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Régions historiques de Roumanie

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Les régions traditionnelles en Roumanie.

La Roumanie moderne s'étend sur plusieurs régions historiques européennes, héritées de la géographie médiévale, qu'elle partage, pour certaines, avec ses voisins. On regroupe en général ces régions historiques en trois « pays » traditionnels (țări en roumain) : Transylvanie, Moldavie et Valachie[1].

Qu'ils appartiennent ou non à l'actuelle Roumanie, qui n'a aucune revendication territoriale, ces trois « pays » sont considérés par les roumains comme formant leur « foyer ancestral » (vatra strămoşească, expression fréquente dans l'historiographie roumaine). Toutefois l'adjectif românești employé pour ces régions, signifie seulement que des populations roumanophones y vivaient, et non qu'elles les gouvernaient, ni qu'il s'agissait d'« États roumains » au sens national moderne du terme, ni que la Roumanie moderne aurait sur elles des « visées irrédentistes » comme l'affirment les nationalistes. En effet l'idéologie ultra-nationaliste considère qu'une province historique ne peut pas appartenir à plusieurs pays modernes mais doit s'encadrer dans les frontières actuelles d'un seul, soumettant ainsi l'histoire à la géographie actuelle, alors que le passé n'appartient à aucun État moderne exclusivement mais est un héritage collectif, partagé entre plusieurs pays[2],[3]. L'ultra-nationalisme considère que l'adjectif românești signifie « appartenant exclusivement à la Roumanie comme État », et qu'il est anachronique car les Roumains n'ont pas d'histoire avant 1856, donc il ne peut pas y avoir d'« héritage historique commun » (par exemple la Hongrie et la Roumanie se partageant des régions historiques comme le Banat ou le Körösvidék-Crișana)[4]. Ces idées ne concernent pas seulement la Roumanie : il existe des points de vue qui affirment que les Italiens n'existaient pas avant le Risorgimento puisque c'est celui-ci qui a créé la conscience d'être Italiens, qui n'ont donc pas d'histoire avant 1870[5].

Formation historique du territoire

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Le territoire de la Roumanie au XXe siècle : en violet le Vieux Royaume avant 1913, en rose les territoires rattachés au terme de la Première Guerre mondiale et restés roumains après la seconde, en orange ceux rattachés au terme de la Première Guerre mondiale mais perdus durant la seconde.

À l'instar de l'Italie et de l'Allemagne, la Roumanie se constitua progressivement par un processus d'unification concernant d'abord les principautés historiques de Moldavie et Valachie qui, le , votèrent pour le même voïvode : Alexandru Ioan Cuza. La Dobrogée, jusque-là turque suivit en 1878 (nord) et 1913 (sud), puis, en 1917-1918, à l'effondrement des Romanov et des Habsbourg, la Moldavie orientale (dite Bessarabie) puis la Bucovine et la Transylvanie (élargie aux régions voisines à majorité roumaine) proclamèrent leur union à la Roumanie, ce qui créa la « Grande Roumanie ». Depuis le traité de Paris du , la Bessarabie, la moitié nord de la Bucovine et le Sud de la Dobrogée ne font plus partie de la Roumanie, qui a renoncé à toute revendication territoriale sur ces territoires.

Évolution historique de l'étendue

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Du point de vie de l'étendue[6], la principauté de Roumanie née en 1859 de l'union des principautés de Valachie et Moldavie (sous les auspices du traité de Paris (1856)[7] et encore vassale de l'Empire ottoman), indépendante en 1878 et érigée en royaume en 1881, a eu, de 1878 à 1913, un territoire de 120 732 km2.

Il est modifié une première fois en 1913 où à l'issue de la deuxième guerre balkanique il augmente des 7 412 km2 de la Dobroudja du Sud prise à la Bulgarie, atteignant alors 128 144 km2.

Il est modifié une nouvelle fois début 1918 par le traité de Bucarest qui l'oblige à céder 10 683 km2 à ses vainqueurs, l'Autriche-Hongrie et la Bulgarie, mais simultanément l'union du Royaume avec la République démocratique moldave le l'augmente de 44 422 km2 de sorte qu'en il compte 161 883 km2 (cas rare d'un pays vaincu qui sort néanmoins agrandi de sa défaite)[8].

Fin 1918, avec la défaite des Empires centraux, le Royaume atteint 295 049 km2 : il est alors appelé « Grande Roumanie ».

