Livre de poche

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Un livre de poche est un livre censé être suffisamment petit pour tenir dans une poche, et de prix relativement bas, en contrepartie d'une qualité plus faible (couverture plus souple et collée, plutôt que reliée). Le plus souvent, il s'agit de réimpressions d'ouvrages ayant déjà connu un succès suffisant sous leur format d'origine.

Histoire[modifier | modifier le code]

Un format déjà ancien[modifier | modifier le code]

Le très conservateur Bureau de la bibliothèque choisie dirigée à Paris par Pierre-Sébastien Laurentie proposa en 1829-1830 par souscription 2 petits ouvrages (9,5 x 15 cm) par mois à 2 francs l'exemplaire. Il renouvela l'expérience en 1853 mais trop tard : via Louis Hachette, la Bibliothèque des chemins de fer l'emporta.
Publicité pour la collection New Century Book publiée par Thomas Nelson and Sons à New York : un petit format, relié cuir souple, mais vendu 1 dollar, une forte somme en 1899.

L'idée du livre peu encombrant et bon marché remonte au XVIIe siècle[1]. Au XVIIe et XVIIIe siècles, les livres de colportage (tels ceux de la Bibliothèque bleue) sont des ouvrages de littérature populaire qui, par leur format et dans une certaine mesure leur conception, rappellent le livre de poche actuel.
Dans les années 1830, certains éditeurs de Bruxelles, pour des raisons politiques et de censure, publient de petits livres. Ces opuscules inspirent Gervais Charpentier, libraire-éditeur français « père du livre de poche » (avec l'imprimeur Eugène Roulhac sur ses intructions) qui lance en 1838 sa collection de la « Bibliothèque Charpentier » au format 11,5 x 18,3 cm à moitié prix (3,50 francs) et publie en trois ans tous les classiques de l'époque (Balzac, Hugo, Musset, etc.) avec succès. Il sera suivi en 1853 par Louis Hachette avec sa « Bibliothèque des chemins de fer », et en 1856 par la maison d'édition Michel Lévy frères avec la « collection Michel Lévy » à un franc et en petit format.
En Angleterre, la maison George Routledge & Co lance en 1853 une collection appelée Railway Library. En 1867, la maison allemande Reclam lance l'Universal-Bibliothek (environ 40 centimes le volume) en profitant aussi des gares. Un autre éditeur allemand, de Leipzig, Tauchnitz, lance dans la deuxième moitié du XIXe siècle une collection de rééditions d'auteurs, traduits en anglais et du monde entier, imprimées en format poche, vendues 2 francs pièce, ce qui reste cher.

Dans les premières année du XXe siècle, la collection Nelson publie des ouvrages de petit format, cartonnés, toilés et recouverts d'une jaquette illustrée vendu 1,25 franc. En 1905, Fayard lance le « Livre populaire », romans populaires à 65 centimes de petit format et en 1916 les éditions Jules Tallandier commercialisent une collection concurrente appelée « Livre de poche », des romans populaires encore moins chers (dont Hachette devra d'ailleurs racheter le nom, comme « Le Livre Plastic », collection créée en 1948 par Marabout[2]). À partir de 1919, les Éditions du Sagittaire (éd. Simon Kra) lancent la « Collection européenne » (1919-1951, formellement « Collection de la Revue européenne ») au format poche 13 × 18 cm.

Une formule apparue dans les années 1930[modifier | modifier le code]

Le livre de poche, en tant que genre et tel que nous le connaissons maintenant, c'est-à-dire à un prix relativement bas, ne prend réellement son essor que dans les années 1930 :

  • une première expérience européenne, éphémère, est tentée par l'éditeur Kurt Enoch, en 1931-1932, en Allemagne à Hambourg, puis au Royaume-UniLondres), sous le nom d'Albatross Books. Mais la montée en puissance des nazis puis leur arrivée au pouvoir contraignent Kurt Enoch à fermer sa maison d'édition et à s'exiler aux États-Unis[3] ;
  • en 1936, au Royaume-Uni, fondation de la maison d'édition Penguin Books, à l'initiative d'Allen Lane qui, dès l'année précédente, avait tenté avec succès des rééditions bon marché chez The Bodley Head, maison d'édition fondée par son oncle John Lane ;
  • l'éditeur américain Simon & Schuster (après diverses tentatives dont celle, dès 1917, de l'éditeur Boni & Liveright) lance en 1939 les Pocket Books (en)[4].

