Ion Antonescu

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Ion Antonescu
Ion Antonescu en 1942 :sur les cinq décorations de ce portrait officiel, quatre sont allemandes.
Ion Antonescu en 1942 :
sur les cinq décorations de ce portrait officiel, quatre sont allemandes.
Fonctions
Chef de l'État du royaume de Roumanie[n 1]
(chef du gouvernement)

(3 ans, 11 mois et 18 jours)
Monarque Carol II
Michel Ier
Président du Conseil Lui-même (comme chef de l’État « national-légionnaire »)

En tant que vice-président du Conseil :
Horia Sima
Mihai Antonescu
Prédécesseur Ion Gigurtu
Successeur Constantin Sănătescu
Ministre de la Guerre

(3 mois et 2 jours)
Prédécesseur Constantin Ilasievici (ro)
Successeur Gheorghe Argeșanu

(4 mois et 22 jours)
Prédécesseur Constantin Nicolaescu (ro)
Successeur Iosif Iacobici (ro)
Ministre des Affaires étrangères
(intérim)
Prédécesseur Prince Mihail Sturdza
Successeur Mihai Antonescu
Biographie
Nom de naissance Ion Victor Antonescu
Date de naissance
Lieu de naissance Pitești (Roumanie)
Date de décès (à 63 ans)
Lieu de décès Prison Jilava (Roumanie)
Nature du décès Exécution par arme à feu
Nationalité Roumaine
Parti politique Indépendant
Profession Militaire
Religion Chrétien orthodoxe

Ion Antonescu
Chefs du gouvernement roumain

Ion Victor Antonescu Prononciation du titre dans sa version originale Écouter, né à Pitești le et mort le à Jilava, est un militaire et homme d'État roumain.

Il est chef du gouvernement roumain en portant le titre de « chef de l'État du royaume de Roumanie » de 1940 à 1944. Appelé Conducător (« le guide » ) et classé à l'extrême droite de l'échiquier politique, il engage son pays aux côtés de l'Allemagne nationale-socialiste dans la Seconde Guerre mondiale, bien qu'il présente des différences avec celle-ci.

Après guerre, il est condamné à mort et fusillé pour crimes de guerre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Né dans la ville de Pitești, au nord-ouest de Bucarest, Ion Antonescu est le descendant d'une famille orthodoxe roumaine de classe moyenne. Il est particulièrement proche de sa mère, Liţa Baranga. Son père, officier d'armée, l'envoie à l'école d'infanterie et de cavalerie de Craiova. Pendant son enfance, son père quitte sa mère pour épouser une femme juive s'étant convertie au judaïsme ; Ion Antonescu entretient de mauvaises relations avec sa belle-mère[1]

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Ion Antonescu sort de l'École des études militaires de Bucarest. Il devient officier de l'armée de terre pendant la deuxième guerre des Balkans et la Première Guerre mondiale, où la Roumanie combat aux côtés de la France et du Royaume-Uni. Il s'y distingue par son courage au combat, son énergie (il est surnommé « le chien rouge ») et son sens de la logistique. Il devient alors chef de la section opérations du Grand quartier général.

Il se distingue de nouveau dans la guerre contre la Hongrie communiste ( - [2]) et participe à l'occupation de Budapest. Devenu lieutenant-colonel, il est décoré de la plus grande distinction roumaine de guerre, l'ordre Michel le Brave IIIe classe (décret royal no 5454/).

Entre 1922 et 1926, il est attaché militaire à Paris, puis à Londres. Il est ensuite commandant de l'École supérieure de Guerre (1927-1930), puis chef du Grand État-Major (1933-1934).

Membres de la Garde de fer abattus par ordre du roi Carol II, entre 1938 et 1939.

Le , il est promu général de division et, trois jours plus tard, ministre de la Guerre dans le « gouvernement de 44 jours », conduit par Octavian Goga, qui inaugure en Roumanie les premières mesures contre les Juifs.

Le roi Carol II (ou « Charles II ») décide alors d'imposer sa « dictature carliste » et de lutter par les armes contre l'extrême droite, incarnée par la Garde de fer. Ion Antonescu adresse au roi un mémoire vexatoire, ce qui lui vaut d'être aussitôt destitué disciplinairement et assigné à résidence au monastère de Bistrița, dans les Carpates.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le royaume de Roumanie, gouverné par Carol II, pro-allié, reste neutre. Le , la France et le Royaume-Uni garantissent les frontières roumaines.

En , alors que la Pologne, conformément au pacte germano-soviétique, est envahie par l'Allemagne et par l'URSS, la Roumanie accueille les troupes polonaises survivantes (environ 85 000 hommes), le gouvernement et le Trésor polonais. Les 26 navires du Service maritime roumain et la flotte roumaine les transportent jusqu'à Alexandrie, en Égypte, où les Britanniques les intègrent dans leurs troupes.

Avec l'effondrement de la France et des Britanniques, qui battent retraite en , la Roumanie, considérée comme hostile à l'Axe, est dépecée par l'Allemagne nazie et ses alliés. Joseph Staline, soutenu par Hitler, adresse un ultimatum au gouvernement roumain pour qu'il lui cède une part de son territoire. L'URSS occupe et annexe alors, en , la Bessarabie, le territoire de Herţa et le nord de la Bucovine. La Hongrie et la Bulgarie annexent respectivement la Transylvanie du nord et la Dobroudja du Sud en . C'est la fin de la Grande Roumanie[n 2], qui perd 40 % de son territoire.

Arrivée au pouvoir en Roumanie[modifier | modifier le code]

La Roumanie en avec :
en rouge : les territoires cédés à l'URSS ;
en jaune : les territoires cédés à la Hongrie ;
en vert : les territorires cédés à la Bulgarie.
Frontières de la Roumanie entre 1941 et 1944, avec la Transnistrie à l'est.

