Fronde (histoire)

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La Fronde (16481653), parfois appelée guerre des Lorrains[Note 1],[1], est une période de troubles graves qui frappent le royaume de France pendant la minorité de Louis XIV (1643-1661), alors en pleine guerre avec l’Espagne (1635-1659). Cette période de révoltes marque une brutale réaction face à la montée de l’autorité monarchique en France commencée sous Henri IV et Louis XIII, renforcée par la fermeté de Richelieu et qui connaîtra son apogée sous le règne de Louis XIV. Après la mort de Richelieu en 1642, puis celle de Louis XIII en 1643, le pouvoir royal est affaibli par l'organisation d'une période de régence, par une situation financière et fiscale difficile due aux prélèvements nécessaires pour alimenter la guerre de Trente Ans, par l'esprit de revanche des grands du royaume subjugués sous la poigne de Richelieu. Cette situation provoque une conjonction de multiples oppositions aussi bien parlementaires qu’aristocratiques et populaires.

Il est très difficile de délimiter avec précision les bornes chronologiques de la Fronde. Les historiens ont des avis divergents sur la question. Il est courant toutefois de proposer comme point de départ la date du 15 juin 1648 qui est marquée par la déclaration des 27 articles. Cette déclaration faite au Parlement de Paris énonce la limitation des pouvoirs du souverain. La soumission de la ville de Bordeaux, le 3 août 1653, est l'événement qui clôt les troubles de la Fronde.

La chronologie est complexe en raison d'événements multiples et de renversements des alliances. Toutefois, l'historiographie a pris l'habitude de distinguer plusieurs phases : la première correspond à l’opposition des cours souveraines (fronde parlementaire, 1648-1649) ; la seconde à l’opposition des Grands (fronde des princes, 1651-1653). À ce titre, elle peut être considérée comme la dernière grande révolte nobiliaire du XVIIe siècle.

Louis-Dieudonné et sa mère Anne d'Autriche, vers 1639.
La Fronde se déroule pendant la minorité de Louis XIV. Le pouvoir est assuré par la régence de la reine-mère qui s'appuie sur son principal ministre, le cardinal Mazarin.

Contexte international et national[modifier | modifier le code]

À la mort de Richelieu (1642), puis de Louis XIII (1643), la France est en guerre depuis 1635 avec l'Espagne. Il s'agit d'une politique traditionnelle d'affaiblissement de la Maison des Habsbourg dont les possessions limitrophes encerclent le royaume de France. La guerre de trente ans prendra fin après quatre ans de négociations à la veille de la Fronde au traité de Westphalie (1648), alors que la guerre franco-espagnole se poursuivra théoriquement jusqu'au traité des Pyrénées (1660).

Ce premier demi-siècle signe l'abaissement des Habsbourg en butte avec les révoltes hollandaise, catalane, napolitaine, portugaise, alors que Richelieu et Louis XIII après les longues guerres de religion amorcent en France le renforcement d'un État qui s'appuie sur la centralisation et l'absolutisme.

De l'autre côté de la Manche, c'est une évolution inverse à laquelle on assiste où l'absolutisme de Charles Ier se heurte à la révolte du Parlement. Ces évènements seront présents à l'esprit des acteurs de la Fronde[Note 2] d'autant que la reine Henriette a dû se réfugier en France dès 1644. Ils peuvent expliquer certaines attitudes notamment la résistance opiniâtre d'Anne d'Autriche.

Sur le plan national, le Parlement et la Noblesse, subjugués au cours du règne précédent aspirent à jouer un rôle plus important, d'autant que le premier semble encouragé par la régente obligée de passer par lui pour casser le testament de Louis XIII afin d'obtenir la pleine régence. Peu expérimentée dans les affaires politiques, Anne d'Autriche va s'appuyer sur Mazarin dont la nomination va susciter quelques jalousies parmi les princes. Après la « période de grâce », les mécontents tenteront d'exploiter à leur profit la position toujours plus délicate d'un gouvernement de régence.

La France est le pays le plus peuplé d'Europe : 19 millions d'habitants en 1640 dans les limites de l'époque[2]. Elle atteint un seuil critique en raison du faible rendement de la production agricole entraînant régulièrement des années de disette. Cumulées avec la pression fiscale qui a triplé sous le ministériat de Richelieu, elles sont à l'origine des fréquentes révoltes populaires ou émotions. Mazarin et Particelli, le surintendant des finances, sont confrontés à un déficit en augmentation du fait de la guerre extérieure.

Les facteurs explicatifs des troubles[modifier | modifier le code]

Il est possible de distinguer trois facteurs d'explication : au niveau fiscal (une pression croissante de la fiscalité royale), au niveau social (une remise en cause des privilèges des parlementaires parisiens) et au niveau politique (le pouvoir royal entend gouverner seul dans le cadre d'une monarchie absolue, qui amènerait un renforcement monarchique).

Portrait d'Omer Talon, huile sur toile, 1649, National Gallery of Art, Washington

Une ponction fiscale de plus en plus forte[modifier | modifier le code]

La Fronde naquit tout d'abord d'un mécontentement général. Celui-ci prenait sa source dans la crise économique et l'augmentation de la pression fiscale en vue de faire face aux dépenses de la guerre de Trente Ans. Les dépenses de l'État ont quintuplé entre 1600 et 1650, alors qu'elles avaient déjà doublé entre 1515 et 1600[3]. L'espoir d'un allègement des impôts, que la régente Anne d'Autriche avait fait naître après la mort de Louis XIII, se trouve vite déçu. En effet, le cardinal Mazarin demande au surintendant des finances Particelli d'Émery, d'élargir l'assiette de nombreux impôts. Ce dernier a cherché par tous les moyens à augmenter les recettes notamment par l'édit du Toisé (1644), la taxe des Aisés et l'édit du tarif (1646). L’objectif était d’étendre l’assiette fiscale parisienne afin de compenser le manque à gagner de la taille car les villes en étaient alors exemptées. L'opposition du Parlement obligea le ministre à revenir sur ces réformes ou à en réduire les effets.

