Gerboise bleue

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Gerboise bleue
Puissance nucléaire Drapeau de la France France
Localisation Région de Reggane
Drapeau de la France Algérie française
Coordonnées 26° 31′ N 0° 05′ O / 26.517, -0.08326° 31′ N 0° 05′ O / 26.517, -0.083  
Date 13 février 1960
Type d'arme nucléaire Bombe A
Puissance 70 kt
Type d'essais Essai atmosphérique

Géolocalisation sur la carte : Algérie

(Voir situation sur carte : Algérie)
Gerboise bleue

Gerboise bleue est un essai nucléaire destiné à tester la première arme nucléaire de la France. Il a été effectué en 1960 dans la région de Reggane, département français du Sahara, durant la guerre d'Algérie.

Cette opération s'inscrivait dans le cadre de la politique de dissuasion nucléaire voulue par le général de Gaulle.

Son nom de code fait référence à la gerboise, un petit rongeur des steppes, et à la couleur bleue, qui symbolise généralement la France à l'étranger.

Historique de l'essai[modifier | modifier le code]

Le général de Gaulle fut le premier stratège[1] de la bombe atomique de la France, se souvenant des conséquences des trois récents conflits impliquant la France (guerre de 1870, Première et Seconde Guerre mondiale). Il a créé le CEA en 1945 qui a dès le départ une finalité militaire non avouée[2].

Le général Pierre Marie Gallois était un des créateurs de la bombe. Il a reçu le surnom de « père » français de la bombe A. Pierre Guillaumat a été chargé du projet Gerboise bleue.

De brillants scientifiques français – Frédéric Joliot-Curie, Bertrand Goldschmidt, etc. – se sont consacrés à la fabrication de la bombe. Les travaux se sont déroulés dans le plus grand secret pendant une dizaine d'années. Les militaires ne furent associés au projet qu'au dernier moment[1].

Félix Gaillard décida la date et le lieu de l'explosion quelques mois auparavant[1].

Déroulement de l'essai[modifier | modifier le code]

Quelques journalistes, triés sur le volet, assistèrent à l'explosion. Ils étaient installés à proximité immédiate (à seulement 20 km) de l'hypocentre (le « point zéro »). Des consignes leur demandaient de s'asseoir au sol, de tourner le dos à l'hypocentre, de replier les bras devant les yeux et de porter des lunettes de protection[1].

Une fusée rouge fut tirée une minute avant l'explosion. Le 13 février 1960[3],[4] à h 4 (heure locale)[5], la bombe atomique fut mise à feu sur le site d'essai nucléaire de Reggane dans le Tanezrouft au centre du Sahara, alors territoire français rattaché à l'Algérie, au point 26° 31′ N 0° 05′ O / 26.517, -0.083[6].

Cette bombe, perchée sur une tour métallique haute de 100 mètres, développa une puissance de 70 kilotonnes (l'explosion fut quatre fois plus puissante que celle de Hiroshima)[7].

Les journalistes ont certainement été très exposés aux radiations générées par l'explosion aérienne de la bombe[1].

Le plus puissant premier essai de bombe A[modifier | modifier le code]

Avec Gerboise bleue, la France est devenue la quatrième puissance nucléaire, après les États-Unis, l'URSS et le Royaume-Uni. Ce test a été de loin le plus grand premier essai de bombe à cette date, plus grand que l'américain « Trinity » (19 kt), le soviétique « RDS-1 » (22 kt), ou le britannique « Hurricane » (25 kt). Sa puissance était de 70 kt, supérieure à la puissance cumulée de ces trois bombes. La deuxième plus puissante première bombe-test a été « Chagai-I », déclenchée par le Pakistan en 1998 (40 kt).

En comparaison, Fat Man, la bombe larguée au-dessus de Nagasaki, développa 22 kt, une puissance trois fois moindre.

Seules deux autres bombes A testées dans le Sahara furent plus puissantes : « Rubis » (< 100 kt, 20 octobre 1963), et « Saphir » (< 150 kt, 25 février 1965). Toutes deux explosèrent dans des installations souterraines dans le Hoggar.

L'armée française avait prévu une puissance située entre 60 et 70 kt. L'opération Gerboise bleue a donc été un succès total sur le plan scientifique et militaire.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Retombées radioactives[modifier | modifier le code]

Selon un document déclassifié le 4 avril 2013 mais rendu public dix mois plus tard le 14 février 2014, les retombées radioactives sont plus longues que prévues. Elles durent treize jours, la durée qui était prévue n'est pas communiquée[8].

