Pierre Ier de Russie

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Pierre Ier
Pierre Ier de Russie peint par Paul Delaroche.
Pierre Ier de Russie peint par Paul Delaroche.
Titre
Tsar puis 1er empereur de Russie
7 mai 16828 février 1725
(42 ans, 9 mois et 1 jour)
En tandem avec Ivan V de Russie (1682-1696)
Couronnement 25 juin 1682
Prédécesseur Fédor III
Successeur Catherine Ire de Russie
Biographie
Dynastie Maison Romanov
Nom de naissance Piotr Alekseïevitch Romanov
Date de naissance 9 juin 1672
Lieu de naissance Moscou (Tsarat de Russie)
Date de décès 8 février 1725 (à 52 ans)
Lieu de décès Saint-Pétersbourg (Empire russe)
Sépulture Cathédrale Pierre-et-Paul à Saint-Pétersbourg
Père Alexis Ier de Russie
Mère Natalia Narychkina
Conjoint Eudoxie Lopoukhine
Catherine Ire de Russie
Enfant(s) Alexis Petrovitch
Anna Petrovna
Élisabeth Ire de Russie
Héritier Alexis Petrovitch, tsarevitch

Signature

Pierre Ier de Russie Pierre Ier de Russie
Monarques de Russie

Pierre Ier de Russie (Piotr Alekseïevitch Romanov, en russe : Пётр Алексеевич Романов), plus connu sous le nom de Pierre le Grand (Piotr Veliki, en russe : Пётр Великий) est né le 30 mai/9 juin? 1672 à Moscou et est mort le 28 janvier/8 février 1725 à Saint-Pétersbourg. Fils d'Alexis Ier (1629-1676) et de Natalia Narychkina (1651-1694), il est tsar de Russie dès 1682 et devient le premier empereur de l'Empire russe de 1721 à sa mort en 1725.

Il a profondément réformé son pays et a mené une politique expansionniste qui a transformé la Russie en puissance européenne.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

À sa mort en 1676, Alexis Ier laisse quatre enfants survivants : Fédor, qui lui succède, Ivan, et Sophie Alexeïevna, issus de sa première épouse, Maria Miloslavskaïa, et Pierre, fils de sa seconde épouse, Natalia Narychkina.

Ivan a 16 ans et Pierre 10 quand meurt Fédor en 1682. Les deux frères sont alors proclamés tsars. C'est le seul cas dans l'histoire de Russie où deux tsars règnent conjointement.

Après la Révolte de Moscou de 1682, la sœur d'Ivan V, Sophia Alexeievna, écarte Natalia de la régence, qu'elle assure elle-même de 1682 à 1689. Elle signe avec l'Union de Pologne-Lituanie le traité de paix éternelle de 1686, par lequel la Russie agrandit ses territoires et intègre une coalition comprenant l'Autriche, la Pologne et Venise, qui mène bataille contre les Turcs. Elle ordonne aussi des expéditions contre le khanat de Crimée, et signe avec la Chine des Qing le traité de Nertchinsk (1689), qui prive la Russie de l'accès à la mer du Japon, mais lui permet d'établir des relations commerciales avec l'Empire du Milieu.

Pendant ce temps, elle confine le jeune Pierre et sa mère au village de Preobrajenskoïe, dans les environs de Moscou. Pierre était alors abandonné aux soins d'un précepteur nommé Zotov. Tous les historiens ne s'accordent pas sur la qualité du tutorat de Nikita Zotov, Robert K. Massie[1][réf. insuffisante] par exemple, vante ses efforts, mais Lindsey Hughes[2][réf. insuffisante] critique l'enseignement qu'il donna au futur tsar.

À l'été 1689, le jeune Pierre décide de profiter de l'affaiblissement de la régente, consécutive à l'échec des campagnes de Crimée, pour s'emparer du pouvoir. Prévenue, la régente Sophie conspire avec les streltsy pour écarter Pierre, mais celui-ci se réfugie au monastère de la Trinité-Saint-Serge, à environ 90 km de Moscou, où il rassemble ses alliés. Le général de l'armée impériale russe Patrick Gordon devient à cette occasion son fidèle allié. En cette même année 1689, Pierre force la régente à se retirer dans un couvent. Les deux frères partagent alors le pouvoir jusqu'à la mort d'Ivan en 1696.

