Civilisation de la vallée de l'Indus

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Aire de la civilisation de la vallée de l'Indus.

La civilisation de la vallée de l'Indus (v. 5000 av. J.-C.1900 av. J.-C.), dite aussi civilisation harappéenne, est une civilisation de l'Antiquité dont l'aire géographique s'étendait principalement dans la vallée du fleuve Indus dans le sous-continent indien (autour du Pakistan moderne). Bien que probable, l'influence qu'elle a pu avoir sur la culture hindoue contemporaine n'est pas clairement établie.

La dénomination civilisation de l'Indus-Sarasvatî est parfois utilisée, plus particulièrement dans le monde anglo-saxon ; elle fait référence et l'identifie à la civilisation décrite par les Veda, qui aurait prospéré le long du fleuve Sarasvatî, dont on ignore actuellement la localisation. Cette identification reste cependant hypothétique.

Oubliée par l’Histoire jusqu’à sa redécouverte dans les années 1920, la civilisation de l’Indus se range parmi ses contemporaines, la Mésopotamie et l’Égypte ancienne, comme l’une des toutes premières civilisations, celles-ci étant définies par l’apparition de villes, de l’agriculture, de l’écriture, etc…

Si la civilisation de l’Indus n’est pas la première civilisation antique, la Mésopotamie et l’Égypte ayant développé des villes peu avant, elle est cependant celle qui connaît la plus grande extension géographique. À ce jour, sur les 1 052 sites qui ont été découverts, plus de 140 se trouvent sur les rives du cours d'eau saisonnier Ghaggar-Hakra. D’après certaines hypothèses, ce système hydrographique, autrefois permanent, arrosait la principale zone de production agricole de la civilisation de l’Indus.

La plupart des autres sites se situent le long de la vallée de l’Indus et de ses affluents mais on en trouve aussi à l’ouest jusqu’à la frontière de l’Iran, à l’est jusqu’à Delhi, au sud jusque dans le Maharashtra et au nord jusqu’à l’Himalaya. Parmi ces sites, on compte de nombreuses villes comme Dholavira, Ganweriwala,Mehrgarh, Harappa, Lothal, Mohenjo-daro et Rakhigarhi. À son apogée, sa population pourrait avoir dépassé cinq millions de personnes.

Malgré toutes ces réalisations, cette civilisation est très mal connue. Son existence même a été oubliée jusqu’au XXe siècle. Son écriture reste indéchiffrée et on ne sait pas si elle a un lien quelconque avec l’écriture brahmi, ce qui semble peu probable au regard des connaissances actuelles. Parmi les mystères que cette civilisation recèle, trois questions au moins sont fondamentales :

  • formait-elle un État, un système de pouvoir ?
  • quels étaient ses moyens de subsistance ?
  • quelles sont les causes de sa disparition soudaine et dramatique, à partir de XVIIIe siècle av. J.-C. ?

La langue parlée par ses membres et le nom qu’ils se donnaient sont toujours inconnus.

Histoire[modifier | modifier le code]

Carte de répartition des sites de la civilisation indusienne.

Les prédécesseurs[modifier | modifier le code]

La civilisation de l'Indus a été précédée par les premières cultures agricoles de l'Asie du Sud qui sont apparues dans les collines du Balouchistan, à l'ouest de la vallée de l'Indus. Le site le mieux connu de cette culture est Mehrgarh, datant des années 6500 av. J.-C.. Ces premiers fermiers maîtrisèrent le blé et domestiquèrent une grande variété d'animaux, en particulier ceux constituant le bétail. La poterie y était utilisée vers 5500 av. J.-C. La civilisation de l'Indus s'est développée à partir de cette base technologique, en se répandant dans la plaine alluviale de ce que sont, de nos jours, les provinces actuelles pakistanaises du Sind et du Pendjab.

