Polystyrène

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Polystyrène
Polystyrène
Identification
Nom IUPAC poly(1-phényléthylène)
No CAS 9003-70-7
Propriétés chimiques
Formule brute C8H8  [Isomères]
Masse molaire[1] 104,1491 ± 0,007 g/mol
C 92,26 %, H 7,74 %,
Propriétés physiques
transition vitreuse 95 °C[2]
Paramètre de solubilité δ 18,72 MPa1/2 (35 °C)[3]
Masse volumique 1,06 g·cm-3[4]
Propriétés électroniques
Constante diélectrique 2,6 (1 kHz, 25 °C)
2,6 (1 MHz, 25 °C)
2,6 (1 GHz, 25 °C)[5]
Propriétés optiques
Indice de réfraction n^{ 20 }_{  }  1,571,60[6]
Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

Le polystyrène (sigle PS) est le polymère de formule -(CH2-CH(Ph))n-, obtenu par polymérisation du monomère styrène CH2=CH-Ph.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Le polystyrène est inflammable.

Il peut se présenter sous différentes formes :

  • « cristal » (homopolymère) ;
  • « choc », de sigles SB, HIPS (HI pour High Impact en anglais) ou PS-HI selon la norme EN ISO 1043-1 ;
  • expansé, de sigles PSE (EPS pour Expandable Polystyrene) ou PS-E selon la même norme, et PSX pour le polystyrène extrudé.

Le polystyrène de base, appelé PS « cristal » pour son aspect transparent, est une matière dure et cassante, pouvant être colorée. Ses propriétés mécaniques et thermiques peuvent être modifiées par l'ajout de plastifiants ou de butadiène (monomère du polybutadiène) pour en faire un polystyrène dit « choc ». C'est un matériau très facile à transformer, par injection ou extrusion par exemple.

D'une manière pratique, on le reconnaît à son côté cassant avec un blanchissement sur les zones de contraintes. La façon la plus simple de reconnaître un plastique est de le brûler pour observer la flamme, la fumée, et en sentir l'odeur ; ce qu'il vaut mieux éviter étant donné la toxicité des gaz lors de la combustion de certains plastiques. Le polystyrène est facilement reconnaissable à sa fumée noire et à son odeur caractéristique. On peut également le distinguer au bruit métallique qu'il produit en subissant un choc, par exemple en tombant sur une surface dure.

Le polystyrène, outre son côté cassant, souffre aussi d'une faible résistance chimique et d'une faible résistance à la fissuration sous contrainte (ESCR). L'acétone le dissout très facilement, les corps gras le fragilisent rapidement.

Le polystyrène est le plus commun de la famille des polymères styréniques. Cette famille contient les différents copolymères du styrène : styrène-butadiène (SBR), styrène-acrylonitrile (SAN), acrylonitrile butadiène styrène (ABS), acrylonitrile styrène acrylate (ASA), etc.

Les copolymères du type styrène-butadiène (SBC) permettent d'augmenter la résistance au choc en gardant la transparence. La teneur en butadiène est plus élevée que dans un PS choc et le mode de polymérisation est différent. Ces copolymères sont utilisés soit seuls, soit en mélange avec le polystyrène cristal. Ces mélanges PS cristal et SBC sont communs en extrusion.

Le polystyrène cristal est toutefois extrudé seul dans des unités d'orientation pour former des feuilles d'OPS ou BOPS ((biaxially) oriented polystyrene, polystyrène (bi)orienté). Cette orientation se fait avec des grades de PS cristal à haut poids moléculaire, dans des unités d'orientation en sens machine puis sens transverse ; elle confère une meilleure tenue mécanique à la feuille ainsi obtenue.

Le polystyrène n'est pas biodégradable (enfoui, on lui prédit une durée de vie d'environ 500 ans) mais il se recycle facilement par dissolution/reprécipitation. Son code d'identification est le no 6.

