Porcelaine de Chantilly

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Sommaire

[modifier] Histoire

" Porcelaine : Espèce de poterie fine et précieuse qui vient de la Chine ". (Définition du dictionnaire de Furetière, 1690)

Dès le XVIIe siècle, toutes les Cours d'Europe cherchèrent le secret de fabrication de la porcelaine, afin de diminuer les coûteuses importations d'Extrême-Orient. C'est à Chantilly que la porcelaine fut produite pour la première fois en France, sous l'impulsion de Louis-Henri, duc de Bourbon, créateur du jeu de l'oie géant dans le parc, et bâtisseur des Grandes Ecuries.

En 1725, un chimiste du nom de Cicaire Cirou mit au point pour le duc de Bourbon une pâte de porcelaine tendre, c'est-à-dire sans kaolin, mais se distinguant de la faïence par sa translucidité, obtenue à partir de matériaux extraits des sols de la région (marne de Luzarches, sable d'Aumont, etc.) et de poudre d'os broyés.

Un dessinateur, Jean-Antoine Fraisse, fut en même temps chargé de relever les décors orientaux, tels les motifs polychromes japonais du style " Kakiémon " dans un grand livre aquarellé destiné à servir de source d'inspiration aux décorateurs, que conserve encore la Bibliothèque du Musée Condé.

Le duc de Bourbon fit bientôt construire une manufacture dans une rue de Chantilly alors appelée rue du Japon, devenue aujourd'hui la rue de la Machine. En 1735, Louis XV accorda pour vingt ans un privilège à Cicaire Cirou.

Après la mort du duc de Bourbon en 1740, les commandes se firent plus rares et la production diminua. Bientôt la Marquise de Pompadour se passionna à son tour pour la porcelaine. Elle fit venir deux ouvriers de Chantilly pour fonder à Vincennes une manufacture qui se transporta ensuite à Sèvres. La manufacture royale de Sèvres bénéficiant par privilège de l'exclusivité des procédés les plus intéressants et des découvertes les plus récentes, Chantilly ne put longtemps soutenir la comparaison avec sa rivale : elle se vit ainsi interdire l'emploi de la polychromie puis des ors.

A partir de 1751 le nouveau directeur, Bucquet de Montvallier, qui avait déjà délaissé les motifs d'inspiration japonaise au profit d'un décor floral polychrome, adopta un nouveau style en camaïeu de bleu, dit " à la brindille ", proche des décors sur faïence.
En 1768 la découverte du Kaolin de Saint-Yrieix, près de Limoges, permit enfin à Sèvres, qui en obtint l'exclusivité, de réaliser des porcelaines en pâte dure, plus proches des modèles orientaux.

La porcelaine de Chantilly continua cependant d'être produite en pâte tendre, malgré ses nombreuses imperfections techniques, jusqu'en 1792. A cette date, un Anglais, Christophe Potter, racheta la manufacture pour y faire de la faïence. La fabrication de porcelaine reprit après la Révolution et se maintint jusqu'en 1870.

[modifier] Les techniques

Elaboration des formes et du décor en relief :

Les formes de Chantilly pouvaient être élaborées par coulage ou estampage, voire par tournage. Après une première cuisson dite de dégourdi, la pièce était trempée dans un bain d'émail, puis cuite à très haute température pour obtenir la porcelaine. Une première forme de décor pouvait être posée en relief par pastillage ou poinçonnage, notamment pour les prises en forme de lézard, fleurs de volubilis, etc.

[modifier] Le décor peint

Les motifs de style Kakiémon (fleurs, oiseaux, cailles, échassier, renard à la haie, jeux d'enfants...) sont tracés spontanément en brun sur émail cuit, à l'aide d'une plume ou d'un fin pinceau trempé dans un mélange de couleurs vitrifiables diluées dans l'eau sucrée. Puis on pose les cinq couleurs de la palette (rouge capucine, jaune pâle, vert tilleul, vert d'eau, bleu...) à l'aide d'un pinceau à remplir. Ces couleurs sont diluées dans un mélange d'essence de térébenthine plus ou moins grasse, afin de ne pas dissoudre le tracé et d'obtenir le modelé et les transparences désirées. Comme en Extrême-Orient, le vide blanc structure et organise la composition, généralement asymétrique. Le décor sera ensuite cuit à 800° pour être fixé dans l'émail.

[modifier] Lexique

Aile  : Bord de l'assiette ou d'un plat qui est séparée du fond (bassin) par le marli.
Marli : Partie séparant le fond (bassin) de l'aile d'une assiette ou d'un plat.
Biscuit : Porcelaine sans glaçure, cuite au demi-grand feu. Sa surface a l'apparence du marbre. Les premières exécutions en biscuit ont été faites à Sèvres.
Camaïeu : Peinture ton sur ton. Nuances à l'intérieur d'une même gamme de couleurs.
Chinoiseries : Décor de scènes fantaisistes créées par les peintres européens sur la vie des Chinois.
Colorants : Oxydes métalliques. Certains oxydes se dissolvent dans le fondant et présentent un ton très foncé.
Couteau à palette, ou spatule : Sert à la préparation de la couleur. Il est formé d'une lame souple en acier, montée sur manche en bois dur.
Essence grasse : Essence de térébenthine épaissie, partiellement oxydée.
Essence de térébenthine : Est obtenue par distillation de la résine de conifères.
Filet : Ligne très fine d'un millimètre soulignant l'arête de l'assiette.
Finissage : Se dit de la dernière phase d'application du décor tels que les traits d'ombre et la marque.
Four à moufle : Permet de cuire les couleurs sur porcelaine.
Fritte : Pâte vitrifiable composée de différents éléments (à demi-translucide).
Glaçure (ou émail) : Couche supérieur vitrifiable formée des mêmes éléments que la masse de porcelaine mais dans un dosage différent. Le biscuit est plongé dans un bain de glaçure, rarement pulvérisée.
Glaçure stannifère : Couche blanche couvrante, à base d'étain, élément essentiel de la fabrication de la faïence et de la porcelaine de Chantilly.
Kakiémon : Nom d'une famille de potiers japonais actifs entre 1680 et 1720, dont les motifs décoratifs furent copiés pendant longtemps, plus particulièrement à Meissen, en Saxe, en raison de l'harmonie de leurs compositions et de leurs coloris.
Manufacture : Production artisanale (à la main) par opposition à fabrique industrielle.
Miroir : (ou Bassin) Partie centrale de l'assiette.
Palette de verre : Sert à la préparation de la couleur. Un verre à vitre peut suffire. On doit le remplacer dès qu'il devient mat, pour éviter l'usure des pinceaux.
Peinture sous glaçure : Est appliquée directement sur le biscuit puis est glaçurée et cuite.
Porcelaine dure : Céramique de la meilleure qualité, à base de kaolin. Elle est blanche, mince et translucide (Sèvres, Limoges).
Porcelaine tendre : Cuite à plus basse température que la porcelaine dure, sa pâte ne comporte pas de kaolin. Elle permet donc l'usage de couleurs sous couverte beaucoup plus variées (Chantilly, Saint-Cloud).
Tournette : Petit tour de table utilisé pour tracer les lignes, bordure, bande, filets et rubans.

On peut voir des porcelaines de Chantilly au musée Condé