Autour de 4000 av. J.-C., une culture régionale originale, appelée pré-harappéenne, apparaît dans cette aire (elle porte ce nom car les sites de cette culture sont retrouvés dans les premières strates des villes de la civilisation de l'Indus). Des réseaux commerciaux la relient avec des cultures régionales parentes et avec des sources de matières premières, telles que le lapis-lazuli et autres pierres fines utilisées dans la fabrication de perles à collier. Les villageois ont domestiqué à cette époque un grand nombre d'espèces tant végétales dont les petits pois, les pois chiches, les grains de sésame, les dattes et le coton, qu'animales telles que le buffle, un animal qui reste essentiel à la production agricole dans toute l'Asie actuelle.

Émergence de la civilisation[modifier | modifier le code]

Poterie noire. H env. 80 cm. Burzahom, Kashmir. 2700 av J.-C. Musée National, New Delhi
Pot incisé. Les motifs peints aux cornes recourbées laissent supposer des liens extra territoriaux avec des sites tels que Kot-Diji, dans le Sindh. H env. 50 cm. Burzahom, Kashmir 2700 av. J.-C. Musée National, New Delhi

Autour de 2600 av. J.-C., quelques sites pré-harappéens se développent en cités, abritant des milliers d'habitants, essentiellement des agriculteurs. Par suite, une culture unifiée apparaît dans toute la zone, aplanissant les différences régionales de sites éloignés de plus de mille kilomètres. Cette émergence est si soudaine que les premiers chercheurs ont pu penser qu'elle résultait d'une conquête extérieure ou d'une migration. Depuis, les archéologues ont fait la preuve qu'elle est issue de la culture pré-harappéenne qui l'a précédée. En fait, il semble que cette soudaineté soit le résultat d'un effort délibéré, planifié. Par exemple, quelques sites paraissent avoir été réorganisés pour se conformer à une planification réfléchie. C'est la raison pour laquelle la civilisation de l'Indus est considérée comme la première à avoir développé une planification urbaine.

Déclin et effondrement[modifier | modifier le code]

Durant 700 ans, la civilisation de l'Indus fut prospère et ses artisans produisirent des biens d'une qualité recherchée par ses voisins. Puis aussi soudainement qu'elle était apparue, elle entra en déclin et disparut.

Vers 1900 av. J.-C., des signes montrent que des problèmes apparaissent. Les gens commencent à quitter les cités. Ceux qui s'y maintiennent semblent avoir des difficultés à se nourrir. Autour de 1800 av. J.-C., la plupart des cités ont été abandonnées. L'âge d’or du commerce interiranien, marqué par la présence de nombreux « trésors » et riches métropoles (coupe sur pied et bol tronconique), semble prendre fin vers 1800 av. J.-C. à 1700 av. J.-C., au moment même où les textes mésopotamiens cessent de parler du commerce oriental. Les grandes agglomérations du Turkménistan oriental (Altyn-depe et Namazga-depe) sont abandonnées et les grandes métropoles de la vallée de l’Indus disparaissent. Dans l'aire correspondant à la civilisation de l'Indus, le processus de régionalisation s’accentue avec la disparition des éléments les plus caractéristiques de l’unité harappéenne : l’écriture, les sceaux ou les poids. De nombreux éléments survivent pourtant au long du IIe millénaire av. J.-C. dans les régions orientales et méridionales de la zone.

Dans les siècles suivants et contrairement à ses contemporaines, la Mésopotamie et l'Égypte ancienne, la civilisation de l'Indus disparaît de la mémoire de l'humanité. Contrairement aux anciens Égyptiens et Mésopotamiens, les Indusiens n'ont pas construit d'imposants monuments de pierre dont les vestiges perpétuent le souvenir.

En fait, le peuple indusien n'a pas disparu. Au lendemain de l'effondrement de la civilisation de l'Indus, des cultures régionales émergent qui montrent que son influence se prolonge, à des degrés divers. Il y a aussi probablement eu une migration d'une partie de sa population vers l'est, à destination de la plaine gangétique. Ce qui a disparu, ce n'est pas un peuple mais une civilisation : ses villes, son système d'écriture, son réseau commercial et – finalement – la culture qui en était son fondement intellectuel.