Dès le , à la suite de la défaite de la France, principal soutien géopolitique de la Roumanie, le gouvernement d'Ion Gigurtu libère Antonescu et prend des mesures antisémites. Après le retrait chaotique et douloureux des autorités roumaines de Bessarabie, le roi Carol II, conspué par l'opinion et se trouvant dans une situation de crise politique aiguë, nomme Ion Antonescu président du Conseil des ministres le , sous la pression de Horia Sima, chef du mouvement fasciste de la Garde de fer, un groupe paramilitaire semblable à la SS et dont le nom officiel est « Mouvement légionnaire ». Horia Sima menace le roi d'attentats et d'assassinats ciblés s'il ne cède pas[10],[11],[12].

Le lendemain de sa nomination, le , Ion Antonescu et son vice-président du Conseil, Horia Sima, organisent un coup d'État par lequel ils forcent le roi, Carol II, à abdiquer. Ils proclament alors un nouveau régime, d'inspiration fasciste, qu'ils appellent l'« État national-légionnaire ». Horia Sima et Mihai Antonescu (sans lien de parenté) sont vice-présidents du Conseil.

Le , Ion Antonescu s'auto-promeut général de corps d'armée. Le , la Wehrmacht franchit la frontière roumaine avec l'aval d'Ion Antonescu, qui proclame être le « Pétain roumain », ce qui suscite les premiers mouvements de résistance roumains.

Assigné à résidence au monastère de Bistrița, Ion Antonescu semble être une personnalité oubliée, sans poids politique, ni militaire. Horia Sima l'avait choisi comme président du Conseil en espérant en faire un fantoche. Mais le stratagème échoue, puisque, s'emparant des pleins-pouvoirs avec l'aide de l'armée, où il avait gardé de nombreux appuis, Ion Antonescu accapare les ministères-clé (Justice, Affaires étrangères, Défense) et les services d'espionnage, où il nomme un anti-légionnaire, Eugen Cristescu (en). Il ne laisse aux Légionnaires de la Garde de fer que les ministères et les fonctions secondaires.

Relations avec l'Allemagne nazie[modifier | modifier le code]

Dans un premier temps, Ion Antonescu associe au pouvoir la Garde de fer et promulgue des lois antisémites. Il laisse les Légionnaires assassiner des intellectuels et d'anciens élus des partis démocrates, et perpétrer des pogroms, que Carol II avait empêchés. Mais, au fil des semaines, la tension monte entre les Légionnaires et Ion Antonescu. Bien qu'elle s'inspire en partie du régime nazi (xénophobie et antisémitisme), la Garde fer demeure chrétienne. Comme les phalangistes de l'Espagne franquiste, les Légionnaires répugnent à mettre leur pays au service des intérêts allemands, alors qu'Ion Antonescu, voyant l'Allemagne gagner sur tous les fronts et sachant en quel mépris les nazis tenaient les races non germaniques, pense qu'il n'y a aucun avenir pour la Roumanie sans une alliance allemande.

Tandis que la Garde de fer tente de renverser Ion Antonescu le , Hitler, qui ne considère pas les Légionnaires comme fiables, choisit d'apporter son soutien à la dictature militaire d'Ion Antonescu, qui fait emprisonner les Légionnaires, notamment leur chef, Horia Sima. Ion Antonescu opte alors pour une alliance avec l'Allemagne nazie, déclarant que son intention est de reprendre les territoires cédés peu auparavant, et considère comme inévitable une guerre avec la Hongrie au sujet de la Transylvanie.

Lorsque l'Allemagne nazie attaque l'URSS, Ion Antonescu fait le choix d'entrer en guerre aux côtés des Allemands pour récupérer la Bessarabie. Une fois celle-ci reprise, il envoie l'armée roumaine en Union soviétique. Mais, en février 1943, l'armée roumaine est décimée à Stalingrad et doit battre en retraite aux côtés de son allié allemand. La Roumanie perd, au cours de cette campagne, plus de 220 000 hommes (120 000 morts, 80 000 prisonniers emmenés en Sibérie, 18 000 enrôlés dans les divisions alliées). Dans les faits, la Roumanie devient un satellite du Troisième Reich, qui impose ses intérêts stratégiques (approvisionnement en produits agricoles, en pétrole, etc.).

Jusqu'en 1942, Ion Antonescu permet et encourage l'émigration des Juifs vers la Palestine mandataire, avec l'argument que de cette façon le « problème juif » serait résolu. Cette politique cessa ensuite, à cause du refus britannique d'accepter l'immigration en Palestine de Juifs roumains au motif qu'ils étaient « citoyens d'un pays ennemi » (d'où des épisodes sanglants comme la tragédie du Struma)[13].

Contrairement à son homologue hongrois Miklós Horthy, le dictateur roumain a refusé de livrer les Juifs roumains aux nazis, non pour les protéger mais pour accomplir sa propre extermination en Transnistrie. Aussi, la tendance de l'extrême-droite roumaine est de reprocher aux Juifs de ne pas être reconnaissants à Antonescu pour leur avoir évité les camps de concentration, en perdant de vue les Juifs expropriés, déportés et massacrés sur les ordres de ce même Antonescu (le pogrom de Iași, les massacres d'Odessa, etc.).

Guerre contre l'URSS[modifier | modifier le code]

Ion Antonescu aux côtés d'Adolf Hitler, le 10 juin 1941.

Le , Ion Antonescu s'autoproclame général d'armée. Le , il participe à l'offensive allemande contre l'URSS, et se nomme lui-même commandant du « groupe des armées général Antonescu ». Il est décoré par l'Allemagne de la croix de fer le , avec rang de chevalier et, le suivant, il se décerne le grade de maréchal et se décore de l'ordre Michel le Brave 2e et 1re classe[14].,[n 3].

« Soldats, je vous l'ordonne, traversez le Prout ! »[modifier | modifier le code]

Le , le conducător Antonescu donne l'ordre suivant : « Soldats, je vous l'ordonne, traversez le Prout ! ». Il exhorte ses soldats à mener une « guerre sacrée, anti-communiste, juste et nationale ».

Les troupes roumaines traversent ainsi le Prout et, aux côtés des Allemands, reprennent la Bessarabie, puis prennent Odessa et Sébastopol. Les Roumains prennent une part essentielle au siège d'Odessa, qui se termine le par le retrait de l'Armée rouge.

