Printemps républicain

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Printemps républicain
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Histoire
Fondation
Cadre
Domaine d'activité
généraliste citoyenneté défense de la République et de la laïcité
Siège social
Organisation
Président
Personnes clés
Denis Maillard (président de 2016 à 2017)
Laurent Bouvet (cofondateur)
Gilles Clavreul (cofondateur)
Idéologie
Positionnement
Site web

Le Printemps républicain est un mouvement français fondé en .

Selon son manifeste, il entend lutter contre « l'extrême droite comme l'islamisme politique », et défendre une laïcité « remise en cause de toutes parts, manipulée à des fins politiques par certains, attaquée à des fins religieuses par d'autres, ignorée de beaucoup par indifférence ». S'affirmant d'abord à gauche, il assume depuis de privilégier le clivage opposant « les républicains aux identitaires et aux communautaristes », au clivage gauche-droite, et s'ouvre à la droite modérée. Il est présidé depuis 2017 par Amine El Khatmi.

Historique[modifier | modifier le code]

La première réunion du Printemps républicain se tient officiellement début février 2016[3]. Selon Marc Cohen, alors rédacteur en chef de Causeur, on y trouve « des twittos, des facebookers et des blogueurs de cinquante nuances de gauche, hier souvent fâchés et maintenant réunis parce que lassés de la lassitude et heureux de redécouvrir les joies simples de la colère, de la castagne et de l'union [...]. Le 13 novembre revient sans cesse dans les motivations des intervenants »[3].

Le mouvement est cofondé en notamment par Laurent Bouvet, Gilles Clavreul, Marc Cohen, Valérie Maupas, Yael Mellul et Amine El Khatmi[4]. Le même mois, son manifeste est publié dans les colonnes de Marianne et de Causeur[3]. Il est signé par une centaine de personnalités (Karim Akouche, Élisabeth Badinter, Guillaume Balas, Gérard Biard, Serge Blisko, Roland Castro, Laurent Cohen, Denis Collin, Brice Couturier, Frédéric Cuvillier, Frédéric Encel, Olivier Faure, André Gattolin, Marcel Gauchet, Jérôme Guedj, Cindy Léoni, Richard Malka, Emmanuel Maurel, François Morel, Fleur Pellerin, Marjane Satrapi, Anne Sinclair, Abderrahmane Sissako...)[3]. Par ce manifeste, le mouvement entend lutter contre « l'extrême droite comme l'islamisme politique », et défendre une laïcité « remise en cause de toutes parts, manipulée à des fins politiques par certains, attaquée à des fins religieuses par d'autres, ignorée de beaucoup par indifférence »[3]. En 2019, Mediapart indique que certains des signataires de ce premier manifeste « affirment avoir pris leurs distances, d’autres disent même avoir purement et simplement coupé les ponts », dont Olivier Faure, Guillaume Balas et Emmanuel Maurel, ce dernier « [continuant] d’être globalement d’accord sur le fond, moins sur la forme »[5].

Le mouvement se lance lors d'une réunion publique à La Bellevilloise[6], relayée dans les médias[7].

Le , le Printemps républicain coorganise avec la Licra et le Comité Laïcité République, aux Folies Bergère, la journée Toujours Charlie pour défendre la liberté d'expression, notamment en présence d'Anne Hidalgo, maire de Paris[3],[5].

Le mouvement organise une réunion publique en novembre 2019 à La Bellevilloise, lors de laquelle s'expriment Valérie Pécresse et Xavier Bertrand[3].

Lors des municipales de 2020, n'ayant pu se constituer en parti, le mouvement propose aux listes candidates, en échange de son soutien, la signature d'une charte des valeurs républicaines proposant douze engagements, allant du « barrage au Rassemblement national ainsi qu'à toutes formations non républicaines pouvant présenter un risque d'entrisme » à « la diversification du commerce local » en encadrant notamment « la prolifération des commerces communautaires » : seule une petite dizaine de listes signent la charte, dont la plupart ont perdu[3].

Idées et actions[modifier | modifier le code]

Se réclamant des valeurs de la « gauche républicaine », le Printemps républicain vise à rassembler de manière élargie une majorité de citoyens autour des valeurs fondamentales de la laïcité et du pacte républicain, et entend refonder le « commun » de la République par la défense de la laïcité, la nation et l'universalisme, en combattant le racisme et toutes formes de discrimination et en affirmant l'égalité homme femme[8]. Interrogeant Gilles Clavreul en 2019, Mediapart indique que le seul objet de l'association « serait, à l’entendre, de lutter contre le Rassemblement national »[5].

