Affaire Adama Traoré

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Affaire Adama Traoré
Nature du délit Homicide involontaire
Titre Affaire Adama Traoré
Pays de lieu du délit Drapeau de la France France
Ville Beaumont-sur-Oise
Date du délit
Nombre de victimes 1 : Adama Traoré
Jugement
Statut Instruction en cours

L'affaire Adama Traoré est une affaire judiciaire qui a pour origine la mort d'un homme de 24 ans, Adama Traoré, le à la gendarmerie de Persan, à la suite de son interpellation à Beaumont-sur-Oise, dans des conditions encore non éclaircies. La mort prend une ampleur judiciaire suite à des dépôts de plainte concernant un possible homicide involontaire, de supposées entraves à l'enquête et pour non-assistance à personne en danger[1].

Dans les jours qui suivent l'annonce du décès, des manifestations se déroulent à Beaumont-sur-Oise et à Paris à l'initiative de la famille, pour demander de faire toute la lumière sur les circonstances de l'interpellation.

L'affaire suscite de nombreuses réactions politiques et ses rebondissements judiciaires sont l'objet d'une importante couverture médiatique, relançant notamment un débat sur l'utilisation du plaquage ventral lors des interpellations policières.

Interpellation et mort[modifier | modifier le code]

Le 19 juillet vers 17 h, Adama Traoré et son frère Bagui se trouvent près des bars le Balto et le Paddock[2] à Beaumont-sur-Oise. Un véhicule de la gendarmerie de L'Isle-Adam s'arrête non loin de ces établissements, dans le dessein d'interpeller Bagui Traoré, visé par une enquête pour « extorsion de fonds avec violence »[2]. Deux gendarmes en civil sortent du véhicule et interpellent les deux hommes. Les gendarmes les avertissent qu'il s'agit d'un contrôle d'identité[2].« Bagui, visé par l’enquête, reste sur place, «calme», selon le récit des gendarmes. Adama, lui, s’enfuit en courant, selon sa famille parce qu’il n’avait pas ses papiers sur lui ». Il était déjà connu des gendarmes pour des petits délits, selon son avocat[2],[3],[4].

Selon les déclarations des gendarmes, deux d'entre eux se lancent alors à la poursuite d'Adama Traoré[2]. Ce dernier est rattrapé, refuse de présenter sa carte d'identité, puis est maîtrisé et menotté[2]. Selon les déclarations de leurs avocats, trois moments sont en fait à distinguer : Adama Traoré a une première fois pris la fuite. Deux gendarmes se sont mis à sa poursuite, mais l'un des deux seulement l'a rattrapé, l'autre s'étant tordu la cheville. Face au gendarme qui l'a rattrapé, Adama Traoré fait mine de sortir ses papiers, mais le bouscule et reprend la fuite. Il est rattrapé une seconde fois, et est alors menotté. C’est là, selon les avocats, qu’« un individu intervient et violente le militaire qui se retrouve à terre », et qu'Adama Traoré s'enfuit une troisième fois[5]. « Le gendarme est retrouvé par ses collègues avec des taches de sang sur son tee-shirt »[2]. Aussitôt, un appel radio est passé pour retrouver le fugitif[2].

Selon les auditions des différents gendarmes présents ce jour-là, citées par le quotidien Libération[2], une patrouille s'oriente vers une adresse proche des deux bars où les frères ont été interpellés, grâce aux indications d'un témoin[2]. L'homme chez qui Adama Traoré s'est réfugié leur indique tout de suite qu'il est chez lui[2]. Ils repèrent Adama Traoré, « "enroulé dans un drap", par terre à côté d’un canapé »[2]. Ils se jettent sur lui et s'aperçoivent qu'il n'est plus menotté. À trois, ils le maîtrisent en effectuant un plaquage ventral. Adama Traoré les aurait alors prévenus qu'il « a[vait] du mal à respirer »[2], selon les déclarations des gendarmes aux enquêteurs, et il n’opposait pas de résistance[2]. Il se serait ensuite levé « seul » mais « difficilement » pour être emmené dans la voiture[2]. Pendant le trajet, qui aurait duré entre 3 et 4 minutes, Adama Traoré donne l'impression de faire un malaise[2]. Arrivés dans la cour de la gendarmerie de Persan, les gendarmes remarquent qu'Adama Traoré a uriné sur lui pendant le trajet mais ils indiquent que le jeune homme respire encore. Les gendarmes précisent l'avoir alors allongé sur le sol en position latérale de sécurité (PLS), toujours entravé par des menottes, « ne sachant pas s’il simulait ou pas ».

