Parti communiste roumain

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Le logo du PCR

Le Parti communiste roumain ((ro) Partidul Comunist Român, PCR) est un parti communiste en Roumanie. Illégal durant deux décennies au début de son existence, et ne dépassant pas un millier de membres, il émergea comme la force dominant le paysage politique roumain après la Seconde Guerre mondiale. Le Parti communiste roumain fut le parti unique au pouvoir durant la dictature communiste, atteignant vers la fin près de trois millions de membres (15 % de la population)[1]. Ce régime totalitaire, d'inspiration marxiste-léniniste, était caractérisé par[2] :

  • sur le plan politique, la position constitutionnelle de jure du Parti communiste roumain comme « parti unique et organe dirigeant de l’état », interdisant de facto la constitution d’associations, syndicats ou autres structures sociales indépendantes du pouvoir, et imposant un courant de l’autorité et de légitimité » (souveraineté), allant du sommet (le Comité Central) vers la base (les autres structures du Parti, les citoyens)… ;
  • sur le plan logistique, la présence massive de la police politique « Securitatea » dans la société, active par la censure, l’écoute aléatoire et sans aucun contrôle juridique des conversations téléphoniques, l’ouverture du courrier, le quadrillage territorial, institutionnel et professionnel systématique du pays… ;
  • sur le plan économique, une stricte planification d’état, ne touchant pas seulement les orientations macro-économiques et au commerce international, mais aussi tous les aspects de la production, de la distribution et de la consommation, au mépris des ressources disponibles, des possibilités techniques, de l'environnement et des besoins de la population, interdisant toute forme d’autogestion et induisant des inégalités entre la bureaucratie du Parti et de l'État qui disposait d’un niveau de vie élevé, et le reste de la population confronté à une pénurie permanente d’énergie, de denrées, de produits finis et de services (ce qui encourageait le développement d’une économie informelle, mais spéculative)… ;
  • sur le plan social, un strict contrôle des activités culturelles, des média et des droits des citoyens roumains à l’opinion, à l’expression et au déplacement (nécessitant des autorisations et divers visas préalables pour changer d’emploi, de domicile, de résidence à l'intérieur du pays, et encore plus pour voyager hors du pays, et surtout dans les pays non communistes).

Ainsi, le Parti communiste roumain a tourné le dos à l'idéal communiste dont il se réclamait : deux dictons populaires de l'époque de la dictature communiste étaient que « PCR » signifiait pile, combinații, relații soit « piston, magouilles, relations », et que dans ce régime, toutes les briques de l'édifice sont théoriquement égales, mais pratiquement celles d'en bas doivent supporter le poids de celles d'en haut[3].

Le communisme au pouvoir en Roumanie a connu trois périodes, correspondant à trois générations de communistes[4] :

  1. la « revanche » (sur la société démocratique bourgeoise antérieure, mais aussi sur le fascisme), phase violente de terreur, d'arrestations massives, où les minorités du pays étaient majoritaires au Parti ;
  2. la « normalisation », phase de développement de la nomenklatura, où les opportunistes issus de la majorité orthodoxe rurale font carrière, marginalisent les camarades issus des minorités (dont beaucoup quittent le pays, voire sont purgés par les nouveaux dirigeants) et portent le Parti à trois millions de membres ;
  3. le « national-communisme », régime à la fois répressif et nationaliste d'inspiration néostalinienne et nord-coréenne qui se traduit par une accentuation de la misère populaire, un refus de la perestroïka et une coupure entre les « conservateurs » du régime et les « réformateurs », qui aspirent à en finir avec le communisme et s'appuient sur Mikhaïl Gorbatchev et la France pour renverser Ceaușescu en 1989. Après quoi, « conservateurs » et « réformateurs » font à nouveau bloc au sein du FSN (Frontul Salvării Naționale, Front de salut national) et gardent le pouvoir jusqu'en 1996.

À la « libération de 1989 », le Parti communiste roumain se dissout durant un an : 95% de ses membres ne renouvelèrent pas leurs adhésions, tandis qu'environ 150 000 rejoignirent d'autres partis (notamment le Front de salut national -Frontul salvării naționale-, devenu ultérieurement le Parti de la Démocratie Sociale d'Ion Iliescu et Petre Roman)[5]. Une minorité d'anciens membres constitua en novembre 1990 un « Parti socialiste du travail » (Partidul Socialist al Muncii), devenu en 2003 l'« Alliance socialiste » (Alianța Socialistă) qui reprit en 2010 le nom de « Parti communiste roumain »[6] autour du leader Constantin Rotaru. Toutefois, un autre leader, Petre Ignătencu, considéra l'Alliance socialiste comme illégitime en tant qu'héritière du PCR, et fonda de son côté un autre Parti communiste roumain : il y eut procès autour de ce nom entre les deux formations, et la justice donna raison au second, de sorte que le premier s'appelle officiellement « Alternative socialiste » (Alternativa Socialistă). Quoi qu'il en soit, à elles deux les deux formations ne regroupent que quelques centaines de membres, soit autant que le PCR d'avant la dictature communiste.

Histoire[modifier | modifier le code]

La création du parti[modifier | modifier le code]

Critique communiste des partis socialistes, illustrée par cette caricature de décembre 1922 de Nicolae Tonitza. Le propriétaire de la mine au mineur : « Un socialiste, tu dis ? Mon fils est aussi socialiste, mais il ne fait pas de grève… c'est pourquoi il a déjà son propre capital… »

Au XIXe siècle, il y avait un « Parti social-démocratique des travailleurs de Roumanie » (interdit en 1899) auquel succéda au XXe siècle un éphémère « Parti social démocratique de Roumanie » (1910-1916), dissout dès son troisième congrès, la veille de l'entrée de la Roumanie dans la guerre, parce que son aile gauche, maximaliste et révolutionnaire, voulait s'affilier au Komintern, tandis que l'aile droite, modérée et réformiste, voulait maintenir un cap social-démocrate. La majorité des membres choisit une voie moyenne: les plus modérés des social-démocrates (partisans de l'économie de marché, simplement réglementée) quittent le parti et refonderont un Parti Social-Démocratique en 1927[7]tandis que les autres (partisans de la mise en commun des moyens de production) forment un Parti socialiste de Roumanie. En 1921, après que ce Parti socialiste a envoyé une délégation en Russie bolchévique un groupe de modérés (comprenant Ioan Flueraș, Iosif Jumanca, Leon Ghelerter et Constantin Popovici) est expulsé du parti en mai 1921[8] par la fraction bolchévique (adepte de moyens coercitifs et violents) qui prend le contrôle du parti, alors renommé "Parti socialiste-Communiste" ((ro) Partidul Socialist-Comunist) et peu après "Parti communiste de Roumanie" ((ro) Partidul Comunist din România ou PCdR).

La majorité des membres n'accepte pas cette prise de contrôle et 38 000 membres sur 40 000 démissionnent pour rejoindre d'autres groupements socialistes[9] (selon d'autres sources ce sont 39 500 qui auraient quitté le parti[10]) et à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le PCdR comptait environ 1.000 membres[11].