Selon sa tacticité, le polystyrène peut être :

Atactique (PS-a) Syndiotactique (PS-s) Isotactique (PS-i)
Taux de cristallinité Amorphe Moyen Élevé
Point de fusion Non 270 °C 240 °C
Produit commercial Oui Peu Non
Première fabrication 1985 : N. Ishihara (Idemitsu Kosan) 1955 : Giulio Natta
Type de polymérisation Coordinative, par catalyse avec un métallocène Coordinative, par catalyse Ziegler–Natta (en)

Synthèse[modifier | modifier le code]

Le polystyrène est issu de la pétrochimie. Il est obtenu par polymérisation du styrène ; la réaction se produit dans un autoclave.

Polystyrene formation.PNG

Le polystyrène expansé (PSE) est obtenu par mélange d'un gaz et de PS cristal. Avant les préoccupations pour la couche d'ozone, on utilisait le fréon, un gaz CFC (chlorofluorocarboné), remplacé depuis les années 1990 par du butane ou du pentane. Des transformateurs introduisent les perles de PS cristal dans des pré-expanseurs. Sous l'action de la température et de la pression de vapeur d'eau, le gaz d'expansion les fait gonfler jusqu'à 50 fois leur volume initial. Les perles, expansées et stabilisées, sont ensuite introduites dans des moules en forme de blocs pour une découpe ultérieure en panneaux ou directement à la forme de la pièce finie. Là, à nouveau sous l'effet de la température et de la pression de vapeur d'eau, les perles expansées s'agglomèrent en une pièce moulée.

Le mélange sous forme de plaques ou feuilles peut être directement extrudé pour faire des isolants de plus haute densité. On parle de polystyrène extrudé (XPS). Ces plaques ou feuilles peuvent être thermoformées.

Le PS peut également être façonné par injection et des pièces moulées comme des gobelets transparents ou des boîtiers de DVD sont obtenues. On parle alors de PS injecté.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Le polystyrène expansé utilisé comme matériau d'emballage.

L'application la plus connue du grand public est le polystyrène expansé (appelé « frigolite » en Belgique, « Sagex » en Suisse et « Styromousse » au Canada), mousse blanche compacte qui sert à emballer les appareils sensibles aux chocs (électroménager, chaîne Hi-Fietc.).

Les propriétés de ces plastiques industriels sont utilisées dans de nombreux domaines :

  • Résistance aux chocs :
    • Articles de décoration ou matériel de bureau en PS cristal injecté : double-décimètres, équerres et rapporteurs d'écolier.
    • Logistique - Calages en PSE : transport de produits fragiles (électroménager, lave-linge, ordinateur, sèche-linge, réfrigérateur, four, etc.)
    • Maquettisme (maquette) : pièces moulées de PSE à peindre, carte plastique en PS choc. Le côté cassant de ce type de polystyrène est souvent très atténué pour permettre un maximum de manipulation.
    • Maison de disques - PS cristal : boîtiers de CD.
Caisses-marée au pavillon des produits de la mer du marché international de Rungis.
  • Isolation thermique :
    • Bâtiment/constructions - Panneaux et blocs en PSE : cloisons isolantes - plancher (isolation sous dalle, isolation sous chape, entrevous) - toitures - coffrages (ils permettent d'ériger des murs en béton armé isolés en une seule opération).
    • Froid - Parois en PSE : camions frigorifiques, glacières chambres frigorifiques.
  • Résistance à la compression :
    • Emballage en PSE : barquettes alimentaires de produits frais, caisses marées et cales.
    • Travaux publics et génie civil - Blocs en PSE : remblayage de routes et autoroutes - Talus - Murs anti-bruit - Culées de ponts - Protection de conduits enterrés - Pontons.
  • Imperméabilité / Nettoyabilité :
    • Alimentaire - Emballage (pots de yaourt, crème fraiche, etc.) et vaisselle à usage unique (gobelets, couverts) en PS choc blanc thermoformé - Vaisselle à usage unique en PS cristal injecté (gobelets, verrines, etc.).
    • Hématologie - Matériel en PS cristal (plaque de laboratoire, flacon)
  • Densité - Très faible absorption d'eau :
    • Ouvrages flottants sur blocs en PSE : pontons - jardins - maisons (Pays-Bas)
    • Nautisme - Flotteurs en PSE (balises, ligne d'eau), planches de funboard.
    • Logistique - Réduire le poids des emballages (feuille allégée en XPS)
    • De 16 à 1 060 kg·m-3, écart dû à l'addition de divers matériaux comme le béton armé
  • Propriété électrostatique :
  • Utilisations militaires :
    • Le polystyrène est un des composants du napalm moderne (« napalm-B »), où il sert de gélifiant.
    • Il entre également dans la constitution de la bombe à hydrogène : il maintient en suspension les éléments de la bombe avant son utilisation, et se transforme en plasma au moment de la mise à feu.