À 17 h 46, les pompiers sont appelés[2]. À leur arrivée, ils constatent que l'homme n'a pas été placé en position latérale de sécurité et gît, attaché par des menottes, face contre terre[6]. Il ne respire plus[2]. Ils appellent le Samu dans les minutes qui suivent[2]. Après plusieurs vaines tentatives de réanimation, qui durent environ une heure, il est déclaré mort à 19 h 5[2].

Le corps d'Adama Traoré est inhumé le 7 août 2016 au Mali dans le cimetière de Kalabancoro, non loin de Bamako, dont sa mère était originaire.

Autopsies et expertises[modifier | modifier le code]

Les premiers rapports médicaux rendus par la police indiquent que le jeune homme est mort d'un arrêt cardiaque.

Après l'autopsie et en attente de résultats complémentaires biologiques, le procureur de Pontoise Yves Jannier indique que selon l'autopsie, Adama Traoré souffrait d'« une infection très grave, touchant plusieurs organes », ce qui sera démenti par la suite. Il indique également que le jeune homme n'a pas subi de violences[7], ce que confirme une seconde autopsie demandée par la famille, laquelle cependant n'évoque pas d'infection contrairement à la première[8].

L'avocat de la famille reproche au procureur d'avoir omis que les deux rapports signalent comme cause de la mort un « syndrome asphyxique », sans que les légistes puissent déterminer la cause de ce syndrome[9]. La réalisation d'une troisième autopsie, réclamée par la famille, est refusée[10].

Première expertise[modifier | modifier le code]

Une première expertise effectuée à partir d'un scellé contenant des « vomissures » indique l'absence de traces d'alcool, de stupéfiants et de médicaments. Une seconde expertise faite avec divers prélèvements physiologiques met en avant la présence de cannabis, lequel aurait été consommé moins de 12 heures avant le décès[11].

Deuxième expertise[modifier | modifier le code]

Le 3 février 2017, une nouvelle expertise conclut « d'après ses antécédents médicaux qu'Adama Traoré n'était pas malade » « sa mort serait due à un «syndrome asphyxique» dont l'origine est à déterminer. »[12].

Contre-expertise[modifier | modifier le code]

Le 4 juillet 2017, le journal Le Parisien révèle les conclusions d'une contre-expertise datée du 22 juin 2017 par le professeur Jean-Patrick Barbet et le docteur Pierre Validiré, demandée par la famille de la victime. Ils indiquent qu’« aucun signe ne permet d’évoquer un état infectieux antérieur » chez le jeune homme et que « l’ensemble de ces constations permet de conclure que la mort de Monsieur Adama Traoré est secondaire à un état asphyxique aigu, lié à la décompensation – à l’occasion d’un effort et de stress - d'un état antérieur plurifactoriel associant notamment une cardiomégalie (ndlr : un coeur plus gros que la normale) et une granulomatose systémique de type sarcoïdose »[13],[14].

Ces nouvelles informations pourraient permettre, selon l'avocat de la famille, de saisir le Conseil supérieur de la magistrature, afin que le procureur Yves Jannier soit sanctionné pour ce que l'avocat décrit comme des « déclarations contraires à la vérité ». Le dossier de l'affaire a été transféré au Tribunal de grande instance de Paris pour que les trois juges puissent rapidement entendre les gendarmes liés à la mort d'Adama Traoré.

Le lendemain, plusieurs titres de presse insistent sur le fait que la contre-expertise est plus nuancée que ne le faisaient paraître les premières révélations de la presse et notent qu'Adama Traoré a bien succombé à "un état asphyxique" mais que celui-ci était lié à des maux dont souffrait le jeune homme[15],[16].

