Philippe de Champaigne

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Philippe de Champaigne

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d'après
un autoportrait (musée de Grenoble).

Naissance 26 mai 1602
Bruxelles
Flag of the Low Countries.svg Pays-Bas espagnols
Décès 12 août 1674 (à 72 ans)
Paris
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Nationalité Flag of the Low Countries.svg Pays-Bas espagnols
puis
Drapeau du Royaume de France Royaume de France par lettres patentes (1629)
Activités Artiste-peintre
Formation atelier de Jacques Fouquières
Maîtres Georges Lallemand
Élèves Jean-Baptiste de Champaigne, Nicolas de Plattemontagne, Jean Mosnier, Jean Morin, Robert Nanteuil
Mouvement artistique classicisme
Mécènes Marie de Médicis, cardinal de Richelieu
Influencé par Pierre Paul Rubens, Nicolas Poussin
Récompenses membre fondateur de l’Académie royale de peinture et de sculpture

Œuvres réputées

série de portraits du cardinal de Richelieu, vœu de Louis XIII (1638), Présentation au Temple, Résurrection de Lazare,

Philippe de Champaigne[1], né le 26 mai 1602 à Bruxelles et mort le 12 août 1674 à Paris, est un peintre français classique d'origine brabançonne.

Biographie[modifier | modifier le code]

La présentation de Jésus au Temple. Musée des beaux-arts de Dijon (1628-1630)

Né dans une famille pauvre, jeune, Philippe de Champaigne refuse d'intégrer l'atelier de Rubens à Anvers. C'est un élève de Jacques Fouquières, peintre paysagiste à Bruxelles. Il souhaite visiter Rome mais s'arrête à Paris en 1621, se fixe au quartier latin au collège de Laon où il se lie d'amitié avec Nicolas Poussin et travaille chez les maniéristes Georges Lallemand et Nicolas Duchesne, dont il épouse la fille en 1628. Il quitte l'atelier de Lallemand vers 1625 et commence à travailler pour son compte. Ayant regagné Bruxelles il est rappelé un an plus tard par Claude Maugis, intendant des bâtiments de Marie de Médicis pour participer à la décoration du palais du Luxembourg, dont les pièces maîtresses sont une série de grand tableaux relatant la vie de la commanditaire par Rubens. Champaigne y peint plusieurs fresques des plafonds. Il décore également le carmel du faubourg Saint-Jacques, l'un des chantiers préférés de la reine mère. L'église a été détruite lors de la Révolution française mais plusieurs tableaux, conservés dans des musées, pourraient faire partie de la décoration originale (Présentation au temple à Dijon, Résurrection de Lazare à Grenoble, Assomption de la Vierge au Louvre).

Autoportrait de 1668.
Gravure par Gérard Edelinck (1676).

Après la mort de son protecteur Duchesne, il travaille pour la reine mère, Marie de Médicis, ainsi que pour Richelieu. Il est le seul peintre autorisé à peindre le cardinal de Richelieu en habit de cardinal : il le représente onze fois. Il est, avec Simon Vouet, l'un des deux peintres les plus réputés du royaume. Il reçoit en 1629 ses « lettres de naturalité ». Il décore le Palais-Cardinal, le dôme de la chapelle de la Sorbonne et d'autres bâtiments à Paris, dont l'église Saint-Germain-l'Auxerrois. Il fait plusieurs tableaux pour la cathédrale Notre-Dame de Paris dont son vœu de Louis XIII, datant de 1638. Il y dessine également plusieurs cartons pour des tapisseries. Ses talents lui méritent la place de premier peintre de la reine et une pension de 1 200 livres. Il est reçu le 1er février 1648 membre fondateur de l'Académie royale de peinture et de sculpture.

À partir de 1648, il se rapproche des milieux jansénistes et devient le peintre de Port-Royal à Paris, puis de Port-Royal des Champs où il exécute une série de tableaux[2].

Après 1654, il se heurte à la concurrence de Charles Le Brun. Il décore l'appartement d'Anne d'Autriche au Val-de-Grâce ainsi que le réfectoire de cet hôpital (Le Repas chez Simon le pharisien, 1656, Nantes, étant le plus grand des cinq tableaux prévus pour l'endroit). Il est nommé professeur en 1655. En 1657, il peint une série de trois grands tableaux pour l'église Saint-Gervais-Saint-Protais de Paris sur la vie des deux saints dont l’Apparition à saint Ambroise et la translation des corps des deux saints, les deux toiles étant au musée du Louvre. À partir de 1654, il participe à la décoration des Tuileries, cette fois sous la direction de Charles Le Brun.

À la fin de sa vie, son activité pédagogique devient plus importante : même si aucun écrit ne subsiste de sa main, il existe des transcriptions de plusieurs de ses conférences, publiées par André Félibien en 1668. Il y commente plusieurs œuvres dont celles du Titien, participant ainsi au débat entre coloristes et dessinateurs et prônant une attitude modérée.