Au début de la Seconde Guerre mondiale, il est d'abord diminué, notamment par le second arbitrage de Vienne, de 99 990 km2 au profit des alliés du troisième Reich : l'URSS (50 135 km2 : Bessarabie, Bucovine du nord et arrondissement de Hertsa), la Hongrie (42 243 km2 : nord de la Transylvanie) et la Bulgarie (7 412 km2 : Dobroudja du Sud). Il reste alors à la Roumanie 195 259 km2. Un an plus tard, elle récupère les terres cédées aux soviétiques en s'engageant dans la campagne allemande contre l'URSS : le royaume fait alors 245 394 km2 (et, en plus, occupe militairement un territoire en Ukraine, nommé Transnistrie).

Depuis 1948, la Roumanie, ayant récupéré le territoire de 42 243 km2 cédé à la Hongrie au début de la guerre, mais perdu en deux étapes (1946 et 1948) 50 138 km2 au profit de l'URSS, compte 237 499 km2. La différence de 3 km2 au profit de l'URSS (par rapport à la cession de 1940 et 1946) s'explique par quelques menus territoires pris par les soviétiques en 1948 : cinq îles du bras de Chilia aux bouches du Danube et île des Serpents en Mer Noire.

Géographie et noms des provinces

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Régions historiques européennes situées sur les territoires de l'actuelle Roumanie et de ses voisins. La Roumanie n'a aucune revendication territoriale sur les parties de ces régions historiques qui ne lui appartiennent pas[9].
Territoire actuel de la Roumanie : noms des régions historiques en roumain.

Les régions historiques que se partagent la Roumanie et ses voisins, ont appartenu à divers États depuis le Moyen Âge (voir Histoire de la Roumanie) et les homonymies sont fréquentes.

Culture et enjeux des provinces

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On fait souvent référence à ces provinces historiques lorsqu'on parle de musique traditionnelle (voir Musique moldave et Musique roumaine), ou plus généralement de particularités culturelles ou autres (voir Cuisine roumaine et moldave, Cuisine moldave, vins moldaves et vins roumains).

Les petites valachies (ou « Romanies populaires ») incluses dans les états roumanophones modernes, sont aujourd'hui considérées par les ethnographes comme des « zones ethnoculturelles » (mais toutes ne sont pas d'anciennes valachies, car certaines, comme les pays de la Bârsa, de Călata ou des Sicules, ont d'autres origines et des populations de différentes langues et cultures).

La Roumanie actuelle n'a pas de revendication territoriale sur ses voisins mais il existe depuis la renaissance culturelle roumaine au XIXe siècle, des controverses au sujet de l'ancienneté ou de l'authenticité des pays historiques et de leur symbolique, ainsi que de la présence même des roumains dans ces régions, l'enjeu n'étant pas scientifique mais politique et visant soit à étayer[11], soit à délégitimer les revendications roumaines[12].

Dans les parties ukrainiennes de l'ancienne Principauté de Moldavie, il n'y a plus, de nos jours, qu'une minorité de Moldaves. En Moldavie roumaine, ils sont 98 % de la population ; en République de Moldavie ils sont 78 %.

Liste, armoiries et appartenances des provinces

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Cinq de ces écus, certains anciennement attestés, d'autres modernes (et donc qualifiés de « fictifs » dans le cadre des controverses nationalistes) figurent sur les armoiries de la Roumanie : Banat, Dobrogée, Moldavie, Transylvanie et Valachie. Les autres sont considérés comme représentés par l'un de ces cinq.