Un jour après l'explosion, le nuage radioactif atteint Tamanrasset en Afrique subsaharienne, ainsi que Ndjamena et Bangui en Afrique centrale. Puis le nuage remonte vers l'Afrique de l'Ouest pour atteindre Bamako quatre jours après l'explosion. Deux semaines après, toujours chargé de radioactivité, il atteint les côtes méditerranéennes de l'Espagne et la Sicile[9].

Autres essais[modifier | modifier le code]

Après Gerboise bleue, des négociations se sont déroulées avec le FLN, qui ont permis la mise à disposition d'une partie du Sahara pour la France. Les centres d'expérimentation désertiques ont pu ainsi être gardés jusqu'à la campagne d'essais en Polynésie française en 1966.

De février 1960 à avril 1961, la France a testé quatre bombes dans l'atmosphère de Reggane, les « Gerboises ». Trois d'entre elles étaient seulement des « engins de secours », avec des puissances volontairement réduites à moins de 5 kilotonnes.

Dans le Sahara, la France a procédé à un total de 17 essais nucléaires : 13 souterrains à In Ecker, dans le Hoggar, à quelques centaines de kilomètres au sud de Reggane, et 4 atmosphériques (série des « Gerboises »). Succédèrent ainsi à Gerboise bleue[10] :

  • Gerboise blanche le 1er avril 1960, « bombe diplomatique » car la date de l'essai coïncide avec la visite de Nikita Khrouchtchev en France ;
  • Gerboise rouge le 27 décembre 1960 ;
  • Gerboise verte le 25 avril 1961.

Réactions internationales[modifier | modifier le code]

Étudiants maliens à l'université Karl-Marx de Leipzig, protestant contre Gerboise bleue, le 13 février 1960. Bundesarchiv.

Les pays riverains du Maghreb protestent énergiquement contre cet essai nucléaire : deux jours plus tard, le Maroc rappellera son ambassadeur à Paris[11].

Cinq mois après la dernière bombe Gerboise, l'Union soviétique a répondu[réf. nécessaire] en rompant le moratoire des essais dans l'atmosphère, réglé de facto depuis la fin de 1958 avec les États-Unis et le Royaume-Uni.

Les bombes H représentent une nouvelle génération beaucoup plus puissante que les bombes A. L'URSS a mené de nombreux tests d'amélioration, à partir de septembre 1961, avec une série d'essais de 136 bombes H. La série comprenait la bombe la plus puissante jamais testée, de 50 mégatonnes (50 000 kt) « Tsar Bomba ».

Pour réponse, les États-Unis ont réactivé leur propre programme d'essais atmosphériques avec une série de 40 explosions d'avril 1962 à novembre 1962.

La Chine a également lancé son propre programme nucléaire à la suite de la rupture sino-soviétique, effectuant son premier test d'une bombe A, nommé « 596 » (22 kt), le 16 octobre 1964, et celui d'une bombe H, le H-Test no 6 (3,3 Mt), le 17 juin 1967.

Réactions de la France[modifier | modifier le code]

À cause des critiques croissantes et de la anticipant la signature future du Traité d'interdiction partielle des essais nucléaires, la France a cessé ses essais atmosphériques dans le désert et a mené des essais souterrains quelques mois après l'indépendance de l'Algérie en 1962 selon les accords secrets d'Évian avec le FLN[2]. Ces accords prévoyaient que la France utiliserait pour une durée de cinq ans les sites comprenant les installations In Ecker, Reggane et de l'ensemble de Colomb-Béchar-Hamadir pour des essais d'armes chimiques. Les discussions franco-algériennes de 1962 sont assorties d'accords secrets : jusqu'en 1978, les militaires français pourront ainsi continuer à faire des essais d'armes chimiques et bactériologiques à Colomb-Béchar-Hamadir, dans la région nord du Sahara. Cette région, qui peut être assimilée à un polygone d'essai de 100 kilomètres de long sur 60 de large, a été le plus vaste centre d'expérimentation d'armes chimiques au monde, Russie exceptée.

Avec les essais souterrains, la séquence a été modifiée avec la désignation de noms de bijou, à partir de novembre 1961, avec « Agate » (< 20 kt). Le 1er mai 1962, au cours du deuxième essai, l'« accident de Béryl » contamine plusieurs personnes. L'épisode fut déclassifié de nombreuses années plus tard.

Le général de Gaulle voulait que la France soit à la pointe de la technologie nucléaire.

En 1968, la France fit exploser sa première arme thermonucléaire, Canopus (2,6 Mt), dans le Pacifique, au-dessus de Fangataufa, un atoll désert, en Polynésie française.