Causes de l'effondrement[modifier | modifier le code]

Une des causes de cet effondrement peut avoir été un changement climatique majeur. Au XXVIe siècle av. J.-C., la vallée de l'Indus était verdoyante, sylvestre et grouillante de vie sauvage. Beaucoup plus humide aussi. Les crues étaient un problème récurrent et semblent, à plus d'une occasion, avoir submergé certains sites. Les habitants de l'Indus complétaient certainement leur régime alimentaire en chassant, ce qui semble presque inconcevable aujourd'hui quand on considère l'environnement desséché et dénudé de la zone. Autour de 1800 av. J.-C., le climat s'est modifié, devenant notablement plus frais et plus sec. Mais cela ne suffit pas pour expliquer l'effondrement de la civilisation de l'Indus.

Tracé hypothétique de la Sarasvatî et des cours d'eau voisins contemporains de la civilisation de l'Indus (selon la théorie l'identifiant à la civilisation des Veda) d'après des relevés satellitaires.

Le facteur majeur pourrait être la disparition de portions importantes du réseau hydrographique Ghaggar-Hakra, identifié par certaines théories au fleuve Sarasvatî. Une catastrophe tectonique pourrait avoir détourné les eaux de ce système en direction du réseau gangétique. En fait, ce fleuve, jusqu'alors mythique, fait irruption dans la réalité lorsqu'à la fin du XXe siècle, les images satellitaires permettent d'en reconstituer le cours dans la vallée de l'Indus[1]. De plus, la région est connue pour son activité tectonique et des indices laissent à penser que des événements sismiques majeurs ont accompagné l'effondrement de cette civilisation. Évidemment, si cette hypothèse était confirmée et que le réseau hydrographique de la Sarasvatî s'est trouvé asséché au moment où la civilisation de l'Indus était à son apogée, les effets ont dû être dévastateurs. Des mouvements de population importants ont dû avoir lieu et la « masse critique » indispensable au maintien de cette civilisation a pu disparaître dans un temps assez court, causant son effondrement.

Une autre cause possible de l'effondrement de cette civilisation peut avoir été l'irruption de peuples guerriers au Nord-Ouest de l'actuelle Inde et qui auraient provoqué la rupture des relations commerciales avec les autres pays (les actuels Ouzbékistan et Turkménistan méridionaux, la Perse, la Mésopotamie). Or le commerce est l'une des raisons d'être des villes : elles se développent surtout autour des ports ou des nœuds routiers. Ces peuples que d'aucun prétendent "guerriers" sans réels arguments archéologiques étaient peut-être des "Indo-Aryens" (terme qui reste en débat) qui se trouvaient en Bactriane aux alentours de l'an 2000 av. J.-C.. Ce sont eux qui, selon certaines hypothèses invérifiables, auraient apporté le sanskrit en Inde. Ils auraient donc indirectement provoqué la désorganisation des cités de l'Indus avant de s'installer en Inde vers 1700 av. J.-C.[2],[3]..

Articles détaillés : Théorie de l'invasion aryenne et Aryens.

Au XIXe siècle, les ingénieurs britanniques découvrent des ruines qui ne stimulent pas leur curiosité mais qui sont des sources abondantes de briques, un matériau commode pour la construction des chemins de fer. Leur exploitation a détruit un certain nombre de sites archéologiques.

Architecture et urbanisme[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Mohenjo-Daro et Harappa.

La tendance à la planification urbaine de la civilisation de l'Indus est évidente dans les grandes colonies et les cités. De façon typique, la ville est partagée en deux zones : une première comportant une plate-forme de terre surélevée que les premiers archéologues nommeront la citadelle et une seconde, appelée cité basse, composée de maisons et de magasins étroitement entremêlés, séparés par un réseau de rues et d'allées, bien définies, suivant un plan précis, de largeurs fixées et en usage dans la quasi-totalité des sites.

