Nicolae Ceaușescu

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Nicolae Ceaușescu
Image illustrative de l'article Nicolae Ceaușescu
Fonctions
1er président de la République socialiste de Roumanie

(15 ans 8 mois et 24 jours)
Président du Conseil Manea Mănescu
Ilie Verdeț
Constantin Dăscălescu
Prédécesseur Lui-même
(président du Conseil d'État)
Successeur Ion Iliescu
(Président du Front de salut national)
3e président du Conseil d'État de la
République socialiste de Roumanie

(6 ans 3 mois et 19 jours)
Président du Conseil Ion Gheorghe Maurer
Prédécesseur Chivu Stoica
Successeur Lui-même
(président de la République)
10e secrétaire général du
Parti communiste roumain

(24 ans et 9 mois)
Prédécesseur Gheorghe Gheorghiu-Dej
Successeur Aucun (parti dissous)
Biographie
Nom de naissance Nicolae Andruță Ceaușescu
Date de naissance
Lieu de naissance Scornicești (Royaume de Roumanie)
Date de décès (à 71 ans)
Lieu de décès Târgoviște (Roumanie)
Nature du décès Exécution par arme à feu
Nationalité roumaine
Parti politique Parti des travailleurs roumains
Parti communiste roumain
Conjoint Elena Petrescu
Enfant(s) Valentin Ceaușescu
Zoia Ceaușescu
Nicu Ceaușescu
Résidence Maison de la République (Bucarest)

Signature

Nicolae Ceaușescu
Présidents de la République socialiste de Roumanie

Nicolae Ceaușescu Prononciation du titre dans sa version originale Écouter, né le à Scornicești et mort le à Târgoviște, est un homme d'État roumain.

Après la mort de Gheorghe Gheorghiu-Dej, en 1965, il accède à la tête de la Roumanie en devenant secrétaire général du Parti communiste roumain (PCR). Il se fait nommer président de la République socialiste de Roumanie en 1974 et met en place un culte de la personnalité. Son régime devient progressivement totalitaire, la Securitate étant une des polices politiques les plus redoutables au monde. Alors que sa politique économique a des conséquences de plus en plus néfastes pour la population, son régime s'effondre le , à la suite d'une révolution débutée à Timișoara. Trois jours plus tard, le , il est jugé de façon expéditive, puis exécuté avec sa femme, Elena.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Ceaușescu en 1936, à 18 ans.
Elena Ceaușescu, son épouse.

Il quitte sa famille et s'installe à Bucarest en 1929 à 11 ans. Apprenti cordonnier, il est vite « connu des services de police ». L'histoire officielle veut qu'il ait adhéré au Parti communiste roumain dès 1932, qu'il ait été arrêté l'année suivante pour activités séditieuses au cours d'une grève, puis à nouveau en 1934 pour avoir collecté des signatures pour une pétition contre un procès fait à des cheminots, et encore en 1936 pour des activités anti-fascistes. Sa fiche de police présentée de 1972 à 1989 dans tous les musées d'histoire de Roumanie, contenait les appréciations suivantes : « dangereux agitateur communiste » et « activiste de la propagande communiste et anti-fasciste ». Mais après 1989, plusieurs biographies indiquent qu'il aurait été arrêté pour des affaires de droit commun, et que c'est dans la prison de Doftana qu'il aurait connu des communistes et qu'il les aurait rejoints, en 1937 ou 1938, de toute manière avant que le fascisme ne prenne le pouvoir[1].

En 1939, il fait la connaissance d'Elena Petrescu, qui devient son épouse en 1946 et qui va connaître la même ascension et la même chute finale. Son influence et son rôle grandissent avec les années.

En 1940, il est à nouveau arrêté et emprisonné. En 1943, il est transféré au camp d'internement de Târgu Jiu, où il fait la connaissance de Gheorghe Gheorghiu-Dej, dont il devient le protégé.

Ascension vers le pouvoir[modifier | modifier le code]

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors que la Roumanie est occupée par l'Union soviétique, il devient secrétaire de l'Union des jeunesses communistes (1944-1945).

En 1947, après la prise du pouvoir par les communistes et l'abolition de la monarchie, il devient successivement ministre de l'agriculture, puis ministre délégué aux forces armées sous la férule de Gheorghe Gheorghiu-Dej.

