Dodécanèse

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Dodécanèse
Δωδεκάνησα
Dodécanèse
Administration
Pays Drapeau de la Grèce Grèce
Périphérie Égée-Méridionale
Chef-lieu Rhodes (jusqu'en 2010)
Code postal 85x xx
Code d’immatriculation KX, PO
Code ISO 3166-2 GR-81
Démographie
Population 190 988 hab. (2011[1])
Densité 70 hab./km2
Géographie
Coordonnées 36° 22′ 23″ N 27° 13′ 05″ E / 36.373, 27.218 ()36° 22′ 23″ Nord 27° 13′ 05″ Est / 36.373, 27.218 ()  
Superficie 271 400 ha = 2 714 km2

Le Dodécanèse (en grec Δωδεκάνησα, ancien Dōdekánēsa, moderne Dodekánisa, en italien Dodecaneso, en turc Oniki Ada) est un archipel de la mer Égée regroupant plus de 160 îles et îlots, pour la plupart inhabités. Son nom signifie « douze (dōdeka) îles (nēsos) ».

De 1947 à 2010, il formait un nome dont le chef-lieu était Rhodes, capitale de l’île de Rhodes. Depuis la réforme Kallikratis, il ne correspond plus à aucune entité administrative.

L'archipel est aujourd'hui rattaché à la périphérie de l’Égée-Méridionale et divisé en 4 districts régionaux et 15 dèmes (municipalités) :

Principales îles[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liste des îles du Dodécanèse.

Histoire[modifier | modifier le code]

Introduction historique[modifier | modifier le code]

L'histoire du Dodécanèse est d'autant plus complexe qu'elle se confond avec celle des Minoens, des Achéens, de l'Empire perse, de la Ligue de Délos, de la cité-état de Rhodes, des empires romain et byzantin, des Croisades, des chevaliers de Saint-Jean, de l'Empire ottoman, de l'Italie et de la Seconde Guerre mondiale. En tant qu'archipel, le Dodécanèse n'est connu sous ce nom que depuis 1908, date à laquelle les douze îles décidèrent de s'unir pour lutter contre la domination ottomane[2],[3].

Période antique et byzantine[4][modifier | modifier le code]

À la fin de l'âge du bronze, le Dodécanèse se trouve dans l'aire d'influence de la civilisation minoenne crétoise et subit les invasions des peuples de la mer, puis passe au XIIe siècle avant notre ère sous domination achéenne et plus précisément mycénienne. L'archéologie terrestre et sous-marine (épaves) démontre d'intenses échanges commerciaux et culturels avec le reste de la Grèce (par exemple le port de Pavlopetri), avec les pays anatoliens (Mysie, Lydie, Carie, Lycie, Pisidie), avec l'Égypte, Chypre et la Phénicie. Au IXe siècle avant notre ère, le Dodécanèse subit l'invasion et la colonisation Dorienne. En -546 les îles sont conquises par l'Empire perse et intégrées à la satrapie de Sardes. En -492 et -490 elles doivent fournir des navires aux flottes perses de Mardonios et de Datès lors des Guerres médiques. En -440 le Dodécanèse est intégré dans la ligue de Délos sous leadership athénien, mais une soixantaine d'années plus tard, les îles s'allient à Sparte contre Athènes. En -334 le Dodécanèse fait partie de l'empire d'Alexandre, mais après sa mort, le destin des îles diverge : alors que la cité-état de Rhodes s'émancipe (et domine aussi la côte carienne proche), les autres îles deviennent égyptiennes.

De ce fait, c'est en -30 que ces autres îles sont annexées par l'Empire romain, en même temps que l'Égypte, tandis que Rhodes y entrera volontairement bien plus tard, en l'an 74 de notre ère. Le Dodécanèse est alors intégré à la province d'Asie mineure. En 267 et 269, il subit les assauts des flottes gothiques. Le christianisme y est majoritaire au IVe siècle, mais dès l'an 95, l'empereur Domitien avait exilé l'évangéliste Jean à Patmos où il rédigea l'Apocalypse. Le Dodécanèse fournit navires et hommes à la flotte de l'Empire romain d'Orient ; il est intégré au thème byzantin des Cibyrrhéotes.

Les flottes arabes ravagent le Dodécanèse en 654, 670, 674, 678 et 718, au point que les îles les plus petites se dépeuplent (les habitants sont emmenés en esclavage ou s'enfuient sur le continent, en Anatolie) tandis qu'à Rhodes la population se réfugie dans la montagne. La flotte byzantine combat ces invasions et parvient à rétablir une relative sécurité au Xe siècle, après avoir repris la Crète aux Arabes. En 1088, saint Christodule fait construire à Patmos, avec l'aide de l'Empereur Alexis Ier Comnène, le monastère de Saint-Jean-le-Théologien, à l'emplacement d'un temple d'Artémis.