2004 : Première enquête judiciaire[modifier | modifier le code]

En septembre 2004, une information judiciaire (et donc enquête) est ouverte à Paris contre X, à propos des conséquences des essais nucléaires français (menés de 1960 au Sahara, jusqu'en 1996 en Polynésie française, avant l'arrêt définitif des essais nucléaires de la France voulu par le président Jacques Chirac) sur les civils et militaires qui y ont assisté sans être suffisamment protégés.

Il a fallu attendre 2006 pour que plusieurs sites, non décontaminés par l'armée française, ni par l'Algérie, soient interdits au public.

2008 : Première condamnation[modifier | modifier le code]

Après qu'un tribunal français eut accordé (le 7 juin 2008) une pension d'invalidité à vie à un ancien militaire âgé de 65 ans, victime d'une polymyosite pouvant avoir pour origine sa participation à des essais nucléaires en Algérie, la France a annoncé un projet de loi d'indemnisation des victimes de ses 210 essais nucléaires, appuyé sur un fonds prévu de 10 millions d'euros.

En Algérie, les médecins et les ONG locales estiment que le nombre d'anomalies et problèmes de santé est encore anormalement élevé dans cette zone. On admet aujourd'hui que différentes pathologies, dont les cancers (cancer de la thyroïde, cancer du poumon, cancer du sein, leucémie, certaines anomalies congénitales, etc.) peuvent avoir été induites par l'irradiation ainsi subie.

Le film[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Gerboise bleue (film).

Gerboise bleue raconte l'histoire des vétérans français et des Touaregs algériens victimes des premiers essais atomiques français dans le Sahara de 1960 à 1966. Pour la première fois, les derniers survivants témoignent de leurs combats pour la reconnaissance de leurs maladies, et révèlent dans quelles conditions les tirs se sont véritablement déroulés.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Mongin, « Genèse de l’armement nucléaire français », Revue historique des armées, Service historique de la Défense, no 262,‎ 16 mars 2011, p. 9-19 (ISSN 0035-3299, lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Patrice Gélinet, invité Jean Guisnel, « 1960, La première bombe atomique française », émission Deux mille ans d'Histoire sur France Inter, 20 novembre 2006, rediffusée le 12 février 2010.
  2. a et b Jean-Damien Po, Les moyens de la puissance : Les activités militaires du CEA, 1945-2000, Paris, Ellipses, coll. « Perspectives stratégiques »,‎ 2001, 268 p. (ISBN 2-7298-0554-0).
  3. Christian Bataille, « L'évaluation de la recherche sur la gestion des déchets nucléaires à haute activité », tome II : « Les déchets militaires », rapport de l'OPECST no 541 à l'Assemblée nationale (15 décembre 1997) et no 179 au Sénat (17 décembre 1997), 2e partie, chap. II, § 1 : « Les essais aériens à Reggane », sur le site du Sénat.
  4. « Les premiers essais français au Sahara (1960-1966) ».
  5. Henri Revol et Jean-Paul Bataille, « Les incidences environnementales et sanitaires des essais nucléaires effectués par la France entre 1960 et 1996 et les éléments de comparaison avec les essais des autres puissances nucléaires », rapport de l'OPECST no 3571 à l'Assemblée nationale (5 février 2001) et no 207 au Sénat (6 février 2002), § I-3.1 « L'ensemble des faits », sur le site du Sénat.
  6. « Essais nucléaires atmosphériques effectués au Sahara », sur le site de l'Observatoire des armes nucléaires français.
    Cite (en) Robert S. Norris, Andrew Burrows et Richard Fieldhouse, Nuclear Weapons Databook, vol. V : British, French and Chinese Nuclear Weapons, Boulder, Westview Press,‎ 1994, 437 p. (ISBN 0-8133-1612-X et 0-8133-1611-1), p. 405-419.
  7. Louis-Napoléon Panel, "Un enjeu méconnu de présence militaire française en Algérie: le programme atomique saharien (1957-1966)", Indochine-Algérie, n°22, 2010, pp. 42-49.
  8. Nucléaire : révélations sur les retombées radioactives de la bombe A française en Afrique, Mathieu Olivier, Jeune Afrique, 14 février, citant Le document choc sur la bombe A en Algérie, Sébastien Ramnoux, 14 février 2014
  9. Tribunal administratif : les conséquences des essais nucléaires en Algérie, France 3, 4 septembre 2014
  10. Patrick Pesnot, « La bombe A », émission Rendez-vous avec X sur France Inter, 4 mai 2001.
  11. « Première bombe atomique française », L'Internaute.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]