Français de souche

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Icône de paronymie Cet article possède un paronyme ; voir : François Desouche.

Français de souche est une expression courante ou une catégorie statistique controversée désignant, dans son sens le plus communément admis, les personnes de nationalité française n'ayant pas d'ascendance étrangère immédiate et n'étant pas issues de l'immigration récente.

Il ne s'agit pas d'une catégorie juridique ou administrative, mais d'une catégorie résiduelle dans les études de démographie et les recensements : l'antonyme de l'expression « Français d'origine immigrée » ou « Français d'origine étrangère » (ou « d'origine portugaise », ou « européenne », ou « marocaine », etc.). Sa définition précise varie d'une étude à l'autre et ne fait l'objet d'aucune norme ou consensus scientifique.

Comme expression courante, cette expression peut également être rapprochée d'expressions au contenu multiple et aux sens connexes, comme « Français de cœur », « Français de branche »  (immigrés devenus récemment français), « Français par le sang versé » ou « Québécois de souche ».

L'expression se compose d'un gentilé « Français » ou d'un adjectif « français » et d'une locution nominale « de souche ». Outre la définition de ces termes, l'expression est également diversement appréciée et interprétée en fonctions des auteurs et des sciences sociales. En conséquence, cette expression a fait l'objet de diverses critiques et analyses.

Définition[modifier | modifier le code]

Sa définition, en particulier le nombre de générations qu'il faut prendre en compte pour définir cette classe statistique, est variable suivant les études et les auteurs. Elle peut désigner des personnes nées en France dont les parents sont également nés en France[1], ou des personnes de nationalité française dont les ascendants — cette définition pouvant, selon les interprétations, concerner uniquement les ascendants immédiats[2],[3], ou au contraire s'étendre à plusieurs générations[4],[5], — sont également français, ou des personnes dont la famille possède depuis longtemps la nationalité française. L'expression peut aussi être utilisée en tant que synonyme des mots autochtone et indigène. Le terme est également utilisé pour définir les Français n'ayant pas d'ascendance étrangère récente, par rapport aux personnes d'origine étrangère, issues de l'immigration ou ayant acquis récemment la nationalité française[6],[7],[8],[9],[10]. La définition de l'expression est variable, et son usage est controversé[11],[12]. Son utilisation dans des études scientifiques et des discours politiques a fait l'objet de diverses polémiques. La notion de « Français de souche » n'existe pas dans le droit français, qui prend en compte les concepts de citoyenneté, de nationalité française, de droit du sol et de droit du sang.

Historique[modifier | modifier le code]

Le terme est utilisé pour la première fois au début du XIXe siècle[12] puis en Algérie française pour désigner les colons français installés en Algérie depuis plusieurs générations et demeurés attachés à leurs racines[13]. À partir de 1958, l'administration française distingue officiellement en Algérie française, les « Français de souche européenne (FSE) » et les « Français de souche nord-africaine (FSNA) ». Dans le contexte de la guerre d'Algérie, le terme est également utilisé par Charles de Gaulle pour désigner la population européenne de l'Algérie et la distinguer des « Musulmans »[14]. Par la suite, d’après Jean-Luc Richard, maître de conférences en sociologie et démographie, il est réutilisé en 1979 dans Le National, journal politique du Front national, terme selon lui « associé à la première expression politique de l’idée fausse de la mesurabilité d’un coût de l’immigration en France »[15].

En 1947, déjà, un certain A. Juret, dans un article de la revue Population, après avoir constaté que l'équipe de France de football ne comptait que « cinq vrais Français », déplorait « les effets négatifs de tant de noms "barbares" pour l’image de marque du pays, [et] envisageait diverses solutions pour les rendre plus agréables à l’oreille du Français de souche »[16].

Un rapport de l'INED en 1991 emploie l'expression « Français de souche »[12]. L'une des auteurs de ce document, la démographe Michèle Tribalat, la définit pour sa part comme désignant une personne née en France, de deux parents eux-mêmes nés en France[2],[3]. Un autre rédacteur de ce rapport, l'historien Jacques Dupâquier, estime pour sa part que cette expression est une « notion importante mais difficile à saisir »[17],[12].