Les bâtiments principaux étaient construits en briques, cuites ou crues, d'une forme rigoureusement standardisée. Un système décimal de poids et mesures était utilisé dans toute l'aire. Les villes les plus peuplées comptaient jusqu'à 30 000 habitants.

À Harappa, Mohenjo-daro et sur le site récemment découvert de Rakhigarhi, les plus connues et probablement les plus peuplées des villes de cette civilisation, la planification urbaine incluait le premier système au monde de traitement des eaux usées. À l'intérieur des villes, l'eau était tirée de puits. Dans les maisons, une pièce était destinée aux ablutions, les eaux usées étaient dirigées vers des égouts couverts qui longeaient les rues principales. Les maisons ouvraient seulement vers des cours intérieures ou sur des ruelles, se tenant ainsi éloignées des éventuelles mauvaises odeurs.

Le rôle de la citadelle est encore sujet à débat. Contrairement aux civilisations contemporaines de la Mésopotamie et de l'Égypte, aucune structure de grande taille n'était ici construite, aucune ne semble avoir été un temple ou un palais donc pas de trace matérielle prouvant l'existence de roi, d'armées ou de prêtres. Certaines structures sont cependant identifiées comme des greniers qui signifierait l’existence de surplus agricoles, une raison de cette floraison urbaine.

À Mohenjo-Daro, la cité la mieux conservée, on a découvert dans la citadelle le « grand bain », une piscine rectangulaire entourée de galeries qui pourrait avoir été un bain public. Deux escaliers symétriques donnent accès à un bassin dont l’étanchéité est assurée par des joints de bitume entre les briques. Bien que la citadelle ait été entourée de murs, il ne semble pas qu'elle ait eu un rôle défensif mais plutôt de protection contre les crues. La ville basse est formée de rues régulières orientées nord-sud et est-ouest. Les maisons sont d’une superficie de 50 à 120 m2. Elles possèdent un étage auquel on accède par un escalier intérieur. Certaines sont dotées d’un puits privé, les autres sont approvisionnées en eau par des puits publics. Les maisons sont équipées de salles de bain dont les eaux usées sont évacuées par une rigole en plan incliné qui conduit au caniveau de la rue.

Les différents quartiers de Mohenjo-Daro ont été reconstruit à plusieurs reprises suivant le même plan. À chaque fois, le système de canalisation et d’égout a été réaménagé, ce qui suppose l’existence d’une autorité publique. Pourtant, aucun des bâtiments de Mohenjo-Daro et de Harappa ne peut être considéré comme un temple ou un palais. Aucune trace n’indique avec certitude la prédominance d’une classe de rois ou de prêtres.

La plupart des habitants des villes semblent avoir été des commerçants ou des artisans, vivant ensemble dans des zones bien définies déterminées suivant leur activité. Des matériaux, provenant de régions lointaines, étaient utilisés dans la confection de sceaux, de perles et d'autres objets. Les sceaux comportent des représentations animales, divines et des inscriptions. Quelques-uns d'entre eux étaient utilisés pour faire des sceaux dans l'argile mais ils avaient probablement d'autres emplois. La découverte de sceaux jusqu’en Mésopotamie atteste de l'existence d'un commerce lointain.

Bien que certaines maisons soient plus grandes que d'autres, il ressort de l'observation de ces villes, une impression d'égalitarisme, de vaste société de classe moyenne, toutes les maisons ayant accès à l'eau et au traitement des eaux usées.

Société et religion[modifier | modifier le code]

Une des caractéristiques de cette civilisation est son apparente non-violence. Contrairement aux autres civilisations de l'Antiquité, les recherches archéologiques ne mettent pas en évidence ici la présence de dirigeants puissants, de vastes armées, d'esclaves, de conflits sociaux, de prisons et d'autres aspects classiquement associés aux civilisations. Cependant ces manques peuvent aussi provenir de notre connaissance très parcellaire de cette civilisation. Quant à la religion, il n'en reste que des traces fugitives : statuettes assimilées souvent à des déesses-mères, amulettes, représentations de mise à mort d'un buffle d'eau. Mais aussi des arbres sacrés et d'un « proto-shiva », un homme à plusieurs têtes en position yoguique. Certains spécialistes y voient des prémices de la religion hindoue[4] et du jaïnisme

Économie[modifier | modifier le code]

Le bassin d'accostage de Lothal.

