Triade (économie)

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  •      Une représentation de la « Triade »

L'expression est employée en 1985 par Kenichi Ohmae, un économiste et conseiller en stratégie des entreprises japonais, dans un livre intitulé Triade Power, The Coming Shape of Global Competition et traduit en français la même année sous le titre La Triade, Émergence d'une strategie mondiale de l'entreprise.

Elle désigne collectivement les trois régions motrices de l'économie mondiale lors de la publication du livre : les États-Unis, le Japon et la Communauté économique européenne, laquelle comprend alors dix membres.

La « Triade » ainsi délimitée constitue le premier marché du monde, rassemble la majeure partie des firmes transnationales et réalise la majeure partie du PIB mondial : 75 pour 100 au début des années 1990.

Les trois régions qui la composent entretiennent des relations étroites avec leurs périphéries respectives : Amériques, Asie orientale, Europe non communautaire et Afrique. Elles réunissent les principaux acteurs de la mondialisation contemporaine et les États qu'elles abritent sont des acteurs du système multilatéral mis en place dans la seconde moitié du siècle.

La notion connaît une grande notoriété pendant deux décennies, reçoit des définitions variables et demeure un lieu commun de la géographie scolaire, mais elle perd de sa pertinence au début du XXIe siècle : la « Triade » réalise 52 pour 100 du PIB mondial en 2013, contre 70 pour 100 au tournant du siècle, en dollars courants, selon les données publiées par la Banque mondiale.

Les facteurs de la puissance de la triade[modifier | modifier le code]

L'intensité des échanges entre ces trois pôles s'explique principalement par les liens historiques, culturels, politiques puissants, marginalisant ainsi les autres espaces du système-monde, notamment les continents sud-américain et africain. Le géographe Laurent Carroué définit la triade comme : « (rassemblant) les États dominants (États-Unis, Canada, Europe occidentale, Japon et Corée du Sud) qui contrôlent l'essentiel du pouvoir politique et économique du monde, possèdent les capitaux et maîtrisent les technologies et l'information. 20 % de la population dispose de 80 % du PNB, 70 % de l’industrie, 85 % de la recherche développement, 60 % des services de transports et du stock d’IDE[1]. »

Puissance économique[modifier | modifier le code]

Véritable cœur économique du système-monde, la triade représente (en 2008) 66 % du PIB mondial, loin devant les pays Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud (BRICS).

Part de la Triade dans le PIB mondial
(source : Banque mondiale)
 % en 2005  % en 2006  % en 2007  % en 2008
Triade 74,26 72,11 70,00 67,76
BRICS 10,30 11,66 12,99 13,80
Reste du monde 15,44 16,23 17,01 20,11
Total 100,00 100,00 100,00 100,00

La Triade est avant tout une puissance industrielle, cœur de l'industrie mondiale de haute technologie. Elle concentre en 2008, 74 % des 500 premières entreprises du monde (Classement Global Fortune 500 par CA $). Ces pôles accueillent les principaux sièges sociaux des firmes multinationales ou transnationales :

Le classement annuel du Fortune Global 500 démontre la pertinence de la puissance des piliers de la triade :

Répartition des 500 FMN par chiffre d'affaires en $ (source: Fortune Global 500)
Pays  %
2006 2007 2008
Drapeau de l’Union européenne Union européenne 32,6 33,6 32,6
Drapeau des États-Unis États-Unis 32,4 30,6 28,0
Drapeau du Japon Japon 13,4 12,8 13,6
Drapeau de la République populaire de Chine Chine 4,8 5,8 7,4
Drapeau de l'Inde Inde 1,2 1,4 1,4
Drapeau du Brésil Brésil 1,0 1,0 1,2
Drapeau de la Russie Russie 0,8 1,0 1,6
Monde Reste du monde 13,8 13,8 14,2

La mise en réseau de ces pôles permet à la triade de représenter plus de 75 % du trafic mondial. Ce chiffre élevé est à mettre en lien avec la « continentalisation » des flux mondiaux (Amérique du Nord - 54 % ; Europe - 22 % ; Asie de l'Est - 20 %)[2]. Par ailleurs, les principaux ports à conteneurs ou hubs se trouvent sur ces espaces.

Puissance financière[modifier | modifier le code]

La triade est également le cœur financier du monde. Elle détient :

  • les trois principales monnaies mondiales : dollar US, euro et yen (parfois représenté ironiquement par le sigle ¥€$)
  • les trois plus grandes bourses du monde : NYSE Euronext, Bourse de Londres et Bourse de Tokyo
  • les plus grandes banques du monde : Bank of America, HSBC, Crédit Agricole, Mitsui…

Puissance militaire[modifier | modifier le code]

La triade compte la première puissance militaire mondiale : les Forces armées des États-Unis. À ces dernières s'ajoutent deux puissances militaires de premier rang, la Grande-Bretagne et la France, toutes les trois étant des puissances nucléaires officielles.