La Roumanie occupe la Podolie, territoire soviétique immédiatement à l'est du Dniestr, c'est-à-dire à l'est de la Moldavie. Après la prise d'Odessa, cette région, appelée Transnistrie par les Roumains, devient une terre de déportation pour les Juifs, les Roms, les résistants et les autres « indésirables » roumains. L'armée s'y livre à des massacres qui s'ajoutent au froid et aux épidémies de dysenterie et au typhus. Le nombre des victimes sera estimé, au procès d'Ion Antonescu, à 400 000[14].

Conquérir la Crimée et Odessa « en passant »[modifier | modifier le code]

Ion Antonescu ordonne à l'armée roumaine de conquérir la Crimée et Odessa « en passant ». Le , les corps IV et V de l'armée roumaine, commandé par le général Nicolae Ciupercă (ro) traversent le Dniestr, entre Tighina et Dubăsari (« l'ordre opératif du grand état-major » no 31 du ). Le plan d'attaque élaboré par Antonescu en personne se révèle désastreux. Odessa est occupée par les armées roumaines, alliées de l'Allemagne, et souffre d'importants dommages.

Le le général Ciupercă fait à Antonescu un rapport sur la situation de ses troupes, qui, après un mois d'attaques permanentes, sans approvisionnement, dans un terrain hostile, doit faire face aux attaques des partisans soviétiques. Ciupercă propose d'alléger le dispositif, de consolider l'intendance, de laisser la population ukrainienne s'auto-gérer partiellement et de se concentrer sur les plans d'attaque. Ion Antonescu rejette le rapport et, le , le général Ciupercă est remplacé par le général Iosif Iacobici (ro), prochain chef du grand état-major (ultérieurement, le plan du général Ciupercă sera adopté discrètement, avec succès)[14].

Parmi les méthodes instituées par Ion Antonescu pour « fouetter le moral des troupes », la directive no 113 du du cabinet militaire impose les punitions corporelles en cas de déshonneur (comme la fuite devant l'ennemi) ou de fautes graves (comme l'ordre de retrait donné par un sous-officier). Le punition peut aller jusqu'à 25 coups de fouet en public. Cette directive entend contrer l'action des divisions roumaines alliées « Horia-Cloșca-Crișan » et « Tudor Vladimirescu », qui, par l'infiltration et la propagande, tentaient de rallier les soldats à la cause alliée, et ce d'autant plus facilement que le choix, pour les prisonniers roumains faits par les Soviétiques, entre la captivité en Sibérie et l'engagement dans ces divisions roumaines alliées, a déterminé un grand nombre d'entre eux à choisir la seconde option, qui leur a permis de revenir au pays en vainqueurs[14]. La directive no 113 visait aussi à obliger les hommes à obéir à des ordres inhumains, visant à persécuter ou assassiner des civils.

Attentat sur le quartier général roumain d'Odessa[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Massacres d'Odessa.

Le , six jours après l'entrée des troupes roumaines à Odessa, les partisans soviétiques font sauter le quartier général roumain d’Odessa. Le général Ion Glogojanu (ro), commandant d'Odessa, est tué, ainsi que 16 officiers, 46 sous-officiers et soldats roumains, et quatre officiers mariniers allemands.

Les soldats roumains ne parviennent pas à capturer les vrais auteurs de l'attentat. Le soir même, le général Ion Antonescu, au nom du gouvernement roumain, ordonne des représailles implacables contre la population civile, spécialement les Juifs, parce que, conformément à sa propagande, « tous les Juifs sont communistes »[16],[17]. Aussitôt, le nouveau commandant d'Odessa, le général Trestioreanu annonce qu'il va prendre des mesures pour « pendre les Juifs et les communistes » sur les places publiques. Durant la nuit 5 000 Juifs sont exécutés, pendus en grappes de trois à cinq victimes à chaque lampadaire sur les boulevards d'Odessa.

Le , les Alliés occidentaux déclarent la guerre à la Roumanie, qui n'était jusqu'alors en guerre que contre l'URSS.

Jusqu'à Stalingrad[modifier | modifier le code]

Fidèle à ses engagements envers Hitler et l'Allemagne nazie, Ion Antonescu envoie ses troupes bien au-delà de la Bessarabie, à 2 000 km vers l'est, en Union soviétique, avant de subir aux côtés des Allemands, le désastre de Stalingrad. En , l'armée roumaine, pour laquelle il n'existe aucun dispositif d'évacuation, est décimée à Stalingrad et doit se mettre en retraite aux côtés de son allié allemand, qui la laisse volontiers en arrière-garde. Elle perd, au cours de cette seule campagne, plus de 220 000 hommes (dont environ 7 000 parmi lesquels le général Mihail Lascăr (ro), se rendent aux Soviétiques pour intégrer les deux divisions roumaines alliées, « Vladimirescu » et « Horia-Cloșca-Crișan »)[14].

Au total, 473 000 soldats roumains sont engagés contre l'Union soviétique, ce qui constitue, parmi les forces de l’Axe, le contingent le plus fourni après celui de l'Allemagne[14].

Perte de popularité et chute[modifier | modifier le code]

N'ayant jamais été élu par le peuple au suffrage universel, ni même été investi par le Parlement comme son homologue français Philippe Pétain, Ion Antonescu ne tient sa légitimité que d'un décret royal. En , alors qu'il s'est s'auto-proclamé le « Pétain roumain », il se fait plébisciter et obtient deux millions de « oui » contre 3 360 « non »[18].

Cependant, sa popularité s'effondre lorsque les deux armées roumaines, engagées sur les flancs des forces allemandes, subissent d'importantes pertes au cours de la bataille de Stalingrad. Devant l'avancée de l'Armée rouge, qui entre en Roumanie du Nord-Est en , l'opposition à Ion Antonescu s'organise autour d'un Bloc national démocratique regroupant les quatre principaux partis politiques du pays.

Ion Antonescu est destitué et arrêté avec ses partisans le , lors d'un coup d'État ordonné sur ordre du roi, Michel Ier, en accord avec le Conseil national de la Résistance et les dirigeants des partis politiques (dont ceux du Parti communiste roumain, alors libérés de prison)[19]. La Roumanie, déjà partiellement occupée par l'Armée rouge depuis , déclare la guerre à l'Allemagne et à la Hongrie le , engageant 547 000 soldats roumains contre l'Axe, le contingent le plus fourni après ceux de l'URSS, des États-Unis et du Royaume-Uni[14].