En janvier 1648, sept nouveaux édits fiscaux sont soumis à enregistrement auprès du Parlement de Paris (lit de justice du 15 janvier 1648). En dépit de protestations, notamment de l’avocat général Omer Talon, le Parlement doit s’effacer. Toutefois, il est farouchement hostile à ces mesures qui touchent la plupart de ses membres qui, jusque-là, ne payaient pas ou peu d’impôts. En ce sens, la Fronde est un soulèvement des gens de biens, ne souhaitant pas payer d’impôts ou d’augmentation d’impôts. Les Parisiens suivent et soutiennent les parlementaires. Le mécontentement se généralise.

Une atteinte aux privilèges des officiers de robe[modifier | modifier le code]

Outre l’aspect fiscal, la monarchie touche également aux privilèges de ces parlementaires. En effet, toujours dans un souci de trouver des fonds, elle multiplie la création des offices. Or, les gens du Parlement en ont pour la plupart acheté et sont opposés à de nouvelles créations car l’augmentation de l’offre fait baisser le cours du prix de l’office[4].

De plus, la monarchie rogne sur les revenus des officiers. Un office produit en effet des revenus (que l’on appelle des gages), et le pouvoir royal supprime pour quatre années tous les gages des officiers parlementaires (avril 1648). Par conséquent, tous les officiers de robe de toutes les cours souveraines (Parlements, Chambre des comptes, Cour des aides et Cour des monnaies) sont solidaires pour défendre leurs privilèges.

Portrait de Jean-François Paul de Gondi, coadjuteur de Paris, puis cardinal de Retz, 1651

Une volonté d'abaisser l'influence politique des ordres du royaume[modifier | modifier le code]

Portrait du cardinal Mazarin, huile sur toile, v. 1658–1660, Musée Condé, Chantilly

Le développement de la monarchie absolue signifie concrètement que la direction du pouvoir est entre les mains du roi seul, sans l’assistance de corps constitués tels que les États généraux. Au cours du XVIIe siècle, le roi s’est peu à peu passé de telles assemblées. Au contraire, le pouvoir monarchique s’est confiné dans une construction bicéphale où le roi place sa confiance en une seule personne (Richelieu pour Louis XIII et Mazarin pour la régente Anne d’Autriche).

Lors de la minorité de Louis XIV, la noblesse mais aussi les élites de robe n’acceptent pas l’idée que le pouvoir réside entre les mains du cardinal Mazarin, jugé trop puissant. Dès la première année de régence, le cardinal doit faire face à une Cabale des Importants et fait emprisonner le duc de Beaufort. Le peuple parisien exprime son aversion à l'égard du cardinal dans des mazarinades. L’opposition se déplace ainsi sur le terrain politique. Le Parlement ambitionne de participer au gouvernement du royaume alors qu'il n'est à l'origine qu'une institution judiciaire. Certains princes du sang font également valoir leurs prétentions quant à la direction des affaires.

En effet, face au gouvernement, se dressait d'abord rien moins que la famille royale. Gaston de France (le Grand Monsieur), oncle du roi et éternel comploteur, ne cachait pas son opposition à Mazarin, non plus que sa fille, Anne-Marie-Louise d'Orléans, la Grande Mademoiselle. Le Grand Condé et sa sœur, la duchesse de Longueville, espéraient entrer au conseil de régence. Outre ces aspirations politiques, il en est d'autres plus personnelles. Jean-François Paul de Gondi, futur cardinal de Retz, coadjuteur de Paris, était ambitieux. Il voulait lui aussi jouer un rôle politique de premier plan.

La Fronde parlementaire (1648-1649)[modifier | modifier le code]

La Chambre Saint-Louis et la montée de l'opposition parlementaire (janvier-décembre 1648)[modifier | modifier le code]

Portrait de Pierre Broussel, conseiller au Parlement de Paris, 1649

Pour forcer le Parlement à enregistrer les sept édits fiscaux, Anne d'Autriche tient un lit de justice, en présence du roi, le 15 janvier 1648. Les parlementaires réagissent dans un premier temps par le discours très dur d'Omer Talon, puis ils se ravisent : ils examinent les édits et n'ont de cesse d'adresser des remontrances[Note 3].

En avril 1648, la tension se fait encore plus forte à cause du droit annuel ou paulette. Mazarin espère dissocier les cours souveraines en exemptant seul le Parlement d'un rachat de quatre années de gages pour obtenir le droit de renouvellement de leur office. C'est un échec pour le cardinal car la Robe parisienne fait bloc : la protestation générale se traduit par l'arrêt d'Union (13 mai 1648) qui propose aux quatre cours souveraines de délibérer en commun (Parlement, Chambre des comptes, Cour des Aides, Grand Conseil). C'est un défi institutionnel[5], auquel la régente tente d'abord de s'opposer. L'arrêt d'union est d'ailleurs cassé par le conseil d'État le 7 juin. Le 15 juin le Parlement passe outre et appelle les autres cours à le rejoindre le lendemain à la chambre Saint-Louis du Palais de justice[Note 4]. Le 27 juin, Mathieu Molé, le premier président du parlement de Paris prononce un discours à la reine que le cardinal de Retz résume dans ses Mémoires :

« Le premier président parla avec la plus grande force. Il exagéra la nécessité de ne point ébranler ce milieu entre les peuples et les rois. Il justifia, par des exemples illustres et fameux, la possession où les compagnies avaient été, depuis si longtemps, de s'unir et de s'assembler. Il se plaignit hautement de la cassation de l'arrêt d'union, et conclut, par une instance très ferme et très vigoureuse, à ce que les arrêts du conseil fussent supprimés[6]. »

Mazarin conseille de négocier et Anne d'Autriche capitule le 30 juin en autorisant les chambres à siéger ensemble. Les magistrats rédigent alors des projets de réformes dans une charte contenant 27 articles. Ces derniers prévoient la suppression des traitants, la réduction des tailles, la répartition et la levée des impôts par les seuls officiers, le rappel des Intendants, l'absence de création de nouveaux offices, le renoncement aux réductions de rentes et de gages, un habeas corpus pour les seuls officiers (garanties individuelles). Par la déclaration royale du 31 juillet, la chambre de Saint-Louis obtient gain de cause sur presque tous les points (sauf sur l'abolition des lettres de cachet). Particelli d'Émery est renvoyé. Le nouveau surintendant des finances est le duc de La Meilleraye. Entre temps, l'État se déclarait en banqueroute, annulant tous les prêts, traîtés et avances consentis pour l'année et les suivantes[7].

