Orthodoxie

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Icône de la Trinité d'Andreï Roublev (v. 1410).

Le terme « orthodoxe » vient du grec όρθός orthós (droit) et δόξα dóxa (opinion).

Au sens littéral, le terme « orthodoxe » signifie donc « qui pense dans la bonne voie ». Plus largement : « ce qui est conforme à », « respectueux de la tradition ». A l'inverse, on entend par hétérodoxie tout ce qui diverge par rapport à cette présumée rectitude, ce qui la transgresse.

C'est dans le domaine religieux, plus particulier celui du christianisme, centré sur la notion de vérité, que le mot « orthodoxe »" a d'abord été utilisé. Il s'est ensuite appliqué à différents domaines de la vie publique, en premier lieu l'économie.

Orthodoxie versus hétérodoxie[modifier | modifier le code]

Il est très difficile de définir les contours exacts d’une orthodoxie et d'une hétérodoxie. Ces termes sont en effet souvent utilisés de façon polémique. Les partisans d’une théorie dominante font de son orthodoxie un argument d'autorité en soulignant qu’elle est soutenue par le plus grand nombre. Ses adversaires parlent au contraire d’orthodoxie pour mettre en avant leur propre originalité et pour insinuer que ses partisans la soutiennent plus par conformisme que par une véritable réflexion critique.

Religion[modifier | modifier le code]

Christianisme orthodoxe[modifier | modifier le code]

Article détaillé : christianisme orthodoxe.

L'orthodoxie au sens institutionnel, celui de l'Église orthodoxe, est l'une des trois principales confessions du christianisme. Elle se nomme aussi « Communion orthodoxe » et représente les Églises des sept conciles. Le terme fut utilisé pour la première fois pour désigner la majorité des chrétiens, c'est-à-dire ceux qui suivaient les conciles œcuméniques. Après le schisme de 1054, seule une partie des chrétiens utilise le nom. Les orthodoxes sont parfois appelés « chrétiens orientaux », à tort, car ceux-ci ne constituent qu'une partie de l'Église orthodoxe mais également une partie de l'Église catholique.

En 1054, l'orthodoxie fut adoptée par quatre des cinq patriarcats[1] de l'Église indivise : Constantinople, Antioche, Alexandrie et Jérusalem. Le seul patriarcat à se séparer fut Rome. L'orthodoxie des sept conciles revendique l'exacte conformité de ses enseignements avec ce qui était enseigné par le Christianisme des origines, des Pères de l'Église indivise et des sept conciles œcuméniques. Elle se considère comme seul christianisme, comme l'Unam Sanctam, l'Église en plénitude. C'est un constat qu'elle pose par rapport à elle-même, elle ne juge pas les autres[2]. Dans la compréhension du monde chrétien, l'orthodoxie correspond cependant à plusieurs réalités.

Comme de nos jours, pendant la « période indivise »[3], les tenants de l'orthodoxie étaient ceux qui soutenaient la consubstantialité du Verbe, ses deux natures et volontés[4].

Les Églises des deux conciles et celles des trois conciles se réclament aussi de « l'orthodoxie » et sont moins territoriales puisque, du fait de l'histoire des persécutions et des exils, leurs membres nestoriens, coptes et arméniens furent chassés, exclus, anathématisés par les orthodoxes des Églises des sept conciles.

Judaïsme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : judaïsme orthodoxe.

Le terme judaïsme orthodoxe recouvre les croyances et pratiques des Juifs fidèles à la loi écrite et à la loi orale, transmises à Moïse au Mont Sinaï, avec les interprétations et nuances halachiques établies au cours des siècles. Les juifs orthodoxes considèrent comme centrale la fidélité à une chaîne de transmission de la halakha depuis l'époque de Moïse jusqu'à aujourd'hui en passant par les rédacteurs du Talmud et les commentateurs ultérieurs. Est juif orthodoxe celui qui reconnaît devoir se conduire selon la Halakha (corpus de règles établies par la tradition orale, depuis le Talmud jusqu'à aujourd'hui).

Au sein de l'orthodoxie religieuse juive se sont progressivement distinguées deux branches : les orthodoxes et les ultra-orthodoxes. Les sociologues israéliens font souvent une distinction entre les juifs laïques (peu intéressés par la religion, mais pas forcément anti-religieux), les traditionalistes (pratique religieuse partielle), les orthodoxes (pratique religieuse stricte, mais immersion dans le monde moderne) et les ultra-orthodoxes, ou Haredim, caractérisés par une pratique religieuse stricte, un large refus de la modernité et une volonté de séparatisme social fort : vêtements spécifiques, quartiers spécifiques, institutions religieuses spécifiques.