L'œuvre[modifier | modifier le code]

Portrait d'Arnaud d'Andilly (1650).
91 cm × 72 cm. Musée du Louvre.
Résurrection Maître autel de l'église de Pont-sur-Seine

Philippe de Champaigne est un peintre classique, essentiellement religieux, proche des Jansénistes, après que sa fille paralysée a été miraculeusement guérie au couvent de Port-Royal, évènement qu'il célébrera dans le célèbre et pourtant atypique Ex-voto en 1662, toile mystique d'action de grâce. Ce tableau, aujourd'hui conservé au musée du Louvre, représente la fille de l'artiste avec la mère supérieure Agnès Arnauld.

Philippe de Champaigne reste un peintre exceptionnel par l'éclat de ses coloris, ce bleu presque surnaturel, et la rigueur de ses compositions. À l'instar de Pascal, elles nous parlent de nos grandeurs comme de nos petitesses. Grandeur et respect des puissants bien sûr, gloire de la France, compassion réelle pour ceux qui souffrent aussi, mais par-dessus tout de la grandeur incommensurable de la nature et de Dieu. Il exalte tour à tour les Majestés et les figures d'humilité comme dans l’Adoration des bergers de 1648, la Présentation au Temple, et la Résurrection de Lazare, dans le sentiment pictural de la présence des corps, des visages, des mains. Philippe de Champaigne touche la perfection avec la splendeur des paysages qui vient d'une souterraine influence flamande, et ses visages, psychologiques, impénétrables.

Son œuvre est vaste, il a laissé nombre de tableaux religieux et des portraits fameux et très appréciés: Haute Noblesse, princes de l’Église, grands commis de l’État, parlementaires, toute la Cour et la Ville posent devant lui et lui font peindre des figures où refusant d'exprimer des expressions passagères, il veut saisir l'être profond de ses modèles. C'était substituer au portrait d’existence baroque un portrait permanent d’essence.

Influencé par Rubens au début de sa carrière, son style devint par la suite de plus en plus austère. Son assiduité au travail lui avait donné une facilité surprenante. Il a laissé une multitude de morceaux estimés, qui ornaient les édifices publics, les églises (Val-de-Grâce, Sorbonne, Saint-Séverin, Saint-Merry, Saint-Médard (Basilique Notre-Dame-du-Port à Clermont-Ferrand 1643)) et les maisons particulières. À partir de 1661, son crédit diminue. Comme Corneille vieillissant, il est passé de mode, c'est désormais le temps de Charles Le Brun. Il vieillit doucement et meurt le 12 août 1674. Ce sera l’occasion pour les religieuses de Port-Royal de le mentionner dans leur obituaire comme « bon peintre et bon chrétien ».

Cependant, un portrait de Port-Royal, la Guérison de Catherine, apparut à la foule comme inadapté et inconvenant car il n'était pas de coutume et surtout pas bien séant de peindre une œuvre de dévotion tant que son sujet n'était pas décédé et béatifié. Aussi Champaigne se mit-il à réaliser une série de peintures religieuses aux consonances laïques comme Portrait d'Angélique Arnauld où aucun détail ne montre la dévotion de la religieuse : elle n'est pas en prière, ni n'a de crucifix ou de chapelet entre les mains. Le seul élément qui peut nous aider, c'est la croix présente sur son aube. L'œuvre présente un découpage du buste et une gestuelle surprenante, bien qu'ayant un caractère solennel. Un réalisme inapproprié et quelque part irrespectueux imprègne le tout, lorsque l'on aperçoit l'ombre d'un fin duvet de moustache au-dessus de la lèvre supérieur de la religieuse. Cependant il y a une explication à tout cela. Champaigne éprouvait beaucoup d'affection pour Angélique Arnauld, et a plus voulu représenter cette affection, dans le psychologique du sujet, représenter la personne, son coté humain plutôt que sa foi. Ce sont les sentiments pour Angélique, plutôt qu’Angélique elle-même.

Aussi, lorsqu'il peint son autoportrait, aucun attribut ne figure, montrant son art.

Il n'a pratiqué le paysage comme thème principal qu'à ses débuts, lors de sa période Française (1621/1628). Il sera néanmoins omniprésent dans plusieurs de ses tableaux comme dans Les Miracles de Sainte-Marie pénitente (1656, musée du Louvre).

