Altérité

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L'altérité est un concept philosophique forgé par le philosophe français Emmanuel Levinas, qui aspirait à une manière nouvelle de penser, plus ouverte, plus créatrice pour échapper aux modèles du XXème siècle

Sa philosophie est une recherche sur la relation avec autrui. altérité signifie « le caractère de ce qui est autre »[1],[2] ou la reconnaissance de l’autre dans sa différence, aussi bien culturelle que religieuse [3].

Compréhension[modifier | modifier le code]

L’altérité est un témoignage de compréhension de la particularité de chacun, hors normalisation, individuellement ou en groupe.

La philosophie d'Emmanuel Lévinas est une recherche sur la relation avec autrui.

Il décrit la solitude comme désespoir ou isolement dans l'angoisse.

Pour sortir de cette solitude, l'homme peut emprunter les chemins, soit de la connaissance, soit de la socialité.

Cependant, la connaissance ne permet pas vraiment de sortir de soi car elle ne nous met pas en communion avec le véritable autre. Elle ne peut pas remplacer la socialité;

Au contraire, la socialité permet une sortie de la solitude qui est une dépossession de soi ou une déprise. Et dans cette sortie de soi, chacun peut mettre en place 2 types de relation :

  • des relations sans confusion ou relations d'altérité : relation avec l'autre sexe, relation de paternité ou maternité
  • Des relations avec confusion, fusion entre les êtres, fausse idée romantique de la relation.

Dans Ethique et Infini, Lévinas décrit la véritable relation. C'est une relation qui ne neutralise pas l'altérité, mais qui la conserve. L'autre en tant qu'autre n'est pas un objet  qui devient nôtre ou qui devient nous. L'autre, au contraire, se retire dans son mystère.

Il décrit avec finesse ce qui se passe dans une relation d'altérité.

Autrui est visage. Il s'agit d'accueillir le visage de l'autre. Quand je le regarde face à face, il  y a une véritable rencontre. Le visage ne doit pas être seulement vu, perçu. Il doit être accueilli comme sens, comme mystère de la personne dans sa pauvreté radicale, dans son dénuement, dans son mystère.

Autrui est visage, mais il est aussi discours et parole. Et la relation authentique avec lui est contenue dans l'accueil de son visage mais aussi de son discours.

Et encore plus dans l'accueil de sa responsabilité. Devant le visage de l'autre, je ne reste pas seulement là, à le contempler. Mais je suis appelé à lui répondre. Dans une relation d'altérité, il y a engagement réciproque, responsabilité l'un de l'autre.

La première parole du visage, c'est le "tu ne tueras point". C'est un ordre, un commandement, le commandement qui appelle l'amour et le respect de la vie, un appel à la responsabilité. Je suis responsable de l'autre car l'autre est un "pauvre", dans le sens de vulnérabilité. Et comme frère en humanité, je peux tout et je dois tout à cet autre.

Et comment, après avoir découvert autrui dans son visage, découvre-t-on  qu'on est responsable de lui.

Je ne suis pas seulement responsable de lui. Je suis responsable pour lui. Je suis responsable de sa responsabilité même. Il existe donc une nouvelle proximité avec autrui. Je ne suis pas proche de lui parce que je le connais bien mais parce qu'en tant que je suis, je suis responsable de lui. Et quel que soit ce que je peux faire de concret pour autrui, ma responsabilité envers lui, c'est de dire "me voici", de me rendre disponible, de me mettre à son service.

Voilà, pour Lévinas, ce qui définit l'humain.

Dans le contexte du coaching[modifier | modifier le code]

En coaching, choisir de se nommer "altérité", c'est désirer rencontrer l'autre - personnes ou organisations - en reconnaissant profondément leur unicité, leur identitté et leurs valeurs propres.

Avant d'être une position éthique, l'altérité est une vison de l'homme, celle qui, à la fois regarde chaque personne comme autre, non réductible à ce que je veux pour elle - et qui accepte qu'elle soit essentiellement "être de relation", appelée à vivre en complémentarité avec les autres.

Adopter une position d'altérité, c'est permettre à la personne d'accéder au sens de son existence et de ses actes. C'est amener l'autre à établir de vraies relations humaines. C'est l'aider à grandir et à s'engager. C'est libérer sa parole, lui donner un accès à la confiance qui lui permettra l'émergence de son véritable visage.

Dans le contexte de la médiation professionnelle[modifier | modifier le code]

L'altérité est une attitude développée en médiation professionnelle, impliquant la réciprocité. Elle est également développée dans les contextes d'interculturalité.

Selon Jean-Louis Lascoux, la médiation professionnelle se réfère à l'altérité et pose cette distinction fondamentale[4] :

  • avec la tolérance, ma liberté s'arrête là où commence celle des autres - justifiant le regard qui se détourne au nom de l'idée que je ne dois pas me mêler des affaires des autres ;
  • avec l'altérité, ma liberté s'étend au travers de celle des autres - impliquant l'attention aux autres, le respect fondamental et l'ingérence dans les situations identifiées comme portant atteinte aux droits fondamentaux des humains d'être eux-mêmes et chacun différent.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Robert
  2. Le mot provient du bas-latin alteritas, qui signifie différence ; l'antonyme de altérité est identité (source : Altérité dans la base du Centre national de ressources textuelles et lexicales).
  3. Philippe Grollet : Laïcité : utopie et nécessité, coédition des Éditions Labor & Espace de Libertés, 2005
  4. Jean-Louis Lascoux, Et tu deviendras médiateur et peut-être philosophe, édition Médiateur, 2008

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Badinter Elisabeth (1986), L’Un et l’autre, Paris, Odile Jacob,
  • Emmanuel Lévinas (2006), Altérité et transcendance, LGF, (ISBN 2253130842) (ou Saint-Clément, Fata Morgana, 1995 )
  • Gilles Ferréol, Guy Jucquois (2003), Dictionnaire de l'altérité et des relations interculturelles, Collectif, Armand Colin, (ISBN 2200263430)
  • Jean-Paul Jacquet (2005), Altérité et Performance Amalthée, (ISBN 2350272419)
  • Margarita Sanchez-Mazas et Laurent Licata (2005), L'Autre : Regards psychosociaux Saint-Martin d'Hères : Presses Universitaires de Grenoble.ulb.ac.be

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