Pogrom de Iași

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Corps de Juifs, hommes, femmes et enfants, dans la rue à Iași

Le pogrom de Iași du 27 juin 1941, perpétré pendant la Seconde Guerre mondiale, est, Shoah mise à part, l'un des plus sanglants de l'histoire moderne du peuple juif, lancé par le régime fasciste roumain dans la ville de Iași, contre sa population juive. Ce pogrom s'est soldé par la mort d'au moins 13 226 Juifs[1] selon les autorités roumaines.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

À la suite du pacte Hitler-Staline, l'occupation soviétique de la Bessarabie et de la Bucovine du Nord (à forte population juive : environ 250 000 personnes pour la plupart russophones) en juin 1940, précipite la Roumanie dans l'orbite du Troisième Reich en octobre 1940, permettant l'avènement d'un régime fasciste qui considère tous les Juifs indistinctement comme sympathisants communistes et ennemis de la nation. Le 22 juin 1941, la Roumanie entre en guerre aux côtés de l'Allemagne en participant à l'invasion de l'Union soviétique, officiellement dans le but de récupérer les territoires envahis par l'URSS. Dès lors, ce régime développe sa propre politique antisémite : pendant les années 1941-1942, trente-deux lois, trente-et-un décrets et dix-sept résolutions gouvernementales antisémites sont publiés dans le Monitorul Oficial (journal officiel), et l'armée, la gendarmerie et la police sont engagées dans des actions d'extermination des Juifs.

Depuis le 22 juin 1941 (début de la guerre pour la Roumanie), la presse d'État affirmait « que des parachutistes soviétiques auraient été largués aux environs de Iași, accueillis, guidés et hébergés par les Juifs » locaux. Dans la semaine précédant le pogrom, d'autres signes annonciateurs du massacre apparurent : les maisons habitées par des chrétiens sont marquées d'une croix, les hommes juifs sont réquisitionnés pour creuser de larges tranchées dans le cimetière juif, et les soldats commencent à perquisitionner (et souvent piller, avec la complicité de civils du voisinage) les maisons juives « à la recherche de preuves ». Le 27 juin 1941, le dictateur roumain Ion Antonescu téléphone au colonel Constantin Lupu, commandant de la garnison de Iași, lui ordonnant formellement de « nettoyer Iași de sa population juive », en organisant un pogrom selon des plans mis au point précédemment, tandis que les autorités accusent officiellement la communauté juive de « sabotage » et d'avoir « attaqué des soldats dans la rue ».

Pogrom et train de la mort[modifier | modifier le code]

Arrestation des Juifs

Selon un rapport commissionné et accepté par le gouvernement roumain, une partie de la population civile a participé au pogrom ou en a profité[2] :

« Ceux qui participèrent à la chasse à l'homme dans la nuit du 28 au 29 juin furent en premier et principalement la police de Iași, aidée par la police bessarabienne [il s'agit des policiers et gendarmes du territoire occupé par l'URSS, qui avaient échappé à la déportation au Goulag et s'étaient regroupés à Iași] et les unités de gendarmerie. Les autres participants furent les soldats de l'armée, des jeunes gens armés par les agents du SSI (Service Spécial d'Information), et la foule qui volait et tuait, sachant qu'elle n'aura pas de compte à rendre de ses actions...
En plus de donner des informations sur les Juifs, de conduire les soldats aux maisons et aux caches des Juifs, et même de pénétrer eux-mêmes dans les maisons, certains résidents de Iași ont aussi pris part aux arrestations et aux humiliations imposées aux Juifs sur leur chemin vers la Questure. Les auteurs de ces crimes comprenaient des voisins des Juifs, les participants plus ou moins connus des mouvements antisémites (dont des étudiants), des réfugiés bessarabiens, des tsiganes, de modestes fonctionnaires ou employés, des cheminots, des artisans frustrés par la concurrence juive, mais aussi des cols-blancs, des retraités et des vétérans de l'armée. »

Un des trains de la mort charriant des cadavres

Dans la nuit, les soldats roumains, la police et la foule commencent à massacrer les Juifs. Les voisins chrétiens qui s'y opposent sont intimidés et rossés. Au moins 8 000 personnes, hommes, femmes et enfants, sont tuées dans le pogrom initial. Puis les autorités roumaines arrêtent plus de 5 000 Juifs, les dépouillent de tous leurs biens, et les emmènent à la gare, en tirant sur ceux qui n'avancent pas assez vite. Une fois à la gare, ils sont enfermés à plus de cent dans des wagons à bestiaux. De nombreux Juifs périssent de suffocation, se soif et de faim à bord des deux trains, qui vont les balader pendant huit jours au travers du pays, sous un soleil de plomb. Selon ce rapport officiel[3] :