Le parti communiste n'eut à ses débuts que très peu d'influence sur la Roumanie, où affluaient les réfugiés de Russie bolchévique, témoins des horreurs de la guerre civile russe et de la collectivisation forcée puis de la Holodomor et des déportations, de sorte que le PCdR était surtout perçu, par ceux qui en avaient connaissance et par les autorités, comme un groupe d'agents à la solde de la Russie bolchévique. Par ailleurs, l'industrie n'étant que peu développée, la classe ouvrière, réputée plus ouverte à de telles idées, était peu nombreuse, alors que la population agricole formait plus de 80 % des Roumains, restait très religieuse et aspirait à la propriété. De leur côté, si la plupart des intellectuels étaient réceptifs au Marxisme, ils étaient effrayés par la politique des Bolchéviks en Russie, pays voisin. C'est pourquoi l'État parvint à interdire le parti, le poussant dans la clandestinité et limitant ainsi ses activités. Enfin, la ligne communiste « anti-nationale » déclarée dans les années 1920 et supervisée par le Komintern, qui demandait le démantèlement de la Grande Roumanie à peine formée (considérée par les communistes comme une entité coloniale « occupant illégalement » la Transylvanie, la Dobrogée, la Bessarabie et la Bucovine), heurtait l'identité même des Roumains, qui estimaient au contraire s'être libérés du colonialisme impérial austro-hongrois et russe, de sorte que plus de la moitié des mille membres du PCdR étaient issus des minorités nationales[12], ce qui lui conféra une image de « parti étranger »[13] : entre 1924 et 1944, aucun de ses secrétaires généraux ne fut d'origine roumaine. Dans la Roumanie de l'entre-deux-guerres, 30 % de la population faisaient partie d'une minorité, dont une grande partie juive, hongroise et allemande[14]

En 1924, le Komintern, pour contester la souveraineté roumaine sur la Bessarabie, organisa l'opération Bessarabie rouge: des brigades rouges formées de jeunes volontaires locaux, appartenant au prolétariat ou étudiants, et issus des minorités, armés par des chaloupes soviétiques via le Dniestr et le liman du Conduc, s'emparèrent des mairies de Hotin, Tighina et Tătărești, y proclamèrent une "république soviétique moldave" et y soutinrent le siège des gendarmes roumains, croyant, comme on le leur avait promis, que l'Armée rouge viendrait les soutenir; quelques-uns furent tués (ils tuèrent aussi des gendarmes), la plupart finirent en prison, certains purent fuir en URSS où ils disparurent, mais le but des bolchéviks était atteint : « prouver » au monde que la Roumanie n'est qu'un État impérialiste et répressif[15]. La même année, une République autonome socialiste soviétique moldave est établie dans les frontières de l'Union soviétique, en Ukraine.

Au même moment, la gauche de l'échiquier politique roumain était « agrarienne » ((ro) țărănism, poporanism): une idéologie originale partiellement influencée par celle des Narodnikis, qui représentait les aspirations de la classe paysanne, formulées par le Parti national paysan de Ion Mihalache:

  • le coopérativisme (promotion des coopératives agricoles autogérées, comprenant aussi des foyers ruraux, des écoles, des dispensaires);
  • liberté religieuse;
  • jacobinisme administratif (état centralisé avec des départements de statut égal, une seule langue d'état: le roumain)
  • maintien du statu quo territorial de l'après 1918 (Grande Roumanie).

Une forme d'« agrarianisme » plus socialiste, non nationaliste et laïque, était issue des idées du socialiste Constantin Dobrogeanu-Gherea.

L'« agrarianisme » rejetait la violence du léninisme et c'est pourquoi le PCdR s'y opposait fermement, le considérant comme aussi réactionnaire que les idéologies libérales[16].

Jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les membres d'origine ethnique roumaine du PCdR étaient en minorité dans le parti, et c'étaient pour la plupart, des personnes « connues des services de police » comme Nicolae Ceaușescu, car les idées légitimant la violence révolutionnaire ne trouvaient un terrain favorable que dans les catégories sociales ou ethniques marginalisées dans la société bourgeoise et rurale roumaine. Nicolae Iorga disait du PCdR que c'était « une secte d'intellectuels minoritaires frustrés et de voyous en quête de légitimité »[17].

Parti Communiste de Roumanie (1921-1948)[modifier | modifier le code]

Le Komintern et l'« aile interne »[modifier | modifier le code]

Peu de temps après sa création, la direction du PCdR a été accusée par les autorités d'être impliquée dans l'attentat à la bombe de Max Goldstein contre le Parlement roumain ; ses principaux dirigeants dont le secrétaire général Gheorghe Cristescu, furent poursuivis dans le procès de Dealul Spirii[18]. Constantin Argetoianu, ministre de l'Intérieur dans les cabinets d'Alexandru Averescu, de Take Ionescu, et de Ion I. C. Brătianu, assimilant l'adhésion au Komintern à une forme de trahison au profit de l'URSS, dirigea la première vague de répression, et plusieurs activistes communistes (y compris Leonte Filipescu) furent abattus pendant leur garde à vue, sous prétexte de tentative d'évasion[19]. Lors de l'amnistie accordée au PCdR par le roi Ferdinand[20], Argentoianu affirma qu'« il n'y avait plus de communisme en Roumanie »[21].

Le PCdR ainsi décapité fut représenté au Komintern par une délégation d'activistes qui avaient fui en Union soviétique à différents moments (les groupes roumains à Moscou et à Kharkiv furent à l'origine d'une « aile moscovite » dans les décades suivantes)[22]. Le parti interne ne survécut qu'en tant que groupe clandestin après avoir été mis hors la loi en avril 1924 sous le gouvernement Brătianu par la loi Mârzescu (nommée d'après le ministre de la justice Gheorghe Gh. Mârzescu) ; des sources du Komintern indiquent qu'en 1928 environ, les liens du PCdR avec ses superviseurs soviétiques s'étaient déteriorés[23] au point qu'en 1925, Cristescu s'opposa à la non-reconnaissance par l'URSS et par le Komintern des frontières de la Roumanie, motivant son exclusion du parti[24].

En 1931, au V-e congrès du parti, l'aile « moscovite » (dont très peu de membres étaient d'origine roumaine) reprit en main le PCdR, Joseph Staline remplaçant la direction du parti dans son entier, y compris son secrétaire général Vitaly Holostenko, nommant à sa place Aleksandr Danieliouk-Stefanski, alors membre du Parti communiste de Pologne[25].

Sous le contrôle du Komintern, l'aile interne, restée en Roumanie, commença à se réorganiser pour devenir un réseau conspiratif plus efficace[26]. Après la Grande Dépression, la situation se dégrada en Roumanie et la crise économique accentua les oppositions politiques et les extrémismes, tel celui de la Garde de fer d'inspiration fasciste. Une série de grèves infiltrées (et parfois provoquées) par l'aile interne du PCdR eut des succès relatifs, mais ne se traduisit pas par des adhésions d'ouvriers, en raison de leur manque d'attrait pour la violence du système soviétique, connu en Roumanie par les nombreux témoignages des réfugiés fuyant la terreur rouge, la famine et la répression (accueillis en Roumanie sous l'égide de l'Office international Nansen pour les réfugiés)[27] et dénoncé même par des sympathisants communistes comme Panaït Istrati[28]. Après que la grève d'envergure de Grivița n'ait suscité que de trop rares adhésions, un groupe autour de Gheorghe Gheorghiu-Dej obtint de Staline que la direction du PCdR soit revue et confiée à davantage de camarades issus de la classe ouvrière roumaine[29].

En 1934 la doctrine du Front populaire de Staline n'avait pas encore convaincu le PCdR, en raison de la politique extérieure de l'Union soviétique (revendiquant la Bessarabie à la Roumanie et culminant en 1939 avec le Pacte germano-soviétique) et aussi en raison de la répulsion que d'autres forces de gauche nourrissaient envers le caractère autoritaire du Komintern[30]. Cependant, les communistes tentèrent à plusieurs reprises de parvenir à un consensus avec d'autres groupes (en 1934-1943, ils établirent des alliances avec le Front des laboureurs, l'Union populaire hongroise et le Parti des paysans socialistes), et de petits groupes communistes devinrent actifs dans les sections de gauche des partis du centre[31]. Lors des élections de 1937, ils soutinrent Iuliu Maniu et le Parti paysan contre le roi Carol II et contre le gouvernement de Gheorghe Tătărescu (qui avait intensifié la répression contre les groupes communistes)[31], se retrouvant ainsi dans une situation paradoxale lorsque la Garde de fer signa à son tour un pacte électoral avec Maniu[32]; l'historiographie ultérieure expliqua la participation communiste à cette coalition hétéroclite par le refus des sociaux-démocrates de collaborer avec le PCdR[33].

