Crimes de guerre de l'Armée rouge pendant la Seconde Guerre mondiale

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Armée rouge
Drapeau de l'URSS
Drapeau de l'URSS

Création 1922
Dissolution 1991
Pays Union des Républiques Socialistes Soviétiques
Allégeance Parti Communiste de l'URSS
Type Armée nationale de l'URSS
Surnom Drapeau de l'URSS Union soviétique
Équipement infanterie, blindés et artillerie, aviation, marine
Guerres Seconde Guerre mondiale
Batailles Moscou, Stalingrad, Kiew, Varsovie, Berlin
Commandant STAVKA
Commandant historique Joseph Staline

Par crimes de guerre de l'Armée rouge au cours de la Seconde Guerre mondiale, on entend des actes criminels et des infractions au droit international commis par les membres des forces armées soviétiques. En font partie les ordres donnés par les commissaires politiques ou les gradés de l'armée rouge, le non-respect du droit international de guerre et des conventions de Genève, les meurtres et les viols de civils, la mise à mort délibérée de prisonniers de guerre ainsi que d'autres crimes dans les différents pays concernés par le passage et le séjour de cette armée.

Lors de leur avancée, les soldats commirent de nombreuses atrocités envers les populations civiles soupçonnées de collaboration avec l'occupant ou citoyennes des États ennemis (même après que ceux-ci, comme la Finlande, la Roumanie ou la Bulgarie, soient passés du côté Allié). Viols, meurtres de civils et pillages furent systématiques et encouragés[1] par la propagande officielle (Ilya Ehrenbourg) qui valorisait une attitude violente pour « venger » la mort de plus de 26 millions de Soviétiques. Cette violence s'est exercée à l'encontre des ennemis ou des « collaborateurs » : terme qui, pour le NKVD, pouvait englober tout citoyen soviétique n'ayant pas activement résisté à l'occupant.

Les officiers comme Lev Kopelev qui s'opposèrent à ces exactions furent condamnés au Goulag pour « manque de combativité » ou « scrupules bourgeois » : l'historiographie soviétique officielle a évidemment passé ces faits sous silence, et cela n'a pas beaucoup changé depuis la dislocation de l'URSS. Si la mémoire des exactions soviétiques reste une plaie ouverte dans certains des pays concernés (Finlande, Pays baltes, Pologne, Roumanie, Hongrie…), l'opinion occidentale ne s'y est guère intéressée et seulement dans certains cercles universitaires ou bien d'orientation politique de droite[2]. Une des causes de ce peu d'intérêt est que lors de l'invasion de l'URSS en 1941, les nazis et leurs alliés (troupes auxiliaires baltes ou ukrainiennes, armées hongroise et roumaine…) ont eux aussi commis des crimes de guerre en territoire soviétique sous prétexte de « venger » la déportation au Goulag en 1940-41, des citoyens locaux accusés par le NKVD d'avoir « servi les États bourgeois » antérieurs. Il s'agissait de « nettoyer le terrain des bolcheviks, des judéo-bochéviks et de leurs complices », termes qui, pour les forces de l'Axe, pouvaient englober tout citoyen soviétique (ou devenu soviétique par le pacte Hitler-Staline) n'ayant pas activement collaboré avec l'occupant, et tous les Juifs sans exception (voir Shoah par balles).

Historique[modifier | modifier le code]

Corridor de Dantzig et les frontières de 1940

Appels à la vengeance[modifier | modifier le code]

Les slogans conçus par Ilya Ehrenbourg incitaient les soldats soviétiques à la « vengeance contre ceux qui avaient envahi la mère patrie soviétique ». On cite un commissaire politique qui lisait, lors des rapports, des appels comme celui qui suit :

« Soldats de l’Armée rouge, tuez ! tuez ! À mort, les Fascistes ! car il n’y a pas d’innocents chez eux ! Ni ceux qui vivent ni ceux qui ne sont pas encore nés ! À mort ! À mort »

— Ilya Ehremburg cité par Jurgen Thorwald, op. cit. 1965, p. 54 §5

Situation militaire[modifier | modifier le code]

En 1944, l'opération Bagration a causé des revers terribles aux armées allemandes. Les armées soviétiques sont alors aux portes de la Pologne, menaçant le territoire du Reich[3], et de la Roumanie, qui préfère passer du côté Allié. Une éphémère contre-offensive allemande en octobre-novembre 1944 en Prusse orientale permet de découvrir à Gołdap et Nemmersdorf des atrocités commises sur des civils allemands.

