Canon esthétique

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L'homme de Vitruve, dessin de Léonard de Vinci d'après le texte de Vitruve sur les proportions idéales de l'homme.

Un canon dans le domaine des arts visuels, ou canon esthétique, désigne une règle de proportions des dimensions des membres permettant d'obtenir une beauté idéale en sculpture et en peinture.

Évolution des canons de beauté[modifier | modifier le code]

Par extension, on désigne par canon de beauté, les normes ayant cours à une certaine époque concernant ce qui est considéré comme beau, et ce qui ne l'est pas. Ces normes évoluent, et ce qui était considéré comme beau il y a un siècle, ne le sera plus forcément aujourd'hui. Les canons de beauté suivent l'évolution de la mode et sont dépendants de l'évolution des techniques à travers les époques (par exemple des techniques de maquillage ou de coiffage dans la renaissance).

Sous l'Ancien Régime, les canons de beauté étaient d'avoir un teint le plus blanc possible. D'où le recours, abusif parfois, à des fards, poudres de riz, mais aussi des mouches, faux grains de beauté faits de mousseline noire, collés sur le visage ou la poitrine, pour faire ressortir cette blancheur du teint.

À l'époque actuelle, les canons de beauté seraient plutôt un teint hâlé, la minceur, la sportivité, etc.

Selon l'anthropologue Alfred-Louis Kroeber, la silhouette féminine évolue à un rythme régulier où se succèdent d'une manière cyclique trois formes de base : la tournure, le fourreau et la cloche[1].

Les canons de la beauté et leur époque[modifier | modifier le code]

Dans l'Antiquité[modifier | modifier le code]

À cette époque, la beauté était naturelle : on naissait beau, moins, ou pas beau. En effet, tout réside dans un visage harmonieux, dans un corps aux proportions parfaites, aux courbes sereines et douces. Aucun artifice ne s'ajoutait, aucune esthétique ne comptait ; on se maquillait très peu, ou rarement, voire jamais chez les classes sociales moyennes. L'exercice physique était donc de rigueur, il fallait sculpter son corps. Mais la beauté passait aussi par la propreté : on passait de longues heures dans les thermes où on se lavait méticuleusement. On se baignait et on se parfumait dans des bains de lait et d'huiles essentielles.

En ancienne Égypte[modifier | modifier le code]

Dans l’Égypte antique, la beauté est toujours représentée avec des critères relativement stables. Le canon de la beauté Égyptienne peut être représenté par la fameuse reine Néfertiti. Les statues la représentent comme une beauté d'ethnie Africaine, par contre, le visage est plus européen. Peint en jaune la plupart du temps, il répond à des critères de beauté rigide, de pouvoir, représenté rarement avec le sourire. Les statuettes et les dessins représentent son corps en étant très élancé, mince et musclé, aux jambes finies, aux petits seins, aux fesses rebondies et à la taille large en rapport avec ses hanches. En effet, à cette époque la taille de guêpe n'indiquait pas un canon de beauté, l'idéal de femme égyptienne est une femme qui veille. Enfin, la femme Égyptienne est aussi éternellement jeune.

En ancienne Rome et ancienne Grèce[modifier | modifier le code]

Le canon de la beauté chez les anciens Grecs et Romains peut être ainsi représenté par les célèbres statues greco-romaines représentant des personnes authentiques réelles, et des autres représentant des personnages fictives. Ces dernières sont bien un idéal de beauté : les hommes sont représentés par des corps très secs, musclés et volumineux. Les épaules sont larges ainsi que le cou, leur buste est élancé et leurs jambes musclées, un corps bel et bien fini avec toute nudité comme prière de remerciement aux dieux pour ce divin chef-d'œuvre.

Les femmes, elles, sont en général représentées par un corps fin et ferme, avec des seins petit, ronds et menus, des cuisses volumineuses sur des petits genoux fermes, les bras et les doigts sont pulpeux tandis que le ventre est très plat et musclé.

Au Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Le Moyen Âge dure environ sept siècles, de la chute de l'Empire romain d'Occident à la Guerre de Cent Ans. Pendant les cinq premiers, on n'a pratiquement aucune trace de la façon dont les gens considéraient la beauté, ni de quel genre elle était. Au Moyen-Âge tardif, celui d'Abélard et Héloïse, des troubadours, des cours d'amour, des cathédrales gothiques, la beauté est moins sensuelle, le maquillage peu prisé.