Ses élèves[modifier | modifier le code]

Longtemps réduit à la seule personne de son neveu Jean-Baptiste de Champaigne et subsidairement Nicolas de Plattemontagne, les élèves de Philippe de Champaigne ont été parfaitement bien mis en lumière dans le texte du catalogue de l'exposition d'Évreux, À l'école de Philippe de Champaigne. De fait, il apparaît que Jean-Baptiste de Champaigne et Nicolas de Plattemontagne furent les principaux disciples. Néanmoins, il faut citer d'autres personnalités :

  • Jean Mosnier (1600-1656);
  • Juste d'Egmont (1601-1674).
  • Claude de Champaigne (actif vers 1636-1650)
  • Henry de Champaigne, frère cadet de Philippe (1609-après 1656)
  • Jacques Alix (vers 1622-1672)
  • Jean Morin (entre 1605 et 1609-1650)
  • Robert Nanteuil (vers 1623-1678)

Ses œuvres[modifier | modifier le code]

Vierge à l'enfant (1642-1644). Alte Pinakothek, Munich

Écrits sur Philippe de Champaigne[modifier | modifier le code]

Philippe de Champaigne n'a pas laissé d'écrits. André Félibien, son contemporain, en a laissé une biographie qui fait référence, Entretiens sur les vies et les ouvrages des plus excellents peintres ancienz et modernes, publié entre 1666 et 1668. Roger de Piles a écrit également une notice biographique, cette fois postérieure à sa mort.

Principales expositions[modifier | modifier le code]

  • Paris, musée de l'Orangerie, 1952, catalogue rédigé par Bernard Dorival ;
  • Magny-les-Hameaux, musée national des Granges de Port-Royal, Philippe de Champaigne et Port-Royal, juin-octobre 1957, catalogue rédigé par Bernard Dorival[3].
  • Magny-les-Hameaux, musée national des Granges de Port-Royal, Philippe de Champaigne et Port-Royal, 28 avril-28 août 1995, catalogue rédigé par Philippe Le Leyzour et Claude Lesnée[3] ;
  • « Philippe de Champaigne (1602-1674), entre politique et dévotion, » palais des beaux-arts de Lille, catalogue rédigé par Nicolas Sainte-Fare Garnot[4] ;
  • Musée Rath, Genève, septembre 2007-janvier 2008[5] ;
  • Évreux, musée d'Évreux, À l'école de Philippe de Champaigne, 18 novembre 2007-17 février 2008, catalogue rédigé sous la direction de Dominique Brême, avec la participation de Frédérique Lanoë ;
  • Magny-les-Hameaux au musée national de Port-Royal des Champs, Trois maîtres du dessin, Philippe de Champaigne, Jean-Baptiste de Champaigne, Nicolas de Plattemontagne, du 25 mars au 29 juin 2009, catalogue rédigé par Frédérique Lanoë, sous la direction de Pierre Rosenberg[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. On prononce [ʃɑ̃paɲ]. Voir Jean-Marie Pierret, Phonétique historique du français et notions de phonétique générale, Peeters, Louvain-la-Neuve, 1994, p. 103. Voir aussi le catalogue raisonné de l'artiste par Bernard Dorival, Philippe de Champaigne, 1602-1674, Paris, 1976, vol. I, p. 24, : « Le problème ne présente du reste qu'un intérêt bien secondaire, du moins pour les historiens d'art ». Dorival cite auparavant le professeur André Martinet qui dans son article Le parler et l'écrit paru dans le numéro du 16 avril 1970 de la revue l'Éducation, évoque la graphie Champaigne qui n'est plus identifié comme Champañe.
  2. La Grande Cène, circa 1652, peinte pour le Maître Autel et dont il existe trois versions, celle de Lyon étant probablement celle de l'abbaye, une Vierge, un Saint Jean-Baptiste, des Pèlerins d'Emmaüs, un Bon pasteur (musée des Ursulines à Mâcon), un Saint Bernard, un Saint Benoît, l'ex-voto de 1662 (musée du Louvre), les portraits des mères supérieures et un Christ aux outrages impressionnant d’humanité dans son drapé rouge.
  3. a et b Magny-les-Hameaux, musée national de Port-Royal des Champs, expositions temporaires
  4. Exposition 2007 au palais des beaux-arts de Lille
  5. Exposition 2007 au musée rath de Genève
  6. Magny-les-Hameaux, musée national de Port-Royal des Champs, exposition 2009

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Augustin Gazier, Philippe et Jean-Baptiste de Champaigne, Paris, L. Allison, 1893.
  • Le Siècle de Rubens, catalogue d'exposition, Bruxelles, musées royaux des beaux-arts de Belgique, 1965, p. 40–42.
  • Bernard Dorival, Philippe de Champaigne 1602-1674, la vie, l’œuvre et le catalogue raisonné de l’œuvre, Paris, Léonce Laget, 1976.
  • José Gonçalves, Philippe de Champaigne, Paris, éditions ACR, 1995.
  • Louis Marin, Philippe de Champaigne ou la présence cachée, Paris, Fernand Hazan,1995.
  • Lorenzo Pericolo, Philippe de Champaigne, Tournai, La Renaissance du Livre, 2002.
  • José Gonçalves, "Philippe de Champaigne, œuvres de jeunesse à Pont-sur-Seine", L'Estampille L'Objet d'Art, no 366, février 2002.
  • Nicolas Sainte-Fare Garnot, "Philippe de Champaigne", Dossier de l'art, no 140, avril 2007.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]