En 1689, Pierre remet aussitôt le pouvoir à sa mère, préférant vivre une jeunesse mouvementée avec Alexandre Menchikov et d'autres compagnons de débauche, dont le Genevois François Lefort, l'Écossais Patrick Gordon, ainsi que les Russes Nikita Zotov, Fédor Romodanovski, Gabriel Golovkine, Fédor Golovine et Pierre Tolstoï. Outre le calviniste Lefort et le catholique Gordon, le jeune Pierre rencontre aussi, dans la Nemetskaïa sloboda (« quartier des étrangers »), le Strasbourgeois Timmermann, les Hollandais Winnius, Brandt, etc., qui l'initient à la culture européenne, l'instruisent en art militaire et de navigation, et deviendront ses futurs généraux et ingénieurs. L'Europe l'intéresse, non par sa civilisation spirituelle ou artistique, mais comme la patrie de bons techniciens dont la Russie est dépourvue[3].

Curieux de toutes les nouveautés, Pierre trouva dans la maison de son aïeul, Nikita Romanov, un canot anglais d'une structure particulière qui fut à l'origine de sa passion pour la navigation. Sa passion était née sur le petit lac Plechtcheïevo ; mais il va aussi au nord, à Arkhangelsk en 1693-1694, seul port maritime de l'époque, donnant sur la mer Blanche[4]. Il se rend compte alors de la nécessité pour la Russie d'ouvrir d'autres voies maritimes plus faciles d'accès, alors que la mer Baltique est contrôlée par l'Empire de Suède et la mer Noire par l'Empire ottoman et le khanat de Crimée.

Prise du pouvoir (1694) et première campagne contre les Tatars (1689-1696)[modifier | modifier le code]

Lefort, profitant de son goût pour les jeux militaires, forma avec cinquante de ses jeunes compagnons une compagnie qui fut le noyau du fameux régiment Préobrajensky ; un autre groupe fut le noyau du régiment Semionovsky. Lorsqu'il reprend définitivement le pouvoir, en 1694, ils deviennent ses collaborateurs les plus dévoués et Lefort est son favori puis Menchikov à la mort du suisse en 1699.

Devenu seul souverain, le jeune géant (il mesurait deux mètres) allait mener les réformes qui transformeraient la Russie et en feraient une grande puissance européenne, une fenêtre ouverte sur l'occident pour arracher son pays de la pesanteur de ce qu'il appelait la « barbarie asiatique »[5].

Capture d'Azov en 1696, qui donne à la Russie un accès à la mer Noire. Tableau de Robert Ker Porter (1775-1842).

Au printemps 1695, Pierre envoie une armée contre les Tatars de Crimée pour détourner l'attention des Turcs et se dirige vers la forteresse d'Azov qui, située sur le Don à 16 km de la mer d'Azov, offre un accès indirect à la mer Noire. Cependant il ne parvient pas à prendre la ville. Il se décide alors à construire une flotte, installant un chantier naval à Voronej, situé sur un affluent du Don, et associe tout le pays à cette œuvre nationale : c'est la création officielle de la Marine impériale de Russie. La ville est prise l'année suivante, en juin, et Pierre Ier fonde la première base navale russe à Taganrog en septembre 1698. Celle-ci est commandée de 1698 à 1702 par l'amiral Fédor Golovine et le vice-amiral Cornelius Cruys en devint le premier gouverneur en 1711.

Par le traité de Constantinople (1700), qui met fin à la Guerre russo-turque de 1686-1700, les Russes se voient reconnaître par la Sublime Porte la possession d'Azov et de la base de Taganrog, et obtiennent en outre le droit de conserver et d'avoir un ministre permanent dans l'Empire ottoman. Cette campagne marqua la première offensive militaire réussie par l'armée russe sur un sol étranger depuis plusieurs siècles, et établit la Russie comme étant un pays important dans la diplomatie européenne. Toutefois, le contrôle de la seule mer d'Azov ne lui offrait pas une voie suffisante pour le commerce, tandis que la paix avec le sultan Mustafa II permet à Pierre de se tourner vers la mer Baltique.

La « Grande Ambassade » (mars 1697-septembre 1698)[modifier | modifier le code]

Le 16 décembre 1696, Pierre annonce à la Douma des boyards la création d'une « Grande Ambassade », formée des trois diplomates François Lefort, Fédor Golovine (qui devient son ministre des Affaires étrangères de 1700 à 1706) et Prokopy Voznitsine et les courtisans, ainsi que son intention d'en faire partie, faisant de lui le premier tsar à quitter l'Empire depuis le grand-duc Iziaslav de Kiev, à la fin du XIe siècle. Il vise par là d'abord à nouer des alliances avec différents États d'Europe afin de mener une guerre contre l'Empire ottoman, raison pour laquelle il écarte la France de Louis XIV de son voyage, celle-ci s'étant tourné vers la Sublime Porte pour prendre ses ennemis à revers. Le voyage est ensuite l'occasion d'approcher la culture occidentale, d'apprendre différents métiers manuels et de recruter des spécialistes étrangers, surtout pour la marine de guerre. Chaque visite était l’occasion de projets divers.