Le déclin de la fin des années 1930[modifier | modifier le code]

Dans les années suivant les élections, le PCdR entra dans une phase de déclin, coïncidant avec la tournure de plus en plus autoritaire (tant contre les communistes, que contre les fascistes) prise par le régime du roi Carol à partir du procès de 1936 contre Ana Pauker et d'autres leaders communistes à Craiova[34]. Les journaux considérés comme associés au PCdR ou à la garde de Fer furent interdits, et toutes les personnes suspectées d'activisme dans ces deux organisations furent arrêtées pour « activités séditieuses » et parfois jugées et détenues (pour les communistes, à la Prison de Doftana)[35]. La Sûreté infiltra probablement la petite aile intérieure du PCdR[36] dont les ressources financières étaient assurées par l'Union soviétique ou collectées par ses nombreuses organisations satellites (« Secours rouge », « mouvement pour la paix », brigades roumaines du côté républicain espagnol durant la guerre d'Espagne, syndicats) ; en 1939, les actions de la Sûreté les avaient tellement taries, que les filières durent transiter par des organisations d'obédience soviétique en France et en Tchécoslovaquie[37].

En conséquence, le comité exécutif du Komintern enjoignit aux communistes roumains de pratiquer l'entrisme au Front de la Renaissance Nationale (Frontul Renașterii Naţionale - FRN), nouveau parti unique de la dictature carliste, et de tenter d'attirer les membres de ce mouvement vers la cause révolutionnaire[38].

Jusqu'en 1944, le PCdR comprit une « aile extérieure » strictement inféodée à l'URSS, qui passa la guerre en prison (dont Gheorghiu-Dej était le leader informel) et une « aile intérieure » groupée autour de Ștefan Foriș et Remus Koffler[39], qui fut décimée durent les Grandes Purges : toute une génération de militants de la première heure qui furent tués sur les ordres de Staline, tels Alexandru Dobrogeanu-Gherea, David Fabian, Ecaterina Arbore, Imre Aladar, Elena Filipescu, Dumitru Grofu, Ion Dic Dicescu, Eugen Rozvan, Marcel Pauker, Alexander Stefanski, Timotei Marin et Elek Köblös[40]. Ce fut la mission d'Ana Pauker de reprendre en main et de regrouper les militants survivants (les plus obéissants et les moins critiques) autour de l'« aile extérieure », désormais seule structure du Parti[41].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En juin 1940, aussitôt après la défaite française (la France avait garanti les frontières roumaines le 13 mai 1939), et en application du pacte germano-soviétique, l'URSS occupa la Bessarabie et la Bucovine du nord, tandis que l'Allemagne nazie obligea la Roumanie, par le second arbitrage de Vienne, à céder la Transylvanie du nord à la Hongrie horthyste et que par les Accords de Craiova, la Bulgarie récupérait la Dobroudja du Sud ; le PCdR, aligné sur la position soviétique et approuvant donc le pacte germano-soviétique se trouva en contradiction avec l'opinion publique[42]. L'historiographie communiste d'après 1950 affirme sans preuve que le PCdR aurait protesté contre la cession de la Transylvanie du nord à la Hongrie lors du Deuxième arbitrage de Vienne[43] (or les documents du parti témoignant de cette politique datent d'après l'invasion de l'Union soviétique par le Troisième Reich)[44].

Alors que le démembrement de la Roumanie ouvre un boulevard au maréchal Antonescu (auto-proclamé Pétain roumain) et à la Garde de fer, le PCdR, accusé de Trotskisme, fait face à une enquête menée par Georgi Dimitrov et d'autres officiels du Komintern ; en réalité, une partie de ses membres d'origine ouvrière et roumaine, dégoûtés par cette situation, se rallient au régime Antonescu[45]. Inversement, une petite section de l'aile extérieure, restée active en France, refuse le pacte et rejoint la Résistance à l'instar de Joseph Boczov, Gheorghe Gaston Marin et Olga Bancic.

Le régime d'Antonescu ayant rejoint les l'Axe, la Roumanie participe à l'Opération Barbarossa. Comme ailleurs en Europe, le Parti communiste sort alors de l'expectative, et, aux côtés des Sociaux-démocrates, du Parti paysan et des libéraux, rejoint la Résistance roumaine. À ce moment tous les dirigeants politiques de l'intérieur sont emprisonnés, la plupart près de Târgu Jiu)[46]. En juin 1943, alors que les troupes de l'Axe souffraient de pertes importantes sur le Front de l'Est, le PCdR rejoint le "Bloc national démocrate" (Blocul Național Democrat), groupant l'ensemble des partis opposés à Antonescu, afin de préparer l'ouverture du front roumain, le renversement d'Antonescu et l'entrée en guerre aux côtés des Alliés, contre l'Allemagne[47]. Les tractations durent des mois car le PC milite pour un ralliement sans conditions aux Alliés, tandis que Iuliu Maniu, chef du Parti paysan et Dinu Brătianu, leader du Parti libéral, inquiets des intentions de Staline, veulent d'abord poursuivre les négociations initiées par leur émissaire Barbu Știrbei avec les États-Unis d'Amérique et le Royaume-Uni, dont ils espèrent des garanties pour le rétablissement d'un régime parlementaire[48]. De son coté, Antonescu aussi négocie, directement avec l'URSS, à travers son émissaire Neagu Djuvara, à Stockholm, où il rencontre l'ambassadrice soviétique Alexandra Kollontaï. Par ailleurs, la mission Autonomous du SOE britannique se trouve à Bucarest, en contact avec Bâzu Cantacuzène, un aviateur qui, avec le capitaine américain Gunn, organise l'exfiltration des pilotes alliés abattus en Roumanie[49].

En mars 1944, alors que l'Armée rouge traversait le Prut, la création du Bloc se concrétise, et les bases du futur gouvernement Allié, où le PCdR est désormais certain d'avoir sa place, sont fixées[50]. Des contacts furent pris grâce à Lucrețiu Pătrășcanu et Emil Bodnăraș, entre le PCdR, les soviétiques, et le roi Michel[51]. Dans ce contexte, Ștefan Foriș, qui était toujours secrétaire général, et qui insistait lourdement sur le retour aux frontières de 1939, fut démis de ses fonctions par la « faction de la prison » (conduite par d'anciens prisonniers de Caransebeș) et remplacé par une troïka formée par Gheorghe Gheorghiu-Dej, Constantin Pîrvulescu et Iosif Rangheț, acquis aux exigences soviétiques (céder définitivement la Bessarabie et la Bucovine du nord à l'URSS). Foriș fut discrètement assassiné en 1946[52]. Selon plusieurs sources l'élimination de Foriș marque une rupture dans la continuité historique entre le PCdR établi en 1921 et ce qui deviendra le parti unique de la Roumanie par la suite[53].

Le 23 août 1944, le roi Michel, des officiers de l'armée roumaine, des jeunes militants des partis paysan et libéral, ainsi que des partisans communistes, membres du Bloc national démocrate, renversèrent et firent emprisonner le dictateur Ion Antonescu, qui fut livré aux Soviétiques peu après, conformément à leurs exigences (il fut ramené en Roumanie un an plus tard pour y être jugé pour crimes de guerre et exécuté)[54]. Le roi Michel proclama ensuite la restauration de la constitution de 1923, ordonna un cessez-le-feu avec l'Armée rouge sur le front moldave, retira la Roumanie des forces de l'Axe et déclara la guerre à l'Allemagne nazie[55]. Plus tard l'historiographie communiste chercha à réduire l'importance des autres forces et décrivit le coup d'État comme une action du PCdR bénéficiant d'un large soutien populaire[56].

