Le système cognitif d'un organisme est caractérisé par ses états internes ou mentaux et par les processus qui conduisent systématiquement d'un état à un autre. Ces états sont reliés entre eux par des règles formelles au niveau informationnel et par des relations de causalité au niveau physique. Au niveau informationnel, le passage d'un état à un autre s'inscrit dans une série limitée de changements et est donc parfaitement descriptible sous forme d'algorithmes. C'est la thèse computationnaliste.
  3. Ces états peuvent être représentationnels : ils sont dotés dans ce cas d'un contenu renvoyant à des entités externes dont ils dépendent causalement. On dit alors qu'ils ont une valeur sémantique car ils réfèrent à quelque chose qui en constitue le sens. C'est la thèse représentationnaliste.

Une conception non-réductionniste de l'esprit[modifier | modifier le code]

À l'instar de la conception réductionniste de l'esprit, le cognitivisme admet l'existence d'états mentaux dont chacun est identique à un état physique. Mais la description d'un état mental ne peut se réduire à la description de propriétés physiques. Un état mental n'est pas en effet déterminé par les caractéristiques physiques du système où il se réalise mais par son rôle causal (ou fonction) au sein de ce système. Le rôle causal d'un état mental est l'ensemble des relations causales qu'il entretient avec les autres états mentaux, ainsi qu'avec les stimuli et les comportements, en interaction avec l'environnement. Une même fonction peut donc se réaliser différemment sur des organismes dont la nature diffère grandement, comme pour la douleur, par exemple, qui n'implique pas nécessairement l'activation des mêmes fibres nerveuses chez des espèces animales très différentes.

Cognitivisme psychologique et cognitivisme philosophique[modifier | modifier le code]

Le cognitivisme psychologique est, suivant les auteurs, associé ou non à un physicalisme fonctionnaliste, qui établit une séparation entre le matériel biologique constituant le système nerveux (le « hardware » de l'ordinateur) et les opérations mentales qui sont exécutées (les « programmes », ou « software »).

Application aux sciences de l'éducation[modifier | modifier le code]

Certains auteurs ont cherché à appliquer les principes théoriques du cognitivisme aux sciences de l'éducation. Parmi ceux-ci, on peut citer le professeur américain Robert Gagné et Jacques Tardif, du Québec.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Daniel Andler (dir.), Introduction aux sciences cognitives, Gallimard, Paris, coll. Folio essais, 2004, p. 17-18

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Andler, Daniel (dir.), Introduction aux sciences cognitives, coll. Folio, Gallimard, Paris 1992 et 2004
  • Pacherie, Elisabeth et Proust, Joëlle (dir.), La philosophie cognitive, coll. Cogniprisme, Ophrys, Paris, 2004
  • Pinker, Steven, L'instinct du langage (1994), Odile Jacob, Paris, 1999
  • Fodor, Jerry, L'esprit, ça ne marche pas comme ça (2002), Odile Jacob, Paris, 2003
  • Fodor, Jerry, La modularité de l'esprit, essai sur la psychologie des facultés (1983), Les Editions de minuit, 1986


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]