Rencontre entre Jacob de Wilde (en) et Pierre le Grand (à droite) à Amsterdam,
gravure par Maria de Wilde

Il partit ainsi, incognito, sous le nom de Pierre Mikhaïlov, en mars 1697, en Prusse, et y étudia essentiellement l'artillerie, tandis que ses diplomates tentent de nouer une alliance avec Frédéric III de Brandebourg, futur roi de Prusse. Puis il alla dans l'Empire des Habsbourg, aux Pays-Bas, où il travailla comme simple ouvrier dans les chantiers navals de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, près de Zaandam, et étudia la construction navale à Amsterdam. En Angleterre, il approfondit ses connaissances théoriques en matière de construction navale à Deptford (Londres) et visita l'université d'Oxford ainsi que la maison d'Isaac Newton. Il se rendit ensuite à Vienne, ayant une entrevue décevante avec Léopold Ier du Saint-Empire.

En effet, tous les regards sont tournés vers la succession du trône d'Espagne, qui oppose les Bourbons aux Habsbourg. L'enjeu, considérable, éclipse l'intérêt d'une guerre contre l'Empire Ottoman, et explosera dans la Guerre de Succession d'Espagne à partir de 1701.

Retour en Russie[modifier | modifier le code]

La « Grande Ambassade » fut écourtée lorsque Pierre apprit la nouvelle de la révolte des streltsy (les gardes impériaux russes), qui avaient l'intention de replacer l'ex-régente Sophie sur le trône. Pierre, qui se dirigeait vers Venise, rentra précipitamment à Moscou le 5 septembre 1698, afin d'écraser définitivement la révolte. Celle-ci fut finalement réprimée en son absence, de façon sanglante (tortures et exécutions publiques), notamment par le général Patrick Gordon, d'origine écossaise[6].

De plus, Pierre Ier fait enfermer sa femme, Eudoxie Lopoukhine, au monastère de Souzdal, l'accusant d'avoir comploté contre lui avec les streltsy, et divorce avec elle. Il confie alors son fils, Alexis Petrovitch, à sa tante Nathalie Alexeïevna. Il ne tarde pas à rencontrer, en 1703, Marthe Skavonskra, ancienne paysanne catholique d'origine lituanienne, domestique et maîtresse de son ami Alexandre Menchikov. Il se marie avec elle en 1712, celle-ci se convertissant à l'orthodoxie et prenant le nom de Catherine. Déjà mère d'un enfant de Pierre, Anna, elle donna à l'empereur six autres enfants; outre Anna, seule la future Élisabeth Ire de Russie survécut.

L'année d'avant, en 1711, il marie son fils Alexis à Charlotte de Brunswick-Lüneburg, belle-sœur de l'empereur Charles VI, se rapprochant ainsi des Habsbourg, qui avait réuni les possessions autrichiennes et espagnoles (avant que Charles VI ne fut forcé d'abandonner ses prétentions sur l'Espagne par le traité de Rastadt de 1714). Nommé gouverneur de Moscou par son père, en 1708, Alexis se désintéresse cependant de sa fonction, et prend le parti, avec sa mère, des opposants aux réformes de Pierre le Grand.

La Grande Guerre du Nord (1700-1721)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grande guerre du Nord.

La Russie, alliée au Danemark et à la Pologne, entre en guerre contre la Suède du jeune Charles XII en 1700. Les Suédois s'étant emparés de territoires russes des rivages de la mer Baltique cinquante ans auparavant, Pierre voulait laver ce qui était pour lui un affront. De plus, la région occupée constituait un obstacle pour le tsar qui rêvait de faire de la Russie une puissance navale. Étant donné que la Suède avait une armée importante et était dirigée par un roi jeune et volontaire, Charles XII, la guerre fut plus longue et plus dure que ne le prévoyait Pierre.

Monument dédié à Pierre le Grand par Mark Antokolski à Taganrog.

L'armée russe non préparée à la guerre devait faire face à une importante armée suédoise professionnalisée, commandée par leur roi Charles, qui se révélait brillant stratège (il fut un adversaire important de Pierre).