Témoignages[modifier | modifier le code]

« […] les Russes ont cloué vives des femmes sur les portes des granges. Toutes ont été violées un nombre incalculable de fois, les hommes et les vieillards ont été massacrés ainsi que quarante français. »

— Jurgen Thorwald, op. cit. 1965, pp. 15-16

Il s'agit d'un auteur allemand qui pourrait être soupçonné de partialité mais Antony Beevor, auteur anglais, va dans le même sens, dénonçant la brutalité de l'Armée rouge à son entrée en Prusse orientale.

« Des rumeurs avaient commencé à circuler sur ce qui se passait en Prusse-Orientale.
Les soldats de l'Armée rouge, et en particulier ceux des unités polonaises, n'étaient sans doute pas enclins à la clémence après ce qu'ils avaient vu à Varsovie. »

— Antony Beevor, op. cit. 2002, pp. 66-37

Un auteur dramatique soviétique, Zakhar Agramenko, servant comme officier d'infanterie de marine en Prusse orientale, notait dans son journal :

« Les soldats soviétiques ne recherchaient pas de « relation individuelles » avec des femmes allemandes, […] À neuf, dix, douze hommes à la fois, ils les violent collectivement. »

— Antony Beevor, op. cit. 2002, p. 74

L'ouvrage d'Antony Beevor poursuit sur plusieurs pages la description des viols collectifs en accusant les dirigeants Staline et Beria d'être parfaitement renseignés par les rapports du NKVD. L'attitude des soldats masculins était approuvée par les femmes-soldats de l'Armée rouge elles-mêmes, car s'opposer à la ligne officielle du régime aurait pu les mener au Goulag, comme dans le cas d'Alexandre Soljenitsyne, alors officier dans l'Armée rouge.

Victimes[modifier | modifier le code]

Exemples[modifier | modifier le code]

Les populations civiles[modifier | modifier le code]

La Prusse orientale[modifier | modifier le code]

Le territoire de la Prusse orientale est défini dans ses frontières de 1940 de l'Allemagne nazie.

Les Pays baltes, la Pologne et la Roumanie[modifier | modifier le code]

La Commission nationale estonienne sur l'examen des politiques de répression avance que le nombre de victimes civiles durant l'occupation soviétique entre 1940 et 1941 est de 33 900. Sur ce nombre 7 800 avaient été arrêtés, 6 000 avaient été déportés, 5 000 avaient été évacués, 1 100 ont disparu et 14 000 réquisitionnés comme main d'œuvre forcée. Après la réoccupation par l'URSS, 5 000 Estoniens périrent dans les prisons soviétiques entre 1944 et 1945[4].

Pendant la conquête de la Pologne orientale en 1939-41, l'Armée rouge a commis de nombreux crimes de guerre. L'historien Andrzej Friszke évalue le nombre des victimes à 2 500 prisonniers de guerre assassinés (soldats et policiers) et à plusieurs centaines de civils. En même temps, les militaires soviétiques incitaient les populations civiles ukrainiennes et biélorusses au meurtre et à la violence[5]. Les crimes les plus connus ont eu lieu à Katyń, Rohatyn, Grodno[6], Nowogródek, Sarny, Tarnopol, Waukawysk, Oszmiana, Świsłocz, Molodetschno et Kosów Poleski[7],[8],[9].

Article détaillé : Massacre de Katyń.

Après l'invasion soviétique, les forces d'occupation procédaient à des arrestations de masse visant les « ennemis de classe » et les « ennemis du peuple »[10]. Au cours des années 1939-41, environ 110 000 personnes ont été arrêtées en Pologne orientale. Le destin des prisonniers n'est que partiellement connu. Environ 40 000 personnes ont trouvé la mort dans les camps de la région de Vorkouta, et environ 7 300 civils emprisonnés en Biélorussie et en Ukraine ont été assassinés en 1940. Plus de 10 000 personnes ont encore été assassinées par les soviétiques durant l'été 1941 lors de l'évacuation des prisons devant l'avancée allemande.