En 1952, quelques mois après l'éviction de la ministre des Affaires étrangères Ana Pauker, il est nommé au comité central du Parti des travailleurs roumains.

En 1954, Nicolae Ceaușescu est promu au bureau politique et son influence s'accroît jusqu'à faire de lui le « numéro deux » du parti.

Exercice du pouvoir[modifier | modifier le code]

Arrivée à la tête de l'État[modifier | modifier le code]

En mars 1965, trois jours après la mort de Gheorghe Gheorghiu-Dej, il est coopté comme premier secrétaire du Parti des travailleurs de Roumanie. L'une de ses premières décisions est de rebaptiser le parti en Parti communiste roumain (PCR) et de déclarer que son pays, plutôt qu'une « république populaire », est désormais la « République socialiste de Roumanie ».

Nicolae Ceaușescu consolide sa position en se faisant élire, en 1967, président du conseil d'État. En 1974, il ajoute à sa liste de titres officiels celui de président de la République.

Culte de la personnalité[modifier | modifier le code]

Timbre postal à l'effigie de Nicolae Ceaușescu, diffusé en 1988 pour les 70 ans du président.

Ceaușescu institue en sa faveur un culte de la personnalité, se faisant désigner sous les titres de Conducător, de « Génie des Carpates » (Geniul din Carpați), ou encore de « Danube de la pensée » (Dunărea gândirii). L'historiographie roumaine de l'époque communiste le compare d'ailleurs régulièrement avec les grands héros nationaux du passé. La critique sur la personne du Conducător n'est pas tolérée : la presse est muselée et les écrivains dissidents, comme Paul Goma et Virgil Tanase, fuient à Paris, où ils ne sont pas à l'abri des tentatives de meurtre de la Securitate, qui est la police politique du régime[2].

Le népotisme est également une caractéristique de l'époque Ceaușescu, son épouse Elena, prétendument chercheuse universitaire de haut niveau, étant promue à des fonctions ministérielles, tandis que d'autres membres de leurs familles respectives se voient octroyer de multiples avantages matériels et honorifiques.

Il fait également nommer son plus jeune fils, Nicu (1951-1996), premier secrétaire des Jeunesses communistes, le désignant ainsi comme son héritier politique présomptif. Des trois enfants du couple, celui-ci fut le grand bénéficiaire des largesses du régime paternel. Nicu ne se refusait rien : grand amateur de femmes et d'alcool, il eut une relation, dont on a appris par la suite qu'elle avait été imposée, avec la gymnaste Nadia Comăneci, triple championne olympique aux Jeux d'été de Montréal en 1976.

Ses autres enfants, Valentin (1948-) et Zoia (1949-2006), ont l'un et l'autre des diplômes universitaires en physique ou en mathématiques. Zoia était une vraie mathématicienne, auteur d'une trentaine d'articles publiés dans des revues d'audience internationale. On considère généralement qu'elle se tenait à l'écart des affaires publiques et qu'elle a contribué à protéger la communauté mathématique roumaine durant la dictature de son père, permettant à la Roumanie de continuer à former des mathématiciens de premier plan, conformément à sa tradition. Zoia entra d'ailleurs très vite en conflit avec son père, allant même jusqu'à renier son nom de famille (elle se faisait appeler uniquement « Mademoiselle Zoia »). Nicolae Ceaușescu la fera alors surveiller en permanence par la Securitate.

Valentin resta, lui, totalement à l'écart du pouvoir, qui ne l'intéressait pas. Il était en opposition constante avec ses parents, qui n'hésitèrent pas à le rejeter (ainsi, on ne lui autorisait l'accès aux résidences officielles qu'en l’absence de ces derniers). De plus, il s'était marié avec Iordana (dite Dana) Borilă, fille de Petre Borilă, l'un des plus sérieux rivaux de son père au sein du parti. Ses parents désapprouvèrent cette union. Ce comportement rebelle explique certainement les rumeurs colportées à son sujet sur la prétendue absence de liens de parenté entre lui et le couple Ceaușescu. Ces rumeurs semblent infondées puisque, à la demande de Valentin lui-même, des analyses d'ADN ont été réalisées sur les restes des époux Ceaușescu à des fins d'identification en novembre 2010[3],[4]. Il s'exilera pendant plusieurs années avec sa femme et ses enfants au Canada. Revenu en Roumanie dans les années 1980, il s'investira dans la direction du club de football FC Steaua Bucarest, aux côtés de son oncle paternel Ilie.