La beauté est présentée sous les traits d'une dame grande, blonde, au long cou et aux doigts fins. Pourquoi les hommes préféraient-ils les grandes blondes alors que les Gaulois étaient plutôt petits, trapus, roux et/ou bruns. Les Français, par exemple, descendent, en effet, des Gaulois mêlés probablement avec les Romains. Et se sont mêlés ensuite avec la souche des Germains (Francs et Alamans), puis les Vikings qui étaient tous de la population Germano-Scandinave : très grands, d'une chevelure blonde ou rousse. Il existait donc parmi la population des personnes de grande taille, châtaines, rousses, brunes ou blondes. Ces dernières étaient appréciées car elles représentaient le soleil, le succès, la réussite, le pouvoir. On peint toujours le roi plus grand et plus rayonnant que tout autre homme sur une fresque. La grande femme blonde s'impose alors comme l'archétype de la beauté au Moyen Âge.

À la Renaissance[modifier | modifier le code]

La beauté est codifiée par des proportions mathématiques précises. On établit des proportions idéales pour le corps, comme pour le visage. Certains peintres ont d'ailleurs établi des portraits que l'on peut mesurer au millimètre près comme répondant aux critères de beauté à l'époque. Les artistes dénudent d'avantage les corps. À cette époque la beauté est charnelle et céleste. Prenons pour exemple les différentes représentations de Vénus. Les cheveux devaient être longs, tressés et entrelacés de perles et de pierres précieuses. C'est à cette époque que naquit le célèbre blond vénitien. Pour l'avoir, certaines femmes s'enduisaient les cheveux de safran et de citron et restaient des heures au soleil. Mais il fallait qu'elles se drapent le corps car le bronzage était proscrit. En effet, la blancheur était de mise, le teint diaphane était un canon de beauté. Elles se le blanchissaient avec de le céruse de plomb, très toxique. Les femmes avaient également pour habitude de se pincer les joues et de se mordre les lèvres car la rougeur était de mise. Les seins étaient fermes et la taille très fine, sans bourrelet. De plus, à cette époque on ne se lavait pas[réf. nécessaire], on camouflait les traces de crasse sous d'épaisses couches de fard, et on se frottait le corps de linge parfumé. La beauté était idéalisée car les femmes n'avaient aucune posture naturelle. Elles se tenaient comme des statues grecques et la beauté était de marbre. Cependant, dénudées, l'érotisme et le charnel primaient : les cuisses étaient dodues, les poitrines lourdes et l'embonpoint appétissant.

Le XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Le siècle des lumières confond beaucoup de repères. Bien que le teint de lait soit toujours de rigueur, les femmes sont plus naturelles tant physiquement que dans leurs expressions. Finis les corsets de bois, place aux structures en tissus qui rentrent le ventre mais qui laissent tout de même deviner les courbes naturelles de celles qui les portent. On se maquille moins, car le teint doit paraître le plus naturel possible. En effet, la femme n'est plus une beauté statique. Souvent, les illustrations de la reine Marie-Antoinette représentent le canon de la beauté de cette époque. Les perruques sont grises, car poudrées, le teint est de porcelaine et les lèvres sont roses. La femme est vivante, souriante. Elle aime profiter de la vie et de ses plaisirs : le théâtre, les repas abondants, les boudoirs avec d'autres dames. Plus tard, les robes Empire (resserrées en dessous de la poitrine) d'une simplicité envoûtante et la plupart du temps blanches ou pastelles, font leur apparition. Les corsets sont oubliés car ces robes ne resserraient plus la taille mais rehaussaient davantage la poitrine. Les perruques et les cheveux poudrés n'étaient plus à la mode. Au contraire, les femmes adoptaient des coupes savamment décoiffées souvent tenues par des bandeaux de tissu. Par ailleurs, on redécouvre la propreté et ses bienfaits.