En août 2009, l'Institut de la Mémoire nationale polonais a estimé que 150 000 citoyens polonais ont été victimes de la répression soviétique. Depuis la chute de l'URSS, les historiens polonais ont pu accéder aux archives soviétiques relatives à l'occupation de la Pologne. Andrzej Paczkowski estime qu'entre 90 000 et 100 000 du million de Polonais déportés ont péri et que 30 000 ont été exécutés par les Soviétiques[11]. En 2005, l'historien Tadeusz Piotrowski avança que 350 000 Polonais avaient été tués par les Soviétiques[12].

Lors de l'invasion soviétique de la Roumanie orientale en juin 1940 (conformément au pacte Hitler-Staline, comme en Pologne), les commerces, administrations et entrepôts ont été pillés, les notables et tous les citoyens (femmes, enfants, vieillards inclus) désignés comme « ennemis du peuple » ou « nuisibles » ont été tués sur place par des « brigades rouges » constituées à la hâte par le NKVD, et 22 842 ont été déportés avec, parfois, un bref simulacre de « procès populaire » avant l'exécution[13]. Lors du retour des soviétiques en mars 1944, ces crimes reprennent (entre temps, de juin 1941 à fin 1943, c'est l'armée roumaine qui s'était livrée à des crimes, notamment contre les Juifs locaux, accusés en bloc d'avoir soutenu l'URSS). Conséquence : selon les données des recensements, de 1940 à 1950 la région a perdu plus de 850 000 habitants, passant de 3 200 000 personnes selon le recensement roumain de 1938, à 2 229 000 selon le recensement soviétique de 1950, et 560 000 disparitions sont imputables à l'Armée rouge, à ses réquisitions, au NKVD et à ses déportations[14].

En 1950, il ne restait de tous ces « indésirables » ou « nuisibles » assassinés sur place ou déportés hors de cette région, que 49 000 survivants sur les lieux de leur exil[15].

Camps[modifier | modifier le code]

Le nombre total des morts en URSS inclut les victimes de la répression soviétique. Le nombre de morts dans les camps de travail (Goulag) fut accru par la surpopulation du temps de guerre et les pénuries de nourriture[16]. Le régime stalinien déporta des populations entières de minorités jugées potentiellement déloyales[17]. Depuis 1990, les historiens russes peuvent accéder aux archives de la période soviétique et ont publié des articles sur le nombre des personnes exécutées et celles mortes dans les camps de travail et les prisons[18]. L'historien russe Viktor Zemskov avance le nombre d'un million de morts entre 1941 et 1945 en s'appuyant sur les données des archives soviétiques[19]. Selon l'historien Michael Haynes, il y eut 1 187 783 victimes entre 1939 et 1945 dont 46 350 exécutions judiciaires, 718 804 morts au goulag et 422 629 dans les prisons et les colonies pénitentiaires[20]. Ces données font cependant l'objet de nombreux débats ; John Arch Getty et Stephen Wheatcroft avancent que les archives documentent précisément les victimes du goulag sous la période stalinienne[18],[21]. Robert Conquest et Steven Rosefielde remettent néanmoins cette précision en cause en avançant que les données démographiques et les témoignages des survivants indiquent un nombre de victimes plus important[22],[23]. Rosefielde considère que l'ouverture des archives soviétiques est une opération désinformation organisée par le KGB[24]. Rosefielde affirme que les données des archives soviétiques sont incomplètes ; il indique par exemple qu'elles n'incluent pas les 22 000 victimes du massacre de Katyn[25]. L'étude démographique de Rosenfielde suggère qu'il y eut 2 183 000 morts supplémentaires en 1939-1940 et 5 458 000 entre 1941 et 1945[26]. Michael Haynes et Rumy Husun considèrent que les données des archives soviétiques sont correctes et avancent que les données démographiques sont plus représentatives d'une économie soviétique sous développée et des pertes de la Seconde Guerre mondiale que d'un plus grand nombre de victimes dans les goulags[27].

Déportations[modifier | modifier le code]

Selon l'historien Aleksandr Gourianov, environ 108 000 personnes polonaises ont été envoyées dans les camps du Goulag, et 32 000 déportés en Russie orientale ou au Kazakhstan[28],[29]. D'après les estimations du gouvernement polonais, les quatre grandes vagues de déportations ont fait plus de 600 000 victimes.

L'Union soviétique déporta de nombreuses populations jugées potentiellement non-fiables dans des zones d'assignation à résidence, en général en Asie centrale et en Sibérie, dans des zones au climat rude et désertiques. Les chiffres donnés ci-dessous n'incluent pas les exécutions, les déportations dans les camps de travail du Goulag, les enrôlement forcés dans l'Armée rouge ou les déportations ayant eu lieu après la guerre.