Le 31 juillet 2017, l'avocat d’un des gendarmes déclare que « la version des gendarmes est confirmée à 100 % par les expertises »[17].

Contestation des actions de gendarmes[modifier | modifier le code]

Le , la famille dépose une plainte contre une gendarme, officier de police judiciaire en résidence dans la gendarmerie de L'Isle-Adam (Val-d'Oise)[18], à laquelle appartiennent aussi les gendarmes qui ont procédé à l'interpellation d'Adama Traoré. Il lui est reproché des « faux en écritures publiques aggravés, dénonciation calomnieuse et modification de scène de crime »[18]. Celle-ci, sans avoir été désignée pour participer à l'enquête, aurait procédé à différents actes que la famille estime préjudiciables à la manifestation de la vérité. Selon France 3, qui a consulté la plainte déposée par la famille, cette gendarme aurait invoqué, pour justifier ces actes, l'enquête en cours, alors que le parquet de Pontoise ne lui aurait donné aucune instruction pour agir[19]. Elle aurait en particulier effectué « une saisie d'une pièce importante pour l'enquête, à savoir le polo porté par l'un des gendarmes, maculé de traces rougeâtres s'apparentant à du sang[18]. » Elle aurait aussi « décidé de ne pas attendre les consignes » du magistrat de permanence, et « pris l'initiative d'isoler les militaires du peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie (Psig) ayant participé » à l'interpellation d'Adama Traoré[19].

Le 21 septembre, c'est la gendarme visée par la plainte de la famille en août qui à son tour dépose deux plaintes, l’une contre X pour dénonciation calomnieuse, l’autre pour diffamation à l’encontre du site Mediapart, expliquant par l'intermédiaire de son avocat, que ses interventions ont au contraire été « utiles à la manifestation de la vérité ». Elle avait notamment écrit qu'Adama Traore s’était « interposé à l’interpellation de son frère » et avait commis « des violences » contre un gendarme[20].

D'autres éléments de la communication policière sont critiqués, d'une part le fait que lorsqu'un agent se blesse tout seul à une cheville, les rapports indiquent la communication suivante « un suspect en fuite. Un gendarme blessé », d'autre part le délai de 3 heures pour annoncer la mort d'Adama Traoré à sa famille[21].

Par ailleurs, la déposition du pompier intervenu à l'appel des gendarmes infirme certaines déclarations de ceux-ci. Contrairement à ce qu'ils ont affirmé lors de leurs auditions, les gendarmes n'ont pas placé Adama Traoré en position latérale de sécurité (PLS). Le pompier indique notamment : « Quand j'arrive, il n'est pas en PLS. Il est face contre terre ». Lorsque le secouriste demande que l'on retire les menottes du jeune homme, les gendarmes lui répondent que l'interpellé simule. Pourtant, l'homme constate qu'Adama Traoré n'a plus de ventilation[22]. À la suite de la divulgation de ces éléments, l'avocat de la famille annonce le 14 septembre déposer une nouvelle plainte pour « non-assistance à personne en danger »[23], soulignant notamment le fait que les pompiers ont dû insister plusieurs fois avant que les gendarmes acceptent d’ôter les menottes[1].

Polémique sur la communication du parquet de Pontoise[modifier | modifier le code]

Le [24], Mediapart révèle que le parquet de Pontoise a lancé une enquête contre Adama Traoré alors que celui-ci était mort depuis 24 heures[25]. Mediapart indique que cela semble curieux puisqu'il est impossible de poursuivre une personne décédée. L'avocat de la famille déclare que plusieurs documents médicaux essentiels n'avaient pas été transmis au juge d'instruction. Compte tenu des autres éléments, il craint que cela ne confirme les craintes de la famille, qui estime que l'enquête ouverte par le procureur n'est là que pour entraver l'information judiciaire du juge d'instruction[26]. Les documents qui seraient manquants dans le dossier du juge d'instruction sont notamment les rapports des pompiers et du SMUR[26], ainsi qu'un troisième document, lui aussi d'ordre médical, émis après la mort de la victime. Le , l'avocat des proches d'Adama Traoré indique que si ces documents ne sont pas récupérés très rapidement, une plainte sera déposée pour « dissimulation de preuves »[26]. Il ajoute, « nous voilà quinze jours après les faits, le corps d'Adama Traoré sera inhumé dimanche et l'on ne dispose toujours pas de ces documents. Ce qui signifie que la justice a délivré le permis d'inhumation sans avoir eu accès au rapport des services d'urgence. C'est complètement anormal »[27].