Mais les Alliés attendent jusqu'au pour répondre à la demande d'armistice, et, durant cette période, tandis que les Roumains luttent à l'ouest contre la Wehrmacht et l'armée hongroise, l'Armée rouge se comporte toujours, à l'est, en ennemie, continuant à faire des prisonniers alors que les Roumains ont reçu l'ordre de ne pas résister. De plus, durant trois semaines, la Roumanie est bombardée alternativement par l'USAAF, depuis Foggia en Italie, par la Luftwaffe, depuis Szeged, en Hongrie, et par l'Armée de l'air soviétique.

Ion Antonescu est assigné à résidence à Bucarest jusqu'au , lorsqu'un coup d'État communiste renverse le gouvernement issu du Conseil national de résistance. Il est ensuite transféré à Moscou.

Procès et exécution[modifier | modifier le code]

Ion Antonescu juste avant son exécution, le 1er juin 1946.

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Ion Antonescu est ramené en Roumanie et traduit devant le « Tribunal du peuple » de Bucarest, qui le condamne à mort, le , pour crimes « contre la paix, contre le peuple roumain, les peuples de la Russie soviétique, les Juifs, les Roms et autres crimes de guerre ». Il est reconnu coupable d'avoir provoqué la mort de 500 000 militaires et civils, ainsi que la déportation ou l'exécution de près de 300 000 Juifs roumains ou ukrainiens et 15 000 Roms.

Il est fusillé aux abords de la prison de Jilava, non loin de Bucarest, le , en même temps que Mihai Antonescu, vice-président du Conseil du royaume de Roumanie de 1941 à 1944, le général de gendarmerie Constantin Vasiliu (ro), ex-sous-secrétaire d'État et Gheorghe Alexianu (ro), ex-gouverneur de Transnistrie[20],[21]. Avant le tir, il lève son chapeau en criant « Vive la Roumanie ! » et ses derniers mots après le tir sont, selon le rapport officiel de la Securitate de l'époque : « Vous ne m'avez pas tué, messieurs, tirez encore ! »[22]

Idéologie[modifier | modifier le code]

Ion Antonescu est souvent l'objet d'opinions divergentes, selon l'aphorisme du « verre à moitié vide ou à moitié plein ». Les cercles politiques nationalistes, représentés par des écrivains comme Paul Goma ou Adrian Păunescu, des hommes politiques, comme Corneliu Vadim Tudor, et quelques historiens minimisent sa responsabilité sur la question juive. La majorité des historiens dessine un dirigeant qui aurait pu, comme ses homologues finlandais ou bulgares, éviter des crimes qu'il a pourtant laissé faire ou ordonnés[23],[24],[25],[26],[27],[28],[29].

S'il apparaît comme un dictateur ayant une idéologie proche du conservatisme et du nationalisme, il avait pourtant longtemps tenté de former un gouvernement d'union nationale rassemblant des partis comme le Parti national paysan[n 4]. Tout en menant une politique xénophobe, il refuse de livrer les Juifs roumains à l'Allemagne nazie et épargne les Allemands et les Hongrois de Roumanie.

À partir de 1935, il justifie la mise en place de mesures discriminatoires et, à partir de , de la « dictature carliste » (dictature anti-fasciste) ; ce phénomène s'est poursuivi sous le régime communiste, durant près d'un demi-siècle, ce qui explique pour partie le fait que la démocratie et l'État de droit ont semblé si difficiles à mettre en place après la révolution roumaine de 1989[30]. De à , 86 000 hommes sont condamnés en cour martiale pour refus d’obéissance et/ou tentative de passage aux Alliés[14]. L'attaque contre l'URSS fait sortir le Parti communiste de l’expectative et lui fait rejoindre l'opposition à Antonescu[n 5].

Selon lui, sa « mission historique [était] de faire de l'ordre et de nettoyer le pays de tous les éléments étrangers et nocifs : Juifs, francs-maçons, Roms et autres parasites qui ont corrompu le peuple roumain immaculé ». Comme Adolf Hitler, il considère qu'il faut se débarrasser des Juifs, des francs-maçons, des suffragettes, des communistes, des Slaves et du système démocrate et libéral, afin de « purifier et guérir la race » roumaine[n 6]. Sa réponse d' à Ion Brătianu, chef du Parti libéral, dans l'opposition, est explicite : « Les « youpins » ((ro) jidani[31]), avec les Anglais et les Américains, ont dicté la paix […] que vous avez accepté […] avec cette humiliante, indigne et ignoble garantie d'accorder des droits civiques […] à ces cochons de Juifs qui ont sali le pays, compromis l'économie et la pureté de notre race […]. Vous avez causé la décadence morale de la Roumanie en capitulant devant les Juifs et les francs-maçons, par instauration d'un système démocrate-libéral, qui a accordé des droits égaux à tous, même aux femmes.[32] »

Ion Antonescu avec Horia Sima, sous le portrait de Corneliu Zelea Codreanu, en 1940.

Des chercheurs comme Dennis Deletant[n 7] soulignent la nécessité de remettre dans le contexte roumain l'avènement du régime Antonescu. Une particularité importante de ce contexte est que la majorité roumaine a été, durant de longues périodes de l'histoire du pays, en position d'asservissement et de soumission politique à des pouvoirs qui lui étaient étrangers (selon les territoires, Empire grec, Empire bulgare, Empire mongol, royaume de Hongrie, Empire turc, Empire autrichien, Empire russe)[n 8]. La société roumaine était à la fois multiculturelle, inégalitaire au détriment de la majorité autochtone, perméable aux influences extérieures et parcourue de courants identitaires. Antonescu et son régime s'inscrivent ainsi dans ces contradictions, comme en témoignent les décisions et postures suivantes :

