Pierre Hervé

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Pierre Hervé
Fonctions
Député du Finistère 1945-1948
Groupe politique PCF
Biographie
Date de naissance
Date de décès
Conjoint Annie Noël
Résidence Finistère

Pierre Marie Hervé, né le à Lanmeur (Finistère), mort le à Châtel-Censoir (Yonne), est un résistant, journaliste, professeur de philosophie et homme politique français, membre du Parti communiste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est issu d'une famille de paysans bretons. Il fait des études secondaires, puis, au début des années 1930, entre en classe préparatoire au lycée de Rennes[1] où il est le condisciple de Paul Ricœur et de Pierre-Jakez Hélias. Il fait des études de philosophie et s'engage dans les mouvements étudiants communistes, où il côtoie notamment Jacques et Jean-Pierre Vernant, ainsi que Valentin Feldman. Il fut secrétaire général de l'Union Fédérale des Étudiants (UFE).

Mobilisé en 1939, il se marie le 9 mai 1940 avec Annie Noël. Aux avant-postes, il est blessé sur le front de l'Aisne, le 21 mai 1940. Hospitalisé à Brest, il est fait prisonnier par les Allemands, ayant investi Brest. Au cours du transport des prisonniers vers l'Allemagne, il s'évade et rejoint Paris.

Il est un des organisateurs de la manifestation des étudiants et des lycéens du 11 novembre 1940 à l’Étoile. Il rejoint la Résistance dès 1941, d'abord en région parisienne, où il collabore avec Jacques Salomon pour L'Université Libre, feuille ronéotypée diffusée dans les lycées et à l'Université. Professeur de philosophie au lycée Marcelin Berthelot où il a remplacé Georges Politzer, il entre dans la clandestinité. Arrêté le 11 juin 1941, il parvient à s'échapper de la prison de la Santé le 8 juillet avec vingt autres détenus grâce à l'aide de son épouse, Annie Noël et de ses amis, Jacques d'Andurain et Jean Blanchard. Le couple est recherché activement par la police. Il rejoint alors la zone libre et à l'été 1942, il prend contact avec Lucie Aubrac.

Aux côtés d'Emmanuel d'Astier de la Vigerie, de Lucie Aubrac et de Pascal Copeau,il devient le chef du mouvement Libération-Sud pour la région lyonnaise. De novembre 1942 à avril 1943, il dirige des opérations de résistance à Toulouse puis revient à Lyon, où il devient secrétaire général des Mouvements unis de la Résistance, futur Mouvement de libération nationale. Il collabore également au journal Libération, dirigé par Emmanuel d'Astier de La Vigerie et en devient directeur-adjoint à partir de l'été 1944. Sous les noms d'"Arnaud" de "Monnier", il entre au Conseil national de la Résistance comme suppléant de Pascal Copeau. En 1943, il fut l'auteur du "rapport Chardon" (un de ses pseudonymes) au CNR, qui préconisait la fusion de tous les mouvements de la Résistance.

Désigné comme représentant du MLN à l'Assemblée consultative provisoire, puis tête de la liste départementale communiste, il est élu député du Finistère,le 21 octobre 1945, à la première Assemblée nationale constituante. Il est réélu le 2 juin 1946 pour la seconde Assemblée Constituante. Avec le soutien de Marcel Cachin, il présenta notamment, un projet de loi instaurant l'enseignement bilingue (dont le breton) dans les écoles publiques, qui fut adopté par l'Assemblée Nationale mais rejeté par le Sénat.

Il est réélu aux législatives du 10 novembre 1946 tout en étant journaliste à Libération et éditorialiste à l'hebdomadaire Action, puis à L'Humanité. En décembre 1946, il devient directeur adjoint de L'Humanité. Le 15 juin 1948, il démissionne de son mandat de député pour se consacrer au journalisme et devient rédacteur en chef d'Action. Fin 1952, cet hebdomadaire est supprimé.

Au moment du complot des blouses blanches, il publie entre le 27 janvier et le 1er février 1953, dans le quotidien communiste Ce soir, dirigé alors par Pierre Daix, une série de six articles intitulée « Les assassins en blouse blanche ». Hervé y reprend sans nuance la version stalinienne de la conspiration du Joint, décrit comme instrument de « la grande finance juive » qui a «commandité Hitler» et qui a transformé la Diaspora juive en arme de guerre froide au service du Département d’État de Washington». Il n'oublie pas, selon la ligne du parti, d'y mêler la dénonciation des cosmopolites « dégénérés » et des « sionistes-trotskystes[2],[3] ». Un peu plus tard, après la mort de Staline et la réhabilitation des inculpés, il reconnaît ses erreurs et dénonce le procès des médecins comme l'une des injustices du stalinisme.

Las des guérillas contre lui au sein du parti, sa collaboration à L'Humanité diminue. Il publie en 1956 La révolution et les fétiches dans lequel il aspire à ce que le Parti « sorte d’une scolastique fétichiste et revienne à un esprit authentique et s'ouvre à l'immense aspiration des hommes ». Il est alors exclu du P.C.F. quelques jours avant le XXe congrès du Parti communiste de l'Union soviétique.

Il participe avec Auguste Lecœur au journal La Nation socialiste et crée une revue mensuelle, La Nouvelle Réforme, dont ne paraissent que trois numéros. Il se rapproche alors de la SFIO, à laquelle il adhère en 1958. Mais, séduit par l'action du général de Gaulle, il s'en éloigne en 1963 et collabore alors à Notre République, organe de l'Union démocratique du travail (gaulliste de gauche).

Il se consacre alors à son métier de professeur de philosophie. Dans les années 1963-1973, il enseigne au lycée François Villon, à Paris, où il aura entre autres élèves André Comte-Sponville [4]. Il prend sa retraite de professeur en 1973 dans le village de Châtel-Censoir, dans l'Yonne, où il décède le 8 mars 1993. À ses obsèques, il fut honoré par de nombreux participants, dont Edgar Morin, qui publia ensuite un article élogieux : « Le chêne foudroyé ».

Pierre Hervé fut un polémiste très prolifique, au talent reconnu. Ses échanges, par journaux interposés,avec Jean-Paul Sartre, et François Mauriac (qu'il traitait de « vieille corneille élégiaque »!) furent largement commentés dans toute la presse nationale.

Pierre Hervé était Chevalier de la Légion d'Honneur, Croix de guerre "39-45", rosette de la résistance, Officier des Palmes académiques.

Ouvrages publiés[modifier | modifier le code]

  • La Libération trahie, Grasset, 1945
  • Individu et Marxisme, 1948 (essai contre l'individualisme)
  • La Révolution et les fétiches, 1956
  • Lettre à Sartre et à quelques autres par la même occasion, 1956
  • Dieu et César sont-ils communistes ?, 1957
  • Ce que je crois, 1958

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Biographie sur le site de l'Assemblée nationale

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre-Jakez Hélias, Le Quêteur de mémoire, Plon, 1990, évoque son passage en « khâgne » avec Pierre Hervé et Paul Ricœur.
  2. Cité par Jean-Jacques Marie, Les Derniers complots de Staline. L’affaire des blouses blanches, Bruxelles, Complexe, coll. « La mémoire du siècle », 1993, p. 162.
  3. Pierre Daix, J’ai cru au matin, Paris, Laffont, 1976, p. 314. Cité par J.-J. Marie, op. cit., p. 164
  4. qui en dresse un portrait élogieux dans Une éducation philosophique, PUF, 1989, p. 21-22, et dans C'est chose tendre que la vie, Albin Michel, 2015, p. 12-13.