Le général Constantin Sănătescu fut nommé premier ministre d'un gouvernement de coalition dominé par le Parti paysan et le Parti libéral, mais qui incluait le communiste Pătrășcanu comme ministre de la Justice (premier communiste à détenir un poste ministériel en Roumanie). Le 31 août, l'Armée rouge entre dans Bucarest en alliée, puis jouera un rôle crucial dans l'ascension du Parti communiste vers le pouvoir, puisque les militaires soviétiques dirigeaient de facto la ville et le pays[57].

Opposition entre Sănătescu et Rădescu[modifier | modifier le code]

Peu après le 23 août, les communistes s'engagèrent dans une campagne extrêmement violente contre le plus grand parti roumain de l'époque, le Parti paysan, et ses chefs Iuliu Maniu et Ion Mihalache, les accusant d'avoir encouragé des violences contre la minorité hongroise[58] dans le nord de la Transylvanie, zone dont le sort ne fut réglé qu'en 1947 au Traité de Paris.

Le parti communiste, engagé dans une campagne massive de recrutement[59], attira de nombreuses personnes issues de la majorité roumaine, ouvriers et intellectuels, ainsi que d'anciens membres de la Garde de fer[60]. En 1947, il atteignit 710 000 membres[61]. Quoique désorganisé, divisé entre plusieurs factions et encore très minoritaire[62], le PCdR bénéficiait du soutien soviétique et tout le monde pouvait deviner la suite[63], d'autant qu'il avait désormais une milice paramilitaire, la Défense patriotique (Apărarea Patriotică, remplacée in 1948 par la Securitate, la nouvelle Armée populaire et la Milice)[64]. Le PCdR avait aussi une société culturelle, la Société roumaine pour l'amitié avec l'Union soviétique[65].

À l'initiative du PCdR, le Bloc national démocrate fut dissout le octobre 1944 ; puis les communistes, les sociaux-démocrates, le Front des Laboureurs, le Parti socialiste des Paysans de Mihai Ralea, l'Union populaire hongroise (MADOSZ) et l'Union des patriotes de Mitiță Constantinescu formèrent le Front national démocrate (Frontul Național Democrat FND), qui mena des campagnes contre le gouvernement, revendiquant la nomination d'officiels communistes au nom de la légitimité démocratique, et accusant Sănătescu d'ambitions dictatoriales[66].

Sănătescu démissionna en novembre, mais fut convaincu par le roi Michel de former un second gouvernement qui ne put tenir que quelques semaines. Le général Nicolae Rădescu devint alors premier ministre et nomma Teohari Georgescu au poste de ministre de l'intérieur, ce qui permit l'entrée de communistes dans les forces de l'ordre[67]. Le Parti communiste lança alors une campagne contre le gouvernement Rădescu, dont le point d'orgue fut une manifestation le 13 février 1945 devant le Palais royal, suivie une semaine plus tard de combats de rue entre les milices communistes de Georgescu et les partisans du Parti paysan à Bucarest[68]. Le chaos augmentant, Rădescu organisa des élections. Le vice-ministre soviétique des affaires étrangères Andreï Vychinski vint alors à Bucarest pour obtenir du roi la nomination de Petru Groza, sympathisant communiste au poste de Premier ministre, sous la menace d'une action violente de l'Armée rouge contre les étudiants partisans du roi et des partis paysan et libéral[69]. Le roi Michel, sous la pression des troupes soviétiques qui désarmaient alors l'Armée roumaine et occupaient les installations clés du pays[70], céda et renvoya Rădescu, qui, menacé de mort par les milices, s'enfuit hors du pays[71].

PCR : le cabinet du Dr Petru Groza[modifier | modifier le code]

Le 6 mars, Groza prend la tête d'un gouvernement dominé par les communistes et place des membres du PCdR à la tête de l'Armée, des Ministères de l'Intérieur (Georgescu), de la Justice (Lucrețiu Pătrășcanu), des Communications (Gheorghe Gheorghiu-Dej), de la Propagande (Petre Constantinescu-Iași) et des Finances (Vasile Luca)[72]. Les ministres non communistes étaient des sociaux-démocrates ou des membres du Front des Laboureurs, allié traditionnel du PCdR, ainsi que des dissidents des Partis paysan et libéral[73].

Les alliés occidentaux refusèrent de reconnaître le gouvernement de Groza à la Conférence de Potsdam, et le roi Michel demanda la démission de ce dernier, qui refusa. Le monarque quitta alors la capitale pour sa résidence d'été à Sinaia et refusa de contresigner (donc de valider) les décrets gouvernementaux et les lois (cette période étant appelée en Roumanie greva regală - "la grève royale")[74]. Suite a une médiation anglo-américaine, Groza accepta d'inclure des hommes politiques extérieurs à son alliance électorale, nommant deux membres de second rang du Parti libéral (Mihail Romaniceanu et du Parti paysan (Emil Hațieganu), Ministre sans portefeuilles (janvier 1946)[75]. À la même époque, le parti de Groza et le PCdR entrèrent publiquement en désaccord quant aux questions agraires, mais les milices et l'Armée rouge surent persuader le Front des Laboureurs d'adopter la position communiste[76].

Promise par les communistes, la nouvelle réforme agraire devait satisfaire les paysans en respectant la petite propriété privée (qu'ils devaient aux réformes agraires antérieures) : elle leur assura la bienveillance des campagnes[77]. Les communistes accentuèrent leur contrôle sur le système juridique, notamment par la création de « tribunaux populaires » chargés d'enquêter sur les crimes de guerre et grâce à l'agitprop permanente dans la presse communiste[78]. Durant cette période, la presse et les forums se trouvèrent de plus en plus sous contrôle communiste[79]. La domination économique, en partie pour répondre aux exigences soviétiques, devint effective grâce les SovRoms (créés à l'été 1945), qui orientent l'essentiel du commerce roumain vers l'Union soviétique[80].

Le Parti communiste tint sa première conférence en octobre 1945 au Lycée Mihai Viteazul de Bucarest, lors duquel la troïka Gheorghe Gheorghiu-Dej-Constantin Pîrvulescu-Iosif Rangheț fut remplacée par une nouvelle direction : alors que Gheorghiu-Dej demeurait secrétaire général, Ana Pauker, Teohari Georgescu et Vasile Luca devinrent les nouveaux leaders du parti[81] : c'était un net infléchissement « moscovite », mais cette conférence fut aussi l'occasion de changer la dénomination du parti, de « Parti communiste de Roumanie » en « Parti communiste roumain », ce nouveau nom suggérant le souci du parti pour l'intérêt national[82]. Par ailleurs, l'augmentation du nombre de membres, la plus rapide et élevée de tout le bloc de l'Est, représentait un soutien pour Gheorghiu-Dej[83].

Le contrôle du parti sur les forces de sécurité se révéla efficace : le 8 novembre 1945, lorsque des manifestants de Bucarest se réunirent devant le Palais royal en soutien au roi Michel, toujours « en grève »[84]. Les manifestants durent en effet faire face aux coups de feu des milices, qui tuèrent dix personnes et en blessèrent de nombreuses[85].

Le PCR et ses alliés remportèrent les élections législatives du 19 novembre 1946, qui furent entachées de nombreuses fraudes[86]. Durant les mois suivants le PCR et le Parti paysan s'affrontèrent durement, le dernier se retrouvant anéanti à la suite de l'affaire Tămădău et de la mise en procès de l'intégralité de sa direction[87]. Le 30 décembre 1947, le pouvoir communiste fut consolidé par l'abdication forcée du roi Michel et la proclamation de la République populaire de Roumanie fermement ancrée dans le bloc de l'Est[88].