Au mois d'août, le contexte change. La victoire de Condé, le 20 août sur les Espagnols à Lens, pousse Mazarin à réagir. Le Conseil d'en haut est alors composé de la reine, du cardinal, du duc d'Orléans, du chancelier Séguier, de La Meilleraye et du comte de Chavigny. Il se réunit le 25 août et décide de profiter de la liesse parisienne (un Te Deum est donné le lendemain à Notre-Dame en l'honneur de la victoire de Condé) pour faire arrêter trois parlementaires, principaux chefs de la Fronde, Henri Charton, René Potier de Blancmesnil et Broussel. Ce dernier, opposant farouche aux mesures fiscales, étant très populaire au sein de la capitale, Paris s'enrage et monte 1 260 barricades (26-28 août) autour du Palais-Royal[8],[Note 5], à l'instigation des milices bourgeoises dont les chefs, parlementaires, semblent avoir été débordés[9]. Le chancelier Séguier est poursuivi par la foule qui met le feu à l'hôtel de Luynes où il s'était réfugié. Il ne doit la vie qu'à l'intervention de La Meilleraye. Mazarin est contraint de libérer Blancmesnil, puis Broussel qui effectue un retour triomphal le 28 août (Charton, lui, avait réussi à éviter l'arrestation).

Le 13 septembre, la Cour s'installe quelque temps à Rueil chez la duchesse d'Aiguillon. C'est là que le vainqueur de Rocroi et de Lens se met à la disposition d'Anne d'Autriche: « Je ne saurais souffrir l'insolence de ces bourgeois qui veulent gouverner l'État ; je m'appelle Louis de Bourbon… »[10]. Le comte de Chavigny, suspect de passivité au moment des troubles d'août, et responsable de l'évasion en juin du duc de Beaufort en tant que gouverneur du château de Vincennes, est arrêté. L'ancien garde des sceaux, Châteauneuf, est exilé.

Par l'intermédiaire de Condé et celui de Gaston d'Orléans, la Cour et le Parlement tentent de trouver une issue à la crise lors de conférences tenues à Saint-Germain (25 septembre-4 octobre 1648) où la Cour s'est repliée. Anne d'Autriche et Mazarin se résignent temporairement à accepter les exigences parlementaires: le 22 octobre, la monarchie accepte les articles de la Chambre Saint-Louis, ramenés à une quinzaine, par une déclaration royale confirmant celle de juillet.

Le même jour, une paix est signée avec l'Empereur Ferdinand III (1608-1657) mais passe complètement inaperçue (Traités de Westphalie) ; la France sort de la guerre de Trente Ans mais reste en conflit avec l'Espagne. Pendant l'automne, le Parlement ne cesse d'adresser des protestations contre les infractions faites à la déclaration royale. Mazarin projette de s'éloigner de Paris et de réduire la capitale par la famine.

La guerre et le blocus de Paris (janvier-mars 1649)[modifier | modifier le code]

Armand de Bourbon (1629-1666), prince de Conti, médaillon, v. 1650:
Fils d'Henri II de Bourbon et frère du prince de Condé, le prince de Conti est l'un des chefs de la Fronde. Il commande l'armée parisienne contre les troupes royales.

D'un côté comme de l'autre, les forces s'organisent pendant que la Cour quitte brusquement Paris dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649 pour gagner le château de Saint-Germain. Mazarin fait appel aux 4 000 mercenaires allemands de l'armée de Condé qui, au demeurant, reçoit le commandement des troupes royales afin de conduire le siège de Paris. Il dispose au total de 8 à 10 000 hommes[11].

Du côté parisien, la résistance s'organise. Le cardinal est condamné au bannissement par un arrêt du Parlement (8 janvier). Le Parlement confie le commandement des troupes au prince de Conti, frère de Condé, qui est désigné comme le généralissime de la Fronde (11 janvier). Les autres chefs sont les ducs de Bouillon qui n'admet pas le rattachement de sa principauté de Sedan au royaume, de Beaufort (qui y gagne le surnom de Roi des Halles), de Noirmoutier et d'Elbeuf ainsi que le maréchal de La Mothe et le prince de Marcillac. Le duc de Longueville se rend en Normandie soulever la province, tandis que sa femme, la duchesse de Longueville (sœur de Condé et Conti) et surtout le coadjuteur de Paris, Jean-François Paul de Gondi (futur cardinal de Retz) vont jouer également un rôle prépondérant dans la révolte. Gondi est aussi proche du parti dévot opposé à la lutte jugée fratricide des deux royautés catholiques, la France et l'Espagne. Il se montre dans les rues de Paris, à cheval, en habits gris, des pistolets à l'arçon de sa selle. Le peuple chante des louanges à son égard en faisant référence au combat entre David (Gondi) et Goliath (le couple Anne d'Autriche et Mazarin):

« Monsieur notre coadjuteur
Vend sa crosse pour une fronde
Il est vaillant et bon pasteur,
Monsieur notre coadjuteur

Sachant qu'autrefois un frondeur
Devint le plus grand roi du monde,
Monsieur notre coadjuteur
Vend sa crosse pour une fronde »[12]

Mathieu Molé, sculpture de Charles-François Leboeuf (alias Pierre Nanteuil), avant 1853, Louvre, Paris

Quant à la duchesse de Longueville, elle n'hésite pas à s'installer à l'Hôtel de Ville pour y accoucher d'un fils de son amant, La Rochefoucauld, qu'elle prénomme Charles-Paris[13]. C'est à cette époque que les pamphlétaires se déchaînent contre Mazarin.

