Charles N'Tchoréré

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Charles N'Tchoréré
Naissance
Libreville
Décès (à 43 ans)
Airaines (Somme)
Mort au combat
Origine Afrique-Équatoriale française
Allégeance France
Arme Infanterie coloniale
Grade Capitaine
Années de service 19161940
Conflits Première Guerre mondiale
Seconde Guerre mondiale

Charles N'Tchoréré, né le à Libreville, est un Gabonais, militaire de carrière ayant servi dans l'armée française lors des deux guerres mondiales. Il est mort exécuté par la Wehrmacht le à Airaines (Somme).

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières armes[modifier | modifier le code]

Fils de notable, Charles N'Tchoréré fait quelques études avant de servir la France et de s’engager dans les tirailleurs sénégalais en 1916. Il y fera la preuve de sa valeur en y étant nommé sergent.

Une fois la Première Guerre mondiale terminée, il reste dans l'armée. Promu adjudant en 1919, il sert au Maroc. À l'issue d'une formation militaire à l'école d'officiers de Fréjus, il devient en 1922 un des rares Africains à recevoir les épaulettes d'officier. Il sert ensuite en Syrie où il est blessé au combat.

Revenu en Afrique en 1925, il sert au Soudan français. En 1933, N'Tchoréré est promu capitaine et commande l'École des Enfants de Troupe à Saint-Louis du Sénégal.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1939, lors de la Seconde Guerre mondiale, il demande à partir pour le front. Naturalisé français en juin 1940, le capitaine N'Tchoréré sert l'armée française dans la Somme, à la tête de la 5e compagnie du 2e bataillon aux ordres du commandant Seymour, du 53e régiment d’infanterie coloniale mixte sénégalais (53e RICMS), aux ordres du colonel Polidori.

Les combats d'Airaines, 5, 6, 7 juin 1940[modifier | modifier le code]

Charles N'Tchoréré est estimé des autres officiers et cadres européens placés sous son commandement. Sa compagnie est postée au centre d’un dispositif ayant pour mission de défendre la petite ville d’Airaines, située à 30 kilomètres d’Amiens, contre l’attaque des forces allemandes venues par la Belgique.

La 5e compagnie a constitué un point d’appui dans un groupe isolé de maisons, au nord du bourg. Le premier assaut allemand qui se produit le 5 juin est repoussé, ainsi qu'un second assaut le lendemain. Le 6 juin, la ville est contournée et encerclée par les Allemands, et subit un intense bombardement combiné de l’aviation et de l’artillerie ennemies, qui détruit presque entièrement la bourgade, mais sans briser la résistance des hommes de Charles N'Tchoréré.

Devant cette résistance inattendue, une délégation allemande se présente pour parlementer et tenter d’obtenir la reddition du bataillon qui défend Airaines, mais essuie un refus du commandant Seymour. Cet intermède est suivi de tentatives d’infiltrations de l’infanterie légère allemande, qui est repoussée dans les bois par une contre-attaque de la compagnie du capitaine N'Tchoréré.

De nouveaux bombardements plus intenses s'abattent encore sur Airaines dans la nuit du 6 au 7 juin. Une nouvelle vague d'assaut allemande, appuyée par des chars, est pourtant à nouveau repoussée par la 5e compagnie. Celle-ci, toujours vaillante, oppose une résistance farouche, ayant mis huit Panzers hors de combat.

Suite à une infiltration, les Allemands reviennent à l’assaut et parviennent à faire sauter le dépôt de munitions du bataillon. Privée de celles-ci, la position du bataillon devient intenable, aussi le commandant Seymour décide-t-il de tenter une sortie vers le sud, en brisant le dispositif d’encerclement. Le capitaine N'Tchoréré réclame l’honneur de rester sur place, afin de couvrir la retraite du bataillon, ce que le commandant Seymour accepte.