Relations internationales[modifier | modifier le code]

Nicolae Ceaușescu et Kim Il-sung en 1971.
Nicolae Ceaușescu en compagnie de Gerald Ford et Richard Nixon en 1973.

En politique étrangère, Ceaușescu cherche à sortir la Roumanie de l'orbite soviétique. La Roumanie est ainsi le seul pays du bloc de l'Est qui refuse de rompre ses relations diplomatiques avec Israël après la guerre des Six Jours. Sa popularité dans les milieux de gauche européens est alors assez importante, en raison de sa politique indépendante, à l'égard des dirigeants soviétiques. Tout en restant formellement membre du Pacte de Varsovie, la Roumanie cesse de participer à toutes les opérations militaires de l'alliance, et Ceaușescu va jusqu'à condamner l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte en 1968 à la suite du Printemps de Prague.

Lorsque les chars du Pacte de Varsovie mettent fin au Printemps de Prague, la Roumanie se tient à l'écart. Ceaușescu parle de « grave erreur, une menace sérieuse pour la paix, un moment de honte dans l'histoire du mouvement révolutionnaire ». Il conclut un traité de défense avec la Yougoslavie et refuse de prendre parti dans la querelle intestine communiste qui oppose l'Union soviétique et la République populaire de Chine. Son indépendance lui donne du prestige à l'Ouest. La même année, du 14 au 19 mai, il reçoit la visite du président français, Charles de Gaulle. En 1977, Nicolae Ceaușescu reçoit successivement Menahem Begin, le Premier ministre israélien, et Anouar el-Sadate, le président égyptien, avant leur rencontre historique, qui eut lieu le [5].

En 1978, de fortes tensions entre la Roumanie et ses alliés du Pacte de Varsovie éclatent lorsque trois des six pays membres du Pacte rappellent leurs ambassadeurs en consultations pour protester contre la politique étrangère indépendante de Ceaușescu[5].

La Roumanie est le premier des pays de l'Est à entretenir des relations officielles avec la Communauté économique européenne : un accord incluant la Roumanie dans le système de préférences généralisées de la Communauté est signé en 1974 et un autre, sur les produits industriels, en 1980. Cependant, Ceaușescu se refuse à mettre en œuvre la moindre réforme d'inspiration libérale. Suivant en cela la position de Gheorghe Gheorghiu-Dej, il se tient obstinément à une vision « stalinienne », ce qui explique la politique d'indépendance à l'égard des dirigeants soviétiques, à mesure que progresse la déstalinisation chez les membres du pacte de Varsovie. Ceaușescu maintient voire accroît la mainmise de la Securitate sur la liberté de parole dans les médias, et ne tolère aucune opposition interne.

Il continue à jouer un rôle farouchement indépendant de celui du « grand frère » soviétique en donnant son aval à la participation de la Roumanie aux Jeux olympiques d'été de 1984 à Los Angeles, qui sont pourtant boycottés par l'immense majorité des pays du bloc de l'Est.

Durcissement du régime[modifier | modifier le code]

Nicolae Ceaușescu, lors d'une visite aux États-Unis, le 12 avril 1978.

Lors de son accession au pouvoir en 1965, le dirigeant roumain mène une politique qui contraste avec celle de son prédécesseur Gheorghiu-Dej : une modeste libéralisation s'amorce dans le domaine politique, tandis que le népotisme et le clientélisme sont des phénomènes bien moins présents qu'ultérieurement. Des résultats économiques sont notables et les rapports diplomatiques avec des puissances occidentales favorisent un climat international moins tendu. Cependant, le régime se transforme progressivement pour laisser place à une autocratie de plus en plus prégnante. Le début des années 1970 peut être considéré comme le tournant du régime.

En 1971, Ceaușescu se rend en visite officielle en République populaire de Chine, puis en Corée du Nord. Il manifeste un grand intérêt pour l'idée de la « transformation nationale totale », telle que développée dans le programme politique du Parti du travail de Corée ou telle que l'avait mise en œuvre la Chine durant la Révolution culturelle. Peu après son retour en Roumanie, il commence à imiter la dictature nord-coréenne, influencé par la « philosophie du Juche » du président Kim Il-sung, faisant traduire en roumain, et largement distribuer dans le pays, divers ouvrages consacrés au Juche et à la création idéologique de l'homme nouveau roumain, façonné à la fois par le communisme et l'héritage national.