  • Entre 380 000 et 390 000 personnes furent déportées des territoires annexés en 1940 et 1941 dont 309 000 à 312 000 Polonais, 22 842 Moldaves, 17 500 Lituaniens, 17 000 Lettons et 6 000 Estoniens[30]. En août 1941, 243 106 Polonais vivant dans les implantations spéciales furent amnistiés et libérés par les Soviétiques[31].
  • Environ 2,3 millions de citoyens soviétiques appartenant à des minorités ethniques furent déportés durant la guerre. Ce chiffre inclut 1 209 000 Allemands soviétiques, 479 000 Tchétchènes et Ingouches, 191 014 Tatars de Crimée, 100 000 membres ukrainiens de l'OUN, 92 000 Kalmouks, 91 000 Turcs de Meskheti, 69 000 Karatchaïs, 42 000 Grecs, Bulgares et Arméniens de Crimée, 37 000 Balkars, 30 000 Polonais, 9 000 Finlandais[32].
  • Un total de 2 230 500 personnes habitaient dans les implantations spéciales en octobre 1945 et les archives indiquent que 309 100 morts furent enregistrées dans ces zones entre 1941 et 1948[33]

L'Allemagne occupée[modifier | modifier le code]

Pillages et réquisitions[modifier | modifier le code]

À Bucarest, la statue de Staline tendait la main vers une grande horloge publique sur la place du même nom, évoquant involontairement le surnom « Davaï tchas! » (« File ta montre ! ») désignant les Soviétiques pendant l'occupation de la Roumanie par l'Union soviétique.

Viols[modifier | modifier le code]

La population civile féminine a été régulièrement victime de violences sexuelles. Des prisonniers de guerre britanniques en ont témoigné après leur retour dans la zone occupée britannique de l'Allemagne : « Dans le secteur autour de notre camp d'internement, […], des soldats soviétiques violaient, au cours des premières semaines après la conquête, chaque femme et chaque fille entre 12 et 60 ans. […] Des pères et des maris, qui voulaient les protéger, ont été tués, et les filles qui montraient beaucoup de résistance ont également été assassinées. »

Les sources indiquées estiment que, vers la fin de la Seconde Guerre mondiale et dans les mois après, les membres de l'Armée Rouge ont violé plus de deux millions de femmes allemandes, sans compter les viols multiples. Environ 10 000 des victimes sont mortes de leurs blessures, ont été assassinées ou se sont suicidées.

L'historien Norman M. Le Naimark confirme les deux millions de victimes allemandes. Dans plusieurs secteurs, les abus sexuels massifs se sont accumulés de telle manière que la demande « Frau, komm! » (« Femme, viens ! ») est devenue une expression courante, au point que des enfants ont commencé à jouer à « violer » . Des rapports de témoins oculaires innombrables, il ressort que des lieux ont été aménagés spécialement, dont les femmes ont souvent été congédiées après une torture de plusieurs jours.

Jamais dans un seul pays et en une période si courte, autant de femmes et filles ont été abusées auparavant par des soldats étrangers qu'en 1944/45 après l'invasion de l'Armée rouge en Allemagne[34].

En Hongrie et Roumanie, la hiérarchie de l'armée soviétique tenta à partir de février 1945 d'endiguer les crimes sexuels. Des milliers de femmes de ces pays avaient été violées par des membres de l'Armée Rouge. Quelques bourgs et villages, dans lesquels les forces soviétiques s'étaient heurtées à une résistance particulière, avaient été livrés aux soldats pendant trois jours pour piller et violer. Dans ces pays, c'est la demande « Davaï tchas! » (« File ta montre ! ») qui est devenue une expression courante pour désigner les Soviétiques, et un jeu d'enfants.

Les viols de l'Armée rouge aux femmes ne se limitent donc pas a l'Allemagne. Selon les historiens on recense entre 70 000 et 100 000 cas à Vienne et en Autriche en général, 50 000 à 200 000 dans chacun des pays suivants : Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Pologne, Tchécoslovaquie et Yougoslavie (les quatre derniers n'ayant jamais été ennemis de l'URSS). Richard J. Evans, professeur britannique d'histoire moderne à Cambridge a écrit un livre sur ce sujet dans lequel il décrit l'extrême violence de ces viols collectifs par les soldats soviétiques. Il écrit qu'en Allemagne, le viol était souvent accompagné de tortures et de mutilations, et que souvent cela se terminait pour les victimes par un tabassage à mort ou bien par un exécution pure et simple[35].