Pendant que les restes du bataillon forcent au sud le barrage ennemi, la 5e compagnie, restée seule en arrière-garde, subit l’assaut allemand au nord. C’est au moyen de lance-flammes que les soldats allemands réduisent, une à une, les dernières poches de résistance[1].

À dix heures du soir, la 5e compagnie ne compte plus que quinze hommes valides : dix Africains et cinq Européens, dont les munitions sont épuisées. Ils ne peuvent plus que se rendre et hissent le drapeau blanc : le capitaine N'Tchoréré sort en tête des survivants.

Un crime de guerre[modifier | modifier le code]

Les hommes du 25e régiment d'infanterie allemande séparent alors les Noirs des Blancs[2]. Le capitaine N'Tchoréré refuse d’être considéré comme un Untermensch — un sous-homme — et fait valoir sa qualité d’officier français. En dépit des vives protestations de ses camarades, et des lois les plus élémentaires de la guerre, les Allemands exécutent sommairement le capitaine N'Tchoréré d'une balle tirée derrière la tête, malgré les protestations courageuses de ses frères d’armes de toutes couleurs.[3]. Les assassins ne provenaient pas d'une division SS, mais de la 7e division blindée allemande, sous les ordres d'Erwin Rommel[4]. Son corps aurait ensuite été broyé sous les chenilles d’un char[4].

Son fils, le caporal Jean-Baptiste N'Tchoréré du 2e régiment d'infanterie coloniale, né en 1917 à Libreville, est tué le même jour sur le front de la Somme à Remiencourt[5].

Hommages[modifier | modifier le code]

Plaque de l'avenue du Capitaine-N'Tchoréré à Airaines

La carrière héroïque et la mort tragique du capitaine Charles N'Tchoréré sont devenues des symboles de l’engagement et du courage des 80 000 soldats africains français qui combattirent pour la France. Combattant volontaire, blessé au combat, titulaire de nombreuses décorations militaires et mort pour la France, Charles N'Tchoréré était l’auteur d’un rapport sur la promotion sociale des sous-officiers indigènes, qui a été adopté dans la plupart des unités africaines.

  • Airaines :
    • Monument à la mémoire du capitaine N'Tchoréré et des combattants africains de l'armée française a été érigé. Ayant la forme d'un simple mur blanc il porte cette dédicace:

      « Au capitaine N'Tchoréré mort héroïquement le 7 juin 1940 et à tous les combattants d'Afrique noire qui ont versé leur sang pour la France. »

    • une voie publique du bourg porte le nom d'« avenue du Capitaine-N'Tchoréré ».
  • Gabon : en 1962, un timbre poste gabonais à sa mémoire a été édité.
  • Sénégal : le Prytanée militaire de Saint-Louis-du-Sénégal porte désormais son nom.
  • En 2014, la 198e session de l'Institut des hautes études de Défense nationale (IHEDN) choisit de prendre le nom de session « Capitaine Charles N'Tchoréré » pour rendre hommage à ce héros des deux guerres mondiales.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Louis Bigmann, Le Capitaine Charles N'Tchoréré, Abidjan, NEA, .
  • Patrick Ceillier, « Charles N'Tchoréré, un même héros pour le Gabon et pour la France », Gabon Magazine, no 3,‎
  • Charles Eboulé, « La France rend hommage au Capitaine Charles N'Tchoréré », Gabon Magazine, no 12,‎
  • Jean-Patrick Mackossaud, Charles N’Tchoréré, un héros gabonais mort pour la France, Yvelinédition, (ISBN 978-2-84668-259-6)
  • Jean-Pierre Richardot, 100 000 morts oubliés : La bataille de France, 10 mai-25 juin 1940, Paris, Le Cherche midi, . 
  • Raphaël Scheck, Une saison noire : Les massacres de tirailleurs sénégalais. Mai-juin 1940, Paris, Tallandier, . 

Liens externes[modifier | modifier le code]