« Systématisation »[modifier | modifier le code]

En 1972, Ceaușescu institue un programme de systématisation (en), inspiré des écrits de Friedrich Engels sur la réduction des différences ville-campagne. Conçue comme une manière de construire une « société socialiste multilatéralement développée », cette ambitieuse politique se traduit par de nombreux bouleversements dans toute la Roumanie, et en particulier par la démolition systématique de nombreux villages, avec déplacement de la population dans des petites structures urbaines, souvent sans même attendre l'achèvement des programmes de construction.

La systématisation est la plus visible à Bucarest même, où environ un cinquième de la vieille ville est rasé pour être reconstruit selon les vues du dictateur. Parmi les édifices détruits, on relève un certain nombre de bâtiments classés, certains bâtiments historiques, notamment des monastères, étant détruits pour « vétusté » après le tremblement de terre de 1977. Un « palais du peuple », deuxième bâtiment au monde par sa superficie après le Pentagone, est ainsi édifié en lieu et place d'un quartier ancien de Bucarest.

Malgré le régime totalitaire, la politique étrangère indépendante vis-à-vis de l'Union soviétique suscite l'intérêt des puissances occidentales. Ceaușescu obtient de nombreux prêts des institutions financières occidentales qui permettent de financer des programmes de développement économique, mais qui déséquilibrent gravement les finances du pays. Dans les années 1980, Ceaușescu ordonne l'exportation d'une grande partie des productions industrielle et agricole, afin de rembourser les dettes du pays. Ce qui n'était jusque-là que des pénuries courantes dans les régimes des pays de l'Est, se transforme pour de nombreux Roumains en un combat quotidien pour la survie.

Question du nationalisme[modifier | modifier le code]

Avec le président bulgare, Todor Jivkov, en 1979.

La symbolique identitaire d'ordre national occupe une place stratégique dans le régime du Conducător. Elle permet de légitimer le pouvoir en s'appuyant sur des personnages historiques comme Étienne III de Moldavie, prince médiéval de la Principauté de Moldavie, Burebista, roi des Daces, ou encore Alexandre Ier de Moldavie, prince médiéval de la Principauté de Valachie, sans oublier Vlad III l'Empaleur, prince médiéval de Valachie, qui donna à Bram Stoker le prétexte du mythe de Dracula.

Nicolae Ceaușescu évoque même les origines daces de la population de la Roumanie pour régler le problème des Hongrois de Transylvanie, source de tension avec la Hongrie voisine. Ce nationalisme de façade se renforce à partir de 1977 alors que la crise économique se profile à l'horizon et que le régime est mis sous pression.

En pratique, la valorisation de l'identité roumaine par le Conducător se traduit par des festivals, discours fleuves sur l'histoire du pays. Ainsi, en 1980, est organisée une commémoration du 2 050e anniversaire du début du règne de Burebista, roi dace, au motif qu'il avait organisé le premier « État centralisé » de Dacie. Sur le terrain, le patrimoine culturel, architectural et paysager du pays subit de profonds changements. Des centaines de localités voient leurs centres historiques démolis au profit de constructions en béton jugées plus fonctionnelles.

L'histoire est réinterprétée dans l'optique du nationalisme officiel. À certains noms de villes sont accolés le nom antique : Cluj-Napoca, Drobeta-Turnu Severin ; d'autres villes sont renommées au contraire pour commémorer des événements ou des personnages modernes : 23 august, 6 martie ou Gheorghe Gheorghiu-Dej. Certains noms sont également modifiés (Tatanir au lieu de Tatomiresti).

