Table des Rangs

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Table des Rangs

La table des Rangs ou des tchins (russe : Табель о рангах) est une hiérarchisation des degrés de noblesse créée par oukase de Pierre le Grand le 13 janvier 1722. La table des rangs détermine le degré de dignité dans la noblesse par la hiérarchie des fonctions (14 degrés).

À partir d'un certain rang, et depuis une réforme du tsar Nicolas Ier afin d'éviter un accroissement trop rapide des effectifs de la noblesse[Note 1], le « serviteur de l'État », ou tchinovnik, acquiert la noblesse personnelle (8e rang), puis au-dessus d'un rang plus élevé, la noblesse héréditaire (5e rang)[2][1]. Le seuil des classes qui attribuent ces noblesses est différent pour les fonctionnaires civils et militaires; ces seuils étaient respectivement des 14e et du 8e rangs.

La première table de 1722 était très détaillée. S’y mélangeaient grades et fonctions particulières voire uniques (par exemple, la direction d’un port particulier). On y trouvait aussi des décalques directs de dénominations d'origine étrangère importées telles quelles par l'empereur, notamment dans la Marine, objet de toutes les attentions de Pierre le Grand : vitsé-admiral (vice-amiral), Chaout'bènakht (du hollandais schaut bij nacht), arir-admiral (amiral de l'arrière-garde), ober-chter-krigs-komissar (ober-steuer-kriegs-komissar), etc.

Cette table évolua rapidement en conservant toutefois des dénominations différentes pour les différentes classes. Paul Ier (empereur de 1796 à 1801) simplifia le système en ne faisant figurer dans la table que les seuls grades ou titres de fonctionnaires. La table complète couvrait des dénominations dans le domaine civil pour les fonctionnaires de la Cour, de l’administration, des Mines et de l’Enseignement, dans le domaine militaire, pour l’infanterie, l’artillerie et le génie, la cavalerie, la garde, les cosaques et la marine, et enfin dans le domaine religieux, pour le clergé noir (les moines et les hauts dignitaires de l'Église — soumis au célibat) et le clergé blanc (les prêtres, obligatoirement mariés).

Jusqu'en 1917, toute la société russe vit sous l'obsession du tchin. Un étudiant se situe au 14e rang, un lieutenant au 12e, un colonel ou un conseiller de collège au 6e (cas du père de Lénine), un général ou un conseiller privé au 2e, le feld-maréchal et le chancelier de l'Empire au 1er. On est vraiment considéré comme noble à partir du 8e rang, catégorie qui représente au XIXe siècle environ 200 000 personnes (environ 1 000 000 en 1914 avec les familles).

L'exemple de la médecine[modifier | modifier le code]

L'étudiant en première année de médecine est classé au 14e rang. À la fin des études, quand il obtient un poste dans l'administration, le médecin accède au 9e rang de « conseiller titulaire » (capitaine dans l'armée). S'il obtient le doctorat, le médecin est alors au 8e rang (« assesseur de collège », équivalent de commandant). Ensuite, une lente ascension se déroule jusqu'aux plus grands honneurs. En général, on s'élève d'un rang tous les 4 ans de service avec des variations selon les récompenses et les conditions d'exercice (un séjour en Sibérie accélère le rythme). Le médecin peut atteindre le 3e rang de « conseiller secret » mais seule la faveur de l'empereur peut conférer le 2e rang de « conseiller secret véritable ».

Table des rangs[3][modifier | modifier le code]

Rang Prédicat Civil Militaire
1er Votre haute excellence Chancelier Feld-maréchal
2e Conseiller secret véritable Général de cavalerie, d'infanterie
3e Votre excellence Conseiller secret Lieutenant-général
4e Conseiller d'État véritable Général-major
5e Votre haute origine Conseiller d'État Colonel
6e Votre haute noblesse Conseiller de collège Lieutenant-colonel
7e Conseiller de cour (-)
8e Votre noblesse Assesseur de collège Major
9e Conseiller titulaire Capitaine
10e Secrétaire de collège Lieutenant
11e (-) Secrétaire de vaisseau Sous-lieutenant
12e rang Secrétaire de gouvernement (-)
13e Greffier de sénat, de synode, de conseil de collège
14e Greffier de collège

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Un auteur cite le cas de traducteurs et de chefs de bureau ou d'ateliers parvenus au grade de conseillier d'état actuel ou de conseillier privé[1].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Nicolas de Gerebtzoff, Essai sur l'histoire de la civilisation en Russie, vol. 1, t. 2, Amyot,‎ 1858, 639 p. (lire en ligne), p. 82-88
  2. Anatole Leroy-Beaulieu, « L’empire des tsars et les Russes : Les Classes sociales - La Noblesse et le Tchine », Revue des Deux Mondes,‎ 1876, p. 334 (lire en ligne)
  3. Jean-Baptiste May, Saint-Petersbourg et la Russie en 1829, t. 2, Levasseur, P. Ledoux,‎ 1830, 396 p. (lire en ligne), chap. 2 (« Hiérarchie nobiliaire »), p. 21