Abel Servien

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Abel Servien

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Abel Servien

Nom de naissance Abel Servient
Naissance 1er novembre 1593
château de Serviantin, à Biviers
Décès 17 février 1659 (à 66 ans)
Meudon
Nationalité Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Profession homme d'État, diplomate
Famille

Abel Servien, marquis de Sablé et de Boisdauphin, comte de La Roche des Aubiers, né à Biviers le 1er novembre 1593 et mort à Meudon le 17 février 1659, est un homme d'État et diplomate français, surintendant des Finances de 1653 à 1659. Il est le frère de l'évêque François Servien, et l'oncle d’Hugues de Lionne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naît « selon la tradition[1] » au château de Biviers, dit de Serviantin, près de Grenoble. D'autres sources le disent né « à Grenoble[2] ». Il est le fils d’Antoine Servient, seigneur de Biviers et conseiller honoraire au parlement de Grenoble. Sa mère est Diane Bailly, fille d'un conseiller du même parlement[3]. Abel est le frère de François Servien, évêque de Bayeux. Sa sœur Isabeau est la mère du ministre Hugues de Lionne[4].

Procureur général au parlement de Grenoble en 1616, il devient conseiller d’État deux ans plus tard[5], sous Richelieu, ami de la famille. Il se fixe alors à Paris. Richelieu le nomme maître des requêtes de l'hôtel du roi en 1624[6]. Abel assiste quelques années plus tard, à Lyon, à la première rencontre entre Richelieu et Mazarin (29 janvier 1630).

Secrétaire d'État[modifier | modifier le code]

En juin 1630, il est nommé premier président au parlement de Bordeaux, mais il préfère la charge de secrétaire d'État à la Guerre[7], qui lui est accordée en décembre[8]. Ambassadeur extraordinaire, il se rend en Savoie où il va négocier, au côté du maréchal de Toiras, le traité de Cherasco (1631) qui met fin à la guerre de Succession de Mantoue[9].

Il publie peu, ne laissant que des harangues, des lettres et des écrits diplomatiques. Il est pourtant élu membre de l’Académie française en 1634.

Disgrâce et mariage[modifier | modifier le code]

Il s'attire l'inimitié du comte de Chavigny (Claude Bouthillier), de Claude de Bullion et du père Joseph, qui intriguent contre lui[8]. Le prétexte de sa disgrâce est fourni par une querelle avec l'abbé de Boisrobert, favori de Richelieu : il est exilé à Angers[10] en 1636. Il s'y marie avec Augustine Le Roux, en 1641[11]. Veuve de Jacques Hurault, elle est la fille de Louis Le Roux, seigneur de la Roche-des-Aubiers[12], titre qu'Abel relève et sous lequel il va se présenter aux pourparlers de Münster[13].

Négociateur à Münster[modifier | modifier le code]

En effet, rappelé par Mazarin en 1643, il est plénipotentiaire et ambassadeur à Münster avec le comte d’Avaux[14]. Il prend « une part essentielle[5] » aux négociations qui aboutissent, en 1648, à la signature des traités de Westphalie.

Ministre d’État en 1649, chancelier et garde des Sceaux des ordres du roi en 1651[15], il reste fidèle à son souverain pendant la Fronde.

Surintendant des Finances[modifier | modifier le code]

Après la mort de La Vieuville, il devient surintendant des Finances du cardinal Mazarin le 8 février 1653, en même temps que Nicolas Fouquet. Servien, réputé intègre, manque de compétences financières[15].

Selon l'habitude, on place auprès des deux surintendants un commis à l'enregistrement des fonds, qui contrôle et qui tient registre. Après quelques disputes, Servien et Fouquet finissent par s'accorder sur le nom de Barthélemy Hervart pour ce poste. Mais les querelles opposant Hervart, Servien et Fouquet vont être incessantes[16].

La guerre contre l'Espagne est un gouffre financier. En septembre 1654, les fonds des deux années suivantes sont déjà dépensés, et les prêteurs ne veulent pas s'engager pour 1657[17]. Dans cette situation de crise, Servien laisse apparaître son manque de créativité : il ne sait pas trouver de nouvelles sources de revenus. Fouquet au contraire se révèle l'homme de la situation[15]. Il propose à Mazarin d'inspirer aux prêteurs confiance en l'État, en consentant des taux avantageux et en respectant les contrats — c'est-à-dire de faire exactement l'inverse de ce que l'on a fait jusque là. Mais, pour mener à bien son action, il ne veut pas être encombré de Servien[17]. Le règlement du 24 décembre 1654 répartit donc les responsabilités entre les deux surintendants : Servien est chargé des dépenses, Fouquet des recettes. L'ascension de ce dernier commence. Servien va pourtant rester en place jusqu'à sa mort[18].

Il amasse une fortune considérable[19]. En 1654, il achète au duc de Guise le château de Meudon, dans lequel il fait faire par Louis Le Vau de grands travaux d’embellissement.