Parti Ouvrier Roumain (1948-1965)[modifier | modifier le code]

Fondation[modifier | modifier le code]

En février 1948, l'entrisme des communistes au Parti social-démocrate leur a permis d'en prendre le contrôle de sorte que le Front ouvrier uni (Frontul Unic Muncitoresc) est de facto un parti communiste, d'autant que le groupe réticent de Constantin Titel Petrescu en avait été exclu dès mars 1946. Le « Front Uni » devient alors le Parti Ouvrier Roumain (Partidul Muncitoresc Român, PMR)[89]. Dans les prisons, les détenus de droit commun, dont l'appartenance au sous-prolétariat en fait des citoyens « socialement proches du prolétariat », ont eu le choix entre un séjour en camp de rééducation par le travail (équivalent roumain du Goulag soviétique, surtout dans la plaine du Bărăgan et au chantier du Canal Danube-Mer Noire, à la mortalité très dissuasive) ou « servir les intérêts la classe ouvrière » en acceptant le « centralisme démocratique » par leur adhésion au PCR ou par leur enrôlement dans les « organes de sécurité de l'état » (réorganisés en 1949). Ainsi renforcé, le parti communiste les utilise pour la « lutte des classes au jour le jour », c'est-à-dire pour intimider, molester ou même tuer (un accident de la route peut arriver) les candidats des autres partis politiques aux élections législatives truquées de 1948, où le PCR est grossi de tous les sociaux-démocrates craignant de se retrouver « du mauvais côté de la barrière dans la lutte des classes »[90]. Tandis que le Front des laboureurs et le l'Union populaire hongroise s'« auto-dissolvent » en 1953[91], le Partidul Muncitoresc Român (PMR) devient un parti unique qui gardera cette dénomination jusqu'en 1965, année où il tombera le masque pour revenir à sa dénomination d'origine[92].

Le réseau de prisons et de camps de la République Populaire de Roumanie.

Une nouvelle série de changements économiques suit : la Banque nationale de Roumanie passe sous contrôle total de l'État en décembre 1946[93], et, après une massive dévaluation du leu roumain, une réforme monétaire surprise est imposée comme « mesure de stabilisation » en août 1947 (condamnant la classe moyenne à une paupérisation massive)[94]; le PCR condamne et refuse le Plan Marshall[95], tandis que les nationalisations et la planification centralisée de l'économie débutent en juin 1948[96]. Le premier plan quinquennal est adopté en 1950, conçu par un comité soviéto-roumain officiellement dirigé par Miron Constantinescu, mais en fait piloté depuis Moscou au service prioritaire des intérêts soviétiques, qui se traduisent par l'« exportation » à très bas prix vers l'URSS de ressources minières, hydrocarbures, machines-outils, bétail sur pied, céréales, salaisons et autres denrées[97]. Parmi les mesures alors adoptées, la collectivisation se traduit par de nombreuses tragédies dans les campagnes (récemment évoquées par le film « Noces muettes » d'Horațiu Mălăele) et suscite des mouvements de Résistance armée. La collectivisation est considérée comme achevée en 1962, 96% du total des terres arables étant alors inclus des « fermes collectives » (équivalent roumain des kolkhozes), et environ 80 000 paysans faisaient alors face à la justice pour y avoir résisté et 17 000 autres étaient déracinés ou déportés, accusés d'être des chiaburi (l’équivalent roumain des kulaks russes)[98].

Les purges internes[modifier | modifier le code]

De son accession au pouvoir à la mort de Staline, le PMR, comme tout le Bloc de l'Est, obéit servilement aux ordres du Kominform, condamne la politique de Josip Broz Tito en Yougoslavie[99] et procède aux purges demandées par Moscou.

Entrée du Mémorial Sighet musée des victimes du communisme.
La procession des citoyens sacrifiés par le régime communiste, par Aurel I. Vlad.

Durant cette période, le PMR comptait trois factions : la "faction moscovite" menée par Ana Pauker (ainsi dénommée parce que la plupart de ses membres se trouvaient à Moscou pendant la guerre, et réputée « internationaliste »), la "faction de la prison" rassemblée autour de Lucrețiu Pătrășcanu (ainsi nommée parce que la plupart de ses membres se trouvaient en prison pendant la guerre, et réputée « idéaliste »), et par le "faction sécuriste" conduite par Gheorghe Gheorghiu-Dej (lui aussi emprisonné pendant la guerre, mais adepte d'un « socialisme réaliste et national »). Après octobre 1945, les deux factions « moscovite » et « sécuriste » se sont associées pour neutraliser celle de Pătrășcanu — qualifiée de "bourgeoise" et progressivement marginalisée, celui-ci étant finalement décapité en 1948[100]. Au début de cette même année, la direction du PMR par la faction « moscovite », dont la plupart des membres étaient issus des minorités nationales et les classes intellectuelles, a officiellement été remise en question comme « non représentative, pas assez paysanne et ouvrière ». Une campagne de purges fut initiée par Gheorghe Gheorghiu-Dej pour « débarrasser le Parti des éléments étrangers et hostiles au prolétariat et au peuple roumain »[101].

En 1952, s'étant assuré du soutien de Staline [102], Gheorghiu-Dej sort victorieux de sa confrontation avec Ana Pauker, sa rivale « moscovite », en purgeant le Parti de Vasile Luca, de Teohari Georgescu et de leurs partisans, accusés de « déviationnisme droitier »[103]. Sur un total de membres d'environ un million, entre 300 000[104] et 465 000[105] membres, presque la moitié du parti, ont été exclus durant ces purges ; toutefois, seuls quelques milliers ont été accusés de trahison et envoyés en « camp de travail ».

La marginalisation et les exclusions prononcées contre Ana Pauker et ses partisans sont la version roumaine des purges staliniennes contre les communistes juifs devenus suspects de sionisme après la fondation de l'état d'Israël (1948) mais surtout après l'alignement de celui-ci sur les États-Unis plutôt que sur l'URSS dans le contexte de la guerre froide. Les juifs sont dès lors accusés, dans l'ensemble du bloc de l'Est, d'être des « cosmopolites sans racines » par exemple lors des procès de Prague en Tchécoslovaquie[106]. Au même moment, une nouvelle constitution stalinienne est adoptée, en remplacement de celle de 1948[107]. Gheorghiu-Dej devient Premier ministre[108], Petru Groza étant président de la République. Le pouvoir exécutif et la direction du PMR restent aux mains de Gheorghiu-Dej jusqu'à sa mort en 1965 (à l'exception des années 1954-1955, lorsque la direction du parti est officiellement assumée par Gheorghe Apostol)[109].

Gheorghiu-Dej et la déstalinisation[modifier | modifier le code]

En conformité avec la ligne du XXe congrès du Parti communiste de l'Union soviétique (lors duquel Nikita Khrouchtchev initia la déstalinisation), Gheorghiu-Dej lança son offensive contre Pauker, Luca et Georgescu, accusés des « excès de zèle du parti » à la fin des années 1940 et au début des années 1950 (notamment dans le cas de la collectivisation)[110]. Après cette purge, Gheorghiu-Dej commença à promouvoir des membres du PMR considérés comme loyaux à la « nouvelle ligne », comme Nicolae Ceaușescu, Gheorghe Stoica, Ghizela Vass[111], Grigore Preoteasa[112], Alexandru Bârlădeanu[113], Ion Gheorghe Maurer, Paul Niculescu-Mizil ou Gheorghe Rădulescu[114]; parallèlement Gheorghiu-Dej refondait la doctrine du parti sur deux bases : une « déstalinistation atténuée » (le culte de la personnalité est récusé et les staliniens doivent faire leur autocritique, mais l'héritage stalinien est assumé en reconnaissant « la contribution de Joseph Staline à la pensée marxiste-léniniste ») et « la voie propre de chaque pays socialiste vers le communisme, selon ses spécificités »[115], ouvrant ainsi la porte à un élargissement de la marge de manœuvre propre de chaque membre du Comecon et du Pacte de Varsovie.