L'économie de l'Indus semble avoir été largement dépendante du commerce, ce qui avait été facilité par des avancées majeures dans la technologie des transports : le char tiré par des bœufs, semblable à celui que l'on trouve aujourd'hui dans l'ensemble de l'Asie du Sud, et le bateau. La plupart de ces derniers devaient probablement être de petite taille, à fond plat, peut-être à voile, assez similaires à ceux que l'on trouve toujours aujourd'hui sur l'Indus. Il y a cependant des indices d'une navigation maritime. Les archéologues ont ainsi découvert à Lothal un canal relié à la mer et un bassin artificiel d'accostage.

À la lumière de la dispersion des objets manufacturés de la civilisation de l'Indus, son réseau commercial intégrait une immense zone, incluant des parties de l'actuel Afghanistan, du Nord et du centre de l'actuelle Inde et s'étendant des régions côtières de la Perse à la Mésopotamie.

À partir de la seconde moitié du IIIe millénaire av. J.-C., des échanges entre la vallée de l’Indus et le golfe Persique sont attestées par les tablettes sumériennes qui font référence à un commerce oriental important avec la lointaine contrée de Meluhha – à rapprocher du mot sanskrit mleccha, non-aryen – qui semble se référer aux Indusiens, le seul indice qui nous permet de penser que son peuple utilisait ce mot pour se nommer. De nombreux objets de type Indus (jarres, cachets, poids de pierre) ont été découverts sur les sites du Golfe, région identifiée avec Dilmun qui, dans les textes mésopotamiens, sert d’intermédiaire avec Meluhha. Des sites harappéens apparaissent à des distances considérables de la vallée de l’Indus, notamment à Shortugaï (sur l’Oxus au Nord-Est de l’Afghanistan), à Sutkagan-dor (frontière entre le Pakistan et l’Iran) ou à Lothal (au Gujarat). De vastes agglomérations se développent également en Turkménistan méridional (Altyn-depe, Namazga-depe) où les contacts avec le Baloutchistan sont attestés depuis le Ve millénaire av. J.-C.

Agriculture[modifier | modifier le code]

La nature du système agricole de la civilisation de l'Indus est toujours largement sujet à conjectures du fait de la pauvreté des informations qui ont pu nous parvenir. Quelques spéculations sont envisageables néanmoins.

La civilisation de l'Indus devait être fortement productive. En effet, son agriculture devait engendrer des surplus permettant de nourrir les dizaines de milliers d'urbains qui n'étaient pas impliqués dans la production agricole, au moins de façon primaire. Elle devait s'appuyer sur les importants progrès techniques de la culture pré-harappéenne dont la charrue. Cependant, bien peu de choses sont connues sur ces agriculteurs et sur leurs méthodes. Certains d'entre eux devaient probablement exploiter les sols alluviaux fertiles laissés par les cours d'eau après les crues saisonnières mais cette méthode n'est pas considérée comme suffisamment productive pour combler les besoins des villes. On ne trouve cependant pas de traces de systèmes d'irrigation bien que ceux-ci aient pu être détruits par des crues fréquentes et catastrophiques.

L'hypothèse du despotisme hydraulique, concernant l'apparition de la civilisation urbaine et de l'État, semble donc être infirmée dans le cas de cette civilisation particulière. Celle-ci affirme, en effet, que les cités ne peuvent apparaître que lorsque des systèmes d'irrigation permettent de dégager des surplus agricoles importants. L'élaboration de ces systèmes implique l'émergence d'un pouvoir centralisé et despotique capable de supprimer tout statut social à des milliers de personnes et de les utiliser comme esclaves en exploitant leur force de travail. Il semble difficile de faire cadrer cette hypothèse avec ce que nous savons de la civilisation de l'Indus qui n'offre à ce jour aucune évidence de pouvoir royal, de présence d'esclaves, de mobilisation du travail par la force.