La triade représente 70 % des 1 145 milliards de dollars de dépenses en 2006 du budget militaire mondial (dont 40% pour les seuls États-Unis). Elle est aussi le lieu d'implantation des grandes firmes de défense : Boeing, EADS, Raytheon, BAE Systems, Lockheed Martin

Puissance diplomatique[modifier | modifier le code]

Pour des raisons souvent historiques, les organisations politiques internationales ont souvent été créées grâce à des initiatives et des accords entre pays de la triade, c'est ainsi que ce sont créés l'ONU dont le siège est à New York (et dont les 5 membres du conseil permanent appartiennent presque tous à la triade : les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Russie et la Chine), le FMI dont le siège est à Washington, l'OMC dont le siège est à Genève, UNESCO à Paris. Les pays de la triade peuvent donc exercer des pressions sur les pays pauvres par le biais des annulations de dette, et participent à la résolution des conflits militaires à l'ONU.

Puissance culturelle[modifier | modifier le code]

Une langue partagée : l'anglais[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, l'anglais s'est imposé comme :

  • la langue des affaires privées (grandes entreprises, commerce…) et publiques (langue officielle des grands institutions internationales)
  • la langue des échanges

Les meilleures universités du monde[modifier | modifier le code]

D'après le classement annuel de l'Université de SHANGHAI (Chine), la Triade occupe les 100 premières places; les universités américaines étant les plus nombreuses et les plus prestigieuses.

Répartition des 100 premières universités mondiales
Pays  %
2007 2008
Drapeau des États-Unis États-Unis 54 56
Drapeau de l’Union européenne Union européenne 33 29
Drapeau du Japon Japon 6 4
Drapeau du Canada Canada 4 4
Drapeau de l'Australie Australie 2 3
Drapeau de la Suisse Suisse 0 3
Drapeau d’Israël Israël 1 1

Un niveau de vie comparable[modifier | modifier le code]

Le niveau de développement des pays de la Triade assure à leur population les plus hauts niveaux de vie du monde en particulier les pays nordiques de l'Union européenne[3]. Plus de 97 % de la population dispose de l'électricité, de l'eau potable, d'un système d'assainissement ou d'un téléphone portable. L'ensemble de la population dispose d'un système de retraite contre 13,7 % en Chine (Agence Chine nouvelle) et de filets de sécurité en cas de parcours personnels ou professionnels difficiles (Salaire minimum, accès aux soins vitaux gratuitement…).

La Triade concentre l'essentiel des personnes disposant de plus de 1 million $ d'actifs financiers (hors immobilier) en 2008 (Capgemini et M. Lynch, World Health Report 2008). Les États-Unis, le Japon et l'Allemagne concentrent 54 % des millionnaires dans le monde (ils sont 8,6 millions soit 0,12 % de la population mondiale).

Répartition des millionnaires en dollars en 2008
Pays  %
2006 2008
Drapeau des États-Unis États-Unis 31 29
Drapeau de l’Union européenne Union européenne 21 21
Drapeau du Japon Japon 16 16
Drapeau de la République populaire de Chine Chine 4 5
Drapeau du Brésil Brésil 1 0

Une puissance contestée[modifier | modifier le code]

Des accusations virulentes[modifier | modifier le code]

Accusés lors des forums mondiaux sociaux et par certaines ONG écologistes:

  • d'être responsable du réchauffement climatique en ayant pollué pendant des siècles sans contrainte
  • de piller les richesses des pays moins riches directement ou indirectement par le soutien de gouvernement corrompu
  • d'imposer un impérialisme économique
  • de mépriser les cultures non occidentales…

les pays de la Triade sont confrontés à des critiques de plus en plus vives. Si celles-ci prennent souvent la forme d'une contestation pacifique (manifestations, boycotts de produits…), elles relèvent parfois d'actes terroristes comme ce fut le cas en septembre 2001.

Une contestation économique naissante : BRICS[modifier | modifier le code]

L'entrée de la Chine, de la Russie, de l'Inde, du Brésil et de l'Afrique du Sud dans l'économie mondiale tend à redistribuer les cartes de la puissance économique et financière. La Chine en est le parfait symbole. Pays en voie de développement, elle est déjà la 2e puissance économique mondiale, la détentrice des premières réserves mondiales de change et un des principaux créateurs de richesse au monde depuis une décennie déjà[réf. nécessaire]. La Russie est une grande puissance économique déjà développée et industrialisée; et a un niveau de vie comparable aux pays de la triade. Elle est le premier producteur de gaz naturel et de pétrole au monde et est dans le top 5 mondial des ressources minières (houille, fer, nickel, diamant, etc.).

Néanmoins, ce « contre-pouvoir », pour peser, doit d'abord respecter les règles qui ont été créées par la Triade (OMC, propriété industrielle, respect de l'environnement…). De plus, la corruption paralyse le développement de son économie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Extrait d'une conférence de Laurent Carroué, "Mondialisation - Globalisation : le regard d'un géographe", APHG, Caen, novembre 2006 Lien
  2. Laurent Carroué, 2002, Géographie de la mondialisation, Armand Collin, coll. U, p. 121
  3. cf. Classement IDH des pays, 2003

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pascal Gauchon, Dominique Hamon et Annie Mauras, La Triade dans la nouvelle économie mondiale, Presses universitaires de France, (quatre éditions : 1992, 1994, 1997 et 2002)
  • Christian Chavagneux, Françoise Milewski, Jean Pisani-Ferry et Dominique Plihon, Les Enjeux de la mondialisation, La Découverte, (deux éditions : 2007 et 2013)

Articles connexes[modifier | modifier le code]