  • Il s'affichait fermement antisémite, bien que sa première belle-famille soit juive, tout comme son ami d'enfance Wilhelm Filderman, dont la famille, aisée, avait entretenu l'enfant Antonescu et payé sa scolarité[33]. Filderman était président de la fédération des organisations juives de Roumanie. Dans un premier temps, Ion Antonescu lui permit avec l'organisation « Aliyah » dirigée, à Bucarest, par Eugen Meissner et Samuel Leibovici, d'affréter des trains à travers la Bulgarie et des bateaux à travers la mer Noire, pour conduire des Juifs roumains en Turquie, alors neutre, et de là, en Palestine[n 9], mais pour le déporter ensuite en Transnistrie. Filderman n'en réchappa que de justesse et se réfugie à Paris après la guerre.
  • Il mit en œuvre la « Shoah en Roumanie », dont le nom de code adopté par Antonescu était « nettoyage du terrain » (Curățirea terenului)[34], mais il refusa de livrer aux nazis les Juifs roumains, même ceux arrêtés en Allemagne, tandis que l'extermination des Juifs en Transnistrie a été interrompue à la suite du désastre de Stalingrad.
  • Sur le plan privé, il s'affichait conservateur, strict, et attaché aux valeurs chrétiennes, mais il a été en procès pour bigamie pour s'être marié avec Maria, née Niculescu, ex-Cimbru, ex-Fueller, sans avoir jamais divorcé de Rachel Mendel-Antonescu, mère de son fils unique, malgré les efforts de sa première belle-mère, Frida Cupferman. Officiellement fiancé à Rachel Mendel, il l'avait épousée en secret, au désespoir de sa famille et de celle de la jeune fille, qui s'étaient liguées pour briser leur idylle[35].

Joseph Goebbels rapporte dans son journal personnel, le  : « Antonescu est au gouvernement avec l'aide des francs-maçons et des ennemis de l'Allemagne. Nos minorités [allemandes en Transylvanie] ont la vie dure. Le Reich a fait un tel effort pour rien. »

En somme, Ion Antonescu apparaît comme un opportuniste qui a profité dans sa jeunesse, à l'époque de la Roumanie social-démocrate et pluraliste, des avantages de ce temps-là, puis, ultérieurement, à l'âge mûr, de la vague d'ultra-nationalisme et de l'antisémitisme montant en Europe et en Roumanie. Que ce soit par opportunisme ou par idéologie, Antonescu souhaitait « nettoyer la Roumanie de tous les Juifs » mais en « pleine souveraineté », sans interférence allemande. Ce faisant, il plaça nettement le gouvernement et l'armée au rang des bourreaux[36],[37],[38].

Tentatives de réhabilitation[modifier | modifier le code]

Dans la dernière décennie du régime communiste, Nicolae Ceaușescu utilise à son tour la symbolique identitaire de l'ordre national pour tenter de légitimer son pouvoir en s'appuyant sur des personnages historiques. Après la chute de Ceaușescu, les maîtres d'œuvre de son « national-communisme », Adrian Păunescu et Corneliu Vadim Tudor, soutiennent la réhabilitation d'Ion Antonescu et créent le Parti de la Grande Roumanie.

Dans un contexte de vide idéologique après l’effondrement du bloc de l'Est, des médias et l'historiographie réhabilitent des aspects du régime d'Ion Antonescu. Une partie de la presse, comme le journal România Mare, le présentent comme un héros qui, à l'instar de Philippe Pétain, a fait ce que l’on pouvait faire dans la situation de l'époque et qui a liquidé, en , les « vrais » fascistes, les Légionnaires, après avoir gouverné avec eux[39].

Buste d'Ion Antonescu à Sărmașu.

Dans des communes de province, des maires mettent Ion Antonescu à l'honneur avec des statues et des rues à son nom. Après l'ordonnance du gouvernement roumain du visant à lutter contre le racisme, la plupart des statues érigées en hommage à Ion Antonescu sont enlevées de la place publique et les rues à son nom débaptisées[40],[41].

Dans les années 2000, à la demande du fils de Gheorghe Alexianu, ancien gouverneur de Transnistrie, et des cercles nationalistes, la sentence du condamnant le groupe d'Ion Antonescu pour « crimes contre la paix » est attaquée devant la cour d'appel de Bucarest. Le , la cour estime que les documents produits par les plaignants, inconnus lors du premier procès, notamment les protocoles secrets du pacte Hitler-Staline, justifient l'engagement d'Ion Antonescu contre l'URSS en 1941, et que, par conséquent, le « crime contre la paix » n'est pas établi, puisque la Roumanie, comme la Finlande, n'aurait eu aucune raison d'attaquer l'URSS si celle-ci n'avait pas d'abord envahi ses voisins[42]. Pour les autres chefs d'accusation de 1946, la sentence de l'époque est confirmée[n 10],[45]. Après appel du parquet, la Haute Cour de cassation et de justice de Roumanie rejette, le , la demande du visant à casser la sentence du rendue par le Tribunal du peuple de Bucarest[46].

En 2004, le gouvernement roumain ratifie les conclusions de la Commission internationale d'enquête sur l'Holocauste en Roumanie, nommée par Ion Iliescu, président de la Roumanie, et menée par Elie Wiesel, faisant état de la responsabilité objective d'Ion Antonescu dans la mort de 280 000 à 380 000 Juifs de Roumanie ou des territoires occupés par son armée, déportés ou assassinés[47].

Décorations[modifier | modifier le code]

Roumaines :

Allemandes :