Critique du concept[modifier | modifier le code]

La pertinence du terme et de son utilisation dans les études démographiques a été l'occasion de vives polémiques entre experts de l'INSEE et de l'INED[18].

Hervé Le Bras, l'un des principaux critiques de l'expression parmi les experts démographes, précise que c'est seulement depuis 1833 que les recensements en France sont possibles grâce à Alexandre Moreau de Jonnès, qui a alors effectué un recensement et un classement des Français selon les « races françaises », réduisant le concept de racine unique de la population française à une notion statistique inopérante[19]. Dans son texte Les Français de souche existent-ils ?[12], Hervé Le Bras souligne que « la politisation de la question de l'immigration a conduit le Front National à utiliser le terme pour opposer des Français de référence aux Français d'origine étrangère ». Même si en 1991 l’Institut national d'études démographiques (INED) réutilise le terme en lui donnant une définition « a contrario comme résidu subsistant après qu’on ait distingué quatre générations successives d’origine étrangère », l'usage politique de ce terme resterait pour Hervé Le Bras « mal défini ». Selon lui, le choix effectuée par cette étude « suppose en effet que les descendants d'étrangers installés en France depuis 1900 sont encore perçus dans leur étrangeté au même titre que des migrants arrivés en 1985 et donc qu'aucune durée ne résorbera la différence de nationalité initiale ». Selon Hervé Le Bras, la méthode de calcul utilisée par l'OCDE suffirait à calculer l'apport démographique « quelle que soit la nationalité » (calcul sur la mortalité et la fécondité d'une structure d'âge prise en 1901, « date d'un recensement »). Selon Hervé Le Bras, le travail sur les générations est un élément central des théories racistes (p. 91). Pour lui, l'outil démographique et le racisme jouent le même rôle au service du nationalisme, mais la démographie est un outil « plus propre et moins disqualifié que le racisme » (p. 92). L'opinion de Le Bras étant que les Français « descendent tous d'immigrants à un certain horizon temporel », l'étude de l'INED, en mettant une barrière à l'année 1900, empêche de remonter plus loin, et permet donc d'utiliser le terme de Français « de souche ». Cet usage n'aurait pour Hervé Le Bras « aucun sens même si l'on tient compte des généalogies de chaque individu puisqu'elles feraient réapparaître la multiplicité des origines de chacun une fois considérées simultanément les ascendances maternelles et paternelles »[12]. Par ailleurs, lorsque l'on définit un « Français de souche » comme une personne née en France de parents eux-mêmes nés en France, cela implique que des personnages français de premier plan comme Philippe Séguin ou encore Édouard Balladur sont exclus de cette classification car « de nombreux Français sont nés à l'étranger du fait de l'empire colonial. Un comptage dans le Who is who 1997-98 donne par exemple 7 % de naissances à l'étranger »[20].

Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur, écrit en 2006 : « Cette France [qu'il faut construire] est un pays réconcilié. (...) C'est une France où l’expression "Français de souche" a disparu. Où la diversité est comprise comme une richesse. Où chacun accepte l'autre dans son identité et le respecte. Où la surenchère des mémoires s'incline devant l'égalité devenue enfin réalité »[21].

Justice[modifier | modifier le code]