Les autorités russes n’ont jamais reconnu officiellement ces viols de masse, confirme l'agence de presse russe RIA Novosti. Le sujet est très sensible en Russie, le rôle de "libératrice" de l'Armée rouge reste un élément-clé de la doctrine de l'État et une question de fierté nationale. Le thème des atrocités commises par des soldats soviétiques en Allemagne, en Pologne et dans les autres pays de l'Est à la fin de la guerre n'a jamais été vraiment débattu en Russie où il reste largement tabou[35].

Victimes militaires[modifier | modifier le code]

Les sources russes avancent que 580 589 prisonniers de guerre de l'Axe périrent dans les camps soviétiques. Détail par pays : Allemagne 381 067, Japon 62 069, Italie 27 683, Finlande 403, Hongrie 54 755 et Roumanie 54 612[36] (cas particulier car un grand nombre de soldats prisonniers de l'Armée rouge ont été intégrés aux deux divisions roumaines alliées combattant du côté soviétique[37]). Certains historiens occidentaux estiment néanmoins que le total se trouverait entre 1,7 et 2,3 millions[38].

En 1940, l'Armée rouge et le NKVD commirent dans la forêt de Katyń le massacre de 4 500 officiers polonais abattus d'une balle dans la nuque, et en accusa les nazis. Ce n'est qu'en 2010 que Moscou a officiellement reconnu la responsabilité de Staline dans le massacre de 22 000 officiers polonais lors du massacre de Katyń[35].

Recherche sur les causes[modifier | modifier le code]

En 1951, au retour d'un voyage en URSS, le journaliste français non communiste, Michel Gordey, fervent partisan en pleine guerre froide d'une détente entre les démocraties et le bloc de l'Est, expliquait ces exactions (au cœur des reproches occidentaux à la « barbarie » des Soviétiques) par « la soif de vengeance qui animait cette armée après les indicibles atrocités et souffrances de l'occupation allemande en Russie ». « Les soldats avaient découvert les traces encore fraîches de la bestialité allemande ». Il ajoute : « il fallait compter avec l'effort physique et moral surhumain, fourni pendant les dernières années de la guerre […] Aussi l'arrivée dans des territoires ennemis le contact avec des populations hostiles (comme en Pologne) et le peuple allemand lui-même devaient évidemment résulter en incidents massifs du caractère le plus brutal »[39]. La différence de mode de vie (les pays conquis étant, malgré la guerre, beaucoup plus prospères que l'URSS, ce qui ne pouvait qu'apparaître comme injuste aux soldats de base) et l'alcoolisme massif dans l'armée soviétique (lui aussi encouragé par la hiérarchie et permis par l'intendance pour « donner du cœur au ventre » des combattants et faire tomber leurs inhibitions), expliquent aussi le déchaînement des pulsions.