Dénominations commerciales[modifier | modifier le code]

Selon les utilisations, la forme et la manière d'obtenir du polystyrène, on trouve plusieurs désignations :

  • Polycrete Big Block 1600 : coffrage isolant permanent américain ;
  • Quad-Lock : coffrage isolant en PSE certifié ISO 14001 et ISO 9001, généralement de couleur verte ;
  • Knauf Therm : panneaux isolants en PSE, de la société allemande Knauf ; Styrodur : polystyrène extrudé ou PSX pour l'isolation, généralement de couleur verte, de BASF ;
  • Polyfoam : PSX pour l'isolation, généralement de couleur orange ;
  • Ursaa : généralement de couleur jaune ;
  • Styrofoam : pour l'isolation, généralement de couleur bleue, de Dow Chemical ;
  • Depron : PSE pour l'isolation ;
  • Sagex ;
  • Mabebloc : bloc de coffrage isolant fabriqué au Maroc.
  • Frigolith, qui a donné son nom à l'appellation belge usuelle du matériau, frigolite[7].

Écologie[modifier | modifier le code]

Un exemple de la pollution des côtes du Japon par les plastiques. À noter l'énorme bloc de polystyrène expansé[8].

En France, à l'échelle individuelle du consommateur, ce déchet n'entre pas dans la liste des matériaux collectés lors du tri sélectif en raison de son caractère diffus (environ 300 g/an par habitant en France[9][réf. insuffisante] et son élimination est souvent réalisée par incinération. Les déchets de PSE permettent de diminuer la quantité de combustible nécessaire à la combustion des ordures ménagères et peuvent également servir de combustible dans les centrales thermiques[10][réf. insuffisante].

Par contre, en Belgique, il est collecté dans les centres de tri.

En revanche, des fabricants d'emballages de PSE français se sont regroupés au sein d'ECO-PSE en 1993 afin, notamment, d'organiser et de développer des filières pérennes de valorisation et de recyclage des emballages professionnels. En 2010, en France, plus de 12 000 tonnes d'emballages de PSE ont été recyclées, pour une consommation nationale évaluée à 40 200 tonnes, soit un taux de recyclage proche de 30 %. 85 % du PSE collecté est recyclé, après compactage et extrusion, en granulés de polystyrène qui serviront à la fabrication de produits manufacturés en PS (cintres, boîtiers de CD, etc.). Les 15 % restants permettent de recycler le PSE sous sa forme expansée (emballages, blocs et plaques PSE, allègement de sols et de bétons). À noter que 4 % du gisement retrouvera une seconde utilisation en tant qu'emballage[9].

Chez les transformateurs de PSE, toutes les chutes de polystyrène expansé sont récupérées et réintroduites, telles quelles, dans le cycle de fabrication du polystyrène expansé. Par ailleurs, propres, dépoussiérés et broyés, les déchets issus des filières de récupération sont mélangés à hauteur de 5 à 30 % avec des billes neuves de PSE et permettent d'obtenir de nouveaux produits destinés au bâtiment ou à l'emballage (hors alimentaire)[10].

Lorsque la taille des gisements de polystyrène expansé usagé est trop faible ou lorsque les déchets de polystyrène expansé sont souillés, il ne semble pas y avoir de filière de valorisation viable économiquement. Le polystyrène expansé, classé déchet non dangereux[réf. nécessaire][11], est alors déposé en installation de stockage de déchets non dangereux (ISDND). Cette alternative offre l'avantage d'aérer et de stabiliser le sol de ces installations[10].