Déclin du régime[modifier | modifier le code]

La politique sociale mise en œuvre par Ceaușescu contribue à aggraver une situation relativement précaire. Obnubilé par une volonté d'augmenter l'effectif de la population roumaine, Ceaușescu se lance dans une politique nataliste contraignante, interdisant en 1966, par le décret 770, aussi bien l'avortement que la contraception et imposant de sévères restrictions aux modalités du divorce. Les couples sans enfant doivent payer un supplément d'impôts. Les médecins de village sont tenus pour responsables si un enfant décède avant son premier anniversaire. La population augmente, mais au prix de l'abandon de milliers d'enfants par leurs familles, incapables de subvenir à leurs besoins ; ces enfants sont placés dans des orphelinats d'État, mal gérés et où sévit une mortalité surélevée en raison du manque chronique de soins et de médicaments.

Ceaușescu refuse de reconnaître l'existence de malades du sida au sein de la population roumaine, interdit les tests de dépistage avant les collectes de sang et laisse utiliser, lors de transfusions sanguines faites sur des orphelins, des aiguilles non stérilisées, causant ainsi une forte contamination des enfants orphelins par le virus[réf. nécessaire].

Les conséquences de la politique de peuplement de Ceaușescu n'apparaîtront au grand jour qu'en 1989, lorsque s'ouvriront après la révolution, les portes des orphelinats roumains.

Chute[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Révolution roumaine de 1989.
Nicolae Ceaușescu, en novembre 1988.

En 1978, le lieutenant général Ion Mihai Pacepa, vétéran de la Securitate, fait défection et se réfugie aux États-Unis, ce qui porte un sévère coup au régime et contraint Ceaușescu à revoir toute l'« architecture » de sa police secrète. En 1986, Pacepa révèle, dans son livre Red Horizons: Chronicles of a Communist Spy Chief[6], plusieurs détails sur le régime de Ceaușescu, tels que sa collaboration avec des terroristes arabes, ses entreprises d'espionnage industriel aux États-Unis et ses efforts pour obtenir le soutien des pays occidentaux.

Le régime de Ceaușescu s'effondre après l'ordre donné aux forces armées et à la Securitate d'ouvrir le feu sur les manifestants anti-communistes dans la ville de Timișoara, le . Les manifestations faisaient suite à la tentative d'expulsion, par le régime, du pasteur hongrois László Tőkés. La rébellion se propage à Bucarest, probablement aiguillonnée par la décision peu opportune de Ceaușescu d'y organiser, le , un rassemblement de masse, censé montrer le soutien populaire au régime. La manifestation, diffusée en direct à la télévision, se transforme en une démonstration de protestation contre le régime : huit minutes après le début du discours de Ceaușescu, la foule crie « Timișoara » et Ceaușescu, installé sur le balcon du Comité central (Calea Victoriei), interrompt son discours avec inquiétude alors que la transmission télévisée est coupée.

Le lendemain, le , des manifestants envahissent le bâtiment du Comité central, où le chef de l'État préside une réunion. Les époux Ceaușescu rejoignent un hélicoptère sur le toit du bâtiment pour s'enfuir avec deux conseillers et trois hommes d'équipage dans le but de rejoindre un palais de province et de reconstituer les forces encore fidèles au régime. Les manifestants s'attaquent ensuite à la chaîne de télévision publique et, à 13 heures, parviennent à en prendre le contrôle. Les forces armées fraternisent spontanément avec les insurgés. Selon la version officielle ultérieure, Nicolae et Elena Ceaușescu prennent la fuite en hélicoptère en prenant en otage son pilote, menacé avec une arme à feu. À cause du manque de carburant, ce dernier pose l'hélicoptère dans la campagne, à proximité des bâtiments d'une ferme. S'en serait suivie une fuite erratique du couple présidentiel, au cours de laquelle il aurait notamment été pris en chasse par des citoyens insurgés tentant de les arrêter, avant de parvenir à trouver un répit de courte durée dans une école. Ils auraient finalement été retenus prisonniers pendant plusieurs heures dans une voiture de police, les policiers restant dans l'expectative et écoutant la radio pour connaitre l'évolution de la situation, avant d'être livrés aux forces armées.

Le , à la suite d'un procès expéditif de 55 minutes rendu par un tribunal auto-proclamé, réuni en secret dans une école de Târgoviște à 50 km de Bucarest, Nicolae Ceaușescu et Elena Petrescu, déclarés coupables de génocide, sont condamnés à mort et aussitôt fusillés dans la base militaire de Târgoviște[7].

Tombe de Ceaușescu.