Dans ce contexte, le PMR rejeta certaines conclusions du XXe Congrès du PCUS, Gheorghiu-Dej avançant même qu'en Roumanie, la déstalinisation avait été imposée par son équipe dès 1952[116]. Lors d'une réunion du parti en mars 1956, deux membres du Politburo favorables aux réformes de Khrouchtchev, Miron Constantinescu et Iosif Chișinevschi, tentèrent de renverser Gheorghiu-Dej en l'associant au stalinisme roumain et en l'accusant de saboter la « nouvelle ligne » de Khrouchtchev[117] mais, mis en minorité par les partisans de Gheorghiu-Dej, ils furent purgés en 1957, s'auto-accusant (après un « traitement psychologique approprié ») d'être des stalinistes et d'avoir comploté avec Pauker[118].

En matière de politique étrangère, le PMR à la tête d'un pays membre du Pacte de Varsovie, demeura parfaitement aligné sur Moscou et continua à être un agent de répression politique : il soutint totalement la décision de Khrouchtchev d'envahir la Hongrie face à l'insurrection de Budapest en 1956, après laquelle Imre Nagy et d'autres dissidents hongrois furent emprisonnés en Roumanie[119]. Alors qu'ils refusaient la diffusion en Roumanie de la littérature soviétique sur la période stalinienne (comme Ilya Ehrenbourg ou Alexandre Soljenitsyne), les leaders roumains participèrent activement à la campagne contre Boris Pasternak[120].

Malgré la mort de Staline, le massif appareil policier dirigé par la Securitate[121] maintint un rythme soutenu dans sa lutte contre les prétendus « ennemis du peuple ». En 1964, la direction du parti approuva toutefois une amnistie pour environ 5 700 prisonniers politiques[122]. Cela marqua un virage dans la violence et l'ampleur de la répression, après presque vingt ans pendant lesquels le parti avait emprisonné des centaines de milliers et assassiné des dizaines de milliers de résistants, de membres des appareils d'état d'avant le communisme (armée, police, justice, corps préfectoral, cadres des administrations, universitaires, enseignants, membres du clergé, professions libérales...) mais aussi de simples citoyens suspects d'être « tièdes » ou « réticents », des paysans ou ouvriers ayant osé protester contre les abus du régime, et même des membres du parti purgés, exclus, accusés de « déviationnisme » ou d'« opportunisme »[123].

Les estimations du nombre de victimes de la répression pour la période 1947/1948-1964 varient considérablement: de 160 000[124] ou 282 000[125] prisonniers politiques, à 600 000[125]. Les principaux lieux d’emprisonnement de l'époque était le Canal Danube-Mer Noire, les prisons de Sighet, de Gherla, d'Aiud, de Pitești, et de Râmnicu Sărat; une autre méthode de punition était la déportation dans le Bărăgan[126]. Le nombre total de victimes officiellement reconnues du régime durant ses 48 ans au pouvoir est beaucoup plus élevé et dépasse les 2 millions de personnes[127].

Gheorghiu-Dej et la « voie nationale vers le socialisme »[modifier | modifier le code]

Le nationalisme pénétra officiellement le discours du PMR, notamment lors de l'appel de Gheorghiu-Dej' pour l'indépendance économique du pays et sa prise de distance vis-à-vis du Comecon[128]. Khrouchtchev autorisa Constantinescu à dissoudre les SovRoms en 1954[129], ce qui fut suivi par la fermeture des entreprises soviético-roumaines telles que Editura Cartea Rusă à la fin des années 1950[130]. L'industrialisation du pays conduite par le PMR — illustrée par le complexe métallurgique de Galați, tout en soulignant l'indépendance décisionnelle du pays, le rendait tributaire des importations de fer, ce qui constitua pendant longtemps une grande tension sur l'économie roumaine[131].

En 1957, avec le soutien du Parti communiste chinois, Gheorghiu-Dej convinquit les soviétiques de retirer leurs troupes du sol roumain. Au début de l'année 1956, l'appareil politique roumain se réconcilia avec Josip Broz Tito, ce qui mena à toute une série de projets économiques communs (dont le point culminant fut la construction d'un barrage dans les Portes de Fer [132]. À la suite des ruptures sino-soviétique à la fin des années 1950 et albano-soviétique en 1961, la Roumanie maintint ses relations diplomatiques tant avec la République populaire de Chine[133] qu'avec l'Albanie communiste[134]. Les médias roumains furent les seuls parmi les médias des pays du Pacte de Varsovie à faire état des critiques chinoises sur le leadership soviétique[135]; en retour, les officiels chinois complimentèrent le nationalisme roumain en soutenant l'idée que la Bessarabie était une victime traditionnelle de l'impérialisme russe[136].

Le changement de politique devint évident en 1964, lorsque le régime communiste donna une sèche réponse au Plan Valev, un projet soviétique d'unités économiques transnationales, dans lequel la Roumanie devait fournir les produits agricoles[137] (le PMR déclara: "Il n'y a pas et ne doit pas y avoir un parti "parent" et un parti "fils" ou un parti «supérieur» et un parti «subordonné» ")[138]. Plusieurs autres mesures prises cette année-là représentèrent un changement radical : après le soutien apporté par Gheorghiu-Dej à Andrei Oțetea pour la publication de textes russophobes écrits par Karl Marx [139], le PMR lui-même prit position contre les principes khrouchtcheviens en affirmant, en avril, son engagement en faveur d'une "voie nationale" vers le communisme[140].

Ces prémisses d'une politique « nationale-communiste » n'empêchaient pas le maintien d'un régime de type stalinien toujours aussi répressif[141]. Même si quelques cercles intellectuels s'en félicitèrent, et même si une bien modeste libéralisation économique (avec l'autorisation des micro-entreprises et des artisans de 1965 à 1972) atténua, pendant quelques années, la pénurie généralisée.

Un aspect particulier de cette orientation « nationale-communiste », dont Gheorghiu-Dej posa les bases dès 1954 et que Nicolae Ceaușescu développa par la suite, est d'ordre universitaire : c'est la réécriture de l'histoire, avec des positions conformes d'une part aux thèses communistes (avec une critique systématique des régimes parlementaires précédents et la présentation du fascisme comme leur seul aboutissement possible[142]) et d'autre part aux thèses nationalistes (avec un développement d'un protochronisme outrancier, exacerbant tout ce qui est autochtone et minimisant tout apport extérieur, sauf aux débuts du régime, lorsque l'apport slave venu de Russie fut au contraire magnifié avant d'être à son tour nié)[143].

Parti Communiste Roumain (1965-1989)[modifier | modifier le code]

L'ère Ceaușescu[modifier | modifier le code]

Gheorghiu-Dej décède en mars 1965 et a pour successeur une direction collective constituée de Nicolae Ceaușescu comme secrétaire général, Chivu Stoica comme président, et Ion Gheorghe Maurer comme premier ministre. Ceaușescu écarta du gouvernement des rivaux comme Alexandru Drăghici, pour finalement les exclure du parti. Ainsi, il commença à cumuler des fonctions jusqu'à avoir le comité central entièrement sous son contrôle en 1969.