Dans le cadre du jugement de Houria Bouteldja poursuivie pour injure raciale pour avoir appelé « souchien » les français de souche dans une émission de télévision, le tribunal correctionnel de Toulouse ordonne sa relaxe, déclarant que l'expression français de souche créée « dans les discours officiels roboratifs à l’attention des Français installés à l’étranger, colons ou expatriés, et plus particulièrement à ceux d’Algérie », a pris « son essor dans les années 1980 sur un mode néo-raciste avec la politisation de la question de l’immigration et des enfants de l’immigration que cet artifice de langage tend à matérialiser en race définie en creux, avec en toile de fond cette idée de la disparition de la grande race ou de la revendication d’un type supérieur d’humanité ». Le tribunal ajoute que « Les recherches de la génétique nous ont appris par ailleurs que nous sommes tous métissés bien qu’uniques, et que la diversité est une règle de la nature ». Le tribunal rapporte également les propos de Nicolas Sarkozy de 2006 et considère que les personnes prétendument visées n'étant pas identifiables, la plainte doit être déboutée. La partie civile, une association dénonçant fréquemment le « racisme anti-français » et le parquet ont fait appel[22].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hervé Le Bras, « Les Français de souche existent-ils ? », Quaderni, no 36,‎ 1998, p. 83-96 (lire en ligne).
  • Hervé Le Bras, Le démon des origines, démographie et extrême droite, Editions de l'Aube,‎ 1998, 260 p. (ISBN 0-313-29421-6)
  • Michèle Tribalat (dir.), De l'immigration à l'assimilation: enquête sur les populations d'origine étrangère en France, INED, coll. « Recherches »,‎ 1996, 302 p. (ISBN 9782707125439)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tribalat 1996, p. 271.
  2. a et b Éric Taïeb, Immigrés : l'effet générations. Rejet, assimilation, intégration d'hier à aujourd'hui, L'Atelier, 1998, page 293
  3. a et b Manuel Boucher, Les théories de l'intégration : entre universalisme et différentialisme, L'Harmattan, 2000, page 98
  4. Gilles Martinet, Le réveil des nationalismes français, Seuil, 1994, page 85
  5. Bruno Laffort, Les couples mixtes chez les enfants de l'immigration algérienne, L'Harmattan, 2003, page 15
  6. Baba Diawara, Portraits de douze noirs de France : Ni éboueurs, ni sportifs, ni vigiles, ni musiciens..., L'Harmattan, 2009, page 41
  7. Dahmane ou le communautarisme en version Sarkozy, Marianne, 15 février 2011
  8. Nicolas Sarkozy met la déchéance de nationalité au cœur de sa politique sécuritaire, 30 juillet 2010
  9. Le "New York Times" critique vivement la politique sécuritaire de Sarkozy, Le Monde, 6 août 2010
  10. Politique SÉCURITÉ - Badinter rappelle à Sarkozy que "tous les Français sont égaux devant la loi", Le Point, 2 août 2010
  11. Claude Allègre et Denis Jeambar, « Il n’y a pas de Français de souche (Tribune) », dans Le Figaro, 30 janvier 2010 (en ligne).
  12. a, b, c, d, e et f Hervé Le Bras, « Les Français de souche existent-ils ? », in Quaderni, n° 36 (L’immigration en débat - France/Europe), automne 1998, pp. 83-96, Persée (archives ouvertes) doi : 10.3406/quad.1998.1365.
  13. Jean-Jacques Deldyck, Le processus d'acculturation des Juifs d'Algérie, L'Harmattan, 2000, page 35-36
  14. René Rémond, 1958, le retour de De Gaulle, Complexe, 1999, page 175
  15. Analyse du terme par Jean-Luc Richard, ined, mars 1999.
  16. A. Juret, « La francisation des noms de personnes », Population, 1947. Cité par Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, « L’immigration dans le football », Vingtième Siècle. Revue d’Histoire, numéro spécial : « Le football, sport du siècle », avril-juin 1990, p. 93.
  17. Jacques Dupâquier, "Naissance d’un peuple : l’histoire démographique de la France", in : Renaissance catholique, Qui a peur du baptême de Clovis ? Actes de l’université d’été 1996, Issy-les-Moulineaux : Renaissance catholique, 1997, pp. 105-134, repris sous le titre “La démographie française : vérités et mensonges”, National Hebdo, n° 685, 4-10 septembre 1997, pp. 11-13.
  18. Jacques Boucher, Joseph Yvon Thériault, Anne Gilbert, Svetla Koleva, Petites sociétés et minorités nationales : Enjeux politiques et perspectives comparées, Presses de l'Université du Québec, 2005, page 199
  19. Hervé Le Bras, Le retour de l'ethnie française.
  20. Hervé Le Bras, Le démon des origines, démographie et extrême droite, Editions de l'Aube, 1998,pp.209-210.
  21. Nicolas Sarkozy, Témoignages, XO, 2006, page 280
  22. Les Indigènes relaxés, il n'existe pas de "Souchiens", Backcich, 2/2/2012