La Fronde (journal)

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La Fronde, 1er janvier 1898.

La Fronde est un journal quotidien féministe de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle.

Histoire[modifier | modifier le code]

Fondé par Marguerite Durand pour défendre les droits des femmes, son premier numéro sort le 9 décembre 1897.

Prétexte[modifier | modifier le code]

La Révolution française est une période de grande confusion pour les femmes : elles réclament l'égalité et ne récoltent que le mépris. Le texte de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne rédigée par Olympe de Gouges sur le modèle de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, présenté à l’Assemblée nationale le 28 octobre 1791 pour y être adopté, est refusé par la Convention.

Rédaction et confection[modifier | modifier le code]

La Fronde a pour originalité de ne pas être seulement un journal destiné aux femmes, mais un quotidien conçu, rédigé, administré, fabriqué et distribué exclusivement par des femmes : journalistes, rédactrices, collaboratrices, typographes, imprimeurs, colporteurs, l'équipe est entièrement féminine. Marguerite Durand entend ainsi prouver que des femmes peuvent fort bien réussir dans le monde du journalisme, fortement dominé par les hommes, et une entreprise de presse fonctionner sans recourir à leur assistance [1].

Époques de parution[modifier | modifier le code]

Le titre paraît quotidiennement de 1897 à 1903 avec un pic de 50 000 lecteurs, puis mensuellement en supplément au journal L'Action d'octobre 1903 à mars 1905, puis il disparaît à la suite des problèmes financiers dus à la mévente. Il reparaît pour quelques numéros entre le 17 août et le 3 septembre 1914, mais le féminisme, occulté par la guerre, passe au second plan des préoccupations. Marguerite Durand tente de le relancer de mai 1926 à juillet 1928, mais il a perdu son ancrage féminin exclusif et n'est plus que le porte-voix du Parti républicain socialiste auquel elle a adhéré[2].

Objectifs et contenu[modifier | modifier le code]

La Fronde ne se veut pas d'abord un pamphlet anti-hommes. Si ses responsables déclarent la guerre, « ce n'est pas à l'antagonisme masculin, mais aux tyrans qui s'appellent : abus, préjugés, codes caducs, lois arbitraires », « ne cherche pour la femme aucun triomphe sur l'homme, ni le pouvoir despotique par la ruse, ni l'identité des sexes », « réclame l'égalité des droits, le développement sans entraves des facultés de la femme, la responsabilité consciente de ses actes, une place de créature libre dans la société » précise le premier numéro en date du 9 décembre 1897.

Et le 13 décembre 1897 : « Journal absolument éclectique, porte-parole de tous les partis féministes », La Fronde « rêve de l'union de toutes les femmes sans distinction de culte ni de race », « prêchera la croisade des intelligences et des cœurs contre les ennemis de l'humanité toute entière : l'ignorance qui fait des brutes, les tourmenteurs de bêtes, les bourreaux d'enfants ; l'alcoolisme, pépinière de fous et d'assassins ; l'intransigeance qui crée les martyrs ; la guerre qui met en deuil les familles et ruine les cités ».

Le journal va aussi publier des articles sur l'histoire du féminisme ou sur le mouvement en faveur des femmes à l'étranger, se faire l'écho des revendications d'associations féministes, par exemple :

  • 10 décembre 1897 : pétition de la Ligue française pour le droit des femmes au conseil municipal de Paris;
  • 11 décembre 1897 : évocation du "féminisme chrétien";
  • 17 décembre 1897 : la Société des femmes réclame au groupe parlementaire des "Droits des femmes" la promulgation d'une loi les autorisant à plaider en justice.

Pour travailler sans entraves, elle obtient pour ses journalistes féminins l'accès au Palais Bourbon et à la Bourse, pour ses typographes le travail de nuit [3].

Tribune[modifier | modifier le code]

Parmi les femmes qui y rédigeaient, on peut citer :

  • Caroline Rémy connue sous le nom de Séverine : égalité des droits hommes-femmes, reconnaissance du droit pour les femmes de choisir librement - y compris par l'avortement - le temps de leur maternité, passant par l'autorisation des moyens et de la propagande anticonceptionnels, soutien à Zola dans la défense de Dreyfus ;
  • Hélène Sée [4] : première femme journaliste politique;
  • Clotilde Dissard : protection du travail des femmes, élimination du proxénétisme ;
  • Aimée Fabrègue : femme de lettres ;
  • Louise Debor : « (Le féminisme) est le droit imprescriptible de vivre et de s'appartenir » ;
  • Jeanne Chauvin : droit pour les femmes d'exercer la profession d'avocat;
  • Madeleine Pelletier : droit pour les femmes d'exercer la profession de psychiatre, néomalthusianiste ;
  • Maria Pognon : égalité des salaires hommes-femmes ;
  • Nelly Roussel : militante anarchiste néomalthusianiste passant par la liberté de la femme de disposer librement de son corps ;
  • Clémence Royer : scientifique, traductrice de L'Origine des espèces (Darwin) ;
  • Maria Vérone : libre-penseuse et féministe ;
  • Avril de Sainte-Croix (qui signe Savioz, du nom de sa mère : auteure féministe [5]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Debré et Bochenek 2013, p. 191+193-194
  2. Debré et Bochenek 2013, p. 207-210
  3. Debré et Bochenek 2013, p. 195-198
  4. Voir cf. Mouvements de Femmes
  5. Debré et Bochenek 2013, p. 198-202

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Rabaut, Marguerite Durand (1864-1936):« La Fronde » féministe, ou, « Le Temps » en jupons, préface de Madeleine Rebérioux, Paris, L'Harmattan, Coll. Chemins de la mémoire, 1996.
  • Anne-Claude Ambroise-Rendu, « La Fronde accueillie par ses pairs et jugée par les siens », p.279-284, et Sandrine Lévêque « Femmes, féministes et journalistes : les rédactrices de La Fronde à l’épreuve de la professionnalisation journalistique », p. 41-53, in la revue Le Temps des médias, dossier « La cause des femmes », n° 12, 2009.
  • Jean-Louis Debré et Valérie Bochenek, Ces femmes qui ont réveillé la France, Paris, Arthème Fayard,‎ 2013, 374 p. (ISBN 978-2-213-67180-2)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Numéros de La Fronde (1897-1901) issus du fonds de la Bibliothèque Marguerite-Durand en ligne dans les collections numérisées de la Ville de Paris.