Le XIXe siècle[modifier | modifier le code]

À cette époque, on jouait sur le ténébreux. Les brunes étaient à l'honneur et deux types de beauté primaient : la belle fragile et la bourgeoise. On enlevait tout maquillage et l'on montrait la femme telle qu'elle était réellement. Certaines, pour se rendre fragiles et naturelles, accentuaient leurs cernes grâce à de l'encre bleutée. Cette époque porte également à nu la vertu de la féminité accomplie : bien en chair, brune et au corps laiteux. Cette représentation de la femme incarne la beauté dans un aspect lisse et voluptueux. D'ailleurs, les robes étaient renforcées par des "faux-culs" et des corsets qui mettaient la poitrine bien en avant. La Castiglione était considérée comme l'une des plus belles femmes de cette époque.

Le XXe siècle[modifier | modifier le code]

1900 : Les belles dames élégantes[modifier | modifier le code]

En 1900, on se corsète encore. Cependant, on n'utilisait plus de « faux-cul » et la poitrine était de nouveau cachée. Les femmes portaient de longues robes délicatement plissées et des cols montants maintenus par des baleines en ferraille. Le tissu et le vêtement sont représentatifs de la beauté, elle se trouve renforcée par le fait que les femmes arborent des tissus raffinés. C'est pourquoi les robes étaient bien souvent garnies de dentelle, de perles, de boutonnières dorées ou encore de drapés splendides. On se coiffe tout en hauteur, car les épaules et le col maintenus bien droits par les baleines métalliques doivent se voir et témoigner d'une certaine élégance. À cette époque les femmes se tenaient très droites, à la manière des ballerines. La douceur et l'élégance priment, trop se maquiller est synonyme de vulgarité. Miss Sedley ou encore l'actrice anglaise Lillie Langtry peuvent être considérées comme des canons de l'époque.

1910 : La belle avant-garde, La « Garçonne »[modifier | modifier le code]

Les robes se simplifient, deviennent plus courtes, le tailleur est inventé, c'est un costume au féminin. Les femmes rattachent leurs cheveux sous des chapeaux, d'autres, les coupent. L'activité des femmes commence à évoluer et pendant la grande guerre, Femme ne rime plus forcément avec délicatesse. Les munitionnettes portent la combinaison de travail masculine dans les usines, c'est le début de l'émancipation.

1920 : Belle de jour et Charleston[modifier | modifier le code]

Qui dit années 1920, dit charleston : la Belle Époque. Robes à franges et coupes de cheveux courtes. Mais ce n'est que le début d'une véritable révolution. Les femmes veulent s'amuser et par conséquent, veulent des vêtements pratiques et sans contrainte. En effet, la femme des années 1920 bouge, danse, fume et conduit vite. La garçonne est ici très à la mode car les femmes puisent leurs idées dans la garde-robe masculine et la déclinent au féminin : chandail élégant, cravate trompe-l'œil, porte-cigarette. Il faut être chic et choc et ainsi cultiver cette ambivalence pour déstabiliser les hommes. Coco Chanel fait ses débuts, elle renie tous les codes classiques féminins, pas assez sobres, trop surchargés à son goût, elle porte le pantalon.

1930 : Les congés payés[modifier | modifier le code]

En 1936, les premiers congés payés voient le jour, et avec eux les premières vacances. Qui dit vacances, dit plage et qui dit plage, dit minceur. C'est le début du culte de la minceur ! On se "dénude" au bord de la mer et on se doit d'être belle. En plus d'être mince, on s'épile et on bronze. Le teint doré est des plus tendance... Aussi, à l'époque de Coco Chanel, on se doit d'être svelte, car pour être élégante, il faut être élancée. Aussi, les femmes deviennent sensuelles car l'esprit cabaret domine. Nous pouvons prendre pour égérie des années 1930, la célèbre Marlène Dietrich. Cette dernière était bien évidemment mince et grande, ses cheveux étaient lissés jusqu'à mi-visage mais crantés dans les longueurs avec des bouclettes sur le front. Le blond platine fait aussi son apparition à cette époque, car diaboliquement sexy. Le maquillage s'intensifie, les yeux et les lèvres se foncent. Mais à cette époque l'accessoire fait fureur : porte-cigarette, gant, chapeau... ou même le béret fémininement garçon comme le portait notre égérie.