Finlandaise :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Président du Conseil jusqu'au .
  2. La Grande Roumanie désigne le territoire du royaume de Roumanie dans les années séparant la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale. La Roumanie a perdu 40% de son territoire l'été 1940 et a été occupée par la Wehrmacht le , devenant un État satellite. Dans le détail, la première perte, en 48 h et dans des conditions dramatiques, a été celle de la Bessarabie et de la Bucovine du nord, fin . Des exactions eurent lieu contre la population et dans sa retraite précipitée à la suite de l'ultimatum soviétique, l'armée roumaine perdit énormément de matériel ; de plus elle eut ses premiers morts de la guerre à Hertsa. Ce traumatisme, s'ajoutant à celui d'avoir vu s'effondrer l'allié polonais l'année précédente, détermina Ion Gigurtu (président du Conseil des ministres entre - , qui ignorait l'existence du protocole secret du pacte Hitler-Staline) à déclarer son adhésion à la politique de l'Axe[3], misant sur Adolf Hitler pour résoudre le conflit territorial avec la Hongrie au sujet de la Transylvanie[4],[5]. Lors de son investiture, Gigurtu a déclaré à la radio : « la Roumanie doit faire des sacrifices territoriaux pour justifier son orientation nationale-socialiste et son adhésion totale à l'Axe »[6]. Fin , dans une rencontre entre Hitler et Gigurtu, ce dernier consent à « l'arbitrage » d'Hitler[7],[8],[9]. Le lendemain de cette déclaration, le caricaturiste Dem publiait dans le journal Curentul un dessin de deux chiens, l'un ayant la tête de Gigurtu et léchant la crotte d'un autre chien ayant la tête d'Hitler.
  3. L’ordre Michel le Brave, comporte une cape blanche, le transport gratuit en I-ère cl. par le train et les autres moyens de l'État, 25 ha de terrain cultivable et 500 m2 de terrain en zone urbaine[15].
  4. « Après la répression de la rébellion légionnaire en , Ion Antonescu n'avait pas l'intention de remettre la Garde de fer dans une position de pouvoir. Il exclut de son gouvernement tous les membres du mouvement. Il essaye de nouveau, comme il l'avait fait en , de susciter l'intérêt de Parti national paysan et d'autres partis, pour former un gouvernement d'unité nationale, mais il ne réussit pas. Iuliu Manu, chef reconnu des forces démocratiques, refuse de participer à un gouvernement qui méprisait la démocratie parlementaire et interdisait les pratiques normales des partis politiques. Ainsi, le cabinet qu'Antonescu annonce, le , qu'il est composé principalement de militaires, dont la mission principale est d'assurer l'ordre public et une administration efficace. Avec cette équipe, il commence à jeter les bases de son propre type d'autoritarisme. ». Cf. (ro) « Al Doilea Război Mondial. 1940-1944 », dans Mihai Bârbulescu, Dennis Deletant, Keith Hitchins, Serban Papacostea et Pompiliu Teodor, Istoria României, Bucarest, Corint, (ISBN 973-653-514-2), p. 383.
  5. Deux divisions roumaines, nommées « Horia-Cloșca-Crișan » et « Tudor Vladimirescu », ont combattu du côté allié en URSS : elles sont l’équivalent roumain de la division Leclerc. « Yad Vashem » étant inconnu dans les pays de l'Est pendant la période communiste (1946 – 1990), la plupart des « justes » moururent sans apprendre son existence et seuls 139 personnes ont été honorées par Israël du titre de Juste parmi les nations en Roumanie et Moldavie.
  6. Il déclare, le  : « Nous sommes devant la nécessité pour notre nation de profiter de ce désastre (la guerre) pour se purifier, s'homogénéiser. Nous sommes sans pitié. Je ne pense pas à l'intérêt général du genre humain, je pense à l'intérêt national de notre race, qui nous ordonne de cesser d'être tolérants avec tous ces éléments étrangers qui nous ont exploités, abâtardis, amollis et qui nous ont fait tant de mal ». Cf (ro) ASRI : Fondul Penal, dossier 40 010, vol. 77, p. 29.
  7. « Dans une dichotomie simple des évaluations de la période de la guerre et de l'après-guerre, Antonescu est considéré « fasciste ». Son régime fut autoritaire, un régime qui a adopté certains, mais en aucune cas la totalité, des signes distinctifs de l'Allemagne hitlérienne et de l'Italie de Mussolini. Il a conduit un gouvernement « fasciste » — une opinion qui assimile automatiquement la Garde de fer avec les partis dominants de l'Allemagne et de l'Italie. Avant tout, il a été un allié de ceux deux États. Ce n'est que dans les années 1960 qu'ont commencé des recherches réfléchies qui différenciaient les différentes variantes du fascisme et qui posait des questions jusqu'ici ignorées ou bien considérées comme incompatibles avec la doctrine officielle dominante. Cependant, avant le milieu des années 1970, il n'a été fait aucune allusion en Roumanie de la complexité et de l'inconséquence de son caractère, pour que dans les années 1980, en Roumanie comme à l'étranger, soit commencé une discussion sur l'éloignement d'Antonescu des normes dogmatiques. Ces deux approches ont contribué dans une large mesure à expliquer son comportement plutôt que les doctrines officielle précédentes. […] Sans évaluer la situation difficile de la Roumanie en 1940, prise entre l'Allemagne hitlérienne et la Russie staliniste, il est impossible d'apprécier de façon réaliste la politique étrangère d'Antonescu. Néanmoins, la Romanie est classée de manière rigide dans la catégorie des États de l'Axe qui ont attaqué les Alliés — dans le cas d'Antonescu, l'Union soviétique — dans un objectif d'expansion territoriale » (ro) Dennis Deletant, Aliatul uiatat al lui Hitler : Ion Antonescu si regimul sau 1940-1944, Bucarest, Humanitas, , 9-10 p. (ISBN 978-973-50-2623-3).
