Paul Ier de Russie

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Paul Ier
Paul Ier de Russie par Vladimir Borovikovski
Paul Ier de Russie par Vladimir Borovikovski
Titre
Empereur de Russie
17 novembre 179623 mars 1801
4 ans, 4 mois et 6 jours
Couronnement 5 avril 1797
Prédécesseur Catherine II
Successeur Alexandre Ier
Biographie
Dynastie Maison Romanov
Nom de naissance Pavel Petrovitch Romanov
Date de naissance 1er octobre 1754
Lieu de naissance Saint-Pétersbourg (Russie)
Date de décès 23 mars 1801 (à 46 ans)
Lieu de décès Moscou (Russie)
Sépulture Cathédrale Pierre-et-Paul à Saint-Pétersbourg
Père Pierre III de Russie
Mère Catherine II de Russie
Conjoint Wilhelmina Louisa de Hesse-Darmstadt
Sophie-Dorothée de Wurtemberg
Enfant(s) Alexandre Ier de Russie
Constantin Pavlovitch de Russie
Alexandra Pavlovna de Russie
Maria Pavlovna de Russie
Katarina Pavlovna de Russie
Éléna Pavlovna de Russie
Olga Pavlovna
Anna Pavlovna de Russie
Nicolas Ier de Russie
Michel Pavlovitch

Signature

Paul Ier de Russie
Monarques de Russie

Paul Ier de Russie (en russe : Павел I Петрович, Pavel I Petrovitch ; né le 1er octobre 1754, assassiné le 23 mars 1801 à Saint-Pétersbourg) est empereur de Russie de 1796 à sa mort en 1801, duc de Holstein-Gottorp de 1762 à 1773 (Paul de Holstein-Gottorp). Il a occupé également les fonctions de facto de Grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem entre 1798 et 1801.

Un prince mal aimé[modifier | modifier le code]

Le tsarévitch Paul présente sa fiancée à sa mère l'impératrice Catherine II (Stefano Torelli, 1776)

Paul Ier de Russie appartient à la première branche de la Maison d’Oldenbourg-Romanov (Holstein-Gottorp-Romanov) issue de la première branche de la Maison de Holstein-Gottorp, elle-même issue de la première branche de la Maison d'Oldenbourg. Il est l’ascendant de l’actuel chef de la Maison impériale de Russie, le grand-duc Nicolas Romanovitch et du prince Georgui de Russie.

Paul Ier, dont la filiation est incertaine (est-il le fils de Pierre III assassiné en 1762 ou de Saltykov, l'amant de sa mère ?) a été élevé par Nikita Panine. Obsédé par la mort tragique de son père, il commence à s’engager dans des intrigues, car il soupçonne sa mère de vouloir le faire assassiner. Après la mort de sa première épouse et de l'enfant qu'elle porte (1776), l’impératrice lui procure une autre épouse, la belle Sophie-Dorothée de Wurtemberg, baptisée en russe « Maria Feodorovna », qui lui donne dix enfants.

À la naissance du premier de ses petits-enfants, Catherine II lui donne le domaine de Pavlovsk. Paul et son épouse voyagent en Europe, notamment à Paris sous les noms d'emprunt de comte et comtesse du Nord. Le 22 juin 1782 à 11 heures et demie du matin ils traversent Varades (44) suivis de six voitures. Ils allaient à Brest en Bretagne[1]. En 1783, l’impératrice lui offre une autre propriété à Gatchina, où il est autorisé à maintenir une brigade de soldats qu’il dirige sur le modèle prussien.

Une politique intérieure différente de celle de Catherine II[modifier | modifier le code]

Catherine II, consciente de l’incapacité de son fils à gouverner préparait sa succession en faveur de son petit-fils Alexandre mais elle meurt d’une crise cardiaque et Paul, méfiant, fait brûler tous les documents concernant la succession de sa mère.

Paul est animé d'une profonde rancune envers sa mère, ses favoris, ses conseillers et tout ce qu'elle admirait. Anéantir l'œuvre et les décisions de la Grande Catherine est une constante de son court règne de cinq ans. Sa politique prend véritablement le contre-pied de celle de sa mère :

  • Il modifie la loi de succession au trône lors de son couronnement de 1797 : la primogéniture mâle remplace le libre choix du monarque régnant tel que l'avait prévu Pierre le Grand en 1722. La succession au trône de Russie est déterminée par une règle fixe et précise qui prévaudra jusqu'à la chute de la monarchie en 1917.
  • Il fait sortir de prison des écrivains et des intellectuels exilés par sa mère et autorise leur retour en Russie. Radichtchev est autorisé à rentrer de son exil sibérien, mais maintenu en résidence surveillée, et Nikolaï Novikov libéré de la prison de Schlüsselburg, tout en étant maintenu en résidence surveillée, ainsi que des dirigeants de la révolte polonaise de 1795 dont Tadeusz Kosciuszko.
  • Il manifeste le souci de défendre l'autocratie, mais n'entend laisser que peu de libertés à la noblesse. C'est en ce sens que sont promulgués 2 000 actes rétablissant par exemple les châtiments corporels pour les nobles et les rappelant au service actif dans l'armée. Il s'appuie parallèlement de plus en plus sur la bureaucratie pour des tâches d'administration locale et générale de préférence à la noblesse. Dans le même temps, il prend quelques mesures pour adoucir le sort des serfs : les corvées sont limitées à trois jours par semaine et interdites les dimanches et fêtes. Les paysans ne peuvent plus être vendus aux enchères. Ces lois ne sont pas appliquées et peut-être ne pouvaient-elles pas l'être, mais elles constituent un tournant dans l'attitude du gouvernement russe face au servage : dorénavant, la limitation et, à terme, l'abolition du servage vont devenir des solutions envisagées par l'État.