En 1965, Ceaușescu déclara que la Roumanie n'était plus une « démocratie populaire » mais une république socialiste et renomma le parti en parti communiste roumain – des changements d'intitulés voulant indiquer que la Roumanie, suivant le schéma strictement marxiste d'évolution politique et sociale, avait franchi, dans la « construction du socialisme », l'étape qui en faisait un état autonome pouvant se passer de l'aide des « camarades soviétiques » et élaborer sa « propre forme de socialisme ».

Concrètement, Ceaușescu développa ce que Catherine Durandin appelle le « national-communisme », un mélange de marxisme-léninisme et de nationalisme dans lequel l'idéologie officielle est « roumanisée » et « dérussifiée » au point que l'Union soviétique n'est plus présentée comme la seule force ayant libéré la Roumanie du fascisme et que l'appartenance de la Moldavie soviétique à la sphère historique, linguistique et culturelle roumaine est ouvertement affirmée. En 1968, le gouvernement Ceaușescu s'oppose à l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie (Printemps de Prague) et chercha même l'alliance avec Josip Broz Tito, le dirigeant non conformiste de la Yougoslavie. Le peuple espère alors l'adoption d'un « socialisme à visage humain » et de l'autogestion à la Yougoslave (avec possibilité d'aller travailler à l'étranger), mais la répression du « Printemps de Prague » fit craindre aux dirigeants roumains une « normalisation » à leur détriment, et c'est pourquoi dès 1969 ils procédèrent à un revirement politique à 180°[144].

Début 1971, après son voyage en Corée du Nord, Ceaușescu développa autour de lui et de son épouse un culte de la personnalité inspiré de celui de Kim Il-sung, et lança sa propre version de la révolution culturelle chinoise. Il intensifia la répression politique en Roumanie, jusqu'à ce que lui et son parti fussent renversés à la « Libération de 1989 ». Peu après, Ceaușescu et son épouse furent exécutés au terme d'une procédure expéditive qu'ils avaient eux-mêmes conçue pour les « dissidents », et le parti communiste fut dissous pendant un an.

Obor, principal marché de Bucarest dans les années 1980.
Dans les années 1980, la pénurie d'énergie et de carburant rend les transports en commun rares et difficilement accessibles.
Seuls les ouvrages signés Ceaușescu remplissent les vitrines des librairies dans les années 1980.
Dans les années 1980, la politique de systématisation du territoire se traduit par 320 000 expulsions, la démolitions de quartiers historiques entiers, et environ 3 000 morts par froid et carences.


Membres[modifier | modifier le code]

Après la Deuxième Guerre mondiale le parti a rapidement attiré de nouveaux membres, jusqu'à en avoir plus d'un million en 1948, modifiant par la même occasion la composition ethnique du parti. Alors qu'au même moment Joseph Staline menait des purges antisémites en URSS, et que resurgissait le chauvinisme roumain, les minorités ethniques et en particularité les Juifs, ont été marginalisées au sein du parti - surtout après 1952 et la purge d'Ana Pauker et de près de la moitié du parti, considérés pour certains comme des partisans de l'ancien Parti social-démocrate. Nombre de membres du parti issus de minorités ethniques (surtout des Hongrois et des Juifs, qui étaient nombreux au sein de la faction moscovite) ont été déchus de leurs fonctions durant les purges.

En 1950 le parti revendiquait le fait que 64 % de ses positions dirigeantes étaient occupées par des membres issus de la classe ouvrière. En 1962, une simplification du processus d'adhésion au parti a conduit à une hausse de 22% du nombre de ses membres, celui-ci atteignant 1 100 000.

Lorsque le Parti ouvrier roumain est devenue le Parti communiste roumain en 1965, il avait, selon certaines sources, 1 450 000 membres, 8% de la population, dont 44% étaient des ouvriers, 34% des paysans, 10% des intellectuels et 12% appartenaient à d'autres catégories. En 1988 le pourcentage d'ouvriers a atteint 55%, alors que le pourcentage de paysans a chuté à 15%. En 1971, le parti avait 2,1 millions de membres, et en comptait même 3 millions lors du 12 Congrès du parti en 1979. En 1988, une estimation de 3,7 millions de membres a été données, signifiant que 23% de la population adulte roumaine était membre du parti

En 1984 la composition suivante du parti a été annoncée: 90% de Roumains, 7% de Hongrois, moins de 1% d'Allemands et 2% de personnes d'autres nationalités, soit environ les proportions de la population roumaine à cette époque.

Organisation[modifier | modifier le code]

Officiellement, comme dans le cas des autres Partis communistes, l'organe suprême du Parti communiste roumain et de ses prédécesseurs était le Congrès, qui se tenait une fois tous les cinq ans, avec un un délégué pour mille membres. Le Congrès du parti élisait le Comité central et le secrétaire général, et adoptait également le programme du parti.

Le Comité central était l'organe le plus important entre chaque congrès. En 1984, le Comité central était composé de 265 membres de plein droit et de 181 membres candidats. Il était responsable de la mise en application des décisions du Congrès et de la gestion des activités du parti, et était normalement élu pour quatre ans.

En 1974 le Presidium du Comité central (nommé dans les faits "Politburo"), qui était élu par le Comité central, fut remplacé par un nouvel organe, le Bureau politique permanent exécutif, élu théoriquement par le Comité central, mais dans les faits nommés par le secrétaire général.

Dans les faits, il n'y avait que très peu de différences entre le parti et le gouvernement. Le Bureau permanent était l'organe le plus important dans le parti, et avait cinq membres lors de sa création en 1974, avant d'en compter quinze en 1979. En 1984 il fut réduit à huit membres, dont parmi eux Nicolae et Elena Ceaușescu. En 1988, il comptait huit membres, principalement les Ceaușescus et leurs alliés les plus proches. Le Secrétariat était l'organe administratif du parti et dans les faits suivait les ordres du Bureau permanent.

Les unités de base du parti étaient les groupes locaux dans les entreprises, les coopératives, les groupes de militaires et de policiers et tout autre lieu de travail. Il y avait 64 200 unités de ce type en 1980, comptant de quelques membres seulement à plusieurs centaines. Ces unités dépendaient des comités municipaux du parti, qui avaient leur propre premier secrétaire, vice-secrétaires et autres officiels, et élisaient théoriquement des représentants aux instances régionales, puis nationales du parti. Le PCR contrôlait directement la vie économique du pays grâce à ses commissions locales et nationales.

Congrès du parti[modifier | modifier le code]

Nom. Période Lieu
Ier (mai 1921) Bucarest
IIe (octobre 1922) Ploiești
IIIe (août 1924) Vienne
IVe (juillet 1928) Kharkiv
Ve (décembre 1931) Gorikovo (près de Moscou)
VIe (février 1948) Bucarest
VIIe (décembre 1955) Bucarest
VIIIe (juin 1960) Bucarest
IXe (juillet 1965) Bucarest
Xe (août 1969) Bucarest
XIe (novembre 1974) Bucarest
XIIe (novembre 1979) Bucarest
XIIIe (novembre 1984) Bucarest
XIVe (novembre 1989) Bucarest

Secrétaires généraux[modifier | modifier le code]

Gheorghe Cristescu 19211924
Elek Köblös 19241927
Vitali Holostenco 19271931
Alexander Stefanski 19311936
Boris Stefanov 19361940
Ștefan Foriș 19401944
Gheorghe Gheorghiu-Dej 19451954
Gheorghe Apostol 19541955
Gheorghe Gheorghiu-Dej 19551965
Nicolae Ceaușescu 19651989