Controverses et historiographie dans les pays concernés[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Antony Beevor. Berlin: The Downfall 1945, Penguin Books, 2002, ISBN 0-670-88695-5
  2. Alain Besançon, Le Malheur du siècle : sur le communisme, le nazisme et l’unicité de la Shoah, Fayard, Paris, 1998, 165 p.
  3. Dans ses frontières de 1940.cf corridor de Dantzig
  4. « Estonian State Commission on Examination of Policies of Repression. The White Book: Losses inflicted on the Estonian nation by occupation regimes. 1940-1991. Tallinn 2005. ISBN 9985-70-195-X Table 2 » [PDF] (consulté le 15 juin 2011)
  5. Andrzej Friszke: Polska. Losy państwa i narodu 1939-1989. ISBN 83-207-1711-6, p. 25.
  6. In: Julian Siedlecki: Losy Polaków w ZSRR w latach 1939-1986. Londres 1988, p. 32–34
  7. Wojciech Roszkowski, Najnowsza historia Polski 1914-1945, Varsovie 2003, ISBN 83-7311-991-4, p. 410
  8. Władysław Pobóg-Malinowski, Najnowsza historia polityczna Polski. 1939-1945, tome 3, Kracovie 2004, ISBN 83-89711-10-9, p. 107
  9. Witold Pronobis, Świat i Polska w XX wieku, Varsovie 1996, ISBN 83-86802-11-1, p. 196
  10. Dans la Pravda du 23 août 1923, citée dans S. Melgounov : La terreur rouge, 1924, Ian Sodrabs dit Latzis, l'un des premiers directeurs de la Tcheka justifie déjà ainsi la déportation par catégories : Notre action ne vise pas des personnes en particulier : nous exterminons l'aristocratie, la bourgeoisie et les paysans réfractaires en tant que classes. Ne cherchez pas, dans nos enquêtes, des documents ou des preuves de ce que l'accusé aurait fait, en actes ou en paroles, contre les autorités soviétiques. Ce n'est pas la question : la question, c'est à quelle classe il appartient, quelle est son origine, son éducation, ses opinions, sa profession.
  11. Stephane Courtois, The Black Book of Communism: Crimes, Terror, Repression, Harvard University Press, (ISBN 0-674-07608-7), p. 372
  12. Poland World War II casualties (in thousands)
  13. Collectif, Lucia Hossu-Longin (dir.) : « Mémorial de la douleur » (Memorialul durerii), éd. Humanitas, Bucarest et Chișinău, plusieurs rééditions, et Grigore Gafencu, Préliminaires de la guerre à l'Est, Éditions Egloff et L.U.F. (Librairie de l'Université de Fribourg), Fribourg - Paris, 1944
  14. Nikolaï Théodorovitch Bougaï : Déportation des peuples de Biélorussie, Ukraine et Moldavie, éd. Dittmar Dahlmann et Gerhard Hirschfeld, Essen, Allemagne, 1999, p. 567-581.
  15. Nikolaï Théodorovitch Bougaï : Informations des rapports de Béria et de Krouglov à Staline, éd. de l'Acad. de sciences de Moldavie nr. 1, Chișinău, 1991.
  16. Edwin Bacon, « Glasnost and the Gulag: New information on Soviet forced labour around World War II », Soviet Studies, vol. 44,‎
  17. Polian 2004
  18. a et b J. Arch Getty, « Victims of the Soviet Penal System in the Prewar Years: A First Approach on the Basis of Archival Evidence », American Historical Review, no 98:4,‎
  19. Rossiiskaia Akademiia nauk 1995, p. 175
  20. Michael Haynes, A Century Of State Murder? : Death and Policy in Twentieth Century Russia, Pluto Press, (ISBN 0745319300), p. 214-215
  21. Stephen Wheatcroft, « Victims of Stalinism and the Soviet Secret Police: The Comparability and Reliability of the Archival Data-Not the Last Word », Europe-Asia Studies, vol. 51,‎
  22. Robert Conquest, « Excess deaths and camp numbers: Some comments », Soviet Studies, vol. 43,‎
  23. Rosefielde 2009
  24. Rosefielde 2009, p. 76-77
  25. Rosefielde 2009, p. 59
  26. Rosefielde 2009, p. 179 ; Les évaluations de Rosefielde ont été obtenues en estimant la population de 1945 avec des taux de naissance et de mortalité hypothétiques puis en comparant cette estimation à la véritable population de 1945. Il attribue les 31 millions de morts supplémentaires pour 23,4 millions à la guerre et 7,6 millions à la répression soviétique.
  27. Michael Haynes, A Century Of State Murder? : Death and Policy in Twentieth Century Russia, Pluto Press, (ISBN 0745319300), p. 62-89
  28. Anne Applebaum, Gulag: A History, Doubleday, 2003, ISBN 0-7679-0056-1, chap. 20
  29. Aleksandr Gourianov, Repressii protiv Poljakov i polskih graždan, p. 4-9
  30. Polian 2004, p. 123
  31. Polian 2004, p. 119
  32. Polian 2004, p. 123-157
  33. J. Otto Pohl, The Stalinist Penal System: A History of Soviet Repression and Terror, 1930-1953, McFarland & Company, (ISBN 0-7864-0336-5), p. 133 et 148 Les archives soviétiques ne détaillent pas ces pertes par année.
  34. Ingo von Münch, Frau, komm !
  35. a, b et c http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/pologne-une-statue-representant-142512
  36. « G. I. Krivosheev Rossiia i SSSR v voinakh XX veka: Poteri vooruzhennykh sil; statisticheskoe issledovanie OLMA-Press, 2001 ISBN 5-224-01515-4 Tables 200-203 », Lib.ru (consulté le 15 juin 2011)
  37. Duţu A., Dobre F., Loghin L., Armata română în al doilea război mondial (1941-1945) (L'Armée roumaine dans la Seconde Guerre mondiale) - Dicţionar enciclopedic, éd. enciclopedică, 1999.
  38. Mark Elliott, Pawns of Yalta: Soviet Refugees and America's Role in Their Repatriation, University of Illinois Press, (ISBN 0-252-00897-9)
  39. Michel Gordey, Visa pour Moscou, Paris, Gallimard 1951, p. 434-435