Le principal problème de la dissémination de polystyrène expansé dans l'environnement est qu'il a été la cause de la mort d'animaux marins (tortues, oiseaux, etc.) qui en ont ingéré par méprise avec des proies[12]. Il n'est pas directement chimiquement toxique mais obstrue leur tube digestif et provoque leur mort.

L'ensemble des impacts environnementaux des isolants en polystyrène expansé, utilisés dans la construction, se trouve dans les Fiches de Déclarations Environnementales et Sanitaires (FDES), disponibles sur la base INIES[13]. Il faut alors veiller à considérer l'ensemble des composants du système (ossatures, colles, etc.), tout en sachant que la résistance thermique constitue la caractéristique principale d'un isolant.

Effet de serre[modifier | modifier le code]

Le polystyrène expansé dégage du pentane contribuant à l'effet de serre (formation d'ozone photochimique) : 0,000519 kg équivalent éthylène /UF par an.

Risque sur la santé[modifier | modifier le code]

  • Le polystyrène, la forme polymérisée du styrène, est stable dans le temps[12] et inerte, ce qui explique son utilisation pour les emballages agroalimentaires.
  • Son impact sur la qualité de l'air intérieur est correct bien qu'il y ait des risques, s'il est soumis à la chaleur, de dégagement de styrène[14],[15]. D'après l'Agence internationale de recherche sur le cancer, le styrène pourrait être cancérogène pour l'homme. Plusieurs études effectuées sur une population de salariés exposés au styrène ont mis en évidence un risque de leucémie. Des études sur des animaux ont montré que le styrène est faiblement cancérogène par inhalation ou ingestion.
  • Champs électrostatiques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  2. (en) Charles E. Wilkes, James W. Summers, Charles Anthony Daniels, Mark T. Berard, PVC Handbook, Munich, Hanser Verlag,‎ 2005, 1e éd. (ISBN 978-1-56990-379-7, LCCN 2005013540, lire en ligne).
  3. (en) James E. Mark, Physical Properties of Polymer Handbook, Springer,‎ 2007, 2e éd., 1076 p. (ISBN 0387690026, lire en ligne), p. 294.
  4. (en) Leslie Howard Sperling, Introduction to Physical Polymer Science, Hoboken, New Jersey, Wiley,‎ 2006, 845 p. (ISBN 978-0-471-70606-9), p. 75.
  5. (en) David R. Lide, CRC Handbook of Chemistry and Physics, CRC Press Inc,‎ 2009, 90e éd., Relié, 2804 p. (ISBN 978-1-420-09084-0).
  6. (en) J. G. Speight, Norbert Adolph Lange, Lange's handbook of chemistry, McGraw-Hill,‎ 2005, 16e éd., 1623 p. (ISBN 0071432205), p. 2.807.
  7. Paul Vandenabeele, Pourquoi de la frigolite ?, La Dernière Heure, 17 mars 2011 (consulté le 1er juillet 2014).
  8. Crédit : Katsuhiko Saido.
  9. a et b Source : ECO-PSE.
  10. a, b et c Source : AFIPEB.
  11. Code 17 06 04 « Matériaux d'isolation autres que ceux visés aux rubriques 17 06 01 et 17 06 03 » de la nomenclature des déchets définie à l'article Annexe II de l'article R.541-8 du code de l'environnement
  12. a et b [PDF] « L'écotoxicité du polystyrène », sur nacicca.org (consulté le 21 août 2014)
  13. INIES.
  14. « Isolant synthétique : le polystyrène expansé (PSE) », Écohabitation (consulté le 21 août 2014)
  15. Agence Locale de l'Énergie de l'agglomération lyonnaise dans sa fiche technique sur le polystyrène expansé.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Filmographie[modifier | modifier le code]

Chanson[modifier | modifier le code]

  • Dans sa chanson intitulée Rockin' in the Free World (en), Neil Young dénonce sur un ton ironique les effets du polystyrène sur la couche d'ozone ; « […] Got Styrofoam boxes for the ozone layer […] » (« nous avons des boîtes en styromousse pour la couche d'ozone »).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J.-P. Oliva, L'isolation écologique,  éd. Terre vivante
  • Bruno Burger, Claude Dumas, Valérie Michel, Polystyrène expansé et développement durable ?, Eyrolles, 2008

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]