Si des troubles éclatent en province à Rouen, Bordeaux et Aix-en-Provence, si le Parlement de Paris a réussi à neutraliser la municipalité et le Prévôt des marchands, le siège de la ville est cependant efficace. Les greniers à blé autour de Paris n'alimentent plus la ville et le prix du pain quadruple en deux mois[14]. Le combat de Charenton remporté par l'armée royale le 8 février 1649 sur quelques groupes de frondeurs empêche toute délivrance. Les soldats du roi ravagent le sud de Paris. La Rochefoucauld est blessé à la gorge par un coup de feu lors d'un engagement à Brie-Comte-Robert. Quant au duc de Longueville, ses maigres levées de troupe sont facilement contrées par les armées royales du comte d'Harcourt que la régente vient de nommer gouverneur de la Normandie à la place du duc. L'hiver est rude et la capitale est inondée par une crue de la Seine[15]. Toutefois, les frondeurs reçoivent le soutien de Turenne. Ce dernier tente d'ailleurs d'attacher à son service huit régiments de l'armée d'Allemagne commandés par le général d'Erlach. Mazarin riposte grâce au banquier Barthélemy Hervart : il réussit à maintenir cette armée dans son devoir (et à ses frais) en fournissant 1,5 million de livres tournois. Sans moyens, Turenne décide alors de s'exiler. Le 7 mars 1649, il est déclaré coupable de crime de lèse-majesté.

Dans ces conditions (les alentours de Paris ravagés, Turenne neutralisé), les frondeurs parlementaires se divisent en légalistes (le premier président du Parlement Mathieu Molé et le président Henri de Mesmes) et en ultras (le président Viole et le président Charton). Les premiers supplient Anne d'Autriche de négocier. Certaines personnalités plus ou moins neutres (Vincent de Paul, le duc d'Angoulème) s'entremettent. Fin février, les magistrats s'émeuvent des accointances de certains princes, dont le duc de Bouillon, avec les Espagnols et ne souhaitent pas se faire déborder par l'agitation populaire. Le parti modéré l'emporte. De son côté la Cour est hantée par l'exécution le 30 janvier du roi d'Angleterre Charles décidée par le Parlement anglais, ce qui ébranle la fermeté de la Régente. Les pourparlers débutent le 4 mars, malgré les tentatives de Gondi pour les retarder. Un compromis est signé le 11 mars 1649 (paix de Rueil), suivi de la paix de Saint-Germain (1er avril 1649). L'invasion de la Picardie par les Espagnols, qui sera arrêtée par le maréchal Du Plessis-Praslin épaulé par les mercenaires d'Erlach, amène Mazarin à modérer ses exigences et intégrer les princes dans la négociation entre les deux conférences. Tous les fauteurs de troubles sont pardonnés, y compris Turenne.

Le roi ne fera son entrée à Paris que le 18 août 1649 après la campagne de printemps sur la frontière picarde et l'installation temporaire de la Cour à Compiègne. Pour celle-ci, Mazarin confie l'armée royale au comte d'Harcourt ce qui mécontente Condé et alimente la mésentente entre les deux hommes. Harcourt échoue d'ailleurs devant Cambrai[Note 6].

La paix de Saint-Germain (1er avril 1649) : un apaisement difficile et fragile[modifier | modifier le code]

La paix de Saint-Germain marque une pause dans les événements tumultueux de la Fronde. En réalité, le retour au calme est plus difficile. D'une part parce que les libelles et les pamphlets hostiles à Mazarin circulent toujours à Paris et, d'autre part, parce que ce sont les provinces qui entrent en mouvement. Les villes de Bordeaux et d'Aix se soulèvent chacune contre leur gouverneur respectif. Le retour au calme ne se fait qu'en août pour la Provence (alors qu'à Paris, la foule fête la Saint-Louis dans la joie) et seulement en janvier 1650 pour le Bordelais après une journée de barricades le 24 juillet et de violents affrontements entre les frondeurs et le gouverneur, le duc d'Épernon.

Quant à la situation parisienne, tout se joue en coulisse. En effet, le prince de Condé entend tirer quelques bénéfices de l'appui qu'il a accordé à Mazarin, notamment pendant le blocus de la ville. Les prétentions de Condé (prendre part au gouvernement) conduisent Mazarin à se rapprocher des anciens frondeurs : il promet au coadjuteur de Paris, Jean-François Paul de Gondi, le chapeau de cardinal. Quant au duc de Beaufort, Mazarin le neutralise grâce à sa maîtresse madame de Montbazon mais aussi en donnant en mariage à son frère, le duc de Mercœur, l'une de ses nièces, Laure Mancini. Mazarin joue ainsi de la rivalité entre les Condé et les Vendôme.

À l'automne 1649, le pouvoir risque de tomber entre les mains de l'une ou l'autre des factions. Les incidents se multiplient comme les coups de feux essuyés par le carrosse de Condé le 11 décembre qui donnent lieu à une vaine procédure juridique à l'encontre de Beaufort et du coadjuteur[16]. Les relations entre Condé et Mazarin sont de plus en plus tendues. Ces jeux de clientèles renversent les alliances : en janvier 1650, par l'entremise de la duchesse de Chevreuse[17], quelques-uns des chefs de la vieille fronde (Gondi, Vendôme, Beaufort, le marquis de Châteauneuf) se rallient secrètement au pouvoir royal contre le prince de Condé et sa famille dans laquelle la duchesse de Longueville joue le rôle de tête politique[18]

La Fronde des princes (1650-1653)[modifier | modifier le code]

La politique de rapprochement avec quelques anciens frondeurs menée par Mazarin se fait contre la famille de Bourbon (Condé, Conti et leur beau-frère Longueville, époux de leur sœur). Ce retournement ouvre une nouvelle phase d'agitation appelée Fronde des princes.