Le cas de la France[modifier | modifier le code]

En France, où il n'existe pas de tradition de couverture cartonnée pour le tirage original d'un livre (hardcover), l'histoire du livre de poche comporte plusieurs étapes spécifiques :

  • Albert Pigasse, initialement conseiller littéraire chez Grasset, fonde en 1925 sa propre maison d'édition, la Librairie des Champs-Élysées et, au sein de celle-ci, lance en 1927 la collection « Le Masque », spécialisée dans le roman policier commercialisé dans un format réduit et bon marché[5]. Le premier ouvrage de cette collection est Le Meurtre de Roger Ackroyd, d'Agatha Christie, paru deux ans plus tôt au Royaume-Uni. La spécialisation de la collection « Le Masque » empêche cependant d'y voir le précurseur du genre en France, faute d'un catalogue ouvert à la littérature générale.
  • Les Presses universitaires de France lancent, en 1941, la collection « Que sais-je ? », destinée à rassembler, sous un format réduit et bon marché, une synthèse des connaissances essentielles sur un sujet donné. Cette collection à vocation encyclopédique existe, plus de soixante ans après sa création, en une quarantaine de langues.
  • En 1949, Marabout, maison créée en Belgique (Verviers, Bruxelles), (d'abord avec son Livre Plastic) pour rééditer ensuite de grands succès anciens et des classiques à petit prix, puis une encyclopédie (Marabout Université) (1962), Marabout Junior avec des œuvres originales (les aventures de Bob Morane de Henri Vernes) et des livres sur l'art et un "Panorama des Littératures" (Léon Thoorens), Marabout Géant qui se hausse à un niveau international avec des textes de Robert Bloch, Jean Ray, mais aussi de petits livres dans un format carré inusité consacrés à des sujets pratiques (bricolage, maison, cuisine, santé, etc...) Le succès de Marabout entraînera son entrée dans les Editions Hachette [6]
  • Les Éditions du Seuil, en 1951, créaient la collection « Microcosme »[7].
  • Mais c'est surtout la Librairie générale française, créatrice en février 1953 de la collection « Le Livre de poche », qui lance réellement le format en France, en s'ouvrant à la littérature générale et en agrégeant les fonds de dizaines de maisons d'édition. D'autres éditeurs vont suivre le mouvement en lançant leur propres collections :

En 2013, le livre au format poche représente un tiers du marché du livre français, et un livre sur 4 acheté en librairie l’est dans ce format, contre 1 sur 5 en 2003[8].

Les Salons[modifier | modifier le code]

Depuis quelques années des salons du livre se sont spécialisé sur le format poche :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lise Andriès, La Bibliothèque bleue au dix-huitième siècle : une tradition éditoriale, Voltaire Foundation,‎ 1989, p. 18
  2. Ellen Constans, Ouvrières des lettres, Presses Universitaires de Limoges,‎ 2007, p. 27
  3. Source : article « The Third Paperback Revolution », Robert Fair de Graff et Pocket Books, sur le site paperbarn.www1.50megs.com (Hyde Park Books).
  4. Roger Chartier, Jacques Revel, Histoire de la France. Choix culturels et mémoire, Éditions du Seuil,‎ 2000, p. 205
  5. Source : article « Le Masque », 10 février 2004, sur le site À l'ombre du Polar.
  6. Ellen Constans, Ouvrière des Lettres, Presses Universitaires de Limoges, 2007, p.27
  7. Page « Notre histoire », sur le site officiel du Seuil.
  8. Denis Lefebvre, « Le 9 février 1953 : lancement du Livre de Poche », sur Historia,‎

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Orientation bibliographique[modifier | modifier le code]

  • Yvonne Johannot (1978). Quand le livre devient poche, Presses universitaires de Grenoble (PUG), collection Actualités-Recherches/Sociologie : 199 p. (ISBN 978-2-7061-0121-2)

Articles connexes[modifier | modifier le code]