On considère souvent qu'une agriculture intensive requiert barrages, retenues et canaux. Cette supposition est aisément réfutée. Dans toute l'Asie, les riziculteurs produisent des surplus significatifs au moyen de rizières en terrasses à flanc de collines, en privilégiant un travail accumulé sur plusieurs générations, sans que cela implique quelque forme d'esclavage que ce soit. C'est peut-être ce type de stratégie qui avait été mis en œuvre ici.

Art et artisanat[modifier | modifier le code]

Céramique et terre cuite[modifier | modifier le code]

Jarre pour conserver les grains. Apogée de la civilisation harappéenne, 2700-2000 av. J.-C. Musée National, New Delhi

Les poteries, datées vers 6000 av. J.-C., sont d'une facture grossière. Aux Ve et IVe millénaires, les cultures du Balouchistan produisent des céramiques de qualité, souvent ornées d'une riche variété de décors peints. Le développement du commerce des céramiques entre -3000 et -2500 montre des variantes régionales dans la fabrication, mais leur structure et le vocabulaire ornemental restent à peu près identiques. La production a surtout un caractère utilitaire, le style des récipients étant stéréotypé.

Les figurines de terre cuite, quant à elles, sont très diversifiées : femmes en train d’accoucher ou d’accomplir des tâches domestiques, taureaux attelés à des chariots, animaux divers... Elles sont conservées, pour l'essentiel, au Musée national de New Delhi, au Musée national de Karachi, ainsi qu'au British Museum de Londres et au musée Barbier-Mueller de Genève. Environ 80 figures humaines ont été retrouvées, principalement dans des dépôts de remplissage. Les plus anciennes, aux traits schématiques, sont parfois ocrées. Puis apparaissent des poitrines plus marquées, avec des détails plus nombreux, et des personnages assis. Certains éléments appliqués aux figurines féminines évoquent des chevelures, des coiffures complexes et leurs ornements ainsi que des ceintures plus ou moins sophistiquées, avec parfois des motifs en forme de serpent sur le corps. On note aussi des réalisations sommaires, souvent de sujets féminins, hauts d'une quinzaine de centimètres, aux hanches larges, possédant des bijoux (boucles d'oreilles, colliers, ceintures), parfois accompagnées d'un enfant (au sein ou aux hanches) ou avec un ventre proéminent.


Terres cuites. Sites harappéens : Mohenjodaro, Harappa, Dholavira, Banawali et Kalibangan.[modifier | modifier le code]

Métaux[modifier | modifier le code]

Jeune femme nue et parée, dite : "Danseuse". Statuette de bronze. H : 14 cm. Trouvée en 1926 dans une maison de Mohenjo-daro. Musée National, New-Delhi.
Vue de face

Le métal est utilisé pour la fabrication d’armes (?), ou d'outils et de rasoirs. Certains éléments décoratifs, comme des statuettes (dont la fonction reste à déterminer), ont été découverts.

La plus célèbre statuette de bronze représente une jeune femme nue et parée, dans une attitude qui l'a fait surnommer « La Danseuse ». Réalisée vers 2000 avant notre ère et conservée au Musée national de New Delhi, elle figure une jeune fille au corps élancé et gracile. Les grands bracelets qui entourent son bras gauche ainsi que son collier semblent être des accessoires de mode. La profusion d'ornements et la coiffure singulière en font une représentation typiquement indienne. Les traits du visage rappellent ceux des peuples dravidiens, ce qui renforce l'idée que ce peuple pourrait être l'une des composantes ethniques de la vallée de l'Indus. La nudité du personnage ainsi que le pubis très marqué voire disproportionné pourrait indiquer un phénomène de prostitution sacrée.