L'arrestation des princes et le soulèvement de leurs clientèles en province[modifier | modifier le code]

Henri de La Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne (1611-1675), par Robert Nanteuil, Paris, Musée Carnavalet

L'arrestation des princes de Condé et de Conti et de leur beau-frère le duc de Longueville est un coup de théâtre (18 janvier 1650). Ils sont emprisonnés au château de Vincennes. L'événement provoque le soulèvement de leurs clientèles et par conséquent, celui de leurs provinces. C'est le début de la Fronde princière. Madame de Longueville se rend en Normandie mais échoue dans sa tentative de soulèvement. Elle rejoint Turenne à Stenay après un détour par Bruxelles. Turenne envisage de marcher sur Vincennes. Mazarin transfère alors les prisonniers au donjon de Marcoussis. De leur côté, le prince de Marcillac (futur La Rochefoucauld) et le duc de Bouillon agitent le Poitou et le Limousin avant de rejoindre le Bordelais. En effet, la princesse de Condé pousse le Parlement de Guyenne à s'opposer une nouvelle fois au gouverneur d'Épernon.

Pendant toute l'année 1650, Mazarin va essayer d'éteindre les foyers de guerre en province. Le régente et le jeune roi l'accompagnent pour bien marquer de quel côté se situe la légitimité. Paris est confié à Monsieur, en tant que lieutenant général du Royaume ; il est chargé de neutraliser les anciens frondeurs. Mazarin compte surtout sur Le Tellier et Servien pour le conseiller. En février, les troupes royales sont en Normandie, qui se soumet facilement. De passage à Paris, Mazarin, harcelé par ses nouveaux alliés, est contraint le 3 mars de remplacer Séguier par Châteauneuf au poste de Chancelier. Mazarin repart immédiatement pacifier la Bourgogne (mars-avril). Mais chaque passage par Paris (mai) l'amène à céder de nouveaux avantages aux Vendôme, Beaufort, Gondi. Il n'est pas fâché de repartir en juin à Compiègne au-devant des menaces de Turenne, allié aux Espagnols, puis pendant l'été d'entreprendre l'expédition de Guyenne.

À Bordeaux, l'affaire est plus sérieuse. Le Parlement est aux prises avec son gouverneur, d'Épernon, et a de fréquents échanges avec le Parlement de Paris. Le 2 juin, la jurade est contrainte d'accueillir la princesse de Condé et son jeune fils, le duc d'Enghien, les ducs de Bouillon, de La Rochefoucauld et leurs suites. Il y a dans la région une concentration impressionnante de rebelles. Le maréchal La Meilleraye met le siège devant Bordeaux, mais contrairement à ce qui avait été à Rouen ou à Dijon, la Cour n'est plus en position de force. Dans le même temps, à Paris, Gaston d'Orléans, jusqu'à présent fidèle à la reine, sa belle-sœur, semble pencher vers la compromission sous la pression de Gondi et intervient politiquement dans les affaires de Guyenne en retirant le gouvernement à d'Épernon, ce qui fait enrager Mazarin. De plus, les Espagnols de l'archiduc Léopold-Guillaume ont repris l'offensive en Picardie et appuient les actions de Turenne. Gaston envisage de négocier une paix générale[19]. Apprenant ces nouvelles, Mazarin s'empresse d'accepter le compromis négocié par le Parlement de Paris : la princesse de Condé, les ducs de Bouillon et de La Rochefoucauld sont libres de quitter Bordeaux qui ouvre ses portes au jeune roi le 5 octobre.

Lorsque Mazarin est de retour à Paris (15 novembre), la situation a de nouveau changé. Alors que Paris s'était retourné en faveur de la monarchie au début de l'année 1650, des libelles circulent contre le cardinal italien. Toutefois, le duc d'Orléans se montre de nouveau coopératif et Mazarin fait transférer les princes prisonniers au Havre, l'avancée de Turenne constituant un risque de libération. Le 15 décembre 1650, l'armée des princes est une nouvelle fois défaite à Rethel : Turenne, appuyé par quelques troupes espagnoles, est vaincu par le maréchal du Plessis.

Cela n'empêche pas le Parlement et les anciens frondeurs de se rapprocher des princes. Les parlementaires adressent des remontrances au roi pour la libération de Condé, de Conti et de Longueville (20 janvier 1651). Un traité secret est même signé, le 30 janvier 1651, entre Gaston d'Orléans, les frondeurs et les partisans des princes pour obtenir leur libération et le départ de Mazarin.

Mazarin en exil[modifier | modifier le code]

Michel Le Tellier (1603-1685)
Abel Servien (1611-1675)
Hugues de Lionne (1611-1671)
Michel Le Tellier
(1603-1685)
Abel Servien
(1611-1675)
Hugues de Lionne
(1611-1671)

Gaston d'Orléans rend publique sa rupture avec Mazarin le 2 février 1651. Les deux frondes s'unissent. Le Parlement réclame la liberté des princes, ordonne aux maréchaux de n'obéir qu'à Monsieur, lieutenant général du royaume (Gaston d'Orléans).

Mazarin s'enfuit de Paris le 6 février et se réfugie provisoirement à Saint-Germain où Anne d'Autriche et le jeune roi devaient le rejoindre. Un nouvel arrêt de bannissement du Parlement est promulgué. Le roi et la reine sont retenus prisonniers au Palais-Royal et pour faire taire les rumeurs d'une nouvelle fuite, Louis XIV (12 ans) est exhibé en train de dormir devant la foule (nuit du 9 au 10 février 1651)[20]. Anne d'Autriche accepte de libérer Condé, Conti et Longueville (retour triomphal le 16 février). Un mariage entre le prince de Conti et mademoiselle de Chevreuse (la maîtresse du coadjuteur de Paris) est projeté.

Mazarin court au Havre et libère lui-même les trois prisonniers, geste dont il espère tirer un bénéfice. Puis il se réfugie chez l’archevêque-électeur de Cologne, à Brühl. Il continue à intervenir par d'intenses relations épistolaires avec Anne d'Autriche, Le Tellier, Servien et Hugues de Lionne mais aussi grâce à des émissaires (comme l'abbé Zongo Ondedei, ami du cardinal).