  8. À cette époque, le jus valachicum (« droit valaque ») n'a cessé de reculer, et l'« ascenseur social » transylvain passait par l'intégration dans la bourgeoisie et la noblesse magyare et l'abandon de l’orthodoxie tandis que dans les principautés roumaines de Moldavie et Valachie, à l’époque phanariote, l'« ascenseur social » nécessitait de s’helléniser voire de se franciser pour intégrer l'aristocratie des boyards ou la bourgeoisie (Neagu Djuvara, Les pays roumains entre Orient et Occident : les Principautés danubiennes au début du XIXe siècle, Publications Orientalistes de France, 1989). Dans ces principautés, la monarchie était élective, et le souverain (voïvode, hospodar ou domnitor selon les époques et les sources) était élu par (et souvent parmi) les boyards, puis agréé par les Ottomans, car jusqu'en 1859 les deux principautés étaient vassales et tributaires de la « Sublime Porte ». Outre le tribut à verser aux Ottomans et à leurs alliés tatars, outre la dîme versée par les églises et monastères moldaves et valaques aux monastères byzantins de l'Athos et au patriarche de Constantinople, le souverain, pour être nommé, régner et se maintenir, devait acheter l'appui des partis de boyards et des puissances voisines, hongroise, habsbourgeoise, russe et surtout turque de sorte que, pour rembourser ses dettes, il devait affermer des offices moldaves et valaques à des financiers phanariotes, arméniens, arvanites, romaniotes, séfarades ou levantins qui exploitaient durement les masses paysannes. Par conséquent, la majorité roumaine a longtemps été moins favorisée socialement, économiquement et culturellement que les minorités, liées aux classes dominantes des principautés roumaines ou des empires voisins et à leur essor économique. La seule minorité encore moins favorisée que la majorité roumaine, était celle des Roms nomades, et de ce fait, la culture roumanophone proprement-dite est restée, tant en Moldavie et Valachie qu’en Transylvanie, une civilisation essentiellement rurale et populaire, caractère sur lequel ont fait levier, au XXe siècle, les propagandes des mouvements nationalistes qui y ont facilement injecté et attisé des aspects de plus en plus xénophobes et antisémites, notamment après la Grande Dépression. Cf. (ro) Constantin C. Giurescu & Dinu C. Giurescu, Istoria Românilor Volume II (1352-1606), Editura Ştiinţifică şi Enciclopedică, Bucureşti, 1976 ; Gilles Veinstein et Mihnea Berindei, L'Empire ottoman et les pays roumains, EHESS, Paris, 1987 ; Jean Nouzille La Moldavie, Histoire tragique d'une région européenne, Éd. Bieler, (ISBN 2-9520012-1-9) ; Joëlle Dalegre Grecs et Ottomans 1453-1923. De la chute de Constantinople à la fin de l’Empire Ottoman L’Harmattan Paris (2002) (ISBN 2747521621) ; Catherine Durandin, Histoire des Roumains, Fayard, 1995.
  9. Le principal obstacle à l'activité d'« Aliyah » ne venait pas des régimes fascistes de Roumanie et de Bulgarie, qui en profitaient pour piller les candidats au départ, mais de l'attitude des Alliés : les Britanniques refusaient les visas pour la Palestine, surtout après avoir déclaré la guerre à la Roumanie en , et les Soviétiques torpillaient les navires de réfugiés même lorsqu'ils étaient sous pavillon neutre et même lorsqu'ils connaissaient parfaitement leurs passagers, comme le démontre la tragédie du Struma.
  10. Le , une Cour d'appel de Bucarest a déclaré nulles certaines décisions du Tribunal du Peuple du condamnant Antonescu et d'autres accusés pour certains de leurs « crimes contre la paix », en s'appuyant sur le fait que l'ultimatum soviétique de 1940 et les exactions et déportations commises ensuite contre la population de Bessarabie[44] auraient justifié la guerre contre l'Union soviétique, si bien que l'article 3 de la Convention de 1933 définissant ce qu'est une agression ne s'applique pas dans son cas. En conséquence, Antonescu et vingt autres personnes ont été déclarés non coupables de « crimes contre la paix à l'encontre des peuples de la Russie soviétique » (comme le stipulait le texte de 1946) et non coupables également en ce qui concerne certains des « crimes de guerre résultant de la collaboration militaire entre la Roumanie et l'Allemagne », sur la constatation que les éléments constitutifs de ces crimes-là étaient absents. La cour a estimé légitime la guerre contre l'URSS pour libérer la Bessarabie et la Bucovine du Nord dans la mesure où il s'agissait d'écarter une menace militaire soviétique imminente, déclarant que, vue sous cet angle, la coopération militaire avec l'Allemagne n'était pas illégitime.
    En revanche, la même cour a constaté que la Roumanie, par l'intermédiaire du régime d'Antonescu, a collaboré militairement avec les pouvoirs de l'Axe sans traité militaire, ce qui lui laissait une autonomie relative dans ses décisions, établissant ainsi une responsabilité propre de la Roumanie distincte de celle de l'Axe. En acceptant le de participer dans le cadre du plan Barbarossa à des opérations militaires jusqu'à Stalingrad et à des annexions hors de son territoire de 1939 (i.e. en Transnistrie), la Roumanie s'est livrée avec l'Axe à une guerre d'agression contre l'Union soviétique, ce qui justifie les conclusions de la cour de 1946 qui avait condamné les 21 accusés sur ce point. La cour a fondé sa décision sur les conclusions du Tribunal de Nuremberg (1946) selon lesquelles la guerre engagée par l'Allemagne nazie était une guerre d'agression. Dans sa référence aux crimes de guerre et aux crimes contre l'humanité, la cour a constaté que l'existence du pacte germano-soviétique ne pouvait pas justifier de tels crimes et que par conséquent la demande de révision qui les concernait était sans fondements.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Ancel, Jean "Antonescu and the Jews, 1998, pages 463-479.
  2. « Evgueni Samoïlovitch Varga » - Encyclopedia Universalis.
  3. (en) NYT 5 Iulie 1940, NYT 7 Iulie 1940, NYT 30 Iulie 1940, NYT 9 August 1940.
  4. Le Figaro, p. 2.
  5. Le Figaro , p. 1.
  6. Le Figaro, (en) The New York Times, 9 August 1940.
  7. (ro) Florin Constantiniu, Între Hitler și Stalin; România și pactul Ribbentrop - Molotov, București, Danubius, 1991.
  8. (ro) Florin Constantiniu, Hitler, Staline et la Roumanie - la genèse de l'« Opération Barbarossa », Bucarest, éd. Univers Enciclopedic, 2002.