Le Musée national de New Delhi conserve d'autres éléments de bronze, dont un char au modelé stylisé datant de 2500-2300 avant J.C. Celui-ci, tiré par deux chevaux munis de harnais, et occupé par un conducteur tenant un long fouet. La partie avant du char est ornée d'une petite représentation d'un cheval.

Sculpture[modifier | modifier le code]

Tête virile dite du « roi-prêtre », calcaire ou stéatite blanche (?). H. 19 cm. Mohenjo-Daro, IIIe. millénaire av. J.-C. National Museum, Karachi, Pakistan.

L'image la plus connue d'un dignitaire (?) est celle d’un personnage barbu, coiffé d’un bandeau et portant un vêtement décoré de motifs de trèfles, souvent considérée, sans raisons véritables, comme celle du « roi-prêtre de Mohenjo-Daro ». Seule la tête et les épaules du personnage nous sont parvenues. L'hypothèse d'une autorité religieuse est due notamment aux yeux entrouverts, qui indiqueraient que l'homme est absorbé par la méditation, comme les dieux et les ascètes dans l'art indien. Néanmoins, les traits physiques et la cohérence dans l'exécution des détails rapprochent cette œuvre de la civilisation mésopotamienne. Son costume d'apparat, semé de dessins trifoliés (à valeur symbolique?), n'a pas de comparaison en Inde, mais apparaît dans l'ancienne Méditerranée orientale. Les bijoux ornant la tête et le bras du personnage renforcent l'hypothèse d'une figure importante de la société.

Glyptique[modifier | modifier le code]

De nombreux cachets en stéatite ont été découverts (environ 4 200 dont plus de 2 000 à Mohenjo-Daro). Ils portent des inscriptions dans une écriture pictographique composée de plus de 400 signes. Les cachets sont souvent décorés d’un animal unicorne mais aussi de zébus, buffles, tigres, éléphants, crocodiles et autres. D’autres cachets représentent des motifs mythologiques où un homme qui porte une coiffure à corne joue un rôle central. Il apparaît parfois dans un arbre devant lequel se prosterne un autre individu. Parfois il est représenté assis à la façon des yogis et entouré d’animaux, ce qui explique qu’on en ait fait une représentation d’un proto-Shiva en Pashupati, une forme du dieu dite « maître des animaux ».

Écriture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Écriture de l'Indus.

Un autre domaine de la civilisation de l’Indus est resté mystérieux celui de l’écriture. Malgré de nombreuses tentatives, les chercheurs n’ont pas été capables, pour l’instant, de déchiffrer celle qui y était utilisée et dont certains pensent qu’elle transcrivait une langue proto-dravidienne. Le matériel disponible pose aussi problème, la plupart du temps il s’agit d’inscriptions sur des sceaux ou des pots de céramique et celles-ci ne dépassent guère quatre à cinq caractères, la plus longue en comprenant vingt-six. Par suite, on ne connaît pas non plus de fragments de littérature.

Du fait de la brièveté des inscriptions, quelques chercheurs ont suggéré que les inscriptions connues n’étaient peut-être pas une véritable écriture mais un système d’identification des transactions économiques, des signatures. Il est cependant possible que des textes plus longs aient existé mais ne nous soient pas parvenus si le support utilisé était périssable.

D’un autre côté, une large inscription a été découverte qui semble avoir été installée sur un panneau au-dessus d’une porte de la cité de Dholavira. On a émis l’hypothèse qu’il s’agissait d’un panneau informant les voyageurs du nom de la cité, de façon assez semblable à ceux qui souhaitent la bienvenue aux visiteurs dans nos villes actuelles.

Héritage[modifier | modifier le code]

Les relations entre la civilisation de l'Indus et la première culture du sanskrit, qui a produit les textes védiques de l'hindouisme, ne sont pas claires. Les plus anciens textes védiques mentionnent un fleuve non identifié nommé Sarasvatî et décrivent un monde proche de l'utopie qui vivait sur ses rives. Les textes plus tardifs font quant à eux référence à sa disparition.