Le 15 mars, l'assemblée des nobles et l'assemblée du clergé font une démarche commune auprès de la reine pour obtenir la réunion des États généraux que la reine accepte de convoquer pour le 1er octobre sur les conseils de Mazarin. Habilement la date choisie est postérieure à la prise de majorité de Louis XIV (anniversaire de ses 13 ans) qui ne sera donc pas lié par la décision de la régente. Mais déjà des fissures se font jour entre les coalisés : le Parlement de Paris est opposé aux États généraux car il y voit une limitation de son influence politique, la duchesse de Longueville s'oppose au mariage de son frère Conti avec Mademoiselle de Chevreuse, Anne de Gonzague qui est désormais passée dans le clan Mazarin noue et dénoue les intrigues, et surtout l'exil de Mazarin obtenu, Gondi et Condé n'ont plus aucun intérêt à s'unir.

Le 3 avril, le Parlement impose à la reine une déclaration royale excluant les cardinaux des conseils du roi[21] ce qui vise aussi bien Mazarin que Gondi dont l'objectif est d'obtenir le chapeau de cardinal. Condé n'a jamais été aussi puissant et obtient même le renvoi (temporaire) de Châteauneuf, mais son arrogance et ses multiples exigences détachent de lui les tenants de la vieille Fronde.

Turenne et son frère, le duc de Bouillon, se rallient au roi au mois de mai (Bouillon échange la ville de Sedan contre les duchés-pairies d'Albret et de Château-Thierry). Les autres princes se brouillent avec les parlementaires, le coadjuteur de Paris et Chevreuse. Anne d'Autriche négocie en secret avec le prélat parisien qui espère toujours son chapeau. Le prince de Condé s'oppose à la reine et au coadjuteur. En juillet 1651, il tient au château de Saint-Maur (où il s'est réfugié par crainte d'une nouvelle arrestation) une assemblée de la noblesse. Le Parlement et Gaston d'Orléans s'entremettent. La régente temporise et donne satisfaction à Condé en congédiant Servien, de Lionne et Le Tellier le 18 juillet, mais continue de négocier avec Gondi. Début août, elle conclut un accord secret avec la vieille Fronde et dresse un acte d'accusation contre le prince. Pendant ces mois de l'été les intrigues et renversements d'alliance se succèdent auxquels Anne d'Autriche fait face avec un certain courage[22].

Le 7 septembre 1651, la majorité du roi est proclamée. Condé n'a pas assisté à la cérémonie et a quitté Paris la veille. Le lendemain 18 septembre Louis XIV appelle à son Conseil Châteauneuf, La Vieuville et Molé, tous opposés à Condé.

La Fronde du Grand Condé[modifier | modifier le code]

Louis II de Bourbon, prince de Condé (1621-1686), par David Teniers le jeune, Bruxelles: Condé a d'abord été l'un des plus fermes soutiens de la monarchie par aversion pour la Fronde des parlementaires issus de la bourgeoisie parisienne. Espérant être récompensé de sa fidélité, ses prétentions sont sans cesse croissantes. Inquiet, Mazarin décide de l'arrêter. La clientèle du prince se soulève et même après sa libération, il n'aura de cesse de lutter non contre « son roi » mais contre « Mazarin » jusqu'en 1659.
Article connexe : Guerre franco-espagnole.

Le 6 septembre 1651, le prince de Condé s'était retiré à Trie-Château, chez le duc de Longueville. Il arrive le 22 septembre à Bordeaux toujours agité par le Parti de l'Ormée[23], et rallie à son nom toute la Guyenne. Il signe un accord avec les Espagnols (6 novembre 1651) : il promet de livrer un port français, Bourg-sur-Gironde, contre 500 000 écus pour lever des troupes. À la fin de l'année, Condé contrôle la Guyenne (avec Bordeaux comme point d'appui), la Saintonge, l'Aunis, le Limousin, le Berry, la Provence du comte d'Alais et la ville-pont de Stenay sur la Meuse (pour une jonction avec les troupes impériales).

De son côté, la reine-mère, accompagnée du roi et de Turenne, installe la Cour à Poitiers afin de se rapprocher de la base de Condé (Bordeaux). Paris est livrée au Parlement, à Jean-François Paul de Gondi, le coadjuteur, et à Gaston d'Orléans. Le désordre est total puisque les Parisiens mettent au ban du royaume les Condéens d'une part, et à prix la tête de Mazarin d'autre part[24] (150 000 livres tournois), le 29 décembre.

Les troupes royales libèrent d'abord la Champagne menacée par les Impériaux, puis s'occupent de Condé et le neutralisent. Il est battu par le comte d'Harcourt à Cognac (15 novembre 1651) et en Guyenne (hiver 1651-1652). Au printemps, la Guyenne est perdue pour Condé. Il se dirige alors vers la capitale avec un petit groupe de fidèles dont La Rochefoucauld. Il prendra alors la direction des troupes réunies aux Pays-Bas par le duc de Nemours et celles confiées au duc de Beaufort par Gaston d'Orléans.

Le 12 décembre 1651, un ordre formel de Louis XIV rappelle Mazarin[25]. Il rejoint la Cour à Poitiers le 30 janvier 1652, ce qui entraîne le retrait volontaire de Châteauneuf. En février, la Cour décide de marcher sur Paris déserté par l'Administration royale, puisque Molé, devenu garde des Sceaux, et le surintendant Vieuville ont, sur ordre d'Anne d'Autriche, quitté la capitale désormais aux mains du Parlement (en théorie sous les ordres de Gaston d'Orléans, lequel subit l'influence de Gondi, qui, ayant enfin reçu le chapeau prend le nom de Cardinal de Retz).

C'est le 27 mars 1652 qu'a lieu l'intervention pittoresque de la Grande Mademoiselle à Orléans, apanage de son père. Elle s'introduit dans la ville et ferme les portes aux troupes royales qui doivent ainsi contourner la cité.

Les troupes réunies par Condé en profitent pour harceler l'arrière de l'armée royale. Mais à Bléneau, le 7 avril 1652, Turenne parvient à retourner la situation. Découragé par cet échec, Condé se réfugie le 11 avril dans la capitale accompagné de Beaufort, Nemours et La Rochefoucauld. Alors que le Parlement observe une stricte réserve, Gaston d'Orléans prend le parti de Condé. Gondi qui n'aime pas Condé se retranche dans l'archevêché.