  9. Le Figaro , , Le Figaro, .
  10. Grigore Gafenco, Préliminaires de la guerre à l'Est, Paris, Egloff, 1944.
  11. Nicolette Frank, La Roumanie dans l’engrenage, Paris, Elsevier-Sequoia, 1977.
  12. Constantiniu 1997.
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  14. a, b, c, d, e, f, g et h (ro) Duțu A., Dobre F., Loghin L., Armata română în al doilea război mondial (1941-1945) - Dicționar enciclopedic, Ed. enciclopedică, 1999.
  15. (ro) L'histoire de décorations (Istoricul decorațiilor) - [1].
  16. (ro) L' Holocaust in Roumanie - Le télégramme de général Iacobovici au Cabinet militaire, le (Holocaustul în România - Telegrama lui Iacobici către Cabinetul militar din 22 octombrie 1941), [2]
  17. Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe, tome 1, Foliohistoire, p. 545, 2006.
  18. Quid, édition 2000.
  19. Voir sur : « Un jour pour se retourner : la Roumanie rejoint les Alliés », Le Monde du .
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  21. (ro) Ciucă, M-D. : Procesul mareșalului Antonescu, vol. 2, p. 432-439.
  22. L'exécution de Ion Antonescu (Film).
  23. (ro) Dinu C. Giurescu, Evreii din România (1939-1944), - România în al doilea război mondial, 1939-1947, ed. ALL.
  24. (ro) Giurescu, Dinu C. : Cine poartă răspunderea? (Qui est le Responsable ?) [3].
  25. (ro) Solomovici, Teșu, Istoria Holocaustului din România, ed. Teșu, București, p. 45-46.
  26. (ro) Duțu A., Retegan M., Război și societate, vol. 1, RAO, 2000.
  27. (ro) Duțu, A., Dobre, F., Antonescu și generalii români. Un război surd și ciudat, 1999.
  28. (en) Victor Nițu, Armata română în al Doilea Război Mondial - Marshal Ion Antonescu [4].
  29. (ro) Scafes C., Șerbănescu H., Scafes I., Andonie C., Dănilă I., Avram R., Armata română, 1941-1945, Editura R.A.I., 1996.
  30. Andrei Pleșu, Petre Roman et Elena Ștefoi, Transformări, inerții, dezordini : 22 de luni după 22 decembrie 1989 (Transformations, inerties, désordres : 22 mois après le ), éd. Polirom, Bucarest 2002.
  31. Correctement, en roumain on dit Evrei (Juifs) ; péjorativement on dit Ovrei (petits Juifs), mais de façon insultante on dit Jidani (Youpins) et Jidovi (Youtres).
  32. (ro) Drăgan : Antonescu, II, no 23, p. 24, [5] Jean Ancel, Surse arhivistice despre Holocaustul din România.
  33. (ro) « Willi Filderman, colegul de liceu al Maresalului » dans Evreii care l-au influentat pe Antonescu (2) - Dosare ultrasecrete Ziua - 24 iunie 2006, [6].
  34. (ro) Să se publice structura orașelor pentru ca să vadă și țara cât era de compromisă, și de amenințată viața economică și dezvoltarea spirituală din cauza ticăloșiei politicianiste iudeo-masonice a căror exponenți erau partidele “naționaliste” din Transilvania și Regat. Dacă voi lăsa moștenitorilor regimului aceeași situație, voi face și regimul meu părtaș la această crimă. Voi trece peste toți și peste orice greutate pentru a purifica nația de această neghină. Voi înfiera la timp pe toți acei care au venit – ultimul dl. Maniu – și vor veni să mă împiedice a răspunde dorinței majorității imense a acestei nații… Să se publice integral această rezoluție a mea odată cu publicarea statisticei și memoriului de față. Publicarea până la 10 septembrie Președenția Consiliului de Miniștri - Nota din 31 august 1942 cu adnotări ale lui Antonescu – (en) [7] Jean Ancel, Surse arhivistice despre Holocaustul din România.
  35. George Magherescu (aide de camp d'Ion Antonescu), Despre Mareșalul Ion Antonescu (biographie d'Ion Antonescu), Edit. Păunescu, Bucarest, 1991.
  36. Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe, Paris, éd. Gallimard, coll. « Folio », 2006.
  37. Carol Iancu, La Shoah en Roumanie, Publications de l'université de Montpellier, 2000.
  38. Radu Ioanid, La Roumanie et la Shoah, Maison des sciences de l'homme, 2003.
  39. (ro) Nicolas Trifon, Paul Goma et Norman Manea, « le témoignage littéraire dans l’engrenage de la concurrence mémorielle », Le Courrier des Balkans, jeudi , [8].
  40. (ro) L'ordonnance d'urgence no 31 » du a pour objet « l'interdiction de l'organisation et symboles avec caractère fasciste, raciste et xénophobe et stimulation du culte de personnes coupables d'infractions contre la paix et l'humanité [9].
  41. Sandru Cosmin-Marian, Imaginea României în presa internațională după 1989 (L'image de la Roumanie dans la presse internationale depuis 1989) sur [10] consulté le .
  42. Voir ici.
  43. (!!! Changez pour le modèle {{Note}} à la place du modèle {{Ref}}.!!!)
  44. Nikolaï Théodorovitch Bougaï, Informations des rapports de Béria et de Krouglov à Staline, éd. de l’Acad. de sciences de Moldavie nr. 1, Chișinău, 1991 (Н.Ф. Бугай «Выселение произвести по распоряжению Берии…» О депортации населения из Молдавской ССР в 40-50- е годы – Исторические науки в Молдавии. № 1. Кишинев, 1991. 1.0), Déportation des peuples de Biélorussie, Ukraine et Moldavie, éd. Dittmar Dahlmann et Gerhard Hirschfeld, Essen, Allemagne, 1999, p. 567-581 (Депортация народов из Украины, Белоруссии и Молдавии : Лагеря, принудительный труд и депортация. Германия. Эссен. 1999. 1.3).[43]
  45. (ro) L'article du quotidien Ziua [11].
  46. (ro) « La Haute Cour de Cassation et Justice de Roumanie a rejeté la réhabilitation partielle de maréchal Antonescu » (Instanța Supremă a respins reabilitarea mareșalului Antonescu) – (en) Ziua on-line, no 4224, , [12].
  47. (en)The report of the International Commission on the Holocaust in Romania, submitted to President Ion Iliescu in Bucharest on November 11, 2004.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (ro) Constantiniu Florin, O istorie sinceră a poporului român, Univers Enciclopedic Gold, 1997 (ISBN 9786067040210).
  • Yves Durand, Le nouvel ordre européen, Paris 1990.
  • (en) Dean, Martin: Robbing the Jews - The Confiscation of Jewish Property in the Holocaust, 1935 - 1945, Cambridge University Press, 2008.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]