Le 30 juillet, l'avocat de la famille, Yassine Bouzrou, déclare que l’asphyxie est présentée comme cause de la mort dans les deux rapports d’autopsie qu’il a pu consulter. Il relève que cet élément n'a pas été mentionné dans les déclarations du procureur de la République de Pontoise[28]. Celui-ci a pourtant communiqué sur une prétendue « infection très grave touchant plusieurs organes » dont souffrait Adama alors que la première autopsie décrit des « lésions d’allures infectieuses »[29]. Cette communication judiciaire est critiquée par plusieurs médias ; Le Monde notamment dénonce une « communication sélective » du procureur de Pontoise, qui n'avait pas évoqué le syndrome d'asphyxie auquel Adama Traoré a succombé[30].

Le 12 août 2016, le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) indique se constituer partie civile dans l'enquête et annonce qu'il porte plainte contre le procureur de la République de Pontoise, Yves Jannier, « pour entrave à la manifestation de la vérité »[31].

Le 18 août, le procureur général de Versailles se déclare favorable au dépaysement de l'enquête sur la mort d'Adama Traoré[32].

Le 15 septembre 2016, la presse voit dans la mutation annoncée du procureur de la République Yves Jannier, une sanction suite à cette affaire[33],[34].

Fin octobre, la cour de cassation donne son accord pour la procédure de dépaysement, l'affaire est reprise par le procureur de Paris avec la nomination attendue d'un nouveau magistrat instructeur[35].

Controverse sur l'utilisation du plaquage ventral[modifier | modifier le code]

Les techniques utilisées par les gendarmes lors de l'interpellation, principalement le plaquage ventral, sont mises en cause[36],[37].

Selon l'Obs, qui déclare s'appuyer sur une source judiciaire, les gendarmes ont déclaré aux enquêteurs : « nous avons employé la force strictement nécessaire pour le maîtriser », ajoutant : « il a pris le poids de nos corps à tous les trois au moment de son interpellation »[38].

L'avocat de la famille déclare avoir déposé plainte le jeudi « pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner »[27] et avoir « demandé en même temps le dépaysement du dossier afin qu'il soit instruit dans de meilleures conditions et en toute impartialité »[27].

Selon l'ACAT (Action chrétienne pour l’abolition de la torture), le plaquage ventral « a fait au moins 8 morts ces dix dernières années[39] » et a été abolie en Suisse et en Belgique, de même qu’elle est interdite pour les forces de l’ordre de New York et de Los Angeles[40]. En France, Dominique Baudis, Défenseur des droits, dans une décision d’avril 2012 insiste sur la dangerosité de cette technique[41]. En 2011, Amnesty International dénonce son utilisation, notamment sur le fait que face à un individu agité, « un agent de la force publique aura tendance à exercer […] une compression supplémentaire, afin de maîtriser la personne, compromettant davantage encore ses possibilités de respirer »[41].

En septembre 2016, les éléments de l'enquête, et notamment l'audition par l'IGGN du chef de la patrouille, confirment la thèse de l’étouffement[42]. Selon la juriste spécialisée dans les droits de l'homme, Aline Daillère, quatre morts en France lors d'interpellations sont imputables à cette technique, les précédents datant de 2007, 2008 et 2015[40].