Il meurt de la maladie de la pierre dans son château de Meudon le 17 février 1659[8]. Il est inhumé dans la « chapelle Servien » de Notre-Dame-des-Ardilliers, à Saumur[8]. Charles Cotin fait son éloge funèbre le 5 avril 1659, en l'église des carmes des Billettes, à Paris[20]. Son fils Louis-François hérite du château de Meudon. Il le vend à Louvois en 1679[21].

Nom[modifier | modifier le code]

Abel naît Abel Servient, et toute sa famille signe Servient. L'usage s'étant établi d'écrire Servien, Abel sur la fin de sa vie choisit de signer ainsi[22].

Écrits[modifier | modifier le code]

  • Harangue de M. le comte de la Roche Servient, conseill. du roi en ses conseils et son ambassad. extraord. pour la paix générale, faite à La Haye en l'assemblée de MM. les États généraux des Provinces-Unies, Paris, 1647.
  • Escript donné à MM. les Estats generaux des Provinces Unies des Pays-bas par monsieur l'ambassadeur de France le 4, mars 1647, Paris, 1647.
  • Escript donné par l'ambassadeur de France, a messieurs les Estats generaux des Provinces Unies des Pays-Bas, sur la garantie, le XIe d'apvril, 1647, 1647.
  • Escrit ou mémoire contenant 19 articles, présenté le 22 mai 1647 avec les remarques qui y ont été faites le 1er de juin de la même année, 1647.
  • Harangue de M. Servient faicte aux Holandois, sur le subjet de leur traitté de paix avec l'Espagnol, Paris, Boudeville,1649.
  • Lettre escrite de Munster à M. le nonce du pape sur le sujet de la paix, Paris, 1649.
  • Lettre interceptée de Monsieur Servient, escrite à Monsieur Gaultier. Avec la response contre ladite Lettre, Paris, Larru, 1652[23].