1940 : le début du glamour[modifier | modifier le code]

En 1940, la mode de la femme-fatale est lancée. La longueur des cheveux revient mais de manière bien plus suggestive qu'au XIXe siècle. C'est la célèbre américaine Veronica Lake qui lança la mode de la somptueuse mèche qui passe devant l'un des yeux du visage pour se perdre dans une tignasse lissée sur le dessus et dévalant dans de grosses boucles dans la longueur. Cette coiffure mythique et ce look très glamour envahit la planète. Durant la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement américain demanda même à Veronica Lake, au nom de l'effort de guerre, de changer de coiffure afin que les dames travaillant dans les usines d'armement ne se coincent pas leurs longues chevelures dans les chaînes de fabrication. Afin de donner un côté très glamour à la mode, Christian Dior met au jour des vestes sans épaulettes, des jupes plus courtes et resserrées à la taille qui mettent toujours en avant la poitrine.

1950 : Deux égéries mythiques[modifier | modifier le code]

Dans les années 1950, après la guerre, deux égéries se disputent la première marche du podium. À l'époque, en Amérique, c'est le côté enfantin d'Audrey Hepburn qui plaît beaucoup aux femmes et aux hommes. Franges de petite fille, jolie frimousse, ovale du visage très fin, yeux de biche et corps androgyne très mince. Voilà ce qu'était véritablement le look des années 1950. Pourtant, de nos jours, nous avons plutôt tendance à voir les années 1950 à travers une femme : Marilyn Monroe. En effet, après le choc de la Seconde Guerre mondiale, les femmes sont devenues des ménagères et, malgré leur look à la Hepburn, veulent du glamour et de l'éclatant : c'est le retour de la beauté exubérante. En 1959, une femme aux mensurations dites parfaites déboule : Barbie. La mannequin Twiggy, dite "la brindille", fait fureur sur les podiums.

1960-1970 : La nature Hippie[modifier | modifier le code]

Les années 1960 deviennent la décennie de la revendication et tous les moyens sont bons pour faire sauter les carcans dans lesquels la femme est enfermée : on casse les codes ! Les femmes se coupent les cheveux, on se débraille. La femme idéale refuse de perdre du temps et de l'énergie à se faire belle. Ce look New Age, à la garçonne, la sublime de toute évidence. Nous pouvons citer comme exemple Jean Seberg, à la coupe courte, au petit nez pointu, aux lèvres subtilement enrobées d'un rouge foncé et au regard simplement souligné d'un large trait d'eye-liner. Cependant, dans le cœur des hommes, un idéal de femme aux courbes fatales et sexy s'endurcit, Brigitte Bardot signe la décennie de ses cheveux longs et de ses courbes avantageuses.

Dans les années 1970 on aime la nature. C'est la grande décennie du Hippie. Les femmes se maquillent très peu, la femme idéale de cette époque ne doit pas s'embarrasser l'esprit avec des futilités. Au contraire elle doit répandre derrière elle les notions d'amour et de paix symbolisées par les couleurs vives et les fleurs simples comme la marguerite. Les cheveux sont à nouveaux longs et plaqués. Pour symboliser davantage ce penchant pour la nature, on se met des bandeaux de coton dans les cheveux. Mais à la fin des années 1970, une nouvelle révolution est en marche : celle du disco et de la boucle. La permanente emporte un succès fou avec la comédie musicale "Hair" et la coupe afro. Farrah Fawcett est l'égérie des années 1970 au visage séraphin, à la ligne irréprochable et au look hyper tendance à cette époque.

Une règle de proportions en peinture[modifier | modifier le code]

Le peintre Sandro Botticelli avait défini pour sa peinture murale La naissance de Vénus que l'unité de longueur entre le téton et le nombril, entre les deux tétons, et entre le nombril et l'entrejambe devait être maintenue pour que le corps ainsi représenté soit, selon lui, idéalement proportionné[réf. nécessaire].

Note[modifier | modifier le code]

  1. Nathalie Bailleux et Bruno Remaury, Modes et vêtements, Éditions Gallimard (ISBN 2-07-053270-4)

Voir aussi[modifier | modifier le code]