La première tentative pour s'emparer de la côte baltique se termina par la bataille de Narva en 1700, au cours de laquelle 8 000 Suédois battirent 38 000 Russes. Charles attaqua alors Pierre et son allié, le roi Auguste II de Pologne. Pendant les huit années qui suivirent, les Suédois ravagèrent la Pologne et la Saxe et forcèrent Auguste à abandonner son trône polonais. Finalement en 1708, Charles envahit la Russie afin de prendre Moscou et de détrôner Pierre.

Carte de la baie de Saint-Pétersbourg, fondée en 1703, avec l'île de Kotline, fortifiée par Pierre le Grand.

Dans le même temps, Pierre engagea une nouvelle campagne dans les pays baltes contre un nombre réduit de soldats suédois. Il conquit alors les terres de l'actuelle Estonie et l'embouchure du fleuve Néva, où il fonda la ville de Saint-Pétersbourg en 1703, ainsi que la forteresse Pierre-et-Paul qui y est sise, conçue par l'architecte suisse Domenico Trezzini (voir ci-dessous). Il en profita pour fortifier l'île de Kotline dans le golfe de Finlande, à 20 km de St-Pétersbourg (la forteresse sera rebaptisée Kronstadt). Pensant qu'il pourrait battre Pierre à tout moment, Charles ignora ces campagnes.

Après l'avoir rencontré en Russie en 1708, Charles battit Pierre à Golovtchine le 3 juillet 1708, mais essuya sa première défaite à la Bataille de Lesnaya le 28 septembre 1708, lorsque Pierre écrasa l'aile gauche de l'armée suédoise qui s'en allait rejoindre l'armée principale de Charles à Riga. En raison de cette défaite, Charles fut forcé d'abandonner sa marche sur Moscou. Ne pouvant plus avancer vers l'est, Charles envahit l'Ukraine, appelée alors Petite Russie.

Pierre utilisa la technique de la terre brûlée qui eut comme conséquence l'impossibilité pour l'armée suédoise de se ravitailler. L'armée suédoise souffrit considérablement de l'hiver particulièrement froid de 1708-09, mais reprit la campagne ukrainienne pendant l'été 1709, espérant forcer Pierre à abdiquer.

Lorsque Charles eut repris la campagne, il trouva Pierre beaucoup plus belliqueux et les deux armées se livrèrent bataille à Poltava, le 27 juin 1709. Les années de labeur de Pierre pour améliorer l'armée russe furent récompensées lorsqu'il infligea une défaite écrasante aux Suédois, causant près de 10 000 morts et capturant la plupart des soldats restants dans l'armée ennemie. Aidé de diplomates autrichiens et français, Charles s'enfuit alors dans l'Empire ottoman, neutre jusqu'alors, et demanda de l'aide au sultan Ahmet III pour une nouvelle campagne. Convaincu par l'empereur de la Suède, celui-ci déclara la guerre à Saint-Pétersbourg le 20 novembre 1710, déclenchant la guerre russo-turque de 1710-1711.

Campagne du Prout de Pierre Ier en Moldavie (1710-1711). Pierre obtient la défection de l'hospodar de la Moldavie Dimitrie Cantemir, ce qui ne l'empêche pas d'être défait par le sultan Ahmet III.

Dirigée par Boris Cheremetiev (en), les troupes russes, auxquelles se sont jointes les troupes moldaves de Dimitrie Cantemir, qui a fait défection au sultan, sont défaites à Stănileşti en juillet 1711. Le traité de Prout (23 juillet 1711) entérine la victoire de Constantinople: la Russie lui concède les ports d'Azov et de Taganrog dont elle s'était emparé en 1697. En échange, Pierre Ier obtint d'Ahmet III qu'il s'abstienne d'ingérence dans le conflit entre la Russie et le roi de Suède. En 1714, le sultan expulse Charles XII de Suède de son empire.

Au nord, les armées de Pierre conquirent la province suédoise de Livonie (la moitié nord de la Lettonie et de l'Estonie méridionale actuelles) et attaquèrent à nouveau les Suédois dans leur province de Finlande. Charles refusait toujours de signer un traité de paix et ce fut sa mort en 1718 qui permit l'arrêt des hostilités. Sa sœur, Ulrique-Éléonore lui succéda et en 1721, le traité de Nystad mit fin à la "Grande guerre du Nord" et les côtes de la mer Baltique qui vont jusqu'à la frontière finlandaise et qui appartenaient alors à la Suède furent cédées à la Russie.

Empereur de toutes les Russies[modifier | modifier le code]

Le 2 novembre 1721, le sénat de Russie accorda à Pierre le titre d'« Empereur de toutes les Russies », qui remplaça le traditionnel titre de tsar qui lui était jusque-là accordé, manifestant ainsi la fascination de Pierre le Grand pour l'Europe de l'Ouest. Il fut rapidement reconnu comme tel par les rois de Pologne, de Prusse et de Suède. En 1724, il couronna sa seconde femme Catherine du titre d'impératrice.