Cependant, comme l'ont noté de nombreux archéologues, il y a quelque chose d'ineffablement « indien » dans la civilisation de l'Indus. Si l'on se base sur la grande quantité de figurines représentant la fertilité féminine qu'ils nous ont léguée, il semble que les peuples de cette civilisation aient vénéré une forme de déesse-mère qui existe dans l'hindouisme contemporain (Shakti, Kâlî, etc.). Leurs sceaux dépeignent les animaux d'une manière qui suggère la vénération, présageant le futur caractère sacré que les hindous attribuent à la vache et à d'autres animaux comme le singe par exemple. Comme les hindous d'aujourd'hui, ils semblent avoir accordé une grande place aux ablutions et une importance notable à la propreté corporelle.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En français
  • Danino, Michel, L'Inde et l'invasion de nulle part : le dernier repaire du mythe aryen, Paris, Belles Lettres,‎ 2006, 422 p. (ISBN 2-251-72010-3)
  • Fussman, G.; Kellens, J.; Francfort, H.-P.; Tremblay, X., Aryas, Aryens et Iraniens en Asie Centrale. : I : Grammaire comparée et grammaire historique : quelle réalité est reconstruite par la grammaire comparée? (Xavier Tremblay). II : Entre fantasme, science et politique (Gérard Fussman). III : Les Airiia ne sont plus des Aryas : ce sont déjà des Iraniens (Jean Kellens). IV : La civilisation de l'Oxus et les Indo-Iraniens et Indo-Aryens en Asie Centrale (Henri-Paul Francfort)., Paris, Collège de France,‎ 2005, 346 p. (ISBN 2-86803-072-6)
  • Jarrige J.-F., Les Cités oubliées de l'Indus. Archéologie du Pakistan, Musée Guimet, 1988, 208 p., illustr.
Autres langues
  • (en) D.K. Chakrabarti, Indus Civilization Sites in India: New Discoveries, Marg Publications, Mumbai, 2004 (ISBN 8185026637)
  • (en) S.P. Gupta, The Indus-Saraswati Civilization : Origins, Problems and Issues, 1996 (ISBN 8185268460)
  • (en) J. Mark Kenoyer, Ancient cities of the Indus Valley Civilization., Oxford University Press, 1998 (ISBN 0195779401)
  • (en) B.B. Lal, India 1947-1997 : new light on the Indus civilization, New Delhi, Aryan Books International,‎ décembre 1998, 144 p. (ISBN 978-8173051296).
  • (en) B Lal, The earliest civilization of South Asia : rise, maturity, and decline, New Delhi, Aryan Books International,‎ 1er octobre 1997, 324 p. (ISBN 978-8173051074).
  • (en) S.R. Rao, Dawn and devolution of the Indus civilization, New Delhi, Aditya Prakashan,‎ 1er août 1991, 406 p. (ISBN 978-8185179742).
  • (en) Gregory L. Possehl, The Indus civilization : a contemporary perspective, Walnut Creek, CA, AltaMira Press,‎ janvier 2002, 288 p. (ISBN 978-0759101722).
  • (en) Jane McIntosh, The ancient Indus Valley : new perspectives, Santa Barbara, Calif, ABC-CLIO,‎ 12 novembre 2007, 441 p. (ISBN 9781576079072).
  • (en) Jim G. Shaffer, « The Indus Valley, Baluchistan and Helmand Traditions: Neolithic Through Bronze Age. », dans R.W. Ehrich (dir.), Chronologies in Old World Archaeology, 2e éd., University of Chicago Press, Chicago, 1992, I:441-464, II:425-446

Références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Danino, 2006 L'Inde et l'invasion de nulle part : le dernier repaire du mythe aryen.
  2. Bernard Sergent, « Genèse de l'Inde », Payot, 1997
  3. Gérard Fussman, Entre fantasme, science et politique, in : Aryas, ariens et iraniens en Asie Centrale, Collège de France 2005
  4. Sciences et Avenir HS n°163 juillet/août 2010

Liens externes[modifier | modifier le code]

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