Selon Slate, « le corpus doctrinal est fourni par Laurent Bouvet » et Marcel Gauchet et Jean-Claude Michéa sont les « philosophes phares du mouvement »[3]. Selon le chercheur Haoues Seniguer, Gilles Clavreul est « le véritable idéologue » du Printemps républicain[9]. Le Printemps républicain invoque également la figure de Georges Clemenceau[3]. Slate estime également qu'« avant le traumatisme du 13-Novembre, les questions de laïcité n'étaient pas une préoccupation dominante, ni un champ d'action, ni un domaine d'étude des leaders du Printemps républicain » dont le nouvel intérêt pour celles-ci « [s'est] traduit peu à peu par la fréquentation de certains interlocuteurs loin d'être perçus comme les plus crédibles sur les sujets de l'islam, de l'islamisme et de la laïcité », tout en se désintéressant ou en rejetant les spécialistes reconnus de la laïcité tels que Jean Baubérot, Philippe Portier, Valentine Zuber, Patrick Weil ou Jean-Marc Sauvé[9].

L'association revendique son ancrage à gauche à ses débuts ; à partir de 2019, Laurent Bouvet et Amine El-Khatmi assument de privilégier le clivage opposant « les républicains aux identitaires et aux communautaristes », plutôt que le clivage gauche-droite[3],[10]. Le Monde indique en 2019 que le mouvement, dans la perspective de sa constitution en parti, « veut rassembler large – des sociaux démocrates et radicaux de gauche aux marcheurs et la droite modérée » ; le journal observe également que lors d'un de ses rassemblements, « la balance penche désormais plutôt du côté des ténors de la droite modérée »[2]. Slate relève en 2021 que « les têtes de pont du Printemps républicain ont lié des affinités et trouvé des partenaires dans certains ministères et dans la majorité présidentielle », en particulier Jean-Michel Blanquer et Marlène Schiappa[3],[11]. Laurent Bouvet reconnaît « des convergences » entre le mouvement et Manuel Valls mais assure ne pas être « d'accord sur tout, par exemple sur l'interdiction du voile à l'université »[12].

Lors des municipales de 2020, certains membres du mouvement se portent candidats sur des listes allant de la droite aux écologistes[3]. Par la voix de sa porte-parole Sandra Regol, Europe Écologie Les Verts refuse toutefois toute présence des cadres du Printemps républicain sur ses listes[3]. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel indique que « les chaînes n'ont pas déclaré de temps de parole au titre du mouvement politique concerné qui, à ce jour, a une activité et un agenda limités, mais parfois, pour certains de ses membres, sous l'appellation générique "divers gauche" »[3].

Le mouvement dénonce les « islamo-gauchistes » et « le racisme qui diabolise les arabo-musulmans »[13]. Selon l'AFP, le Printemps républicain s'oppose à « un nouvel antiracisme dénoncé comme communautariste, un féminisme engagé à l'intersection de différentes luttes, les "entrepreneurs identitaires" réputés proches des Frères musulmans ou du salafisme... »[12]. Selon Slate, ses membres « dénoncent et pointent les dérives réelles ou supposées parmi le personnel politique, les fonctionnaires, les intellectuels et les journalistes » et « distribuent bons et mauvais points, n'hésitant pas à appeler à la mise à l'index de leurs contradicteurs, inventeurs d'un nouveau délit de blasphème — le blasphème contre la République — et d'un nouveau délit d'intention — le soupçon de dérive communautaire »[3].

Selon Slate, « les réseaux sociaux sont le terrain de prédilection du Printemps républicain » : les comptes qui s'en réclament ou relaient ses messages se voient reprocher leur grande agressivité et leur trolling à l'égard de personnalités ciblées en raison d'un « laxisme envers l'islamisme », passant par des insultes, des citations tronquées, la divulgation de données personnelles, ou encore des dénonciations à l'employeur[14]. Pour Politis, le Printemps républicain a « développé une capacité de nuisance dans les débats publics au moyen des réseaux sociaux, où son noyau dirigeant est hyperactif »[10].

Organisation[modifier | modifier le code]

Denis Maillard est le premier président du Printemps républicain[15]. Amine El Khatmi lui succède en juillet 2017[3].