Une politique étrangère aventureuse[modifier | modifier le code]

Paul Ier de Russie, (à noter la présence du collier de l’Ordre de Malte autour de son cou).

La Russie membre de la deuxième coalition[modifier | modifier le code]

2 Kopecks au monograme de Paul Ier, 1797

Face aux victoires de la France, Paul Ier rejoint le camp des ennemis de la France révolutionnaire. La Russie entre en guerre contre la France en tant que membre de la deuxième coalition dont Paul Ier est le principal artisan et qui comprend également la Grande-Bretagne, l'Autriche, le royaume de Naples, le Portugal et l'Empire ottoman.

Dans le cadre de cette guerre, une flotte russe commandée par l'amiral Otchakov franchit les Détroits et s'empare des îles ioniennes sous domination française et y rétablit la souveraineté turque. L'influence russe en Méditerranée s'accroît encore puisque l'empereur de Russie accepte, à la demande des chevaliers de l'Ordre de Malte, d'être élu grand-maître. Cet évènement sans précédent dans l’histoire de l’Ordre puisque Paul Ier est orthodoxe et marié, amène le pape Pie VI à ne pas le reconnaître comme grand maître. Au décès de Paul Ier, en 1801, son fils Alexandre Ier de Russie, conscient de cette irrégularité, décide de rétablir les anciens us et coutumes de l’Ordre catholique des Hospitaliers[2], par un édit du 16 mars 1801 par lequel il laisse les membres profès libres de choisir un nouveau chef. Néanmoins, étant donnée l’impossibilité de réunir l’ensemble des électeurs, le comte Nicolas Soltykoff assure l’intérim de la charge. Finalement, en 1803, il est convenu que la nomination du grand maître incombe uniquement et exceptionnellement au Pape Pie VII alors régnant ; le 9 février 1803[2], le pape choisit le candidat élu du Prieuré de Russie, le bailli Giovanni Battista Tommasi.

Le rapprochement avec Bonaparte[modifier | modifier le code]

Le continent européen reste néanmoins le principal théâtre d'opérations. Des troupes russes viennent renforcer les Alliés dans les Pays-Bas autrichiens et en Suisse mais c'est en Italie que l'intervention russe connaît ses succès les plus importants. Une armée de 18 000 Russes et de 40 000 Autrichiens commandée par Souvorov contraint les Français à se retirer d'Italie et de Suisse. Il ne peut néanmoins envahir la France, battu par Masséna en Suisse. En Hollande, le général Brune contraint les Austro-Russes à déposer les armes.

Profondément mécontent de l'attitude de l'Autriche et de la Grande-Bretagne qui n'ont pas suffisamment soutenu les troupes russes dans les Pays-Bas, Paul Ier se retire de la coalition. En 1800, il change de camp et se rapproche de la France, considérant la prise du pouvoir par Bonaparte comme un gage de stabilité, chassant les émigrés de Milan. Avec la Prusse, le Danemark et la Suède, il adhère à la Ligue des Neutres et manifeste son mécontentement envers l'Angleterre.

Assassinat[modifier | modifier le code]

Dans la cathédrale Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg se trouve à droite le tombeau de marbre blanc de l'empereur Paul Ier et à gauche celui de sa seconde épouse Sophie-Dorothée de Wurtemberg (Maria Fiodorovna)

Une conspiration est organisée notamment par les comtes Pahlen et Panine, et un aventurier mi-espagnol mi-napolitain, l'amiral José de Ribas. La mort de Ribas en retarde l’exécution. Dans la nuit du 23 mars 1801, Paul est assassiné dans sa chambre du palais Saint-Michel par un groupe d’ex-officiers menés par le général Bennigsen, un Hanovrien au service de la Russie : les soldats font irruption dans la chambre impériale après avoir pris un souper très arrosé ensemble. Ils obligent l’empereur à signer son abdication. L’empereur résiste, l'un des assaillants le frappe avec une épée, puis il est étranglé et piétiné à mort. Selon une autre thèse, la tête de Paul Ier aurait heurté le dessus de cheminée[réf. souhaitée]. L’un des meurtriers, le général Zoubov, annonce à Alexandre Ier, qui réside au palais, son accession au trône.

Le prétendant au trône de France, Louis XVIII, déclare à l’époque que : « Paul Ier avait été victime d’une conspiration de palais où se trouvèrent l’or et la main du gouvernement britannique. »

On ignore toujours si le meurtre de Paul Ier était projeté par les conspirateurs (son fils Alexandre ne semblait pas s'y attendre) ou s'il a été le résultat d'un accident.

Descendance[modifier | modifier le code]

Anecdote[modifier | modifier le code]

Un cuirassé de la Marine impériale russe porta le nom d'Empereur Paul Ier, affecté dans la flotte de la Baltique, il participa à la Première Guerre mondiale, à la Révolution de février 1917 et à la Révolution d'Octobre 1917.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Registres paroissiaux et d'état civil de Varades (44) - année 1782
  2. a et b p. 693c du Quid 2005.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Troyat, Paul Ier le tsar mal aimé, éd. Grasset, 2002 ;
  • Paul Mourousy, Le Tsar Paul Ier, éd. du Rocher, 1997 ;
  • Alexeï Peskov, Paul Ier, empereur de Russie, ou le 7 novembre, Fayard, 1996 ;
  • Constantin de Grunwald : L’Assassinat de Paul Ier, tsar de Russie, Hachette, 1960.
  • Alain Blondy Paul Ier de Russie, l’Ordre de Malte et le catholicisme, Revue des études slaves, LXX/2, 1998, 411-430.