Réaction et communication de la famille[modifier | modifier le code]

Adama Traoré est issu d'une famille très nombreuse. Son père, Makan Traoré, chef de chantier d'origine malienne, a eu dix-sept enfants de quatre mères différentes (« deux Blanches, successivement, puis deux Noires, en même temps »)[43]. Makan Traoré a fait de sa famille une famille soudée[43],[44]. Lorsqu'il meurt en 1999, c'est l'une de ses filles, Assa Traoré, qui endosse son rôle de chef de famille et s'occupe de ses petits frères et sœurs[43],[44]. Au lendemain de la mort d'Adama Traoré, c'est naturellement Assa que sa famille choisit comme porte-voix[43]. Mère de trois enfants, Assa Traoré est éducatrice à Sarcelles, dans une fondation de protection de l’enfance[43],[44].

Tout de suite après la mort de son frère, Assa Traoré parle de bavure policière, elle remet en cause la version officielle et, face aux louvoiements du procureur, elle demande des précisions ; elle établit un rapport de force avec les médias afin qu'ils n'en restent pas à la version des pouvoirs publics[43],[44]. Son seul objectif déclare-t-elle, c'est « la justice pour Adama » : elle dit refuser de servir une autre cause, la lutte contre le racisme ou les violences policières par exemple, car ce n'est pas son combat ; elle garde ses distances avec les associations et ne prend pas la pose avec des personnalités politiques[43],[45],[44]. Lorsqu'elle s'exprime sur la mort de son frère, Assa Traoré fait montre d'un certain charisme[43],[44]. Si Assa Traoré a des mots très sévères pour les gendarmes qui ont interpellé Adama, pour le procureur de la République et pour la maire de Beaumont-sur-Oise, elle appelle aussi au calme les personnes qui soutiennent sa famille et elle condamne les violences[45].

D'autres membres de la fratrie sont également impliqués dans le combat de la famille « pour la vérité »[43]. Lassana le grand frère ; Youssouf et Yacouba qui s'occupent de la logistique et notamment des tee-shirts ; Hawa qui organise des événements de soutien en province ; Samba qui met en place une équipe de médiateurs dans le quartier de Boyenval et qui, contre l'avis du préfet, y organise des rondes le soir à partir de 20 heures pour que le quartier garde son calme[43],[45].

Le 15 mars 2017, Yacouba Traoré est condamné à 18 mois de prison ferme, pour avoir passé à tabac un jeune homme qui avait porté plainte contre Adama Traoré, accusant ce dernier de l'avoir violé lorsqu'il était son codétenu[46],[47].

En 2017, Assa Traoré publie avec Elsa Vigoureux le livre Lettre à Adama, au Seuil.

Réactions en France et écho international[modifier | modifier le code]

Manifestations[modifier | modifier le code]

Immédiatement après la mort d'Adama Traoré, plusieurs nuits d'échauffourées ont lieu à Beaumont-sur-Oise et dans les communes avoisinantes. Une marche blanche rassemble plus de 1 500 personnes le 22 juillet, dans les rues de la commune[48].

Puis, à l'appel de la famille du défunt, 600 personnes[28] se rassemblent à proximité de la gare du Nord à Paris le . Cependant, la manifestation ayant été déclarée seulement le vendredi 29 juillet à la préfecture de police de Paris, alors que le délai avant de manifester était d'au minimum trois jours, le cortège est bloqué par une quarantaine de CRS[49].

Le 5 novembre 2016 une manifestation à Paris regroupe 800 personnes, aux slogans « Justice pour Adama » et « Faisons front contre l'impunité des gendarmes »[50].

Le 17 novembre 2016, des incidents se produisent en marge d'un conseil municipal de la commune de Beaumont-sur-Oise où la maire voulait faire approuver la prise en charge par la commune des frais de justice suite à sa plainte en diffamation envers Assa Traoré, la sœur d'Adama, qui avait accusé Nathalie Groux d'être « du côté des gendarmes, ce qui veut dire du côté de la violence policière »[51]. Des proches de la famille sont empêchés d'accéder à la salle, celle-ci étant pleine, le ton monte, une policière municipale se plaint de violences ; au même moment, des affrontements ont lieu dans le quartier Boyenval entre la gendarmerie et des personnes du quartier. La réunion est finalement annulée faute de quorum, les élus d'opposition étant sortis de la salle pour calmer les personnes cherchant à rentrer[52]. D'autres incidents éclatent à Beaumont-sur-Oise dans les jours qui suivent, notamment à la suite de l'incarcération de deux frères Traoré suspectés d'outrage à agent[53] (Youssouf sera condamné pour outrages et menaces de mort tandis que Bagui est condamné pour outrages et violences à l’égard de policiers municipaux et gendarmes mais fait appel[54] ; il est condamné à six mois de prison ferme en appel[55]) ; la sœur du défunt appelle au calme tout en s'interrogeant sur le jeu des autorités qui rajouteraient de l'huile sur le feu[56].