La modernisation de la Russie[modifier | modifier le code]

Les premières réformes[modifier | modifier le code]

Pierre le Grand interrogeant le tsarévitch Alexis. Tableau de Nikolaï Gay, 1871.

Pierre commença à réformer la Russie dès le début de son règne, poussant le pays vers la modernité. Fortement influencé par ses conseillers occidentaux, il réorganisa l'armée russe le long des lignes européennes et rêva de faire de la Russie une puissance maritime importante. Il fit face à l'opposition de beaucoup de politiques russes et réprima brutalement toutes les rébellions envers son autorité, dont la révolte importante d'Astrakhan en 1705 (la rébellion de Boulavine (en), du nom du Cosaque du Don éponyme) et celle des Bachkirs en 1707.

L'opposition de son fils Alexis et le procès de celui-ci (1716-1718)[modifier | modifier le code]

En 1716, Pierre le Grand somma Alexis Petrovitch, son fils issu de son premier mariage, de choisir entre l'adoption sincère des nouvelles idées ou la renonciation au trône. Mais ce dernier profita d'un séjour de son père au Danemark pour fuir chez son beau-frère Charles VI à Naples. Des émissaires du tsar, dont Pierre Tolstoï (qui avait été ambassadeur à Constantinople) le convainquirent de rentrer en Russie, où il fut immédiatement enfermé à la forteresse Pierre-et-Paul.

Pierre l'obligea à dénoncer ses complices dans sa fuite, et fit parler la maîtresse d'Alexis, Euphrossine, celle-ci impliquant dans un complot de trahison tout le clan des Lopoukhine, dont Eudoxie (la première femme de Pierre), l'évêque de Kiev, le capitaine Glébov (ancien amant d'Eudoxie), cinquante religieuses et des centaines de boyards. Tous sont soupçonnés d'avoir voulu renverser Pierre en faveur d'Alexis. Celui-ci aurait alors annulé toutes les réformes et fait de Saint-Pétersbourg un désert.

Une commission d'enquête, présidée par Menchikov, fut instituée; Pierre voulait en fait établir la culpabilité d'Alexis afin de le déshériter sans appel. Le prisonnier fut fouetté quotidiennement dans le but de le faire avouer, ce qu'il finit par faire.

Le 28 juin 1718, le procès d'Alexis débuta. Le 7 juillet, ce dernier est jugé « coupable de crime contre la sûreté de l'État » et condamné à être fouetté « jusqu'à ce que mort s'ensuive ». En réalité, il venait de mourir des suites de ses tortures [réf. nécessaire].

Afin de tenter de masquer les faits, un document diplomatique énoncera qu'Alexis est mort « après avoir confessé ses fautes et obtenu la grâce de son père » [réf. nécessaire].

Quant à Pierre Tolstoï, son aide lui valut d'être nommé à la tête de la Chancellerie secrète, comparable au Cabinet noir en France, mais avec des pouvoirs redoutables de police. Proche de Menchikov, Tolstoï tomba en disgrâce à la mort de Catherine Ire (1727).

Réformes spécifiques[modifier | modifier le code]

Pour changer les vieilles coutumes russes, Pierre appliqua des mesures draconiennes. Il imposa dès le 5 septembre 1698 un impôt particulier pour les Russes les plus riches. Ceux-ci, sauf les prêtres, devaient payer cent roubles par an, alors que le reste de la population ne devait s'acquitter que d'un kopeck par tête. Cette taxe, avec bien d'autres, permit la modernisation de la Russie. Durant le règne de Pierre, le servage fut aussi réinstauré. Dès 1699, il promulgua également un oukase autorisant les Russes à voyager à l'étranger.

Le 24 janvier 1722, il crée la Table des rangs afin de réduire le pouvoir des boyards. Le rang de noblesse n'était plus alors simplement héréditaire, mais déterminé par la fonction officielle de la personne, permettant ainsi éventuellement à des roturiers fidèles d'être anoblis en étant nommés à des positions supérieures. la Table demeura en vigueur jusqu'à la chute du tsarisme en 1917.

L'un des exemples les plus significatifs des réformes de Pierre pour abolir les anciennes coutumes, fut l'instauration en 1704 d'un impôt spécial sur le port de la barbe[7], considérant que celle-ci était un signe rétrograde par rapport aux autres Européens. Jusqu'à cette époque, les hommes étaient très attachés à cet aspect de leur personnalité.