En 2019, Gilles Clavreul évoque « une trentaine de bénévoles » et indique que l'association n'a ni locaux, ni permanents, ni moyens financiers[5]. En 2021, Slate évalue le nombre d'adhérents entre 700 et 1 000 et indique que « quelques groupes locaux (Lyon, Bordeaux, Grenoble, Occitanie...) se contentent de communiquer sur les réseaux sociaux et d'organiser épisodiquement quelques rassemblements »[3].

Selon Slate, « le mouvement se structure autour d'une cinquantaine de convaincus venus d'horizons politiques différents, des partisans de l'intégration européenne aux défenseurs du souverainisme », mais « repose sur un noyau idéologique, issu du groupe dit de la « Gauche populaire » qui avait plaidé en 2012 pour la reconquête des catégories populaires en réaction à la publication d'un rapport de Terra Nova appelant la gauche à abandonner les classes laborieuses pour s'orienter vers un nouvel électorat composé des diplômés, des jeunes, des minorités et des femmes »[3]. Il est composé quasi exclusivement de cadres, de déçus ou de sympathisants du Parti socialiste, ayant pour la plupart soutenu Manuel Valls, ainsi que de quelques intellectuels[3],[16],[1].

En 2018, Regards indique que les membres actifs au nom de l'association sur les réseaux sociaux sont rares et se limitent à Amine El Khatmi, Laurent Bouvet, Gilles Clavreul et Nassim Seddiki (membre du PS parisien)[16]. Selon Orient XXI, le nombre d'abonnés sur Twitter de Laurent Bouvet, Gilles Clavreul et Amine El-Khatmi (respectivement 25 000, 23 000 et 36 000 en 2021) n'a « rien de renversant », mais est suffisant « pour faire du bruit »[11]. Pour Slate, le mouvement « bénéficie d'une surface médiatique sans rapport avec son poids politique », notamment « grâce au soutien d'une partie des milieux francs-maçons, en particulier du Grand Orient de France (GODF) et du Comité Laïcité République »[3].

En , le Printemps républicain annonce qu'il souhaite devenir un parti politique[5] après les élections municipales françaises de 2020. Les dirigeants entendent attirer des personnalités telles que Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, François Baroin ou Aurore Bergé[2].

Réception[modifier | modifier le code]

Selon l'AFP, « le Printemps républicain jouit d'emblée d'un fort intérêt médiatique, avec des relais à gauche, principalement l'hebdomadaire Marianne, comme à droite, dans les colonnes du mensuel Causeur. Mais d'autres médias pointent la propension de certains membres ou sympathisants à "chasser en meute" sur les réseaux sociaux contre des personnes dont ils réprouvent les idées »[12].

Selon Jean Baubérot, historien spécialiste de la laïcité, « ils se revendiquent de la loi de 1905, mais ils l'instrumentalisent. Ils sont dans la filiation d'un courant combiste, radical-socialiste, qui a été battu en 1905. Ils défendent une laïcité gallicane, c'est-à-dire une laïcité antireligieuse, qui tend vers la religion civile »[9]. Selon Sophie Guérard de Latour, maîtresse de conférences en philosophie politique, le Printemps républicain fait partie de mouvements qui ne se contentent pas de dire qu’on ne peut pas faire société sans être une communauté politique, mais « donnent à cette communauté un contenu tellement substantiel qu’il en devient exclusif », au risque paradoxal de donner un tour communautariste, fût-il majoritaire, à leur républicanisme[17]. Le philosophe Jean-Yves Pranchère évoque « une véritable dérive, qui affaiblit les principes laïques sans fournir pour autant le moindre point d'appui à l'indispensable lutte contre le fanatisme »[9]. Le chercheur Saoues Heniguer estime que « malgré ses dénégations, le Printemps républicain signe une victoire culturelle du Rassemblement national »[9]. Samuel Laurent, responsable des Décodeurs au quotidien Le Monde, estime qu'« à leur corps défendant, leurs croisades sont souvent les mêmes que celles de la droite identitaire »[12].

Pour le politologue Stéphane Rozès, le Printemps républicain a le mérite « de ne pas entériner l'idée que la laïcité, la République et la nation soient des discours de droite », « ce qui fait la singularité des républicains, et avant, des chevènementistes » ; le mouvement occupe selon lui « un terrain inoccupé à l'intérieur de la gauche politique »[9].