Islam[modifier | modifier le code]

Le sunnisme, le courant religieux majoritaire de l'islam, est parfois apparenté à une vision orthodoxe de l'islam. Par opposition aux chiites et aux kharidjites, on appelle parfois les sunnites « musulmans orthodoxes », bien que l'islam ne comprenne aucun magistère censé définir légitimement une telle norme. Le critère de l'ijmâ', auquel les penseurs sunnites ont parfois recours pour définir leur système, se présente comme une règle idéale que chacun invoque et applique à sa manière.Dans l'islam sunnite, l'orthodoxie est le résultat d'une alliance tumultueuse et de longue durée, sous le règne des Abbassides, entre les gens du savoir religieux, "ceux qui lient et délient", ahl al hal wal 'aqd, les "gens" du pouvoir politique, et le "peuple des croyants qui suit la sunnah prophétique", ahl a-sunnah wal jamâ'a.( yadh Ben Achour, Aux fondements de l'orthodoxie sunnite, P.U.F., Paris, 2008).

Monde sécularisé[modifier | modifier le code]

Au sens large, "orthodoxe" peut aujourd'hui être compris comme "normal" (inscrit dans les normes et les convenances), "généralement ou majoritairement admis", objet de considération. Le monde s'étant peu à peu sécularisé à partir de la Renaissance, l'économie joue un rôle majeur dans les sociétés modernes, principalement depuis les théories d'Adam Smith. L'idée qu'il existerait a priori une bonne façon de gouverner contribue alors à généraliser le mot "orthodoxe" dans le champ des sciences économiques.

Économie[modifier | modifier le code]

En économie, on désigne sous le qualificatif orthodoxe le courant auquel adhère la majorité des économistes et qui est enseigné dans la plupart des universités. Il regroupe (et oppose l'une à l'autre) essentiellement deux théories :
- La théorie néoclassique, apparue à la fin du XIXe siècle et globalement favorable au néolibéralisme : on y estime que les marchés peuvent s'autoréguler et cette faculté est comparée par Smith à une main invisible;
- La théorie keynésienne, issue de la pensée de l'économiste Keynes, selon laquelle les marchés doivent être régulés par l'État, lequel assure le rôle autrefois dévolu à la Providence.

Les économistes hétérodoxes estiment quant à eux que les marchés, régulés ou pas, ne peuvent être efficients : la science économique, pour évoluer, doit cesser de s'appuyer sur une mystique déresponsabilisante ("main invisible" ou "État-providence") et s'ouvrir aux autres sciences sociales.

Autres domaines[modifier | modifier le code]

Dans d'autres domaines de la vie publique, le mot "orthodoxe" n'est pas utilisé mais l'idée qu'il recouvre est très présente et prend d'autres qualificatifs.
- Dans le domaine de la sociologie, par exemple, on parle de conformisme pour désigner tout comportement qui s'inscrit dans la tendance dominante et à l'inverse de marginalité ce qui s'en écarte (volontairement ou non).
- Dans le domaine de l'art, on parle d'académisme et l'on a l'habitude de qualifier de moderne ou de contemporain toute forme d'art transgressant les codes (esthétiques ou non) jusque là en cours.
- Dans le domaine de la politique, l'équivalent de l'orthodoxie se manifeste par le respect de l'État et ce qui au contraire s'en démarque se réclame de l'anarchisme.
- Dans le domaine des sciences, n'est considéré comme orthodoxe ce qui est exclusivement rationnel, le reste étant apparenté à l'occultisme.
- Dans le monde politico-médiatique, et depuis le dernier quart du XXe siècle, l'expression pensée unique est utilisée pour accuser de conformisme les idées considérées comme majoritaires dans l'Europe communautaire.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Christianisme :

Économie :

  • Bertrand Jacquillat et Christian de Boissieu (dir.) À quoi servent les économistes ?, P.U.F. 2010
  • Collectif, À quoi servent les économistes s'ils disent tous la même chose ?, Les liens qui libèrent, 2015

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Christianisme :

Judaïsme :

Économie :

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Religion

Économie

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Unités administrative dans l'Église de l'époque.
  2. Khomiakov, L'Église est Une
  3. Ce terme, dans le vocabulaire orthodoxe, fait référence à la situation précédant 1053. La réalité historique montre qu'il n'y eut jamais de période indivise. Cf. Histoire du christianisme, sous la direction d'Alain Corbin.
  4. [1]