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Wanda Krystyna Roman: Die sowjetische Okkupation der polnischen Ostgebiete 1939 bis 1941. In: Bernhard Chiari (Hrsg.): Die polnische Heimatarmee. Aus: Beiträge zur Militärgeschichte. Bd. 57, Hrsg. im Auftrag des Militärgeschichtlichen Forschungsamtes, R. Oldenbourg Verlag, München 2003, ISBN 3-486-56715-2, S. 87–110.
  • (en) Jan Tomasz Gross: Revolution from Abroad: The Soviet Conquest of Poland's Western Ukraine and Western Belorussia. Princeton University Press, 2002, ISBN 978-0-691-09603-2.
  • (en) Michail Mel'tjuchow: Советско-польские войны. Военно-политическое противостояние 1918—1939 гг. М., 2001.
  • George Ginsburgs: A Case Study in the Soviet Use of International Law: Eastern Poland in 1939. In: American Journal of International Law. Vol. 52, No. 1, Januar 1958, S. 69–84.
  • (en)Keith Sword: Deportation and Exile: Poles in the Soviet Union, 1939-48. In: Jolluck Slavic Review. Vol. 55, No. 2, 1996, S. 473–474.
  • (en)Max Hastings: Armageddon: The Battle for Germany, 1944–1945, Chapter 10: Blood and Ice: East Prussia, ISBN 0-375-41433-9.
  • (de)Ingo von Münch: Frau, komm! Die Massenvergewaltigungen deutscher Frauen und Mädchen 1944/45. Graz: Ares 2009 ISBN 978-3-902475-78-7
  • James Mark: Remembering Rape. Divided Social Memory and the Red Army in Hungary 1944–1945. In: Past & Present, 2005.
  • (en)John Toland : The Last 100 Days, Chapter Two: Five Minutes before Midnight ISBN 0-8129-6859-X.
  • (en)Elizabeth B. Walter : Barefoot in the Rubble, 1997, ISBN 0-9657793-0-0.
  • Jürgen Thorwald (trad. Raymond Albeck, ill. cartes Henri Jacquinet), La débâcle allemande : De l’agonie de l’Allemagne à la chute de Berlin [« Die grosse flucht : Es began an der Weichsel; Das Ende an der Elbe. »], Paris, J’ai lu, coll. « J’ai lu leur aventure » (no A167), , 513 p., poche
    Cet ouvrage décrit les sévices infligés aux populations civiles allemandes par les troupes soviétiques franchissant la Vistule.
  • Antony Beevor (trad. Jean Bourdier, ill. photos divers), La chute de Berlin [« Berlin. The downfall »], Editions de Fallois, , 640 p., poche (ISBN 2-253-10964-9)
    Cet ouvrage décrit les sévices infligés aux populations civiles allemandes par les troupes soviétiques marchant vers Berlin et y entrant .
  • Vassily Grossman (trad. Antony Beevor et Luba Vinogradova), Carnets de guerre : De Moscou à Berlin, 1941-1945 [« A Writer at War »], Paris, Calmann-Lèvy (no 30969), (1re éd. 2005), 512 p., poche (ISBN 978-2-253-12249-4, [www.livredepoche.com présentation en ligne])
  • (en) Pavel M. Polian, Against their will: The history and geography of forced migrations in the USSR, Budapest, New York, CEU Press, (ISBN 963-924173-3)
  • Rossiiskaia Akademiia nauk, Liudskie poteri SSSR v period vtoroi mirovoi voiny:sbornik statei, Saint-Petersbourg, (ISBN 5-86789-023-6)
  • Steven Rosefielde, Red Holocaust, Routledge, (ISBN 0-415-77757-7)

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