Période latine[modifier | modifier le code]

Après la prise de Constantinople par les croisés Latins (Français, Italiens, Espagnols) en 1204, le Dodécanèse fut disputé entre l'empire byzantin et les thalassocraties italiennes (Gênes et Venise). En 1207, les Vénitiens s'emparent de la plupart des îles, mais l'empire byzantin de Nicée les récupère une à une durant le XIIIe siècle. Pas pour longtemps : en 1310, les chevaliers de Saint-Jean, chassés de Jérusalem, s'installent dans le Dodécanèse. Ils fortifient les îles mais, catholiques, ils persécutent la population grecque, orthodoxe.

Période ottomane[modifier | modifier le code]

L'expansion de l'Empire ottoman se traduisit par la perte progressive du Dodécanèse par les chevaliers de Saint-Jean. Les persécutions latines ayant laissé de mauvais souvenirs aux populations, les Turcs ne furent pas mal accueillis lors de leur invasion. Les Turcs conquirent Rhodes en 1522 et le reste du Dodécanèse en 1537. Ils l'intégrèrent dans la « marche des îles de la mer du sud » (Cezayir-i bahr-i Sefid adaları Akdeniz). L'archipel ne se souleva pas pendant la Guerre d'indépendance grecque en 1821, hormis l'île de Kassos dont les navires participèrent aux opérations en Crète et menèrent des opérations de course contre les Turcs ; l'île fut cependant mise à sac par les Égyptiens en 1824 et se soumit. Le Dodécanèse demeura donc sous domination ottomane après l'indépendance de la Grèce. Cependant en 1908 les douze îles décidèrent de s'unir pour lutter contre la domination ottomane[2], mais, avant que leur action n'aboutisse, l'Italie en profita.

Le Dodécanèse italien et la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dodécanèse italien.

En 1911, l'Italie engagea une guerre contre la Turquie, dans laquelle elle gagna, entre autres territoires, le Dodécanèse (1912), dont son armée avait chassé les Turcs. Pour la population locale, l'administration italienne rappelait l'époque des « latins » et le régime fasciste de Mussolini n'arrangea rien : des actions sporadiques de sabotage ou de résistance se multiplièrent dans les années 1930. Elles devinrent systématiques durant la Seconde Guerre mondiale, alors que l'Italie fasciste occupait de larges pans du territoire grec. Mais après la signature de l'Armistice de Cassibile entre les Alliés et l'Italie en 1943, et surtout après que la nouvelle Italie eut déclaré la guerre à l'Allemagne en octobre 1943, le Dodécanèse devint le théâtre d'opérations de la Campagne du Dodécanèse où Italiens et Grecs combattirent parfois ensemble contre les Allemands, qui finirent, après la bataille de Léros, par occuper tout l'archipel. Ils s'en retirèrent en octobre 1944.

Après la retraite nazie, le Dodécanèse fut administré par les Britanniques, non sans incidents avec la majorité grecque qui revendiquait le rattachement de l'archipel à la Grèce, tandis que la minorité turque s'y opposait et se fit l'alliée des Britanniques. Finalement la Grande-Bretagne renonça à faire de l'archipel un protectorat ou un état séparé, et au Traité de Paris en 1947, l'Italie céda le Dodécanèse à la Grèce, ce qui contribua à radicaliser les positions turques dans la question chypriote. Toutefois dans la nouvelle organisation ecclésiastique, le Dodécanèse ne rejoignit pas l'Archevêque d'Athènes, mais resta attaché au Patriarcat œcuménique de Constantinople.

Période moderne[modifier | modifier le code]

Après les années 1950, le Dodécanèse vit exploser l'afflux estival de touristes, ce qui augmenta considérablement la pression sur les ressources hydriques et halieutiques, et provoqua une multiplication exponentielle des constructions au détriment des cultures. En outre des décharges en plein-air constellent désormais chaque île. Ces problèmes environnementaux ont rendu le Dodécanèse dépendant des importations sur tous les plans : eau, nourriture, fournitures de toute sorte. Après avoir longtemps été une terre d'émigration, l'archipel est devenu une terre d'immigration, notamment pour des travailleurs ou des réfugiés originaires du Proche-Orient et d'Afrique.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (el)« Résultats du recensement de la population en 2011 »
  2. a et b Larousse encyclopédique, vol. IV, p. 3330.
  3. Dictionnaire encyclopédique d'Histoire de Michel Mourre, vol. X, p. 4836 pour Venise et les croisades, vol. IV, p. 2124 pour l'Empire Ottoman, l'Italie et la Seconde guerre mondiale.
  4. D'après Hans-Erich Stier (dir.): « Westermann Grosser Atlas zur Weltgeschichte », 1985, ISBN 3-14-100919-8, p. 5, 9, 11, 15, 16, 22, 26, 27, 34, 44, 50, 64, 66, 70 et 103.