Ce sont les ciseaux ramenés dans ses valises depuis son voyage en Hollande, qui donnèrent à Pierre l'idée de l'oukase. Seuls les récalcitrants souhaitant « conserver une ressemblance avec le Créateur », devaient s'acquitter d'une taxe annuelle proportionnelle à leur rang social, allant de cent roubles pour les nobles à 1/2 kopeck pour les paysans.

Face à l'impopularité de la mesure, Pierre publia un rectificatif, dispensant les religieux de l'oukase, et donc de la taxe.

Une bonne partie de la société russe accepta petit à petit cette contrainte, alors que l'hostilité du petit peuple restait manifeste. Pierre Ier réagit alors en éditant quelques oukases supplémentaires plus dissuasifs, tandis que le port du long vêtement traditionnel aux larges manches (le caftan, кафтан) fut également interdit au profit du costume porté à l'époque en Occident.

Tentatives de réformes juridiques[modifier | modifier le code]

Pierre le Grand, conscient des retards de la Russie dans le domaine juridique tenta en 1700 de moderniser le code de 1649 en y incorporant les oukases promulgués depuis. Il réunit pour ce faire une première commission qui n'aboutit pas. Une seconde commission réunie en 1714 ne parvint pas non plus à rédiger un corps de lois suffisamment clair. En 1720, Pierre le Grand réunit une troisième commission dont le but était de rédiger un code général de lois russes sur le modèle suédois, puis danois. Ce fut à nouveau un échec.

Réformes économiques et techniques[modifier | modifier le code]

En 1704, il entreprend une importante réforme monétaire en créant un rouble basé sur l'argent métal, équivalent au thaler, monnaie d'échange internationale.

Influencé par le mercantilisme[réf. nécessaire], il tenta aussi d'encourager l'industrie et le commerce, malgré une faible proportion de négociants, ainsi que l'enseignement et la science (en incluant les inventions d'Isaac Newton qu'il avait apprises en Europe de l'Ouest) - il envoyait les jeunes à l'étranger afin d'améliorer leurs connaissances. Son règne connut par ailleurs l'adoption du décompte des années du calendrier julien, la simplification de l'alphabet cyrillique, l'introduction des chiffres arabes et la publication du premier journal en langue russe.

Réformes religieuses[modifier | modifier le code]

L'Église orthodoxe russe était fortement opposée aux réformes de Pierre. Elle les estimait néfastes pour la survie des vieilles traditions russes et dangereuses pour sa puissance (Pierre ordonna même de fondre les cloches en bronze des églises pour fabriquer des canons). Après la mort du patriarche Adrien en 1700, Pierre ne nomma pas de successeur, et en janvier 1721, il établit le Saint-Synode pour régir l'Église, ce qui fut par ailleurs l'étape finale de ses réformes.

Fondation de Saint-Pétersbourg[modifier | modifier le code]

Statue équestre de Pierre Ier à Saint-Pétersbourg, dite Le Cavalier de bronze sculptée par Étienne Falconet.

L'une des œuvres majeures du règne de Pierre le Grand fut la construction d'une nouvelle ville sur les rives de la mer Baltique, au fond du golfe de Finlande, en 1703. La cité, qu'il baptisa Saint-Pétersbourg, devait être résolument tournée vers l'Occident et la modernité. Elle devint aussitôt la capitale de l'Empire russe, en 1712, et le resta jusqu'à la révolution d'Octobre de 1917.

Dès 1703, Pierre ordonna la construction de fortifications à l'embouchure de la Neva, destinées à abriter l'armée durant la Grande Guerre du Nord contre la Suède. Il construisit la forteresse de Schüsselbourg (la ville-clé) et fit fortifier l'île de Kotline.

Puis l'idée de construire une ville sur les marécages environnants lui vint en 1706, sans doute parce que l'emplacement de Saint-Pétersbourg en faisait un port maritime le plus souvent libre des glaces et bien relié par la Neva au réseau fluvial de la Russie. L'édification de la ville releva du défi et engouffra une grande partie des ressources de la Russie dans la tradition autocratique des tsars, sans ménager le sang de son peuple : 30 000 serfs en 1706, puis 40 000 en 1707, seront enrôlés de force pour édifier la ville[réf. nécessaire].

Saint-Pétersbourg fut construite sur pilotis, comme le faisaient les Hollandais. La pénurie de maçons était telle que la construction de bâtiments en pierre demeura interdite jusqu'en 1714 dans toute la Russie, tant que les travaux sur les fondations de la ville étaient en cours. Au total, dit-on, 150 000 ouvriers périrent dans les marécages pour l'édification de Saint-Pétersbourg[8].