Famille et descendance[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Augustin Jacquemont, « Abel Servien face à l'histoire », sur abelservien.com, avril 2004.
  2. « Abel Servien », sur academie-francaise.fr. Des travaux plus récents, à partir de l'enquête faite sur Abel Servien lors de sa réception au parlement de Grenoble, situent sa naissance dans cette même ville, à très peu de temps de sa prise par Lesdiguières, soit à la toute fin de 1590. Cédric Bouclier, Histoire de la famille Servien, Giuliano Ferretti (dir.), UPMF, 2005.
  3. Antoine Adam, in Tallemant des Réaux, Historiettes, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Gallimard, 1961, t. II, p. 1060, note 3 de p. 192.
  4. Antoine Adam, op. cit., t. II, p. 1063, note 4 de p. 196.
  5. a et b Antoine Adam, op. cit., t. II, p. 1059, note 2.
  6. Antoine Adam, op. cit., t. II, p. 1060, note 4 de p. 192.
  7. Tallemant des Réaux, « M. Servient », op. cit., t. II, p. 192.
  8. a, b, c et d Augustin Jacquemont, « Abel Servien face à l'histoire », sur abelservien.com, avril 2004.
  9. Vincens-Saint-Laurent, « Toyras (Jean du Caylar de Saint-Bonnet, maréchal de) », sur books.google.fr, Biographie universelle, ancienne et moderne, Paris, Michaud, 1826, t. XLVI, p. 199.
  10. Tallemant des Réaux, « M. Servient », op. cit., t. II, p. 193 et 194. Pour le lieu de son exil, on trouve aussi « sur ses terres en Anjou » (Antoine Adam, op. cit., t. II, p. 1059, note 2 de p. 192) ou « à Sablé » (« Abel Servien », sur larousse.fr).
  11. (en) Louis-Marc Servien, Louis XIV and Abel de Servien - Eight Centuries of the Servien Family, Ely, Melrose Books, 2012, p. 25.
  12. Antoine Adam, op. cit., t. II, p. 1063, note 3 de p. 196.
  13. (en) Louis-Marc Servien, op. cit., p. 26.
  14. Tallemant des Réaux, « M. d'Avaux et son frère le président de Mesme », op. cit., t. II, p. 198.
  15. a, b et c Françoise Bayard, Joël Félix, Philippe Hamon, Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances, Paris, Cheff, 2000, p. 84.
  16. Claude Dulong, Mazarin et l'argent : banquiers et prête-noms, sur books.google.fr, École nationale des chartes, 2002, p. 172-175.
  17. a et b Claude Dulong, op. cit., sur books.google.fr, p. 174.
  18. Françoise Bayard, Joël Félix, Philippe Hamon, op. cit., p. 84 et 87.
  19. Françoise Bayard, Joël Félix, Philippe Hamon, op. cit., p. 83.
  20. Charles Cotin, « Oraison funèbre pour Messire Abel Servien », sur academie-francaise.fr, 5 avril 1659.
  21. « Le château de Meudon », sur chateau-meudon.wifeo.com.
  22. Maurice Cauchie, Les Épistres en vers et autres œuvres poétiques de monsieur de Bois-Robert-Métel, sur warburg01.cch.kcl.ac.uk, Paris, Courbé, 1659, t. II, p. 168, note a.
  23. Françoise Bayard, Joël Félix, Philippe Hamon, op. cit., p. 84 et 85.
  24. Selon Arthur de Boislisle, il ne faut pas confondre (comme le fait Saint-Simon) l'abbé Augustin Servien, camérier, et son cousin débauché, l'abbé Hugues Servien, fils d'Ennemond. Arthur de Boislisle, in Saint-Simon, Mémoires, sur sante.gouv.fr, Hachette, 1893, t. X, p. 8, note 6.
  25. a et b Antoine Adam, op. cit., t. II, p. 1060, note 1.
  26. a et b (en) Louis-Marc Servien, op. cit., p. 50-53.
  27. La revue Rive Gauche, no 40, p. 45-49 et 51-53, note que la comtesse de Servien, dans un testament tenu secret de 1697, fit des pauvres ses légataires universels. Elle ne peut donc avoir eu descendance, sauf à déshériter un enfant au plus âgé de trois ans.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François-Alexandre Aubert de la Chesnaye-Desbois, Dictionnaire de la Noblesse, Paris, 1863.
  • Françoise Bayard, Joël Félix, Philippe Hamon, Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances, Paris, Cheff, 2000, p. 83-85 et 87.
  • Bulletin d'archéologie et de statistique de la Drôme, Valence, 1886.
  • Cédric Bouclier, Histoire de la famille Servien, mémoire de Master 1 d'Histoire et d'Histoire de l'art, Giuliano Ferretti (dir.), Université Pierre Mendès-France, Grenoble, 2005.
  • Ulysse Chevalier, « Généalogie dauphinoise - Famille Servien », Revue du Dauphiné et du Vivarais, 1881, 5e année, no 2, p. 121-127.
  • Daniel Dessert, « Fortune politique et politique de la fortune : à propos de la succession du surintendant Abel Servient », La France d'Ancien Régime : études réunies en l'honneur de Pierre Goubert, Privat, 1984, t. I, p. 207-215.
  • Hélène Duccini, Guerre et Paix dans la France du Grand Siècle : Abel Servien, diplomate et serviteur de l'État, 1593-1659, coll. « Époques », Seyssel, Champ Vallon, 2012.
  • Claude Dulong, Mazarin et l'argent : banquiers et prête-noms, École nationale des chartes, 2002, p. 172-179.
  • Sven Externbrink, « Abel Servien, marquis de Sablé - Une carrière diplomatique dans l’Europe de la Guerre de Trente Ans », Revue historique et archéologique du Maine, t. 20, 2000, 3e série, tome CLI de la collection, p. 97-112 (+ ill. h.t.)
  • Giuliano Ferretti, « Abel Servien, Hugues de Lionne et le milieu parlementaire dauphinois. Un essai de sociologie historique », Akademos. Revue de la Conférence Nationale des Académies des Sciences, Lettres et Arts, no 28, janvier-juin 2009, p. 47-65.
  • Giuliano Ferretti, « De l’ombre à la lumière (et retour). La longue histoire des Servien (XVe-XXe siècle) », La Pierre et l’Écrit. Revue d’histoire et du patrimoine en Dauphiné, no 22, 2011, p. 103-140.
  • Augustin Jacquemont, « Abel Servien (1593-1659). Un grand diplomate au service de l'Europe ou l'Irrésistible Ascension d'un enfant de Biviers », sur Journées Européennes du Patrimoine au Château Servien, Biviers,‎ 2000.
  • René Kerviler, « Le Maine à l’Académie française : Abel Servien, marquis de Sablé », Revue historique et archéologique du Maine, t. 2, 1877, p. 26-78, 593-649 ; et t. 3, 1878, p. 29-96, 167-245 (ill.)
  • Guillaume Lasconjarias, « Voyage d’un diplomate au congrès de Münster - Abel Servien, marquis de Sablé (1593-1659) », Revue historique et archéologique du Maine, t. 20, 2000, 3e série, tome CLI de la collection, p. 113-136 (+ ill. h.t.)
  • Guillaume Lasconjarias, « Ascension sociale et logique du prestige - Abel Servien (1593-1659), marquis de Sablé et de Boisdauphin, plénipotentiaire aux traités de Westphalie, surintendant des Finances », Revue historique et archéologique du Maine, t. 19, 1999, 3e série, tome CL de la Collection, p. 191-298 (+ ill. h.t.)
  • Lettres inédites de Hugues de Lionne, ministre des affaires étrangères de Louis XIV, Paris, 1877.
  • (en) Louis-Marc Servien, Louis XIV and Abel de Servien - Eight Centuries of the Servien Family, Ely, Melrose Books, 2012, ISBN 978-1-907040-99-3.
  • Nicolas Vitton de Saint-Allais, Nobiliaire universel de France, Paris, 1814.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]