Le 28 février 2017, Bagui Traoré est placé en garde à vue, suspecté d'avoir ouvert le feu sur les gendarmes pendant les émeutes. Une information judiciaire est ouverte pour tentatives d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique[57].

Interventions publiques en lien avec l'affaire[modifier | modifier le code]

Plusieurs artistes, notamment Rohff, Kery James, Soprano, Youssoupha, Nekfeu, Joey Starr ou encore Omar Sy, ont apporté leur soutien à la famille du défunt[58].

Jean-Luc Mélenchon dénonce quant à lui le 9 août une tendance à la militarisation de l'action policière, affirmant qu'« on ne doit pas mourir dans une interpellation »[59].

Dominique Sopo, le président de SOS Racisme, pointe dans une lettre ouverte plusieurs défauts dans la façon de procéder des autorités pendant et après l'événement. Il dénonce les imprécisions dans le discours du procureur, ainsi que plusieurs points obscurs, dont l'inaction des gendarmes en voyant Adama Traoré faire un malaise[60].

Acrimed dénonce, quant à elle, le temps de 23 secondes seulement consacré à l'affaire dans le journal télévisé de France 2, se situant, selon elle, « entre approximations et contre-vérités ». Elle déplore que la chaîne donne à cet événement l'image d'une affaire déjà classée[61].

Dans son dernier clip intitulé Je suis chez moi sorti fin août 2016, le rappeur Black M porte à plusieurs reprises un t-shirt « Justice pour Adama »[62]. Cependant, le floutage du message lors de la diffusion du clip sur W9 provoque une polémique. Plusieurs médias critiquent le choix éditorial de la chaîne[63].

Sa famille interpelle François Hollande le 28 septembre 2016 au sujet des violences policières[64]. En janvier 2017, le magazine Valeurs Actuelles publie une enquête qui remet en cause la version de la famille Traoré[65].

Rapprochement avec le mouvement Black Lives Matter[modifier | modifier le code]

Un rapprochement est fait avec le mouvement Black Lives Matter en France, portant sur la question raciale dans le comportement de la police[66] ainsi qu'à l'étranger[67],[68]. Plusieurs manifestations sur ce thème ont lieu, fin août et en septembre[69].

Écho international[modifier | modifier le code]