La fondation de Saint-Pétersbourg s'accompagna de profonds changements sociologiques souhaités par l'empereur et concrétisés par des lois. Les Russes de Saint-Pétersbourg s'habillent désormais « à la française », se rasent la barbe. Ils circulent dans la ville nouvelle dans des embarcations à voile sous peine d'amende. Ces changements visent à occidentaliser la population russe de Saint-Pétersbourg afin de motiver les marchands occidentaux à venir commercer en Russie, et aussi à familiariser les Russes avec la navigation, pour former des « gens de mer » indispensables à l'essor de la marine russe et à la croissance du commerce[9].

Pétersbourg est aujourd'hui de la deuxième ville de Russie par la population.

Vie amoureuse[modifier | modifier le code]

Pour plusieurs historiens, Pierre le Grand était bisexuel[10],[11]. Il aurait ainsi pris pour amant un aventurier suisse, François Lefort[12], et continue ses relations avec lui alors même qu'il est marié à Eudoxie Lopoukhine et qu'il a un enfant avec elle.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • Lors de sa visite triomphale de trois mois en France, en 1717, Pierre le Grand fit la connaissance du « premier acteur tragique de Paris », Michel Baron, et lui donna son épée en signe de reconnaissance pour son talent. Curieux (muni d'un carnet pour noter tout ce qu'il juge intéressant), il s'imprégna de la culture, de la science et des technologies pour en faire bénéficier son pays et l'européaniser. Il prend sa revanche en rencontrant Louis XV puisque juste avant de monter sur le trône, il avait été accueilli chaleureusement par toutes les cours d'Europe, excepté celle de Louis XIV qui méprisait la Russie, la considérant comme un pays d'arriérés[13].

Descendance[modifier | modifier le code]

En 1689, Pierre Ier se marie avec Eudoxie Lopoukhine, fille du grand-officier de la couronne Illarion Abramovitch Loupoukhine. De cette union naissent 3 enfants :

  • Alexandre Petrovitch (1691-1692),
  • Pavel Petrovitch (1693).

En 1712, Pierre Ier se remaria avec Marthe Skavronska, fille d'un paysan lituanien, qui fut rebaptisée selon les rites orthodoxes sous le nom de Catherine Alexeievna. Onze enfants sont issus de cette union :

  • Piotr Petrovitch (1704-1705),
  • Pavel Petrovitch (1705-1707),
  • Ekaterina Petrovna (1706-1708),
  • Anna Petrovna (1708-1728), qui épousa Karl-Friedrich de Holstein-Gottorp en 1724, dont un fils :
    • Karl-Pieter-Ulrich (1728-1762), futur empereur de Russie sous le nom de Pierre III.
  • Élisabeth Petrovna (1709-1761), future impératrice de Russie sous le nom de Élisabeth Ire,
  • Natalia Petrovna (1713-1715),
  • Margarita Petrovna (1714-1715),
  • Piotr Petrovitch (1715-1719),
  • Pavel Petrovitch (1717),
  • Natalia Petrovna (1718-1725),
  • Piotr Petrovitch (1719-1723).

Succession[modifier | modifier le code]

En partant de la gauche, le tombeau d'Élisabeth Ire de Russie et celui de Catherine Ire de Russie. Sur la plaque de bronze, on peut lire Catherine Ire (Екатерина I). À droite, le tombeau de Pierre le grand, un buste du monarque marque l'emplacement où repose le premier souverain de la dynastie Romanov à s'être fait inhumer dans la cathédrale Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg. Sur la pierre tombale, on distingue les décorations portées par le monarque.

En 1722, la descendance de Pierre le Grand ne comporte plus que trois filles, dont deux nées hors mariage[14], une petite-fille[15] et un seul petit-fils. L'empereur qui a fait tuer son fils Alexis promulgue une loi[16] selon laquelle le souverain régnant devait désigner lui-même son successeur, à l'encontre de la tradition russe qui voulait que la succession légale soit le fils aîné. Il réussit à marier Anna Petrovna, sa fille née hors mariage de sa seconde femme et alors âgée de 16 ans et demi, avec Charles Frédéric de Holstein-Gottorp, qui avait échoué à prendre la succession de son oncle Charles XII de Suède à sa mort en 1718, et avait alors quitté la Suède, devenant commandant des troupes de la Garde à Saint-Pétersbourg. Le contrat de mariage stipulait qu'Anna et Charles-Frédéric devaient abandonner toute prétention au trône de Russie, et Pierre obtient à la suite de cette clause [réf. nécessaire] le droit de nommer son successeur. De ce mariage naquit le futur Pierre III de Russie en 1728 ; Anna mourut peu après, à l'âge de 20 ans. Cependant, frappé d'une nouvelle crise d'urémie, le tsar mourut en janvier 1725 sans avoir désigné d'héritier. La garde proclama impératrice Martha Skavronskaya, que l'empereur avait fait couronner impératrice l'année précédente et qui monta sur le trône en tant que Catherine Ire de Russie. Elle mourut deux ans plus tard laissant le trône au fils du défunt tsarévitch et de la défunte Charlotte de Brunswick-Wolfenbüttel, Pierre II de Russie.

