Viorica Agarici

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Viorica Agarici
Roman bust viorica agarici.jpg

Buste de Viorica Agarici à la gare de Roman.

Biographie
Naissance
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Distinction

Viorica Agarici (1886-1979) est une infirmière roumaine, présidente de la Croix-Rouge locale dans la ville de Roman pendant la Seconde Guerre mondiale et le régime Ion Antonescu. Protectrice de la population juive pendant la mise en œuvre de l'Holocauste en Roumanie, elle est l'un des Roumains nommés « Justes parmi les nations », commémorés par les Israéliens à Yad Vashem[1],[2],[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Viorica Agarici est la fille d'un ancien maire de Roman, lui-même connu pour être intervenu en faveur des juifs, et qui a aidé à l'établissement de la synagogue locale et l'école moderne[4]. Elle a été la mère de Horia Agarici (en), un « as de l'aviation » de l'Armée aérienne roumaine royale[5],[6].

Pendant la nuit du 2 juillet 1941, après avoir soigné les blessés de l'Armée roumaine venant du Front de l'Est, elle entend des gens gémir dans un train transportant des survivants juifs du pogrom de Iași (voir aussi la Roumanie pendant la Deuxième Guerre mondiale). Les déportés, entassés dans le train, sont emmenés à CălăraȘi sans eau ni aliments[2],[6]. Beaucoup d'eux meurent avant l'arrivée à Roman, dans le voyage de Iași (normalement effectué en deux heures)[2],[6]. Le convoi dont ils font partie, supervisé par la Gendarmerie, est décrit comme un « train de la mort »[2],[3],[5],[6]. Les gendarmes, à l'instigation du sous-lieutenant Aurel Triandaf et du sous-officier Anastase Bratu, interdisent aux passagers d'accéder à l'eau et tirent sur ceux qui cherchent à leur en fournir[7]. Qui plus est, divers habitants de la localité ainsi que des soldats cherchent à vendre aux victimes de l'eau à des prix exorbitants, tandis que des soldats roumains et allemands jettent des pierres sur les prisonniers[7].

Profitant de sa fonction, elle demande et reçoit la permission de donner des aliments et de l'eau aux passagers, de leur permettre de se laver et d'éloigner les cadavres[2],[7]. Cette première opération d'aide est accomplie avec l'assistance de la Croix Rouge locale et des volontaires juifs locaux, et retarde effectivement le convoi pendant toute une journée[2],[6]. Selon un témoignage, Agarici ordonne en fait aux autorités d'obéir - le colonel Eraclide se soumet, du fait du respect qu'il a pour le héros de guerre Horia Agarici (en)[6]. Le 4 juillet, tous les prisonniers juifs sont transférés dans un autre train, où ils reçoivent des aliments et de l'eau (malgré l'amélioration de leurs conditions de transport, 75 d'entre eux meurent pendant la suite du voyage, et 69 autres peu après[7]. Sur les 2 530 personnes embarquées de force à Iași, 1 011 seulement sont encore en vie à Călărași[5],[6],[7]. Il est possible que le nombre initial des prisonniers ait été bien plus élevé, et que le nombre des victimes ait été minoré par les autorités, qui n'ont pas gardé un décompte exact de tous les corps jetés du train[8].

Les actions de Viorica Agarici sont fortement critiquées par la communauté de Roman, au point qu'elle doit démissionner et déménager à Bucarest[5]. Elle est immédiatement considérée comme une héroïne par une partie de la communauté juive, et des rumeurs concernant ses actions se répandent à travers le pays[6]. En 1947, trois ans après la destitution d'Antonescu par le Roi Michel, Aurel Triandaf est condamné à la prison à la vie et aux travaux forcés pour des crimes de guerre et contre la paix[9].

Outre sa reconnaissance par le mémorial de Yad Vashem, Agarici reçoit plusieurs tributs locaux : la gare de Roman accueille son buste et une plaque mémoriale; pendant l'été de 2005, sa mémoire est honorée par une cérémonie organisée par les autorités locales et des représentants de la communauté juive[2]. Elle est de même louée publiquement par le rabbi Alexandru Șafran, le leader de la communauté juive pendant la Seconde Guerre mondiale, qui la cite parmi les « bonnes personnes en des temps inhumains » (la liste de Șafran incluait également la Reine-Mère Elena)[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Final Report, p. 303
  2. a, b, c, d, e, f et g (ro) Eva Galambos, "Pentru prima dată, Comunitatea Evreilor din Roman a comemorat victimele Trenului Morţii", in Realitatea Evreiască, Nr. 233-234, juin–juillet 2005, p. 4 ; Consulté le 4 octobre 2007.
  3. a et b (ro) Petre Iancu, Drept între Popoare, Dilema Veche, 7 octobre 2005 ; consulté le 4 octobre 2007.
  4. Four Centuries of Living Together, at the Romanian Jewish Community site; consulté le 4 octobre 2007.
  5. a, b, c et d Final Report, p. 287
  6. a, b, c, d, e, f, g et h (en) I. C. Butnaru, Waiting for Jerusalem : surviving the Holocaust in Romania, Westport, Conn, Greenwood Press, coll. « Contributions to the study of world history » (no 37), (ISBN 978-0-313-28798-5), p. 204.
  7. a, b, c, d et e (en) David Cesarani, Holocaust: Critical Concepts in Historical Studies, Routledge, Londres, 2004, p. 498-499.
  8. (en) Final Report, p. 126.
  9. (en) Final Report, p. 329.
  10. (ro) Carol Iancu, "Alexandru Șafran: o viaţă de luptă, o rază de lumină", Revista 22, Nr. 857, août 2006 ; consulté le 4 octobre 2007.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Final Report of the International Commission on the Holocaust in Romania ; consulté le 4 octobre 2007.