Ingrie

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L'Ingrie au sein du gouvernement de Saint-Pétersbourg vers 1900
Drapeau de l'Ingrie

L’Ingrie est une région historique située dans la Russie actuelle, au bord du golfe de Finlande, entre le sud du lac Ladoga et le fleuve Narva.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Durant l'âge des Vikings, l'Ingrie était une tête de pont sur la route commerciale des Varègues qui se rendaient dans l'est de l'Europe.

Les Suédois appelaient Ingermanland l'ancien territoire de Lod, qui appartenait aux princes de Novgorod. Il devrait son nom à la fille du roi de Suède Olof Skötkonung, qui s'appelait Ingigerd Olofsdotter. Lors de son mariage avec Iaroslav Ier le Sage, en 1019, elle reçut cette terre comme cadeau de mariage.

L'Ingrie fut alors administrée par des jarls suédois, comme Ragnvald Ulfsson, sous la souveraineté de la République de Novgorod. Au XIIe siècle, l'ouest de l'Ingrie fut absorbé par cette république. Durant les siècles qui suivirent, elle fut le théâtre de nombreuses guerres, impliquant principalement la Suède et la Russie, mais aussi le Danemark et les Chevaliers Teutoniques. Ces derniers établirent d'ailleurs une forteresse dans la ville de Narva. Les Russes firent de même en 1492 sur la rive opposée du fleuve Narva, en construisant le château d'Ivangorod.

L'Ingrie suédoise[modifier | modifier le code]

L'Ingrie, nommée Ingermanland en suédois, fut une possession suédoise de 1580 à 1595, puis de nouveau de 1617 à 1702, date à laquelle elle fut reconquise par la Russie. Elle fut officiellement cédée à la Russie par le traité de Nystad en 1717.

L'Ingrie suédoise comprenait la zone située le long de la rivière Neva, entre le golfe de Finlande, la Narva, le lac Peipsi et le lac Ladoga. Elle était voisine de la Carélie suédoise.

L'Ingrie tomba en mains suédoises en 1580, revint à la Russie au Traité de Teutsina, en 1595, puis fut à nouveau suédoise après le Traité de Stolbovo de 1617. L'intérêt de la Suède pour ce territoire était stratégique : il s'agissait d'une zone tampon contre les attaques russes sur l'isthme de Carélie ; par ailleurs, le commerce russe était alors obligé de passer par le territoire suédois. L'Ingrie était enfin le lieu de destination des déportés suédois.

Elle resta peu peuplée : 15 000 habitants selon un recensement de 1664. Les tentatives suédoises d'y introduire le luthéranisme se heurtèrent à l'hostilité de la paysannerie orthodoxe. Des terres et des réductions d'impôt furent offertes aux personnes qui se convertissaient, mais les progrès du luthéranisme furent surtout dus aux colons volontaires en provenance de Savonie et de Carélie. L'Ingrie fut offerte en fief à des nobles militaires et à des officiers d'état qui amenèrent leur propres travailleurs et domestiques luthériens.

L'Ingrie russe[modifier | modifier le code]

Au début des années 1700, la zone fut reconquise par la Russie lors de la Grande Guerre du Nord, après un siècle d'hégémonie suédoise. En 1703, la nouvelle capitale russe Saint-Pétersbourg fut fondée à l'emplacement de la ville suédoise de Nyenskans.

Pierre le Grand éleva l'Ingrie au rang de duché, avec le prince Menchikov comme premier (et dernier) duc. En 1710, elle est intégrée au gouvernement de Saint-Pétersbourg.

Après la révolution bolchévique de 1917, une république auto-proclamée d'Ingrie du Nord déclara son indépendance, avec le soutien de la Finlande, dans le but d'être rattachée à la Finlande. Après une brève période d'autonomie en 1919 et 1920, elle fut réintégrée à la Russie après la signature du traité de Tartu, de 1920[1].

En 1927, le gouvernement de Saint-Pétersbourg fut renommé « oblast de Léningrad » et bien que la ville de Leningrad ait retrouvé son nom de Saint-Pétersbourg en 1991, l'oblast a gardé le nom d'oblast de Leningrad.

Population[modifier | modifier le code]

Les deux peuples autochtones de l'Ingrie sont les Ingriens et les Votes, deux tribus finno-ougriennes. Après la conquête suédoise, les Finnois descendants des émigrants qui s'établirent en Ingrie devinrent majoritaires.

À son apogée dans les années 1920, la population finnoise d'Ingrie comptait environ 160 000 personnes, avec environ 300 écoles et dix journaux de langue finnoise.

La population finnoise a presque complètement disparu durant la période soviétique. Soixante-trois mille personnes fuirent en Finlande durant la Seconde Guerre mondiale. À la fin de la guerre, Staline demanda leur retour et exécuta ou exila la plupart d'entre eux. Les Finnois d'Ingrie subsistant furent alors rapidement dépassés par l'immigration russe.

Après la dislocation de l'Union soviétique en 1991, les Finnois d'Ingrie survivants et leurs descendants russifiés furent autorisés à émigrer en Finlande. Ils ont donné naissance à une minorité russophone en Finlande.

Les Ingriens et les Votes ont, eux aussi, presque complètement disparu.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Kurs, Ott (1994). Ingria: The broken landbridge between Estonia and Finland. GeoJournal 33.1, p. 107-113.