Controverses[modifier | modifier le code]

Laurent Bouvet indique que le Printemps républicain a « joué un rôle de manière voulue » sur l'affaire Mehdi Meklat et la controverse entre Mediapart et Charlie Hebdo autour de l'affaire Tariq Ramadan[12].

En octobre 2017, sous sa pression, l’université Lumière-Lyon-II annule un colloque sur l’islamophobie[10]. En février 2018, plusieurs membres du Printemps républicain prennent part à des attaques également menées par l'extrême droite contre Mennel, candidate de l'émission The Voice portant le turban et chantant en arabe[10],[18]. En 2019, le mouvement se mobilise contre la commercialisation d’un hijab de course par Décathlon[17].

Le Printemps républicain prend régulièrement à partie les défenseurs du port du voile dans l'espace public, les députés Aurélien Taché et Fiona Lazaar, ainsi que l'Observatoire de la laïcité, dont la conception est éloignée de la sienne[5],[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Doan Bui et David Le Bailly, « Printemps républicain : enquête sur les croisés de la laïcité », sur nouvelobs.com, (consulté le 27 octobre 2018).
  2. a b et c Sylvia Zappi, « Le Printemps républicain veut se lancer en politique et peser sur la présidentielle », sur Le Monde.fr, Le Monde, (ISSN 1950-6244, consulté le 2 décembre 2019).
  3. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u et v Romain Gaspar, Isabelle Kersimon et Pierre Maurer, « Peu d'adhérents mais des relais puissants, que pèse vraiment le Printemps républicain? », sur Slate, (consulté le 8 février 2021).
  4. « Primaire à gauche: Qui sont les porte-flingues de la laïcité de Manuel Valls ?  », sur 20 Minutes, .
  5. a b c d e et f Lucie Delaporte, Pauline Graulle et Ellen Salvi, « Le Printemps républicain, une «petite boutique» qui veut peser sur le jeu politique », sur Mediapart, (consulté le 1er décembre 2019).
  6. https://printempsrepublicain.fr/lancement-du-printemps-r%C3%A9publicain-le-programme-17de430ba6b7#.24d4zwtsn
  7. https://printempsrepublicain.fr/revue-de-presse-avant-le-20-mars-2016-4669360b4ca0#.vfu2a1n35
  8. Cf. le Manifeste du Printemps républicain, §6 & 7, sur le site du Printemps républicain.
  9. a b c d e et f Romain Gaspar, Isabelle Kersimon et Pierre Maurer, « Au Printemps républicain, une vision bien particulière de la laïcité », sur Slate, (consulté le 26 février 2021).
  10. a b c et d Michel Soudais et Jules Peyron, « Printemps républicain : un groupuscule d’influence », sur Politis.fr, (consulté le 12 février 2021).
  11. a et b Jean Stern, « Le printemps israélien de la députée Aurore Bergé », sur Orient XXI, (consulté le 8 février 2021).
  12. a b c d et e AFP, « Le Printemps républicain, deux ans de combats et de controverses », sur lexpress.fr, (consulté le 4 mai 2019).
  13. « Des personnalités de gauche se mobilisent pour la laïcité », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 19 octobre 2020)
  14. Romain Gaspar, Isabelle Kersimon et Pierre Maurer, «T'inquiète, j'ai d'autres comptes. Je vais pas te lâcher après ce que tu as osé faire à mon pote. Je n'oublierai jamais.», sur Slate, (consulté le 12 février 2021).
  15. Romain Gaspar, Isabelle Kersimon et Pierre Maurer, « Printemps républicain: derrière le discours, les étranges méthodes de ses fondateurs », sur Slate, (consulté le 12 février 2021).
  16. a et b Loïc Le Clerc, « Le Printemps républicain, ce boulet aux pieds du Parti socialiste », sur regards.fr, (consulté le 11 octobre 2018).
  17. a et b Fabien Escalona, « En dégainant le concept d’«insécurité culturelle», Macron prolonge l’hiver républicain », sur Mediapart, (consulté le 12 octobre 2019).
  18. Assma Maad et David Perrotin, « Affaire Mennel : les 6 étapes qui ont mené à l’abandon de la candidate de «The Voice» », sur BuzzFeed, (consulté le 26 février 2021).

Lien externe[modifier | modifier le code]