Le soir même, les images des corps exécutés du couple Ceaușescu sont diffusées à la télévision. Les cadavres sont enterrés dans le cimetière civil de Ghencea à Bucarest, dans une tombe sans nom. Par la suite, la tombe est identifiée et des fidèles du couple présidentiel passent encore aujourd'hui la fleurir. Plusieurs proches des Ceaușescu, dont leurs propres enfants, ont pourtant toujours douté que le couple ait été enterré à Ghencea. Le , les corps présumés de l'ancien dictateur et de sa femme sont exhumés, à la demande de leur fils Valentin et de leur gendre Mircea Oprean (veuf de Zoïa), afin d'effectuer des prélèvements d'ADN pour vérifier leur identité[8]. Les analyses confirment qu'il s'agit bien du corps de Nicolae Ceaușescu[3].

De tous les pays de l'Est ayant renversé le régime communiste après la chute du mur de Berlin au cours de l'automne et l'hiver 1989-1990, la Roumanie a été le seul où cette évolution s'est faite dans le sang : 1 104 morts (dont 564 à Bucarest, 93 à Timișoara, 90 à Sibiu, 66 à Brașov, 26 à Cluj-Napoca) et 3 321 blessés (dont 1 761 à Bucarest). Plusieurs historiens évoquent l'idée que la révolution n'était qu'un coup d'État déguisé, auquel aurait notamment pris part Ion Iliescu, ancien dignitaire du régime communiste qui deviendra le premier chef de l'État de l'ère post-communiste[9].

Mémoires du régime de Ceaușescu[modifier | modifier le code]

Encore aujourd’hui, les citoyens roumains subissent toujours les conséquences du régime communiste, mais, malgré tout, ceux-ci hésitent encore à exprimer leurs sentiments vers l’ancien dirigeant. Les opinions sont source d'importants clivages, Ceaușescu est soit éperdument regretté, soit affreusement détesté. Le débat, sensible, est revenu sur le devant de la scène, à la faveur d'une initiative du ministère du Tourisme roumain, celle de la récente décision de restaurer et de rouvrir au public un musée consacré aux époux Ceaușescu. Il s’agit de l’ancienne caserne de Târgoviște, où ceux-ci ont vécu leurs derniers jours et leur exécution[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. * Edward Behr, Kiss the Hand you Cannot Bite (Embrasse la main que tu ne peux mordre), ISBN 0-679-40128-8; Stevens W. Sowards, Twenty-Five Lectures on Modern Balkan History ("vingt-cinq conférences sur l'histoire moderne des Balkans, [3] 1996") : Conférence 24 (en anglais); John Sweeney, The Life and Evil Times of Nicolae Ceaușescu ("La vie et la terrible époque de Nicolae Ceaușescu", en anglais), ISBN 0-09-174672-8 Dennis Deletant, Ceaușescu et la Securitate, Ed. Humanitas 1998, ISBN 973-28-0882-9
  2. (en) Espionage: Rumanian Sting dans le Time, le 13 septembre 1982
  3. a et b « Des tests ADN confirment l'identité du dictateur roumain Ceausescu », dépêche AFP, 3 novembre 2010.
  4. Article de Métro-Montréal du 3/11/2010
  5. a et b Journal télévisé d'Antenne 2 du 28 novembre 1978 ; à voir sur le site de l'Ina.
  6. publié en France en 1988, sous le titre Horizons rouges (Paris : Presses de la Cité. 323 p.)
  7. Journal télévisé d'Antenne 2 du 26 décembre 1989 qui relate l'exécution des Ceaușescu Sur le site ina.fr
  8. « Roumanie: les corps des époux Ceausescu exhumés à Bucarest pour vérifier leur identité », dépêche AFP, 21 juillet 2010.
  9. http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/la-revolution-roumaine-un-coup-d-etat-de-l-armee_836505.html
  10. « Roumanie : « et si Ceausescu était encore vivant… ? », Mădălina Crețu, Le Journal International, 7 septembre 2013.

Sources[modifier | modifier le code]

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Nicolae Ceaușescu » (voir la liste des auteurs).
  • Katherine Verdery, National Ideology under socialism. Identity and cultural politics in Ceausescu's Romania, 1990.
  • Pierre du Bois de Dunilac, Ceausescu au pouvoir : enquête sur une ascension, Chêne-Bourg, Georg, 2004, 147 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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