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Victor Frunză, Histoire du communisme en Roumanie, ed. EVF, 588 p., Bucarest 1999, ISBN 973 9120 05 9
  2. Archie Brown, The Rise and Fall of communism, Vintage Books, 2009, page 105 ; Jean-François Soulet, Histoire comparée des États communistes de 1945 à nos jours, Armand Colin, coll. « U », 1996, pages 11-42 et Alexandre Zinoviev, Le Communisme comme réalité, Julliard, 1981, page 58.
  3. Bancuri din iepoca odiosului, Orientul Latin, Braşov, 1992 et Dana Maria Niculescu-Grasso, Bancuri politice, Fundaţia Culturală Română, Bucarest 1999.
  4. Catherine Durandin, Histoire des Roumains, Fayard, Paris, 1995, (ISBN 978-2213594255)/6, p. 366-491
  5. Steven D. Roper, Romania : the unfinished revolution, Routledge, 2000, ISBN 90-5823-027-9.
  6. Voir sur hotnews.ro.
  7. Adrian Cioroianu: Pe umerii lui Marx, Editura Curtea Veche, 2006, p. 23-27; Victor Frunză, Istoria Comunismului în România, EVF, 1998, p. 21-22
  8. Frunză, p. 25-28
  9. Cioroianu, Pe umerii…, p. 45; Presse communiste, 1923, in Frunză, p. 30
  10. Allégations dans la presse social-démocrate, 1923, in Frunză, p. 30; Iordachi I.2
  11. Conformément au leader du PCR Iosif Rangheț : « […] le 23 août 1944, notre parti eut 80 membres à Bucarest, ni plus, ni moins. Et dans le pays tout entier, notre parti avait moins de 1000 membres, y compris nos camarades en prison et dans les camps de concentration. » (Rangheț, 25-27 avril 1945, in Colt). On prétend qu'à la fin des années 1940, Ana Pauker donna le même chiffre (Cioroianu, Pe umerii…, p. 45; Frunză, p. 202).
  12. Cioroianu, Pe umerii…, p. 18-45; Frunză, p. 38-48, 63-72; Iordachi, I.2; Pokivailova, p. 48; Troncotă, p. 19-20; Veiga, p. 222
  13. Cioroianu, Pe umerii…, p. 18, 44
  14. Iordachi, I.2; Pokivailova, p. 47
  15. Cioroianu, Pe umerii…, p. 36; Frunză, p. 71; Troncotă, p. 19; Veiga, p. 115
  16. Cioroianu, Pe umerii…, p. 47-48
  17. Cioroianu, Pe umerii…, p. 18
  18. Cioroianu, Pe umerii…, p. 27-30
  19. Troncotă, p. 18-19
  20. Troncotă, p. 19
  21. Argetoianu, juin 1922, in Troncotă, p. 19, le p. 19
  22. Cioroianu, Pe umerii…, p. 37, 44; Frunză, p. 38-39
  23. Frunză, p. 32-33
  24. Cioroianu, Pe umerii…, p. 38-39; Frunză, p. 49-50
  25. Cioroianu, Pe umerii…, p. 41; Frunză, p. 51-53
  26. Troncotă, p. 20-22
  27. Frunză, p. 58-62
  28. Panaït Istrati : Vers l'autre flamme, confession pour vaincus, Bucarest, 1930.
  29. Cioroianu, Pe umerii…, p. 41-43; Frunză, p. 53-62
  30. Frunză, p. 85; Pokivailova, p. 48
  31. a et b Veiga, p. 223
  32. Veiga, p. 235
  33. Frunză, p. 84
  34. Cioroianu, Pe umerii.., p. 43, 170-171; Frunză, p. 84, 102-103
  35. Pokivailova, p. 48; Veiga, p. 223-224
  36. Pokivailova, p. 47
  37. Pokivailova, p. 46-47
  38. Pokivailova, p. 48
  39. Cioroianu, Pe umerii…, p. 42, 44, 48-50
  40. Cioroianu, Pe umerii.., p. 42-43; Frunză, p. 90-91, 151, 215; Pokivailova, p. 45
  41. Cioroianu, Pe umerii…, p. 43, 52, 171-172; Frunză, p. 103-104, 149-154, 215
  42. Frunză, p. 72; Pokivailova, p. 48
  43. Frunză, p. 72, 105-107, 127
  44. Frunză, p. 106-107
  45. = "Pokivailova, p. 48"
  46. Frunză, p. 122-123, 138
  47. Frunză, p. 123
  48. Frunză, p. 123-125; 130-131
  49. Dugan et Stewart, Opération raz-de-marée sur les pétroles de Ploesti, Livre de poche, 1964, 448 p., Bernád Dénes, Rumanian Aces of World War 2, 2003, Osprey Publishing, Oxford, et Victor Niţu, Vasile Tudor, La Guerre aérienne en Roumanie, 1941-1944, Piteşti, éd. Tiparg, 2006, sur "Constantin "Bâzu" Cantacuzino - The prince of aces".
  50. Frunză, p. 125
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  106. Frunză, p. 403-407
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  117. Cioroianu, Pe umerii…, p. 136, 206-207; Frunză, p. 425
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  120. Frunză, p. 429
  121. Cioroianu, Pe umerii…, p. 291-294
  122. Cioroianu, Pe umerii…, p. 221, 314-315
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  124. Barbu, p. 192
  125. a et b Cioroianu, Pe umerii…, p. 313
  126. Cioroianu, Pe umerii…, p. 300-319; Frunză, p. 394-399
  127. Selon les travaux de la Commission historique d’investigation et d’analyse des crimes du régime communiste, coordonnée par Vladimir Tismăneanu (en) sur (ro) « Comisia prezidențială pentru analiza dictaturii comuniste din România », sur le site de la Présidence de la République ; voir aussi [1] consulté le 1-er août 2011 et [2] consulté le 1-er août 2011. Ces travaux ont préparé la reconnaissance officielle par l'état roumain de 2.215.000 victimes en 45 ans soit environ 10 % de la population.
  128. Cioroianu, Pe umerii…, p. 212-217, 219, 220; Frunză, p. 440-444
  129. Cioroianu, Pe umerii…, p. 208
  130. Cioroianu, Pe umerii…, p. 218-219, 220; Frunză, p. 456-457
  131. Frunză, p. 442
  132. Cioroianu, Pe umerii…, p. 214; Frunză, p. 442, 445, 449-450
  133. Cioroianu, Pe umerii…, p. 215, 218; Frunză, p. 437, 449, 452-453
  134. Cioroianu, Pe umerii…, p. 215; Frunză, p. 437, 449
  135. Cioroianu, Pe umerii…, p. 215; Frunză, p. 438
  136. Frunză, p. 452-453
  137. Cioroianu, Pe umerii…, p. 216; Frunză, p. 440-441, 454-457; Iordachi I.2
  138. Scînteia, 1964, in Iordachi I.2
  139. Cioroianu, Pe umerii…, p. 220; Frunză, p. 453
  140. Cioroianu, Pe umerii…, p. 220
  141. Cioroianu, Pe umerii…, p. 216-217, 220-221; Frunză, p. 445-449, 458-461
  142. A titre d'exemple, voir les notes de bas de page de l'article Ferdinand Ier (roi de Roumanie).
  143. Lucian Boia, Istorie și mit în conștiința românească („Histoire et mythe dans la conscience collective roumaine”) Humanitas, Bucarest 1997 ; Dimitri Kitsikis, La Montée du national-bolchevisme dans les Balkans, Avatar, Paris, 2008 ; Mircea Martin, La culture roumaine écartelée entre communisme et nationalisme (II), Revista 22 no 44 (660)/XIII, octobre-novembre 2002 ; Vladimir Tismăneanu, „Mythes protochronistes et baroque stalino-fasciste”, Evenimentul zilei, 6 février 2006.
  144. Cioroianu, Pe umerii…, p. 221-223, 275-276; Frunză, p. 458 et suiv.

Références[modifier | modifier le code]