Article connexe : Bataille de Bléneau.
Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, dite la grande Mademoiselle (1627-1693), par Gilbert de Sève: Elle joue un rôle prépondérant durant la Fronde. Sa détermination proviendrait de sa rancune envers Mazarin qui s'est opposé à son projet de mariage avec Louis XIV, son cousin.

Turenne harcèle l'armée de Condé en Beauce, combat autour d'Étampes en mai et occupe Villeneuve-Saint-Georges pour couper Condé des Lorrains de Charles IV venus secourir le prince[26] (2 au 15 juin).

Autour de Paris, les troupes royales et celles de Condé se livrent finalement à une guerre d'escarmouches. L'armée royale assiège Paris, Condé tente de libérer la ville. Le 2 juillet, alors qu'un combat se déroule dans le faubourg Saint-Antoine et que l'armée condéenne est acculée, la Grande Mademoiselle fait donner le canon sur la cavalerie royale et sur les hauteurs de Charonne, d'où Louis XIV et Mazarin observaient l'action. Cet épisode du canon de la Bastille permet aux dernières troupes de Condé de trouver refuge dans la ville. Le prince y fait régner la terreur : l'Hôtel de ville est brûlé et une trentaine d'édiles, devenus favorables au roi parce qu'ils souhaitent la fin du siège, sont massacrés par des soldats déguisés en ouvriers (4 juillet 1652 dite la Journée des pailles)[Note 7]. Le Parlement déclare Gaston d'Orléans lieutenant général de l'État (20 juillet).

Pourtant, seul le menu peuple reste brousseliste et condéen. Les notables de la ville aspirent à un retour au calme. Le roi convoque le Parlement hors les murs, à Pontoise, où il siègera du 7 août au 20 octobre (il y a alors deux parlements, celui du roi et celui de Condé). Pour répondre au vœu des parlementaires de Pontoise, désireux d'enlever tout prétexte de révolte à ceux de Paris, Mazarin fait mine de s'exiler à nouveau le 19 août. Il se rend à Château-Thierry ; de là, il gagnera Bouillon.

Condé est de plus en plus isolé, ses partisans l'abandonnent progressivement. Gondi négocie directement avec Louis XIV. La formation d'un parti déterminé à ramener l'ordre à Paris permet une manifestation devant le Palais-Royal le 24 septembre 1652, entrainant la démission de la municipalité rebelle de Broussel. Condé quitte Paris le 13 octobre, suivi des frondeurs les plus compromis.

Le retour triomphal de Louis XIV[modifier | modifier le code]

Le 21 octobre 1652, Louis XIV entre triomphalement à Paris. Il s'installe au Louvre.

La déclaration royale du 12 novembre 1652 déchoit le prince de Condé de ses dignités et gouvernements et le 27 mars 1654, un arrêt du Parlement le condamne à mort. Après la Fronde, le prince continue de vivre en exil pendant sept ans (octobre 1652 - novembre 1659), participant à la Guerre franco-espagnole, même s'il estime ne pas être hostile « à son roi » mais « au Mazarin ». Ce n'est qu'en 1659, alors que celle-ci tourne de plus en plus à l'avantage de la France, qu'il s'en remet à l'indulgence du roi. Une clause du traité des Pyrénées lui permet de recouvrer ses titres et ses biens. Le 27 janvier 1660, à Aix, il se jette aux pieds de Louis XIV avant de recevoir des lettres d'abolition en sa faveur et celle de ses compagnons. Quant à son frère, le prince de Conti, il a également continué la lutte après l'entente qui se dessinait en octobre 1652. Déclaré coupable de lèse-majesté, il baisse les armes en signant la paix à Pézenas, le 20 juillet 1653. Ce traité met définitivement un terme à la Fronde des Princes. Conti se dépouille de ses bénéfices ecclésiastiques et accepte d'épouser la nièce de Mazarin, Anne-Marie Martinozzi en 1654. La Fronde bordelaise de l'Ormée prend fin en juillet 1653.

Gondi, qui avait été fait cardinal de Retz le 21 septembre 1651 par le pape Innocent X, est jeté en prison au château de Vincennes le 19 décembre 1652, puis à Nantes. Il s'évade en 1654 pour gagner Rome.

Gaston d'Orléans est invité à se retirer au château de Blois, où il finira sa vie.

La duchesse de Longueville ne connait pas la disgrâce. Des lettres patentes d'avril 1653 confirment le rang de son mari, prince du sang et duc et pair. Veuve en 1663, elle se retire du monde et devient une figure importante de Port-Royal[27]. En revanche, la Grande Mademoiselle reçoit un ordre d'exil (21 octobre 1652). Elle part pour le château de Saint-Fargeau avec ses amies frondeuses (madame de Fiesque, madame de Frontenac). Elle y demeure jusqu'en 1657 et entreprend d'écrire ses Mémoires, qui restent selon l'historien François Bluche « l'un des témoignages les plus riches sur la cour et sur la sensibilité féminine au XVIIe siècle »[28].

Concernant la Robe parisienne, un lit de justice triomphal, tenu au Louvre et non au Palais, interdit aux magistrats de « prendre aucune connaissance des affaires de l'État ». Pour finir, Mazarin rentre à son tour le 3 février 1653 sous les applaudissements des Parisiens qui l'avaient tant décrié dans de scabreuses mazarinades.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En particulier dans la Beauce et la Brie à cause de l'appui fourni aux partisans par Charles IV de Lorraine, dépossédé de son duché et qui commandait des routiers habitués à vivre de pillage et de rançon
  2. À noter les quelques contacts entre l'Ormée de Bordeaux et l'Angleterre de Cromwell
  3. Le droit de remontrances avait été supprimé par Louis XIII en 1641. À la mort du roi la régente Anne d'Autriche avait dû le rétablir deux ans plus tard pour obtenir l'annulation du testament politique de son époux
  4. l'historien Hubert Méthivier y voit une sorte de prélude au serment du jeu de paume, thèse aujourd'hui contestée par de nombreux historiens, notamment Jean-Christian Petitfils
  5. La plupart des ouvrages plus récents s'arrêtent à 400 barricades
  6. Selon Claude Dulong, Condé était opposé au siège et partisan d'une guerre de mouvement, ce qui l'amena à refuser le commandement de l'opération
  7. Dans ses mémoires, la Grande Mademoiselle indique que Condé avait fait porter une touffe de paille à ses partisans en signe de ralliement