« Dans le train de la mort qui quitte Iași pour Călărași, dans le sud de la Roumanie, et qui transporte environ 5 000 Juifs, seulement 1 011 atteignent leur destination en vie après sept jours (la police roumaine comptera 1 258 cadavres, mais des centaines de morts furent jetés du train le long des voies entre Mircești, Roman, Săbăoani et Inotești). Le second train vers Podu Iloaiei (situé à 15 kilomètres de Iași) contient près de 2 700 Juifs au départ mais seuls 700 débarquent en vie. D'après les rapports des autorités roumaines de l'époque, 1 900 Juifs furent embarqués dans le train et « seulement » ( ! ) 1 194 sont morts. »

Buste de Viorica Agarici dans la gare de Roman

Le nombre total exact des victimes du pogrom de Iași est inconnu, mais le gouvernement roumain a donné le nombre de 13 226 victimes identifiées, tandis que la communauté juive de Iași parle de près de 15 000 morts.

Au milieu de ces atrocités, les femmes et les hommes qui ont fait preuve d'humanité, tels les paysans tendant du pain, du fromage ou des cruches d'eau aux passagers pleurant leur détresse durent les haltes, ont été molestés et repoussés violemment par des cheminots ou par les soldats. Le pharmacien Beceanu de Iași et la présidente de la Croix-Rouge de la ville de Roman, Viorica Agarici, ont vainement protesté et réussi à cacher une partie des Juifs visés par le pogrom ou échappés des convois. Viorica Agarici est l'un des 139 citoyens roumains[4] honorés comme Justes parmi les nations, titre décerné au nom de l'État d'Israël par le Mémorial de Yad Vashem. Dans la nuit du 2 juillet 1941, après avoir soigné des soldats roumains blessés sur le front russe qui vient juste de s'ouvrir (opération Barbarossa), elle entend des gens gémir d'un train transportant des Juifs survivants du pogrom de Iași. Profitant de sa position, elle demande et reçoit la permission de faire donner de la nourriture et de l'eau aux malheureux passagers agonisants. Son action est condamnée par les fascistes de Roman : menacée de mort, elle doit quitter la ville pour Bucarest. Considérée comme une héroïne par la communauté juive de Roumanie, son buste a été installé, après sa mort en 1979, lors d'une cérémonie commémorative dans la gare de Roman.

Procès pour crimes de guerre[modifier | modifier le code]

Les Tribunalele Poporului (tribunaux populaires) sont créés en 1946 et, pour le pogrom de Iași, décident de juger 57 personnes : 8 militaires de haut rang, le préfet de la région de Iași et le maire de Iași, 4 soldats, le chef de gare de Roman, 20 civils et 22 gendarmes. 165 témoins, principalement des survivants des massacres sont appelés à la barre[5].

La majorité de ceux condamnés pour crimes de guerre et crimes contre la paix (article 2 de la loi 291/1947), soit 23 personnes, y compris des généraux et des colonels, sont condamnés à la prison à vie avec travaux forcés et à 100 millions de lei de dommages-intérêts. Un colonel est condamné à la prison à vie et à 100 millions de lei de dommages-intérêts. Sept accusés sont condamnés à 25 ans de travaux forcés, douze à 20 ans de travaux forcés, certains à 15 ans et un accusé à 5 ans de travaux forcés. Quelques accusés sont acquittés faute de preuves suffisantes[6]. On ignore si les condamnés ont effectué la totalité de leur peine, car l'avènement du régime communiste a jeté le secret sur l'univers carcéral du pays. Quoi qu'il en soit, on sait que les participants aux atrocités ont été beaucoup plus nombreux, sans doute des milliers de personnes[7].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) RICHR, Ch.5 - The Holocaust in Romania, p. 22
  2. (en) RICHR, Ch.5 - The Holocaust in Romania, p. 23
  3. (en) RICHR, Ch.5 - The Holocaust in Romania, p. 25
  4. Dont 60 de Roumanie et 79 de Moldavie
  5. (en) RICHR, Ch.12 - Trials of War Criminals, p. 21
  6. (en) RICHR, Ch.12 - Trials of War Criminals, p. 22-23
  7. (en) International Commission on the Holocaust in Romania (Commission Wiesel), Final Report of the International Commission on the Holocaust in Romania, Yad Vashem (The Holocaust Martyrs' and Heroes' Remembrance Authority), 2004, [1].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]