Trop jeune pour gouverner, celui-ci laisse d'abord les rênes du pouvoir à la famille Dolgoroukov - qui prend le contre-pied de la politique de Pierre le Grand et de Catherine Ire - avant de s'emparer du pouvoir et de poursuivre l'œuvre de Pierre, en étant notamment conseillé par Menchikov, qui avait été nommé chef du gouvernement par Catherine Ire. À la mort de Pierre II, sa cousine Anna Féodorovna, fille du tsar Ivan V de Russie, frère de Pierre le Grand, s'empara du pouvoir.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Journal de Pierre le Grand depuis l'année 1698. jusqu'a la conclusion de la paix de Neustadt, Berlin, 1773 (en ligne sur Google livres)

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

  • Pierre le Grand réalisé par Vladimir Petrov de 1937 à 1939 avec Nicolas Simonov dans le rôle titre.
  • La Jeunesse de Pierre le Grand, titre du 1er épisode, réalisé par Sergueï Guerassimov en 1980 avec Dimitri Zolotoukhine dans le rôle titre.
  • Au début des affaires glorieuses, titre du 2e épisode, réalisé par Sergueï Guerassimov en 1980.

En littérature[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Robert Kinloch Massie III, Peter the Great : His Life and World, 1980.
  2. Lindsey Hughes, Peter the Great : A Biography (New Haven, Conn. : Yale University Press, 2002).
  3. Kolavevsky (1970), op. cit. p.  207
  4. Kovalevsky, Pierre (1970), Histoire de Russie, Librairie des Cinq Continents, Paris, p. 208
  5. Louis-Philippe de Ségur, Histoire de Russie et de Pierre le Grand, Houdaille,‎ 1835, 583 p., p. 305
  6. (en) Michael C. Paul, "The Military Revolution in Russia 1550-1682," in The Journal of Military History 68 No. 1 (January 2004): 9-45, p.21
  7. Aloïse Prümm (2002), L'impôt sur la barbe.
  8. La fondation de Saint-Pétersbourg sur Herodote.net
  9. W. Berelowitch et O. Medvedkova, Histoire de Saint-Pétersbourg, Fayard
  10. (en) Rosalind J.Marsh, Women in Russia and Ukraine, p. 157
  11. (en) Chuck Stewart, Gay and Lesbian Issues: A Reference Handbook, p.76
  12. (en) William R. Denslow,Harry S. Truman, 10,000 Famous Freemasons from K to Z, Volume 3, p. 71
  13. (ru) Tchesnokova, Alla Nikolaïévna (2003), Les Étrangers et leurs descendants à Saint-Pétersbourg, Editions Satis, Saint-Pétersbourg, 2003, p.  169
  14. Elles sont légitimées quand Pierre épouse sa maîtresse. Une de ces filles meurt peu après son père.
  15. Ce petite-fille meurt adolescente
  16. Hélène Carrère d'Encausse, émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 29 juin 2011

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Critique historique
  • Paul Bushkovitch, Peter the Great : The Struggle for Power, 1671-1725, Cambridge : Cambridge University Press, 2001
  • James Cracraft, The Revolution of Peter the Great, Cambridge : Harvard University Press, 2003
  • Lindsey Hughes, Peter the Great : A Biography, New Haven-Londres : Yale University Press, 2002
  • Lindsey Hughes, Russia in the Age of Peter the Great, New Haven-Londres : Yale University Press, 1998
  • Vassili Klioutchevski, Pierre le Grand, Paris : Payot, 1991
  • Pierre Kovalevsky, Histoire de Russie, Librairie des Cinq Continents, Paris, 1970
  • (ru) Alla Nikolaïévna Tchesnokova, Les Étrangers et leurs descendants à Saint-Pétersbourg, Éditions Satis, Saint-Pétersbourg, 2003
  • Robert K. Massie, Pierre le Grand, Fayard, Paris, 1985
Autres