Région historique Armoiries Appartenances historiques Appartenance actuelle
Banat Premier empire bulgare, Royaume de Hongrie orientale (Partium), Autriche-Hongrie (1867-1918) Roumanie occidentale, Hongrie sud-orientale, Serbie septentrionale
Bucovine (Moldavie du nord-ouest) Principauté de Moldavie (1359-1775, vassale selon les périodes de la Pologne et/ou de l'Empire ottoman), Empire d'Autriche (1775-1918) Roumanie septentrionale, Ukraine occidentale
Crișana Royaume de Hongrie orientale (Partium), Autriche-Hongrie (1867-1918) Roumanie occidentale, Hongrie orientale
Dobrogée
Empire romain, Empire byzantin (à 3 reprises en alternance avec la Bulgarie) 1er et 2e empires bulgares, Despotat de Dobrogée, Principauté de Valachie, Empire ottoman (1422-1878) Roumanie orientale maritime, Bulgarie du nord-est
Maramureș Voïvodat de Marmatie, vassal du Royaume de Hongrie (jusqu'en 1470), comté de Máramaros (1470 à 1541), Principauté de Transylvanie vassale de l'Empire ottoman (1541-1699), Empire des Habsbourg (après 1699) Roumanie septentrionale, Ukraine occidentale (Ruthénie subcarpathique)
Moldavie Principauté de Moldavie (depuis 1359, vassale selon les périodes de la Pologne et/ou de l'Empire ottoman) Roumanie nord-orientale, République de Moldavie (Bessarabie), Ukraine sud-occidentale (Hotin, Bugeac)
Munténie Principauté de Valachie (depuis 1330, vassale selon les périodes de l'Empire ottoman) Roumanie méridionale
Olténie 1er et 2e empires bulgares, Royaume de Hongrie, Principauté de Valachie (1330-1718 et depuis 1739), Empire d'Autriche (1718-1739) Roumanie du sud-ouest
Transylvanie Principauté de Transylvanie (vassale du Royaume de Hongrie jusqu'en 1526, de l'Empire ottoman (1570-1698), de l'Empire des Habsbourg après 1699), Autriche-Hongrie (1867-1918) Roumanie centrale
  1. Nicolae Iorga, Histoire des Roumains et de la romanité orientale, Université de Bucarest, 1945.
  2. Alexandru Avram, Mircea Babeş, Lucian Badea, Mircea Petrescu-Dîmboviţa and Alexandru Vulpe (dir.), (ro) Istoria românilor: moştenirea timpurilor îndepărtate (« Histoire des Roumains : l'héritage des temps anciens ») vol. 1, ed. Enciclopedică, Bucarest 2001 (ISBN 973-45-0382-0)
  3. Stelian Brezeanu, Romanitatea Orientalǎ în Evul Mediu (« La Romanité orientale au Moyen Âge »), éd. All Educational, Bucarest 1999, p. 229-246.
  4. C'est pourquoi les ultra-nationalistes mènent une guerre d'édition pour enlever, partout où ils le peuvent, les cartes des provinces historiques de Roumanie
  5. Constantin C. Giurescu, (ro) Probleme controversate în istoriografia română (« Problèmes controversés dans l'historiographie roumaine »), éd. Albatros, Bucarest 1977.
  6. Source pour les étendues et leur évolution : Mircea Cociu (ed.) L'Espace historique de la Roumanie, éd. Militaire, Bucarest 1993, (ISBN 973-32-0367-X), page 11.
  7. Carte détaillée et statistiques de 1860 : [1]
  8. Pierre Renouvin, La Crise Européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 532.
  9. Même si la Roumanie ne revendique rien, certains nationalistes extrêmes ont pu le faire, ce qui met en colère les nationalistes des pays voisins, qui y voient de l'« irrédentisme ».
  10. Stelian Brezeanu, Palaiovlachoi - Stari Vlah - A medieval Balkan history and toponymy, Istituto Romeno’s Publications, ed. GeoCities 2006 sur [2].
  11. Gheorghe I. Brătianu, (ro) O enigmă și un miracol istoric: poporul român (« Une énigme et un miracle historique : le peuple roumain »), ed. Fundația Academia Civică, Bucarest 2019, (ISBN 9786068924069).
  12. Béla Köpeczi (dir.), (hu) Erdély rövid története, plusieurs fois réédité chez Akadémiai Kiadó (ISBN 963 05 5901 3) (abrégé (fr) ici Histoire de la Transylvanie, Budapest, Akademiai Kiadó, 1992) affirme que le Danube et les Carpates étaient, avant le XIIIe siècle, d'infranchissables frontières pour les ancêtres des Roumains, mais pas pour ceux des Slaves ou des Magyars et que le manque de preuves indiscutables de leur présence vaut preuve d'absence ; quant aux valachies médiévales, elles ne seraient rien de plus que des exemptions de taxes accordées par les rois de Hongrie à leurs nobles pour défricher des terres royales avec des ouvriers agricoles valaques importés des Balkans au XIVe siècle. Le Dictionnaire historique français publié par Michel Mourre, (ISBN 9782047321942), dans son article sur les origines des Roumains, adopte intégralement cette thèse de la « disparition durant mille ans » des roumanophones, diffusée par Franz-Josef Sulzer, Josef-Karl Eder et Eduard-Robert Rössler dans Romänische Studien : untersuchungen zur älteren Geschichte Rumäniens, Leipzig 1871, et qualifie les thèses roumaines de « nationalistes et infondées ».

Articles connexes

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Bibliographie

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  • Cornelia Bodea, Liviu Constantinescu, Ștefan Pascu et al. : Atlas Istorico-Geografic, 160 p., éd. Academiei Române, (ISBN 973-27-0500-0).