Références[modifier | modifier le code]

  1. Revue de Champagne et de Brie - Prise de la ville de Brie-Comte-Robert au temps de la Fronde page 7
  2. André Corvisier, La France de Louis XIV, ordre intérieur et place en Europe, SEDES 1979, p. 128
  3. Jean Meyer, La France moderne, collection Histoire de France sous la direction de Jean Favier, Fayard 1985, p. 291
  4. Jean-Christian Petitfils, Louis XIV, Perrin 1995 p. 71
  5. Yves-Marie Bercé, La naissance dramatique de l'absolutismeLe Seuil 1992, p. 173
  6. Pierre-Jean Grosley et Patris de Breuil, Œuvres inédites de P. J. Grosley, impr. de C.-F. Patris,‎ 1813, 519 p., p. 176
  7. Pierre Goubert, Mazarin, Fayard 1990 p. 250 ; sur l'histoire de la banqueroute étatique comme meilleur moyen de briser les chaînes des créanciers privés freinant l'investissement public, lire Morel Thomas et Ruffin François, Vive la banqueroute ! Comment la France a réglé ses dettes, de Philippe Le Bel au général de Gaulle, Amiens, Fakir, 2013, 134 p.
  8. Hubert Méthivier, L'Ancien Régime en France, XVIe-XVIIe-XVIIIe siècles, Paris, P.U.F., 1981, 3e  éd. 2003, p. 263.
  9. Corvisier, Op.Cit. p. 210
  10. Méthivier, op. cit., p. 263
  11. Lucien Bély, La France moderne. 1498-1789, Paris, P.U.F., coll. Quadrige, 1994, réed. 2003, p. 353.
  12. Cardinal de Retz, Mémoires, Édition de Michel Perrot, Paris, Gallimard, coll. Folio classique, 2003, p. 20.
  13. Claude Dulong, Mazarin, Perrin 1999, p. 126
  14. Goubert, op. cit., p. 266
  15. Petitfils, op.cit. p. 89
  16. Dulong, op. cit., p. 143
  17. Georges Poisson, La duchesse de Chevreuse, Perrin 1999, p. 252-258
  18. Philippe Alexandre et Béatrix de l'Aulnait, Pour mon fils, pour mon roi Robert Laffont 2009 p. 236-237
  19. Michel Pernot, La Fronde, Éditions de Fallois 1994, p. 183-185
  20. Petitfils, op. cit., p. 99
  21. Pernot, op. cit., p. 258
  22. Alexandre et Aulnoit, op. cit., p. 260-266
  23. http://www.jstor.org/pss/20528183
  24. Méthivier, op. cit., p. 265
  25. Pernot, op. cit., p. 278
  26. Méthivier, op. cit., p. 266. Voir aussi : Jean Jacquart, « La Fronde des princes dans la région parisienne et ses conséquences matérielles » in Revue d'Histoire Modene et Contemporaine (RHMC), octobre 1960.
  27. Sophie Vergnes, Les Frondeuses : Une révolte au féminin (1643-1661), Éditions Champ Vallon,‎ 2013, 528 p. (ISBN 978-2876738980)
  28. François Bluche, op. cit., p. 932

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Les institutions dans la France du XVIIe siècle
  • (en) A. Lloyd Moote, « The Revolt of the Judges. The Parlement of Paris and the Fronde, 1643-1652 », in French Studies, Oxford, 1975, vol. XXIX, no 3, p. 324 et suiv.
  • (en) Albert N. Hamscher, The Parlement of Paris after the Fronde, 1653-1673, Pittsburgh, University of Pittsburgh Press, 1976. (ISBN 0-8229-3325-X)
La Fronde, aspects thématiques et chronologiques
  • Louis Madelin, La Fronde, Paris, Plon, 1931 ; édition abrégée : La Fronde, Paris, collection « Hier et aujourd'hui », Flammarion, 1936
  • Ernst H. Kossman, La Fronde (Leidse Historische Reeks, deel III), Université de Leyde, 1954, x-275p., en langue française.
    Selon Pierre Goubert, l'un des meilleurs livres sur le sujet (cf. la bibliographie de son Mazarin)
  • Hubert Méthivier, La Fronde, Paris, PUF, coll. « L'Historien », 1984. (ISBN 2-13-038700-4)
  • Eckart Birnstiel, Die Fronde in Bordeaux, 1648-1653, Francfort-sur-le-Main, Lang, 1985. (ISBN 3-8204-8480-9)
  • Orest Allen Ranum, La Fronde, Paris, Le Seuil, 1995, trad. The Fronde : a French Revolution, 1648-1652, New York et Londres, Norton, 1993 (ISBN 2-02-022827-0)
  • Michel Pernot, La Fronde, Paris, éd. de Fallois, 1994 (ISBN 2-87706-202-3)
  • Alexander Rubel, Une question d’honneur. La Fronde entre étique de la noblesse et littérature, in : XVIIe Siècle 254 (2012), 83-108
Les mots de la Fronde
  • Christian Jouhaud, Mazarinades : la Fronde des mots, Paris, Aubier, 1985 (ISBN 2-7007-0390-1)
  • Hubert Carrier, Les mazarinades: la presse de la Fronde (1648-1653), Genève, Droz, 1989.

Principaux acteurs de la Fronde[modifier | modifier le code]

Du côté de la régente

Personnalités ayant manifesté une fidélité constante

Frondeurs

La plupart des personnalités ont rallié à un moment ou un autre le parti de la Cour.

Les parlementaires

Les princes du sang

Les nobles

Les dames

Intervenants étrangers

Chronologie[modifier | modifier le code]

Pour consulter une chronologie détaillée de la Fronde, Voir :

La Fronde dans les œuvres de fiction[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]