Le délire et les rêves dans la « Gradiva » de W. Jensen

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Le délire et les rêves dans la « Gradiva » de W. Jensen
Image illustrative de l’article Le délire et les rêves dans la « Gradiva » de W. Jensen
Gradiva, Musée du Vatican

Auteur Sigmund Freud
Pays Autriche
Genre Psychanalyse
Version originale
Langue Allemand
Titre Der Wahn und die Traüme in W. Jensens « Gradiva »
Éditeur Franz Deuticke
Collection Schriften zur angewandt Seelenkunde
Lieu de parution Vienne
Date de parution 1907
Version française
Éditeur PUF
Collection OCF.P
Lieu de parution Paris
Date de parution 2007
ISBN 978-2-13-054825-6

L'ouvrage de Sigmund Freud intitulé Le délire et les rêves dans la « Gradiva » de W. Jensen, publié en 1907, consiste en l’analyse d'une œuvre de Wilhelm Jensen (1837-1911), Gradiva, fantaisie pompéienne, fiction dans laquelle Freud identifie des thèmes communs à la littérature et à la psychanalyse.

Contexte et histoire du texte[modifier | modifier le code]

Freud aborde la question de la possibilité du recours à des œuvres littéraires pour soutenir la théorisation psychanalytique dès l’origine de ce mouvement. Il lit en 1906 l'ouvrage de Wilhelm Jensen, écrivain de langue allemande, publié en 1903. J.-B. Pontalis indique que la découverte de l’ouvrage par Freud est souvent attribuée à une suggestion de lecture de Carl Gustav Jung, mais que rien ne l’indique dans la correspondance qu’entretenaient ces deux auteurs[1]. S. Freud semble avoir très vite vu l’apport de ce livre pour ses recherches, et il en rédige, dès l’été 1906, un commentaire publié en 1907. Cette même année, il réalise un voyage à Rome et va voir le bas-relief original de la Gradiva au musée vatican Chiaramonti. Il acquiert un moulage de plâtre, qu’il accroche dans son cabinet de consultation à Vienne et qu’il emmène en Angleterre lors de son exil en 1938.

Le récit de Wilhelm Jensen[modifier | modifier le code]

Nobert Hanold est un jeune archéologue, professeur d’université d’archéologie et spécialiste de l’antiquité romaine. Il a perdu ses parents dans sa jeunesse et vit dans un grand isolement, ayant reporté tous ses intérêts sur sa profession. Une inflexion du cours de sa vie se produit lorsqu’il est séduit lors d'une visite de musée à Rome, par un bas-relief représentant une jeune fille. Il en acquiert la reproduction. C’est une jeune femme d’environ 20 ans, qui intrigue Norbert à cause de l’apparence de la démarche de la statue qui lève l’arrière du pied presque à la verticale tandis que l’avant est encore posée sur le sol. Aussi, Norbert la surnomme-t-il Gradiva, « celle qui marche en avant ». Il se consacre à comprendre comment elle marche, sans succès. Une nuit, il rêve qu’il voit Gradiva, lors de l’éruption du Vésuve en 79 ap. J.C. qui détruit Pompéi, sans pouvoir prévenir la jeune femme du danger. Peu après, Norbert part en voyage d’étude en Italie et il aperçoit, à Pompéi, une jeune femme dont il se persuade qu’il s’agit de sa statue. Mais, alors que les deux jeunes gens font connaissance, Norbert est progressivement amené à reconnaître en elle Zoé, une amie d’enfance dont il a tout oublié.

L'étude de Freud[modifier | modifier le code]

Freud envisage dans son analyse de la nouvelle de Jensen, les rêves selon l'état d'avancement de ses recherches en 1906, plusieurs années après la publication de son ouvrage théorique, L'Interprétation des rêves (1899). Il considère les rêves imaginés comme appartenant au travail du rêve, tout comme les rêves racontés dans l'espace de la cure, se proposant de « s'occuper de rêves qui n'ont jamais été rêvés, qui ont été créés par des écrivains et attribués à des personnes imaginaires dans le cadre d'un récit »[2]. Plusieurs réflexions de Freud sur l'utilisation possible de la Gradiva dans une réflexion sur la psychologie des écrivains apparaissent dans une discussion de la Société du mercredi[3]

Publication[modifier | modifier le code]

Publication originale[modifier | modifier le code]

Freud publie son commentaire dans une série intitulée Schriften zur angewandt Seelenkunde, destinée à « étendre le champ d'application et par là l'audience de la psychanalyse »[4]. Cette série paraît de 1907 à 1928. Elle comporte 20 monographies, dont Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci. J.-B. Pontalis souligne que ce sont principalement des psychanalystes qui ont contribué à cette collection.

Éditions françaises[modifier | modifier le code]

  • 1931 Délire et rêves dans la « Gradiva » de Jensen, traduit par Marie Bonaparte, précédé du texte de Gradiva, traduit par E. Zak et G. Sadoul, Paris, Gallimard, 220 p.
  • 1986 Le délire et les rêves dans la « Gradiva » de W. Jensen, traduit par P. Arhex et R.-M. Zeitlin, précédé de Gradiva, fantaisie pompéienne, traduit par J. Bellemin-Noël, préface de J.-B. Pontalis, Paris, Gallimard, 271 p., complété par trois lettres de Jensen à Freud.
  • 2007 Le délire et les rêves dans la « Gradiva » de W. Jensen, in Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse - vol. VIII 1906-1908, Paris, Puf, 288 p., complété par trois lettres de Jensen à Freud. (ISBN 978-2-13-054825-6).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J.-B. Pontalis
    • « Avec la Gradiva », in E. Gomez Mango & J.-B. Pontalis, Freud avec les écrivains, p.  201-222, Paris, Gallimard, 2012.
    • « Préface », in S. Freud Le délire et les rêves dans la Gradiva de W. Jensen, p.  9-23, Paris, Gallimard, «Folio Essais», 1986.
  • Maria Török & Nicholas Rand, « La psychanalyse appliquée. Face à la Gradiva, de Jensen », p. 61-127, in Questions à Freud, Paris, Les Belles Lettres, 1995.
  • Herman Nunberg & Ernst Federn (éd.) Les premiers psychanalystes. Minutes de la Société psychanalytique de Vienne 1. 1906-1908, Paris Gallimard, 1976.
  • Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, coll. « La Pochothèque », (1re éd. 1997) (ISBN 978-2-253-08854-7)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. J.-B. Pontalis, «Avec la Gradiva», p.202. La mention d'indication de lecture par C.G Jung rapportée dans les Minutes à la page 282 concerne, quant à elle, d'autres nouvelles de Jensen.
  2. S. Freud, Le délire et les rêves dans la Gradiva de W. Jensen, Paris, Gallimard, «Folio Essais», 1986, p. 139.
  3. Séance du 11 décembre 1907, p. 282-283, in Les premiers psychanalystes. Minutes de la Société psychanalytique de Vienne 1. 1906-1908, Paris Gallimard, 1976.
  4. J.-B. Pontalis, Préface, p. 10, Paris, Gallimard, «Folio Essais», 1986.

Articles connexes[modifier | modifier le code]