L'affaire Traoré fait l'objet d'un traitement dans plusieurs médias étrangers comme The Washington Post[70], le Daily Mail[71], The Guardian[72], le Bangkok Post[73], Al Jazeera[74], The New York Times[75], la Neues Deutschland[76], Le Soir[77], la Tribune de Genève[78].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « La famille d'Adama Traoré dépose une troisième plainte, cette fois pour non assistance à personne en danger », France 3, 15 septembre 2016.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s et t Ismaël Halissat et Amélie Quentel, « Mort d’Adama Traoré : la vérité étouffée », Libération, 1er août 2016.
  3. Le récit de l'arrestation d'Adama Traoré, mort dans une gendarmerie du Val-d'Oise le 19 juillet, francetvinfo.fr, 1/08/2016
  4. Val-d'Oise : Champagne, village secoué par le choc de la mort d’Adama, marianne.net, 25 juillet 2016
  5. « VIDEO. Affaire Adama Traoré : les avocats des gendarmes brisent le silence », Le Parisien, 12 octobre 2016.
  6. Julia Pascual, « Mort d’Adama Traoré : un pompier contredit la version des gendarmes », Le Monde, 14 septembre 2016
  7. « France - Mort d'Adama Traoré : l'autopsie montre qu'il "n'a pas subi de violences" - JeuneAfrique.com », sur Jeune Afrique, (consulté le 7 août 2016)
  8. Faïza Zerouala, « Mort d'Adama Traoré: «Aucune trace de violences» selon la contre-autopsie », sur Mediapart, (consulté le 7 août 2016)
  9. Laurent Mouloud, « Qu’est-ce qui a asphyxié Adama Traoré ? », sur L'Humanité, (consulté le 7 août 2016)
  10. « Mort d’Adama Traoré : la justice refuse d’ordonner une troisième autopsie », LeMonde.fr,‎ (lire en ligne).
  11. « Mort d'Adama Traoré: une autre expertise affirme qu'il avait fumé du cannabis », le 11 août 2016 sur lexpress.fr
  12. Timothée Boutry, « Val-d'Oise : selon les experts, Adama Traoré n'était pas malade », le 3 février 2017 sur leparisien.fr
  13. « Le décès par asphyxie d’Adama Traoré confirmé par une contre-expertise », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  14. Jean-Michel Décugis, « Une expertise confirme la thèse de la mort par asphyxie d’Adama Traoré », leparisien.fr,‎ (lire en ligne)
  15. Adama Traoré: la contre-expertise plus nuancée qu'annoncé, bfmtv.com, 5 juillet 2017
  16. Ismaël Halissat, Mort d'Adama Traoré : ce que conclut vraiment la nouvelle expertise médicale, liberation.fr, 5 juillet 2017
  17. Frédéric Naizot, « Adama Traoré : "La version des gendarmes confirmée à 100 % par les expertises" », leparisien.fr, 31 juillet 2017.
  18. a, b et c « Nouvelles zones d'ombre autour de la mort d'Adama Traoré », sur Le Point, (consulté le 6 août 2016).
  19. a et b FranceTVInfo, « Mort d'Adama Traoré : la famille porte plainte contre une gendarme pour faux en écritures publiques et modification de scène de crime », publié le 6 août 2016.
  20. « Une gendarme porte plainte contre la famille d'Adama Traoré et Mediapart » publié le 21 septembre 2016 sur liberation.fr
  21. Emmanuel Leclère, « Affaire Traoré : autopsie de dysfonctionnements judiciaires en série... », dans Le zoom de la rédaction diffusé par France Inter le 4 octobre 2016 à h 15
  22. « Mort d'Adama Traoré: "Un gendarme m'a indiqué que la victime simulait" » publié le 14 septembre 2016 sur lexpress.fr
  23. Elsa Vigoureux, « Mort d'Adama Traoré : "Je leur ai demandé d'enlever les menottes. Ils ont répondu non" » publié le 14 septembre 2016 sur nouvelobs.com
  24. Libération, Ismaël Halissat et Amélie Quentel, Adama Traoré enterré dimanche au Mali, 5 août 2016.
  25. Faïza Zéroula, « Le parquet a lancé une enquête contre Adama Traoré alors qu’il était déjà mort », sur Mediapart, (consulté le 5 août 2016).
  26. a, b et c BFMTV, « L'avocat des proches d'Adama Traoré menace de porter plainte pour "dissimulation de preuves" », sur BFMTV, (consulté le 5 août 2016).
  27. a, b et c * Elsa Vigoureux, « "Le corps d'Adama Traoré va être inhumé et l'on ne dispose toujours pas des rapports" », sur Temps réel Nouvel Obs, (consulté le 7 août 2016).
  28. a et b Juliette Harau, « A la marche pour Adama Traoré : « On veut comprendre ce qu’il s’est réellement passé » », sur Le Monde, (consulté le 7 août 2016).
  29. Article du 01 août 2016 du Monde Mort d’Adama Traoré : la vérité étouffée
  30. Julia Pascual, « Mort d’Adama Traoré : la communication sélective du procureur », sur Le Monde, (consulté le 7 août 2016)
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  38. Elsa Vigoureux, « Mort d'Adama Traoré : « il a pris le poids de nos corps à tous les trois » », sur Temps réel Nouvel Obs, (consulté le 7 août 2016).
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Voir aussi[modifier | modifier le code]